‹ Sylla; tragédie en cinq actesChapitre 49 sur 66 · ACTE IV, SCÈNE V. 5g · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. 5g

SYLLA

Qu'entends-je? toi, Faustus, tu trahirais ton père!

FAUSTUS

Je ne veux ni braver ni fléchir ta colère; Ecoute seulement avec quelque pitié :

Ton coeur, si grand , si fier, a connu l'amitié; Ce noble sentiment à Claudius me lie.

L'arrêt du dictateur, en menaçant sa vie, D'un ennemi cruel servait les noirs projets; Je t'ai vu partager ma crainte et mes regrets ; Ignorant son malheur, que l'amitié déplore, Claudius dans ces murs a devancé l'aurore ; Il tremble pour mes jours, et l'amitié l'instruit De l'abîme effroyable où son cœur le conduit; Plus de retour pour lui vers son épouse en larmes ; Le foyer domestique est en proie aux alarmes ; Catilina le cherche, il n'était plus d espoir : Je devais le sauver, et j'ai fait mon devoir. Maintenant je souscris à ton ordre suprême ; Fais saisir Claudius.

SYLLA

Où?

FAUSTUS

Dans ton palais même.

SYLLA

Malheureux !

FAUSTUS

Je le suis , je trahis l'amitié î La loi qui me punit m'aura justifié.

Go SYLLA.

De sa sévérité comment puis-je me plaindre,

Alors qu'un même coup tous deux doit nous atteindre?

SYLLA

Voilà donc de Faustus les sublimes desseins ! Il tremble que Sylla n'échappe aux assassins ; 11 approche le fer du sein de la victime.

FAUSTUS

Non, tu ne le crois pas ; le soupçon d'un tel crime

Ne peut jamais atteindre un cœur tel que le mien;

Mon père me connaît et méjuge trop bien

Pour exiger de moi que je me justifie.

Je vois en gémissant les maux de la patrie;

Fils de l'heureux Sylla maître de l'univers ,

Je porte avec douleur tout le poids de nos fers;

Mais si la liberté, que ton pouvoir opprime,

Élève dans mon aine un regret magnanime,

Elle n'affaiblit pas un devoir plus sacré,

Un plus doux sentiment par le ciel inspiré.

Entre Rome et Sylla la nature m'éclaire;

Mon serment est à Rome , et ma vie à mon père.

SYLLA

Cependant un proscrit s'arme contre mes jours, Et Faustus, et mon fils lui prête son secours ! Sais-tu quel châtiment ton audace s'apprête? Sais-tu bien que la loi pèse aussi sur ta tête , Qu'inflexible elle veut que ton sang soit versé, Que l'arrêt est rendu, que je l'ai prononcé?

FAUSTUS

Je saurai le subir, et sa rigueur extrême

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