‹ Sylviane. Illustrations de George Roux, gravées sur boisChapitre 22 sur 35 · S VI. VI \.\K · texte numérisé non relu

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Ormades, dévalant de la métairie jusqu'à la Viguale !... Enfin...

La voix lui manquait.

— Que nous chante-t-il donc avec son jardin ? questionna Cornaz.

— Silence ! articula mon oncle, en proie à une émotion très vive.

Vigneron, aussi alerte qu'un linol à la cime d'un frêne, poursuivit :

— En ce moment, nous touchions à Notre- Dame d'août et l'été étail dans sa force. Jama notre parterre ne s'était montre plus magnifique, plus eu couleur de ses mille plantes. Auh

on n'y trouvait, en de grands carrés verts, « 1 1 1 * * des raves, des salades, des poireaux, des I des pois, des navets. A présent, on avait porté le potager de l'autre côté de la métairie ici, «le tant loin qu'il vous plut de regarder, vous ne découvriez que des [leurs dont je oe sais pas les noms, mais <|ui réjouissaient les yeux et embaumaient la contrée. Je dois rendre cette justice, c'était .M. Casimir qui, pour créer une distraction à M. Victor, très fort dans une science appelée, parait-il, la - botanique », avait (tonne l'idée de cet immense parterre, en avait lui-même tracé les allé

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s'était amusé, eu compagnie aujourd'hui de Mademoiselle, demain de M. l'abbé, aprèsdemain de moi, à semer des graines de tous 1rs cotés.

« Par exemple, le coin le plus beau de cet endroit tranquille était le coin des roses. Y en avait-il là, des roses, droites, ouvertes, riant au bout de bâtonnets maigres, plantés profond en des planches épaisses de terreau î Ces bâtonnets, M. Casimir, enragé pour aménager notre parterre à sa façon, était allé les quérir à Montpellier, au « Jardin des Plantes » de cette ville où il avait appris son métier de médecin, et les avait payés fort cher. Ça se comprend que ces rosiers coûtassent plus que des plançons de châtaignier! Vous n'êtes pas sans avoir remarqué que, pour l'ordinaire, les roses sont rouges, pas tout à fait à l'égal des coquelicots, mais presque. Eh bien ! aux Ormades, nous avions des roses Manches pareillement à des lis, des roses jaunes pareillement à la fleur de nos genêts, des roses violettes et des roses mauves, pareillement aux

I violettes et aux mauves des champs d'ici, vers Konjouve ou vers Bataillo...

« Ah ! elles en ont entendu des baisers, ces roses de cent couleurs, quand M. Victor et

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M. Juste, occupés à réciter ensemble leur bréviaire, notre Sylviaue et M. Casimir se divertissaient à faire uue cueillette dans les massifs pour orner la table î... Moi, je les épiais, plein de colère et d'envie. Les refus de Philomène Lauras, plus sauvage que Mademoiselle, <;nelle me glissait entre les doigts plus fine, plus souple qu'une anguille de la rivière, les refus de Philomène Lauras...

— Vigneron, Philomène Lauras ne nous offre aucun intérêt...

— Monsieur le curé, je vous obéis... Apprenez donc, les amis, que, relativement à nos tourtereaux des Ormades, tout fut décidé. Il fut décidé que les fiançailles, — les « accordailles », si vous comprenez mieux, — seraient célébrées à Noël, chez M. Galinier, dans sa cure deTarrassac, el qu'on ferait le mariage chez nous, une quinzaine de jours après, aux environs des Rois. Chacun, à cette nouvelle, se prit à chanter, à baller, à folâtrer dans la métairie, surtout ;i s'affûter la langue et les dents

M. Victor ayail déclaré que, le j 'des accordailles et le j<»ur de la noce, il y aurait A la table <le la place pour tout le mondé, depuis le | » 1 1 1 ^ vieux homme «le charrue jusqu'au plus

jeune des bergers, auxquels il faudrait ajouter tous les pauvres de l'Espinouze, du Caroux au Marcou. Je vous en baille l'assurance, à partir de ce moment, les besognes, tant du bétail que des champs, marchèrent vite. Les châtaignes de nos vingt châtaigneraies furent ramassées en un tour de main. On aurait dit que les arbres se prêtaient à la chose, tant ils étaient prompts à lâcher leur fruit. Avec nos sacs combles à souhait, nous allions à travers les campagnes du pays répétant : « Que le bon Dieu bénisse mademoiselle Élise Sylvian et bénisse M. Casimir Galinier ! »

— Fort bien, cette prière, fort bien ! lança mon oncle rapidement.

