‹ SyllaChapitre 93 sur 286 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Permet que, la sauvant, je la sauve pour moi.

MORTIMF.R.

Pour vous ! Entre vos mains elle mettrait sa vie! Pour vous! Et c'est ainsi que vous l'avez servie! Pourquoi vous a-t-on vu presser son jugement? Comment est-il scellé de votre assentiment? Vous-même avez des pairs consacré 1 injustice: En se livrant à vous elle marche au supplice; La sentence est rendue.

LEICESTER

Ah ! ne m'accusez pas; J'ai dû dans le conseil souscrire à son trépas. En faveur de Stuart ma voix seule élevée Du fatal jugement ne l'aurait pas sauvée; Et je perdais ainsi l'ascendant qu'en secret J'emploie à la soustraire à l'homicide arrêt. J'ai dii craindre Burleigh, ses soupçons et sa haine. Mais j'agis cependant sur l'esprit de la reine. Croyez-vous aujourd hui qu'un hasard incertain Ait dirigé ses pas vers ce château lointain ? De Leicester ici reconnaissez l'ouvrage.

J'ai moi-même à la reine inspiré ce voyage. J'ai choisi pour la suivre entre ses courtisans Des seigneurs, de Marie en secret partisans, Seymour, de mes desseins discret dépositaire, Murray , sur-tout Melvil , cet Ecossais austère , De qui l'âge et le rang et la haute vertu En faveur de Marie ont toujours combattu. Bien qu'il soit Ecossais et suive l'ancien culte , Elisabeth l'estime et souvent le consulte,

D'autant mieux écouté, que ce noble vieillard A loin dellc deux fois écarté le poignard.

MORTIMER

Mais que prétendez- vous ?

LEICESTER

Faut-il donc vous le dire?

Une fois arrivée où j'ai dû la conduire, A voir Marie enfin je saurai l'entraîner. Elle se flatte en vain et croit me dominer, Sur son esprit altier je connais mon empire; Et pour nous en secret elle-même conspire.

MORTIMER

Comment ?

LEICESTER

Sans s'en douter elle agit devant moi.

Je lis dans ses desseins, je les sais, je les voi. De Stuart dans les fers, sur le trône envieuse La reine est de la voir en secret curieuse; Et, malgré l'apparence, elle n'ignore pas Pourquoi vers ce château j'ai détourné ses pas. Elle hésite, elle n'ose, elle unit dans son ame L'audacieux despote et la timide femme; A mes vœux, non aux siens , elle feint de céder, Et ce qu'elle a voulu semble me l'accorder.

MORTIMER

D'un pareil entretien que devons-nous attendre?

tEICESTER.

Qu'à l'attrait de Marie elle pourra se rendre; Ou du moins désormais, sans se déshonorer, A la rigueur des lois ne pourra la livrer.

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