‹ Sylla; tragédie en cinq actesChapitre 25 sur 66 · ACTE II, SCÈNE VIII. 3t · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII. 3t

ROSC 117 S.

La terreur de ton nom glace encor les esprits ;

Mais déjà Ion craint moins la mort que le mépris.

Le peuple, au point du jour instruit de tes menaces,

Dans un morne silence assemblé sur les places.

S'inquiète , s'agite , et d'un œil empressé

Interroge les murs où ton ordre est tracé.

Parmi les noms inscrits sur la liste sanglante

11 en est un plus cher à la foule tremblante ;

Le nom de Claudius, de ce jeune héros,

Vole de bouche en bouche au milieu des sanglots.

On vante sa valeur, ses talents, son jeune âge,

Tant de hautes vertus qu'il reçut en partage;

Il semble que les cœurs, de regrets déchirés,

Perdent en lui les biens qu ils avaient espérés;

Et tout ce peuple , ému pour un ami qu'il pleure ,

Bientôt de Claudius entoure la demeure.

Leur voix, qui frappe l'air en invoquant Sylla,

S'élève avec fureur contre Catilina.

J'arrivais en ces lieux, où d'une épouse en larmes

Je cherchais vainement à calmer les alarmes.

D'une tête si chère elle ignorait le sort;

Son absence pour elle était déjà la mort.

Des cris se font entendre, et le peuple s'avance;

Valérie à l'instant vers la porte s'élance ,

Et, les cheveux épars, sur le seuil, à genoux :

«Romains, au nom des dieux, rendez-moi mon époux ! »

A ce cri déchirant la foule est transportée ;

Sur un socle d'airain Valérie est portée;

32 SYLLA

Et vers cette tribune où s'élève sa voix Tous les yeux, tous les cœurs se fixent à-la-fois« Que ne puis-je , Sylla , sans blesser ton oreille , De sa fière éloquence étaler la merveille ! Mais le respect...

SYLLA

Poursuis... Elle a fait son devoir.

Je t'ai dit, Roscius, que je veux tout savoir.

ROSCIUS

Citoyens , disait-elle (et l'accent qui l'anime

Semble ajouter encore à sa beauté sublime),

Pour vous Sylla n'a point de fléaux inconnus ;

Au jour de sa fureur nous voilà revenus.

Crois-tu que de ton sang il épargne le reste,

Rome? tu subiras le destin de Préneste.

Contre ses volontés quel serait ton espoir?

La force est le seul droit , mourir le seul devoir (1) ;

« L'excès de la terreur a banni les alarmes;

« Le cœur n'a plus de voix, les yeux n'ont plus de larmes:

« Le désespoir lui-même abjure ses transports,

« Et la tombe sans bruit se ferme sur les morts ;

« Près du corps de son fils la mère est immobile :

« Sylla voit ce tableau d'un œil sec et tranquille ,

« Et compte , sans pâlir, tous les infortunés

a Par son geste homicide à la mort condamnés.

(i) Les vers marqués d'un guillemet dans le cours de cette pièce ont élé retranchés à la représentation pour rendre laclion plus rapide ; ceux qui sont marqués d'un astérisque avaient été supprimés par la censure-

Page 1