ACTE V. SCENE II
LE PARRICIDE
Non, jusqu'à ce que vous m'ayez tendu une main secourable.
TELL
Et comment puis - je vous secourir ? Un homme peut - il sauver le crime?. . . Cependant, levez - vous. .. . quelque horrible attentat que vous ayez commis , — vous êtes homme , je le suis. . . Personne ne doit s'éloigner de Tell sans avoir reçu consolation. Tout ce qui est en mon pouvoir, je le ferai. LE parricide, se levant précipitamment et saisissant avec vivacité les mains de Tell.
OTell! vous sauvez mon âme du désespoir!..
TELL
Laissez, de grâce, laissez ma main. — Il faut que vous vous éloigniez promptement de ces ■vallées, car vous ne sauriez long-temps encore y demeurer caché, et, une fois découvert, vous ne pouvez plus compter sur la protection de personne. — Quel lieu choisissez- vous pour refuge? où pouvez-vous trouver le repos?
LE PARRICIDE
Hélas! le sais-je moi-même?
TELL
Écoutez ce que Dieu met dans mon cœur.
— Passez en Italie , rendez-vous à la cite de Saint-Pierre, et là, jetez- vous aux pieds du Souverain Pontife ; confessez-lui votre crime et rachetez votre âme.
LE PARRICIDE
IXe me livrera- 1- il pas au bras vengeur d'Elisabeth?...
TE LL
Quoi qu'il fasse, regardez sa conduite comme dictée par le Ciel.
LE PARRICIDE
Comment parvenir dans celte terre éloignée? Les chemins me sont inconnus , et je ne pourrai point me joindre aux caravanes des voyageurs.
T ELL
Je vais vous enseigner la roule , écoutez bien : vous remontez d'abord le cours de la Reuss qui , du haut de la montagne, précipite ses flots écumans. . .
LE PARRICIDE, effrayé.
La Reuss ! . . . grand Dieu! elle coulait au lieu de mon crime.
TELL
Le chemin se dirige le long des précipices, des croix l'indiquent d'espace en espace ; elles ont été érigées à la mémoire de voyageurs ensevelis sous des avalanches.