SCÈNE V
SYLLA, seul.
Va , cours ; ton zélé ardent ne peut trop se presser :
Catilina plus prompt saura te devancer.
Je connais les agents de mes ordres sinistres :
Catilina! Balbus!... Voilà donc mes ministres!...
Ces esclaves cruels, vendus à mon courroux,
Romains dégénérés, étaient dignes de vous.
Pour rétablir les lois j'ai voulu la puissance ;
J'ai vu la servitude et non l'obéissance ;
Et tant de vains efforts m'ont enfin convaincu
Que je me suis mépris au siècle où j'ai vécu...
Qui pourra m'expliquer cet ascendant suprême ,
Ce bizarre destin qui m'arrache à moi-même ?
Né pour les voluptés , je m'enchaîne au devoir :
Je veux la liberté; je trouve le pouvoir:
J'étouffe mes penchants; sensible, ardent, sincère,
Je m'instruis à tromper, je deviens Sanguinaire :
J'abhorre Marius et les maux qu'il a faits ;
Et pour les réparer j'imite ses forfaits...