‹ SyllaChapitre 83 sur 286 · ACTE I, SCENE VII. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII. i

MARIE

Quel qu'il soit , je ne veux pas l'entendre. Je ne puis, trahissant mes droits et mon devoir, Des juges qu'on m'a faits admettre le pouvoir. Je suis reine, milord, je suis reine étrangère. On prétend m'asservir aux lois de l'Angleterre ; .Mais de ces mêmes lois puissamment protégé Le moindre citoyen par ses pairs est jugé. Quels juges , dites-moi , pourrais-je reconnaître? Où sont mes pairs ici ? Les rois seuls peuvent l'être.

BU R.LEI G H

Peut-être un tel débat est-il vain désormais. Vous vous êtes soumise au tribunal...

Jamais.

Et quand même, milord, j'eusse pu m'y soumettre, Quel équitable arrêt pouvais-je m'en promettre? Parlez ; n'est-ce donc pas ce même parlement Qui fut de Henri huit le servile instrument , Que sans cesse on a vu, dans toutes vos annales, Livrer au souverain ses volontés vénales , Parler comme se taire, absoudre ou condamner, Selon l'ordre secret qu'on daignait lui donner ; Et soumettant Dieu même à l'humaine puissance, Changer sous quatre rois quatre fois de croyance? Je veux bien toutefois que ce noble sénat Ne cherche que la gloire et le bien de l'état; Je veux même de vous croire ce qu'on récite, Que du royaume seul l'intérêt vous excite, Que vous servez l'état, votre reine et ses droits,

ao MARIE S TU ART.

Fidèle, incorruptible; on le dit, je le crois; Mais ne craignez-vous pas, ministre de la reine, Que la fidélité trop loin ne vous entraîne ? Divisés d'intérêt, et de peuple, et de foi, Osez-vous espérer d'être juste envers moi ? On sait des deux états la lutte héréditaire. Je suis reine d'Ecosse, et vous lords d'Angleterre. En jugeant 1 Ecossaise, Anglais, oublieriez-vous Quatre siècles de haine élevés entre nous ? Un jour, hélas! un jour je me crus destinée, Je l'avoue, à finir cette haine obstinée; Et, comme mon aïeul, Richemond, autrefois Des deux roses en lui réunissant les droits, Termina pour jamais vos discordes royales , J'espérais réunir deux couronnes rivales, Et voir cette île entière , heureuse désormais , Goûter sous un seul sceptre une éternelle paix.

Et c'est pour parvenir à ce but salutaire Qu'on vous voit de discorde agiter cette terre! Proscrire notre foi, notre reine!..

marie.

Arrêtez.

A la justice, à Dieu, milord, vous insultez. Quand ai-je eu ce dessein ?

BURLEIGH

Quoi ! pouvez-vous, madame, Nier de Babington la criminelle trame ? Et que vous-même, ici, du sein de ce cachot, N'ayez des meurtriers gouverné le complot ?

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