ACTE V. SCÈNE II
LE PARRICIDE
Je ne crains point les horreurs de la nature, si je puis apaiser ainsi les affreux lourmens de mon cœur.
TELL
Prosternez-vous devant chacune de ces croix, faiies-y pénitence de votre crime , et versez-y les larmes ardentes du repentir. Si vous e'cnar pez aux horreurs dont cette roule est semée , si la montagne, de son sommet glace', ne lame pas sur vous la tourmente, vous arriverez à ce pont audacieux au-dessous duquel le fleuve se brise et rejaillit en poudre dans les ait s. Si le pont ne s'abîme point sous votre crime , si vous le traversez sans malheur, alors se présentera à vos regards un noir portique de rochers , la plus faible lumière n'y parvint jamais : — vous y entrerez , et il vous conduira bientôt dans une gracieuse et riante vallée. — Traversez-la promptement, car, partout où le repos se trouve , vous ne sauriez arrêter vos pas,
LE PARRICIDE
Rodolphe ! Rodolphe ! ô mon royal aïeul ! c'est ainsi que ton petil-fils erre, jouet du sort, sur le sol de ton Empire !
TELL
Montant toujours à travers les rochers, vous
arriverez sur la cime du Saint-Gothard , où se trouvent des Jacs éternels qu'alimentent les lorrens des Cieux. Là vous saluerez, pour la dernière fois, les conirées germaniques, et, suivant une autre rivière dans son cours , vous atteindrez la terre d'Italie , qui deviendra pour vous une autre terre promise. . . (On entend le ranz- des- vaches que font retentir plusieurs cors des Alpes.) J'entends du bruit. . partez ! hedvig entre précipitamment.
Tell, où es-tu? voici mon père ! Tous les Confédérés, rassemblés en troupes pleines d'allégresse , viennent après lui.
LE parricide se cache.
Malheur à moi ! je ne puis rester dans les lieux où la joie réside.
TELL
Va , mon Hedvig • ranime par quelques alimens les forces abattues de cet homme ; donne -lui des provisions en abondance , car sa route est longue et il ne trouvera nulle part le toit de l'hospitalité. Hâte-toi, ils s'approchent.
HEDVIG.
Quel est-il?
TELL
Ne le demande pas , et , lorsqu'il partira , détourne tes regards, afin de ne point voir la