ACTE IV. SCJÈNE III
sollicite ma pensée. — Tu as anéanti cette paix fortunée , tu as changé en un poison affreux ce doux sentiment de la venu qui remplissait mon cœur. Tu m'as accoutumé à des actions dont frémît la nature. — Celui qui a pu diriger une flèche contre la tête de son enfant , peut bien viser au cœur de son ennemi.
Ces pauvres enfans , cette innocente épouse il faut , ô Gessler ! que je les protège contre ta fureur. Lorsque je tendais la corde de mon arc , — que ma main tremblait , - — que tu me contraignais avec un sourire inferual à viser à la tête de mon enfant , et que mes larmes te trouvaient insensible , — alors, dans le fond de mon âme , je fis vœu avec un serment terrible , et que Dieu seul enteudit , que le premier but de ma première flèche serait ton cœur. Ce vœu, fait dans l'angoisse la plus horrible, est une dette sacrée , je la remplirai.
Tu es mon Seigneur, lu es le représentant de l'Empereur , mais l'Empereur n'eût jamais osé entreprendre ce que tu n'as pas craint d'accomplir. — Il t'envoya dans ces vallées, pour rendre la justice, . . . une justice sévère , car il est irrité 5 — mais non pas cependant pour commettre ; sans crainte et avec une
joie meurtrière, les plus horribles forfaits. Iî est un Dieu qui punit et qui venge.
O toi, flèche terrible! toi qui apportes de si anières douleurs ! toi , mon plus précieux trésor ! — viens ! je veux te donner un but que n'a pu pénétrer , jusqu'à cette heure , la prière du malheureux , mais qui ne te résistera point. Et toi , corde fidèle, loi , qui m'a si bien servi quand il ne s'agissait que des jeux de la paix , maintenant que le but est d'une haute importance, seconde la force de mon bras. — Iïélas ! si cette flèche échappait inutilement de mes mains, que deviendrais- je? je n'en ai pas une seconde à décocher contre le cœur du tvran. (Des voyageurs passent sur la scène.) Je veux m'asseoir sur ce banc de pierre , que prépara une main charitable , afin que le voyageur v prît quelques instans de repos. — Ce n'est ici la patrie de personne. — Chacun , dans celte route écartée, passe rapidement auprèsde celui qu'il y rencontre , étranger à son sort et à sa douleur. — C'est ici que passent le marchand dévoré d'inquiétudes , le pèlerin légèrement vêtu, le moine pieux, le brigand aux sombres pensées , le ménétrier plein d'allégresse , le muletier dont les animaux paisibles transportent avec effort de pesans fardeaux , et