ACTE IV. SCÈNE ITI
qui arrive de lointaines contrées où s 'agile un peuple nombreux ; chacune de ces routes conduit jusqu'aux extrémités du monde. Tous ces hommes poursuivent leur chemin , la tête remplie de leurs affaires. . . ; et mon affaire, à moi , c'est le meurtre ! ( // s'assied. )
0 mes enfans ! mes chers enfans ! jadis , quand votre père revenait de quelque course , quelle joie ! quels ébats ! il ne rentrait jamais à la maison sans avoir quelque présent à vous faire ; un jour, c'était une belle Heur des Alpes; un autre , tin oiseau rare; quelques fois, un coquillage précieux comme le voyageur en rencontre sur nos montagnes. — Maintenant , c'est une autre proie qu'il poursuit ; il est assis dans un chemin e'carté , roulant dans son âme des pensées de mort, c'est ii la vie de son ennemi qu'il aspire. — Et cependant, 6 chers enfans ! c'est encore vous seuls qu'il a dans la pensée. — S'il tend son arc vengeur , ce n'est qu'afin de défendre votre timide innocence contre la rage du tyran. ( // se lève.) Je guette une noble proie. — Le chasseur ne craint point d'errer des journées entières pendant les glaces de l'hiver, de s'élancer d'un roc à un autre , d'escalader des roches escarpées contre lesquelles il s'atttacîie
avec son propre sang (1); — el tout cela pour atteindre un misérable chamois. Il s'agit ici d'un prix plus précieux , il s'agit du cœur de l'ennemi mortel qui a jure ma perle. [Von entend dans le lointain une musique gaie qui s'approche peu-à-peu. ) J'ai manie l'arc toute ma vie , je me suis toujours exerce' à cet art difficile, et j'ai remporté plus d'un prix dans les jeux de nos campagnes. — Aujourd'hui je veux faire le coup de maître , je veux gagner la couronne la plus glorieuse de toutes celles que peut renfermer l'enceinte de ces monts. ( Une noce passe sur la scène et monte le long du chemin creux ; Tell la contemple appuyé sur son arc ; Stussi , gardeforêt y s'approche de lui.)
STUSSI.
C'est le fermier du couvent de Morlichacken qui passe à la tête de sa noce. C'est un homme riche el qui a plus de dix troupeaux
(1) L'on assure que les chasseurs des Alpes suisses, lorsqu'il s'agit d'escalader un endroit escarpé, se déchirent quelquefois les mains et les appliquent toutes sançlanles contre le roc ; les mains s'attachent alors au rocher, et le chasseur , aidé de ce singulier moyen, parvient à surmonter l'obstacle.