‹ SyllaChapitre 26 sur 286 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

Chaque jour, effrayé par do nouveaux présages.

Je vois autour de toi se grossir les orages.

Et cette liberté, l'idole des Romains,

S'armer des propres fers dont tu chargeas ses mains.

Sous la fatalité qui pèse sur nos têtes,

Avec calme je marche au milieu des tempêtes.

Si nous vivions, Faustus, dans ces âges fameux

Où Ion vit les Romains, libres et vertueux,

Fiers d'une pauvreté par la gloire ennoblie,

Combattre, triompher, mourir pour la patrie,

On me verrait, mon fils, rival des Décius,

De tous ces grands Romains surpasser les vertus.

Ces temps sont loin de nous : les lois n'ont plus d'empire;

L'antique liberté sous la licence expire;

Et Rome, après avoir dompté les nations,

N'est qu'une immense proie offerte aux factions.

Forcé de renoncer aux vertus d'un autre âge.

J'adorai la fortune, et je suis son ouvrage;

Sa faveur au pouvoir m'appela malgré moi;

Je reçus ses bienfaits sans accepter sa loi;

Je renversai l'état, mais pour le reconstruire :

Jetais né, je le sens, pour fonder ou détruire:

J'accomplis mes deslins, et vers la liberté

Je ramène en esclave un peuple épouvanté.

FAISTUS.

Quel triomphe, grands dieux ! quelle triste victoire! Notre aïeul Scipion cherchait une autre gloire; Au respect des Romains instruisant l'univers, C'est aux Carthaginois qu'il réservait des fers. D'un sénat orgueilleux l'affreuse politique

Amena tous les maux de notre république. Quand le vieux Marius, avide de pouvoir, Du peuple malheureux arma le désespoir . Le proscrit de Minturne, évoquant la licence, Aiguisa le poignard aux mains de la vengeance : Tu parais, tu combats, et le peuple est soumis. Ne pouvais-tu (pardonne à l'audace d'un fds), En voyant la discorde à tes pieds abattue, La punir en héros, comme tu l'as vaincue? Chacun s'offrait au joug : pourquoi l'ensanglanter? Vainqueur de Marius, devais-tu l'imiter?

s\ LLA.

Je n'ai point imité son aveugle furie; Le sang que j'ai versé le fut pour la patrie; Et peut-être bientôt mon fils et les Romains Demanderont celui qu'ont épargné mes mains.

SCÈXE VIII.

FAUSTLS, SYLLA, ROSCIIS.

SYLLA , à Bosciits qui entre.

Eh bien I que pense-t-on? Sans doute on se récrie. Sont-ils bien indignés contre ma tyrannie?

ROSCU'S.

La terreur de ton nom glace encor les esprits; Mais déjà 1 on craint moins la mort que le mépris. Le peuple, au point du jour instruit de tes menaces, Dans un morne silence assemblé sur les places, S'inquiète, s'agite, et d'un œil empressé.

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