CATILINA, ROSCIUS
C VTILINA.
Oui, le peuple s'agite; une femme rebelle
A la sédition ouvertement l'appelle;
Tout s'émeut à ses pleurs, tout s'irrite à ses cris;
On ne craint plus d'ouvrir un asile aux proscrits;
Et déjà Claudius, averti par un traître,
Insulte dans sa fuite à l'ordre de son maître.
ROSCIUS
Qu'importe que de Rome il ait franchi les murs? Sur les rochers déserts, dans les antres obscurs, La haine le poursuit ; son malheur est son crime, Et partout les bourreaux atteignent leur victime.
CA.TILINA.
Roscius est habile à feindre des douleurs.
ROSCIUS
Tu connais mieux que moi l'art d'arracher des pleurs. Pour la faire haïr je peins la tyrannie, La folle ambition, l'affreuse calomnie.
64 S1LLA.
Le vice enorgueilli d'un triomphe odieux, Jusqu'à l'heure tardive où se vengent les dieux.
CATILINA
Ainsi de Roscius la sagesse suprême, Condamnant le sénat, le dictateur lui-même, Sans crainte d'un soupçon qui peut peser sur lui. Pour des conspirateurs se déclare aujourd'hui. Et vient, sur de l'appui d'un public idolâtre. Etaler au forum ses vertus de théâtre.
ROSCIUS
J'oppose à ce mépris, qui n'atteint pas mon nom.
La faveur de Sylla, l'amitié de Caton.
Aux sentiments qu'ici ma voix a fait entendre,
Catilina feindrait en vain de se méprendre.
J'abhorre les complots, quels qu'en soient les auteurs :
Mais je crains les pervers, je hais les délateurs;
Je vois avec dédain ces flatteurs mercenaires,
Sous leur pourpre flétrie esclaves consulaires,
Destructeurs de l'autel où leur encens brûla,
Adorer tour à tour Marius et Sylla,
D'un rival innocent poursuivre le supplice,
Et forcer le pouvoir à s'en rendre complice.
CATILINA
Je ne veux pas savoir où tendent ces discours. A de vaines clameurs je laisse un libre cours. Pour Sylla, que je sers, prêt à tout entreprendre, Je a'exaniine rien quand il faut le défendre; Par son intérêt seul mon droit est limité; Je ne le pèse point au poids de l'équité. L'arrêt d'un dictateur est toujours équitable: Claudius est proscrit ; Claudius est coupable.