TOURANGEAU . ROGER . POUSSETTE , D'HERBIGNY, DE VILLIERS
ROGER , mise forl simple , mais gui n'n rien île riilicule. (Il salue.) Bon Dieu!
' Tousvette, Tourangeau, d'Herhignv, Yillirr*.
madame , je vous demande un million de pardons de prendre si mal mon temps que de me présenter à vous dans ce moment ; veuillez , je vous prie , avoir la bonté de m'indiquer votre heure, et j'aurai l'honneur de revenir.
POUSSETTE , le regardant avec surprise Point du tout, monsieur... et, puisque vous voilà , soyez le bienvenu.
roger. C’est trop de grâce ! (Bas à Tourangeau). Mais, je ne vois pas le marquis ?
TOURANGEAU, lui montrant Poussette.
Là... là...
roger , le repoussant. Va donc , imbé cile !
poussette. Monsieur de Cretté est absent, chevalier , mais je le remplace ; veuillez donc faire état de moi et disposer de ma bonne volonté à vous être agréable.
roger. L'offre est si obligeante , madame, que l'on ne peut se garantir d’en être un peu embarrassé.
DE VILLIERS , bas à d'Herbigny. Mais il n'est pas béte du tout ce garçon-là.
poussette , bas d d’Herbigny. Il n’est pas mal tourné non plas.
ROGER, remarquant avec quelle curiosité on le regarde. Vous me pardonnerez un peu de gaucherie, madame ; je devine toute votre indulgence dans vos yeux , et je sais que j'en ai grand besoin... (Mouvement des autres personnages , qu’il regarde arec franchise). Oh! il faut être franc; je ne suis qu'un pauvre provincial, bien ridicule je le sens , et fort ennuyeux peut-être, car jamais je n'ai quitté Anguilhem... mais il y a des cœurs bien placés sous un habit simple , et je saurai , je vous le jure , être reconnaissant de votre gracieux accueil.
d'herrigny , bas à de VilUsrs. Mais ça va , ça parle... décidément la Touraine commence à être en France.
de villiers , bas. Veux-tu que je te dise?... nous sommes volés!
poussette, arec plu* d’empressement. Et quel bon vent vous amène à Paris , monsieur d'Anguilhem?
ROGER, gaiement et se mettant tout à fait à son aise. Hélas! belle dame, je ne sais pas trop si cela peut s’appeler un bon vent , car c’cst celui de la chicane. Je viens pour un procès.
de villiers , une tasse de café à la main.
Ah 1 l'on plaide donc aussi à ( limon ? Ce doit être amusant un procès de province !...
il s’agit d’un mur mitoyen sans doute?
roger. Non, monsieur; mais , d’un héritage de quinze cent mille livres qu'on me conteste.
de villiers. Quinze cent mille livres!
peste ! c’est un fort joli denier.
SYLVANDIKE.
d’herbigny, un verre à la main Je bois aux quinze cent mille livres du chevalier d’Anguilhem !
rogeb. I n moment !... elles ne sont pas encore dans ma poche! Diable ! n'allons pas si vite !
u'herbigny , levant snn verre . A la belle Constance de Bcuzerie , la perle de la Touraine !
ROGER. Hah! vous savez... [Regardant Tourangeau). Ali ! mon imbécile vous a déjà raconté cela, avec sa langue de sacristain?.. Gaiement). Au reste , il n'y a pas de mal.
Vive Dieu ! messieurs , ne pas avouer sa dame est une lâcheté ! '
Air : Ah ! ti ma dame me voyait.
Si nous étions au temps des preux, ie vous soutiendrais que ma dama L’emporte «ur toute autre femme Et par *es attraits merveilleux Et par le charme de ses yeux !
Je vanterais sa grâce aimable.
Son cœur qui jamais ne changea!...
Je la dirais incomparable...
„ Saluant PouttetU.
Si madame n’était pas là 1
poussette , à elle-même. Mais il est charmant , ec cher chevalier ; j'en suis déjà folle !
Les domestiques desservent et sortent.
d’herbigny. Pardieu ! mon ami , nous ne sommes que des paltoquets si nous ne faisons pas gagner ce prucés-là à ruessire Roger d’Anguilhem.
