ACTE II, SCÈNE III. i
Il n'est point de Komain dont le cœur magnanime
N'ait juré de punir celui qui nous opprime;
Je connais les complots qui menacent ses jours;
Il les prévient sans cesse, ils renaissent toujours.
Sylla doit succomber sous la publique haine ,
Et je sais quel devoir à son destin t'enchaîne.
D'un noir pressentiment en secret tourmenté,
Sous un portique obscur je m'étais arrêté:
On marche, on parle bas, des hommes s'introduisent;
J'ignore quels desseins, quel espoir, les conduisent;
Si c'était.. .! je crois voir tous nos fiers conjurés
Dérobant à mes yeux leurs pas désespérés,
Et, sur le dictateur fondant avec furie.
Venger la liberté , les lois et la patrie.
De ton bras fdial tu lui devais l'appui ;
J'ai tremblé pour Faustus, et j'accours près de lui.
FAUSTUS
O généreux ami, quel sentiment t'égare !
Dans ce palais sais-tu le sort qu'on te prépare?
Étranger à tes maux, tu ne songes quaux miens;
Tu viens sauver mes jours où l'on proscrit les tiens
L'affreux Catilina, dans sa rage infernale,
À fait placer ton nom sur la liste fatale;
Déjà vers ta maison il a porté ses pas ,
Et tu n'y peux rentrer sans trouver le trépas.
CLAUDIUS
J'y cours. Depuis long-temps, honteux de leur clémence, Je me plaignais aux dieux d'un oubli qui m offense, Quand Sylla, par pitié bien inoins que par mépris,
2o SYLLA.
Refusait de m ad mettre au nombre des proscrits.
F A U s T u s , F arrêtant. Hé bien, va, Claudius, dispose de ta vie; A mon nom que ta mort attacbe l'infamie : Je sais comme on échappe au dernier des malheurs. Mais , hélas ! Valérie expire si tu meurs !
CLAUDIUS
Valérie !... à ce nom mon courage chancelle ; Tant d'amour, de vertus!...
FAUSTUS
Tu dois vivre pour elle.
CLAUDIUS
Vivre, mon cher Faustus!... quel vœu formes-tu là?
Où fuirai-je? ce monde appartient à Sylla.
Vivant, je le craindrais ; et mourant, je le brave.
Obéir et haïr, c'est le sort d'un esclave.
Que je le bénirais , ce trépas attendu ,
Si pour Rome mon sang eût été répandu !
Ah! que n'ai-je vécu dans ces temps où Carthage
Au pied du Capitule envoyait le ravage ,
Où le fier Annibal autour de nos remparts
Faisait, insolemment flotter ses étendards ;
Dans les plaines de Canne , aux bords de la Trébie
Claudius serait mort en servant la patrie :
Mais tomber sans honneur! tomber au bruit des fers !
FAUSTUS
Eh bien! défends-les donc ces jours qui nous sont chers. Du sort jusques au bout fatigue 1 inclémence , Et laisse à ton ami sa dernière espérance.