SYLLA, FAUSTUS
FAUSTUS
Tu détournes les yeux; tu redoutes mes cris:
Sylla ! ne me fuis pas , daigne écouter ton fils.
Seul entre les Romains, soumis à ta puissance,
Je n'ai point à rougir de mon obéissance ;
La nature et l'amour m'en imposent la loi :
Mais ces devoirs sacrés ne sont-ils rien pour toi?
Je ne te parle plus de Rome , de patrie ;
Non , c'est pour mon ami , c'est pour moi que je prie ;
Je demande à genoux grâce pour Claudius.
SYLLA
Mon tïls n'a point connu l'affreux Sulpicius :
Mais ignorerais-tu que ce fourbe exécrable ,
De nos persécuteurs le plus inexorable ,
Sur ta mère elle-même étendit ses forfaits,
Qu'il la força mourante à fuir de ce palais,
Qu'il y porta la flamme , et, pour comble d'outrages,
Des divins Scipions qu'il brisa les images ?
Lâcbe flatteur du peuple, en ces jours pleins d'horreurs.
L'agent de Marius surpassa ses fureurs.
Tel fut Sulpicius , tel Claudius doit être ;
Et mon fils , infidèle au sang qui l'a fait naître .
A mon rang, à ma gloire , à ma tendre amitié.
Pour le seul Claudius réserve sa pitié!
28 SVLLA.
Ah ! sur ses sentiments Catilina t'abuse : Cependant tu connais le monstre qui l'accuse; Tu sais l'indigne amour qui brûle dans son sein ; C'est un rival heureux que poursuit l'assassin. Sans doute Claudius à sa triste patrie Toit avec désespoir la liberté ravie ; Plein des grands souvenirs à son amé si chers, L'élève de Caïus porte à regret tes fers : Mais ce cœur généreux, tout à la république, D'une liberté sainte adorateur antique, Abjurant son aïeul dont la main l'accabla, Condamne Marins plus encor que Sylla.
Ne sois pas insensible à la voix qui t'implore : Grâce pour Claudius ! il en est temps encore.... Tu ne me réponds pas , et tu vois ma douleur! Mon père , au nom des dieux, interroge ton cœur.
SYLLA
La loi parle, Faustus; et, si j'ai dû la rendre, Ma propre volonté ne saurait la suspendre... Mais, malgré sa rigueur, en des termes obscurs Ma clémence s'y cache ; et si , loin de ces murs , Claudius parvenait par une prompte fuite De tous ses ennemis à tromper la poursuite, Dans l'exil où le sort aurait porté ses pas Mon courroux satisfait ne le poursuivrait pas.
FAUSTUS
Ah ! cet espoir suffit à mon aine oppressée , Et sur tes seuls périls ramène ma pensée.