ACTE I, SCENE VIL 2t
Vos propres serviteurs confirment ce langage.
MARIE
Quoi ! de mes serviteurs on croit le témoignage! On croit ceux qui n'ont pu déposer contre moi, Qu'en violant l'honneur, le devoir et la foi! Mais, quand de ces témoins la voix me déshonore, Ils vivent 1 un et l'autre, ils respirent encore, Et l'on ne les fait pas comparaître à mes yeux ! Ils n'ont pas devant moi répété leurs aveux! On ne m'accorde pas un droit si légitime, Et que la loi chez vous accorde même au crime! Si du lord chancelier je lai bien entendu , Un bill, au parlement sous ce règne rendu, Veut, corrigeant des lois la rigueur vengeresse. Que devant l'accusé l'accusateur paraisse. Sir Paulet, j'ai toujours estimé votre foi: N'est-il point parmi vous une semblable loi?
PAULET
Si vous m'interrogez , je ne saurais le taire ; Oui, cette loi, madame, existe en Angleterre.
Eh bien ! milord, eh bien ! s'il faut y consentir, A la loi des Anglais s'il faut m'assujettir, Pourquoi, me limposant lorsqu'elle m'est contraire, Lorsqu'elle me protège ose-t-on m'y soustraire ?
BURLEIGH
Madame, on a prouvé que d'autres attentats Se préparaient...
MARIE
Milord! vous ne répondez pas.
BURLEICH.
Que l'Espagne elle-même et son roi fanatique Nous menaçaient par vous de la foi catholique; Que vous avez enfin, attestant de vains droits, Contre nous à la guerre excité tous les rois.
MARIE
Et quand j'eusse excité tous les rois à la guerre, Milord ? contre tout droit on me tient prisonnière. "Venais-je de ma sœur envahir les états ? Suppliante je vins me jeter dans ses bras; Je vins*, au nom du sang qui coule dans nos veines, Demander un asyle; et je trouvai des chaînes. Ai-je envers ce royaume, envers elle, un devoir? Si de rompre mes fers je concevais l'espoir, Si contre Elisabeth et contre rAn0lererre Je pouvais soulever le reste de la terre, Si j'assemblais ses rois en ma faveur armés, JN'userais-je donc pas du droit des opprimés? Est-il guerre plus juste et droit plus légitime?
BURLEIGH
D'un droit si dangereux souvent on est victime.
Il est vrai, je suis faible, et la reine peut tout. Eh bien! que de sa force elle use jusqu'au bout; Qu'elle signe ma mort et m'envoie au supplice; Mais qu'elle cesse au moins d'attester la justice: Quand de ses passions parle seule la voix, Qu'elle n'impute rien à l'organe des lois; Qu'elle ne voile pas d'une sainte apparence L'orgueil, la cruauté, l'audace, la licence;