ROGER. Eh! eh ! messieurs , ne vous engagez pas trop. . . la chose est dure à mener. . . j’ai, je vous en préviens, affaire à forte partie... j'hérite directement du vicomte de Bonzenois, frère de manière, mort sans enfants... mais, figurez-vousuneparticularité à laquelle mon père et moi , nous ne nous attendions guère.. . je trouve , sur mon chemin , une espèce d’original , un Indien , nommé Afghano, dont mon respectable oncle avait épousé la tuère de la main gauche.
tous. Afghano ! ■»
poussette. Mon citron ! je m'en elltr$ê. . .
et il partira pour Madagascar, n'a; an t m que 1 écorce. • -
d’herbigny. Nous ferons feu des quatre pieds.
ROGER. En vérité , mes genlilhommes , vous me voyez pénétré degratitude «d'admiration ! je vous avoue que je ne m'attendais [tas à tant de bienveillance , moi , inconnu dans cette grande ville ; moi, pauvre diable de campagnard qui me verrai réduit à me mettre au serv ice du roi et à renoncer à mes amours si je perds ma cause. . . Itecevc/.
donc mes sincères compliments, et, cortime je craindrais de vous déranger en restant
* Tourangeau, Poussette, Roger, d’Herbîgnv, Villiers.
plus longtemps , permettez que je prenne congé de vous.
pousse ite , vivement. Comment , prendre congé!. .. mais, point du tout, chevalier. ■Si Cretté était ici , il ne le souffrirait pas , et ce serait nie faire injure à moi que de quitter cet hôtel . .• je vous tiens, je vous garde !. . Il serait, parbleu! plaisant qu’un beau gentilhomme comme vous , qui attend un héritage de rpiinze cent mille livres, fût logé à la Herse d' Or, quand il a M. Cretté pour ami et mademoiselle Poussette pour protectrice.
ROGER, surpris . Mademoiselle Poussette?
Poussette. C’est mon nom. Quant à ma profession, je suis fille d’Opéra, comme ils disent...
Tol'RANGEAt , à part. Ah! je savais bien, moi, que ce n’était pas le marquis.
poussette. Mais, bonne pâte de fille...
vous verrez... Ainsi vous restez, vous demeurez ici, c’est convenu, vous, vos gens et vos équipages.
tourangeau, ivre de joie. Moi et Christophe, nous acceptons!
ROGER. Oh! madame, véritablement vous me comblez.
poussette. Et d'alxird, chevalier, pardon de ce que je vais vous dire, mais il faut quitter ce costume de voyage qui ne sied pas à un héritier de votre mine. (Appelant.) Holà!
Basque! Hameau d’or! Boisjoli!. . (Trois domettigues entrent par /ST fond.) Que l’on coure à l'instant chez le railleur du marquis, chez le brodeur du marquis, èhe/ le coiffeur du marquis. (A Roger.) jbu^charge de vous pomponner, mon migif»n."4 fie m’y connais.
« vous serez gentil à' cniguufc^., fui d'Iiamadi varie !
ROGE't. Madame ... n N y ?,
poussette. En attendant, loqt ce qui est ici est à votre service, hèles et gens... (Tourangeau fait un mouvement de joie.) liens!
à propos de iiètes .. ce gaillard-là, il faut le métamorphoser aussi. (Riant et> regardant Tourangeau.) Dieu! qu'il a une drôle de figure! Viens ici que je te regarde. (IIYapj proehe. elle lui donne deux tapes sur ta joue. ) Je te fais mon coureur.
tourangeau. Dieu Telle m'a donné deux soufflets!... Oh! encore! encore!
Il cligné des veux grotesquement.
POrsSETTE, aux autres. A la répétition, messieurs!... * Pyrame et Thtsbé me réclament... Je permets à tous mes adorateurs de me suivre... cela compromet moins I
d'iierrigny, lui offrant la main. I.a main, du moins, si r.’cst la seule faveur qui me soit permise.
poussette, bas à d'Herbigny, montrant •Tourangeau. Roger • Poussette, 4'lbrbigny , do Y il lier*.
MAGASIN THEATRAL
Iluger. Ah t vicomte! ce gaillard là m’a donné dans l'œil ! J'ai une peur de lotis les diables d'ètre pincée I
ENSEMBLE
Am de CÉlixir d’Amimr.
Al ions,