ACTE IV. SCÈNE IIJ
ARMGART.
Un pauvre homme , Seigneur , qui , profitant de ce qui n'appartient à personne , va sur le Roigisberg, faucher l'herbe qui croîi au-dessrs des précipices , entre des roches escarpées où le bétail n'ose se hasarder.
Rodolphe à Gessler.
Voilà, certes, une pauvre et misérable vie. De grâce , relâchez ce pauvre homme ; quelque faute qu'il puisse avoir commise , l'état horrible qu'il professe est un assez grand châtiment. (A la femme.) L'on vous fera justice, présentez votre requête au château , ce n'est pas ici la place.
ARMGART.
Non , non , je ne m'éloignerai pas que le Gouverneur ne m'ait rendu mon mari ? Voilà déjà six mois qu'il est en prison et qu'il attend inutilement la sentence du juge.
G ESSLER
Femme , prétends - lu me faire violence ? éloigne- toi !
ARMGART.
Justice , justice ! Gouverneur ! Vous êtes le juge de ce pays, vous êtes le représentant de l'Empereur et de Dieu même. Faites votre devoir , et comme vous espérez justice dans le Ciel , rendez-nous justice sur la terre.
GESSLER
Loin d'ici ; que l'on chasse de devant mes yeux cette race insolente.
ARM G ART saisit la brida du cheval.
Non , non, je n'ai plus rien à perdre. — Tu ne bougeras pas de cette place , Gouverneur ! que tu ne m'aies rendu justice. — En vain fronces-tu tes sourcils, en vain tes yeux s'arment-ils de colère. — Nous sommes parvenus à un tel degré d'infortune que nous ne nous inquiétons plus de ta fureur.
GESSLER
Femme, éloigne-toi ! ou mon cheval t'écrase, sous ses pieds.
ARMGART.
Fais -le passer sur mon corps. — Allons. (Elle jette ses enfans par terre et se prosterne avec eux sur le chemin.) Me voici étendue avec mes enfans, courage! — Qne les fers de les chevaux écrasent ces pauvres orphelins j ce ne sera pas ton plus grand crime...
RODOLPHE
Femme ! avez-vous perdu la raison ?. . . armgart , continuant avec plus de véhémence.
Il y a déjà long-temps que tu foules aux pieds le pays de ton Prince. — Je ne suis qu'une