‹ Sylla; tragédie en cinq actesChapitre 6 sur 66 · LICTEURS · texte numérisé non relu

LICTEURS

SYLLA

{A Roscius qui s'éloigne.)

Approchez , sénateurs Demeure , Roscius

Vous semblez inquiets : d'où vient cette contrainte? Qu'avez-vous? Devant iuoi, bannissez toute crainte. Prodigue de ma haine envers mes ennemis, Nul de plus de bienfaits n'accabla ses amis. Il n'est aucun de vous que mon aspect menace. Ecoutez donc sans trouble, et prenez votre place.

(Les sénateurs prennent place autour d'une table de marbre, où le ebef des licteurs, sur un geste de Sylla, a déposé un rouleau de parchemin. )

Vous savez à quel prix j'ai conquis un pouvoir Dont l'état expirant m'imposait le devoir. Qu'importe que Sylla sillustrant dans la guerre, Portât le nom romain aux bornes de la terre ; Que par moi Mithridate à fuir fût condamné; Qu'en triomphe à mon char Jugurtha fût mené ; ~-

6 SYLLÀ.

Que pour moi la fortune en miracles fécond».

Affermît votre gloire et le repos du monde,

Si , recueillant le fruit de mes nobles exploits .

Marius au sénat osait dicter ses lois,

Et , brisant les liens d'un peuple frénétique ,

A ses lâcbes fureurs livrait la république?

Triomphante au dehors, Rome, esclave au dedans

Expirait sous les coups de ses propres enfants.

Qui pouvait l'arracher à son destin funeste ?

Sylha. L'heureux Sylla paraît devant Préneste ;

Tout fuit, ou meurt; tout cède à mes premiers efforts ;

Le fils de Marius le rejoint chez les morts.

Abjurant les conseils d'une fausse clémence ,

Dans Rome entre avec moi la terreur, la vengeance ;

Le salut de Fétat veut des proscriptions ;

Et dans des flots de sang j'éteins les factions.

Du peuple et du sénat je me proclame maître ;

L'un apprend à me craindre, et l'autre à me connaître.

De cette liberté que j'opprime aujourd'hui

Mon pouvoir, que l'on hait, est le dernier appui.

Loin de Rome rugit le démon des batailles :

Le calme de la paix règne dans vos murailles.

Cependant on murmure , et quelques voix encor

A la plainte rebelle osent donner l'essor ;

Et du sein de la tombe évoquant la tempête

Le spectre d'Arpinum a soulevé sa tête.

De coupables soupirs, jusqu'à moi parvenus ,

Annoncent des complots; ils seront prévenus.

Le salut de l'état impose à ma justice

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