ACTE IV. SCÉN*E
STUSSI.
Si cette barque eut contenu des gens de bien , les flots l'eussent engloutie , mais ni le feu ni l'eau ne peuvent sauver ce pauvre peuple. {Il regarde autour de lui.) Qu'est devenu le chasseur avec lequel je parlais?. . . (Il sort.)
GESSLER et RODOLPHE-DU-HARRAS,
à cheval.
GESSLER
Quoique vous disiez , je suis le serviteur de l'Empereur, je dois donc cherchera lui plaire. Il ne m'a point envoyé pour flatter le peuple et pour le traiter avec douceur. — Ce qu'il attend , c'est l'obéissance ; il s'agit de savoir qui du paysan ou de l'Empereur sera ici le maître . . ARMGART.
Voici le moment favorable , je vais pre'senter ma requête. {Elle s'approche timidement.)
GESSLER
Ce n'est pas pour me rire de ce peuple que j'ai placé le chapeau dans Altorf ; ce n'est pas pour éprouver les cœurs des habitans , dès long-temps je les connais. Je l'ai placé afin qu'ils apprissent à baisser devant moi leur tête qu'ils élèvent avec tant d'orgueil. Je l'ai placé
sur une roule qu'ils sont obliges de prendre, afin que<;e signe du pouvoir frappât sans cesse leurs yeux , et qu'ils se rappelassent ainsi le maître qu'ils oublient.
RODOLPHE
Ce peuple a cependant certains privilèges.
GESSLEIl.
Ce n'est pas le moment de l'examiner. — De grandes choses se préparent, la maison impériale veut s'agrandir ; ce que le père a glorieusement commence, le fils veut l'achever de même. Ce petit peuple est comme une pierre au milieu de notre chemin. — N'importe , on saura le contraindre , — il faudra bien qu'il se soumette. ( Ils veulent continuer la route, Armgart se jette à genoux devant le Gouverneur. )
ARMGART.
Grâce ! Seigneur , grâce ! grâce !
GESSLER
Pourquoi m'arrêter ainsi sur la grande route? retirez-vous !
ARMGART.
Mon mari est en prison , ces pauvres orphelins demandent du pain à grands cris. -— ■ O Monseigneur ! ayez pilié de noire profonde misère.
RODOLPHE
Qui êtes-vous? quel esl votre mari?