— Par malheur, le bon Dieu, qui a ses affaires, ne nous entendit point... Vous vous souvenez que .M. Casimir, entêté d'en arriver à ses fins par un mariage avec notre demoiselle, était parvenu a chasser la goutte des membres quelconques de M. l'abbé ? Patatras ! le 20 décembre au soir, comme j'achevais de lui déboutonner les cinquante boutons de sa soutane, il me glisse dans les mains et tombe sur le plancher. — Nous voilà bien à présent, n'est-il pas vrai? — Je laisse Mademoiselle près du lit de son oncle et

saute à Tarrassac, d'où je ramène le médecin... Quel drôle d'homme, ce M. Casimir, souvent si emprunté! Croyez-vous qu'il se désole, en entendant crier M. l'abbé, en le trouvant aussi raide, aussi froid, aussi blanc qu'un boc de charrue? Point. 11 regarde notre malade, le palpe doucettement avec ses deux main- Lég comme la ouate; puis, se tournant vers Mademoiselle, il lui dit :

« — Fausse alerte ! »

« Oui, mais le lendemain se passe, le surlendemain se passe, et M. Victor, Ion- <-t fixe entre les draps, ne bouge non plus qu'une planche de châtaignier. Ça ne nous amusait pas, nonautres, aux Ormades. Ça non- amusait d'autant moins que, M. Juste n'ayant qu'une domestique a Tarrassac, Ragasse, non- lui avions prêté les servantes <!•' la métairie pour le repas desaccor dailles, »'t nous savions par Philomène Lauras que, sur la commande de M. Victor, l»'< provisions de bouche affluaient là-haut, »'t de.Saint- Gervais, <-t <l«' Bédarieux, et même de Béliers. Pourtant, si ces i 'ceaux de choix, venus des

villes, allaient non- passer BOUS !«' Hei : Vrai, il n'y avait pas <le eouti-nteinent a revendre a la

maison...

— Et que disait le pauvre martyr, le bon abbé Sylvian ? demanda mon oucle.

— Lui, il avait un gros chagrin de voir la tête des accordailles ajournée; mais il avait encore un plus gros chagrin de voir que, cette année encore, comme l'année d'avant, il manquerait peut-être la messe de Minuit... Mais ce n'est pas toutea... Le 24 au matin, M. Casimir, furieux de ne voir aucun changement, furieux surtout du désespoir de Mademoiselle, se montra ce qu'il était tout de même dans le fond, un homme compatissant, avisé et courageux. Je vivrais jusqu'à la fin du monde que je n'oublierais jamais ses paroles, très courtes du reste, car il n'entrait pas dans ses habitudes de parler beaucoup :

t — Monsieur l'abbé, dit-il, nous avons tout préparé aux Minimes pour vous y recevoir, vous et mademoiselle Élise. Le temps est superbe. J'en réponds, un trajet d'une demi-heure ne saurait aggraver votre état. Il pourrait arriver.

Iau contraire, que l'air très sec aujourd'hui vous apportât du soulagement. Mon oncle serait venu vous dire ce que je vous dis, s'il n'était occupé à dresser un lit dans sa sacristie, vis-à-vis le

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de là. d'assister à la inesse de Minuit. Mou oncle est persuadé que le prieur Ombros obtiendra de Dieu un miracle pour vous... Bardil toi, me cria-t-il en me poussant vers la porte; dis qu'on descende des matelas pour rembourrer la grande carriole. »

« Puis il se reprit et ajouta :

« — Mademoiselle et moi, nous allons veiller à ces préparatifs. Cria vaudra mieux. »

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