‹ SyllaChapitre 98 sur 286 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Dans quel abaissement elle est précipitée ! Jusqu'au fend de mon cœur je me sens attristée, Quand je songe au néant des fragiles grandeurs, Que je vois le destin éteindre nos splendeurs, Et les terribles coups que sa justice apprête, Tomber sur ma maison , et si près de ma tête.

MELVIL

Reine, la voix de Dieu vous parle en ce moment. Suivez de votre cœur ce secret mouvement ; Faites paraître aux yeux de votre prisonnière, Dans la nuit du cachot, un ange de lumière. Vainement, si près délie, on arrête vos pas; Vainement , quand votre ame abjure son trépas, Ladroite flatterie avec un front austère Vous en rend responsable à toute l'Angleterre : Déclarez que le sang à vos yeux fait horreur, Que vous voulez sauver les jours de votre sœur; Montrez enfin , montrez, hautement équitable, Au conseiller sinistre un courroux véritable, Madame, et vous verrez disparaître à 1 instant Cette nécessité dont on vous parle tant. La justice soudain changera de langage.

Mais ne croyez que vous. Achevez votre ouvrage: Allez voir votre sœur. Hélas ! vos yeux jamais De son visage encor n'ont aperçu les traits ; Rien ne parle en faveur dune femme inconnue; Vous aurez pardonné lorsque vous laurez vue. Je la confie au cœur de votre majesté. Le ciel à votre sexe a donné la bonté ; Que ce royaume heureux s'aperçoive, madame.

Que la main qui ie guide est celle d'une femme. Lorsque ses fondateurs autrefois ont permis Que le sceptre des rois aux reines fût commis, Sans doute ils ont voulu, j en crois mon espérance, A côté du pouvoir faire asseoir la clémence.

ELISABETH

Il suffit. Je voudrais remplir tout votre espoir. L'Angleterre m'impose un sévère devoir.

Je tâcherai d'unir, si Dieu ne m'abandonne, Les droits de la clémence et ceux de ma couronne: Les plus justes pour moi seront les plus sacrés. Qu'on me laisse un instant. Leicester, demeurez.

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