LE COIN DES ROSES
Mon oncle rejeta sa serviette, se mit debout. Il se signa, puis étendit son bras droit sur la table, prêt à réciter les grâces.
— Je n'ai pas fini, monsieur le curé! cria notre conteur, se soulevant à son tour de sa chaise.
— Il s'en va trois heures, et les vêpres sont pour quatre heures... Nous entendrons la fin une autre fois.
— Quel dommage ! A présent, je touchais au second miracle, à celui de M. l'abbé Victor, à celui que j'ai vu de mes yeux, car je n'ai point vu celui du prieur Ombros.
— Nous vous en prions, monsieur le curé... dit M. Vincent.
— Je vous en prie, ajoutai-je.
*JI i s \ i.viam:
Après m'avoir lancé un tendre coup d'oeil, mon oncle eut vers le garde champêtre un geste d'acquiescement et se rassit. Vigneron, retenu au port, regagna le large.
— Vous entendez bien, vous autres, que, malgré ma mémoire et mon attention, je ue vous ai pas conté le miracle du prieur de Tarrassac aussi joliment que le conta M. Victor sous notre charmille des Ormades. Lui avait des capacités pour ajouter quelque chose au Recueil de Lassus, même du latin, tandis que moi, encore que j'aie été instituteur à Truscas!... Qu'il vous suffise de savoir que, sauf M. Juste, trop gai de son naturel pour s'adonner à la tristesse, nous pleurions tous à plein arrosoir. .Mais, dans ta méchante vie de ce monde, les rires sont souvent a côté des larmes, »-t je voudrais que vous eussiez vu clafler Sylviane, quand son oncle nous apprit !»• départ du couvent de Tarrassac pour l'Abbaye de Lormièresde L'assesseur Athanase, L'ennemi d'Ombroset d'Opportunien. Du reste, M. L'abbé nous donna Les raisons du renvoi d'Athanase Là bas. Pendant que les religieux de Tan
traitaient Ouibros avec Le respect «'t la \
ration accordés aux Baints, cherchez à quoi
s'occupait Athauase. Il faisait courir le bruit que le crucifix, sortaut tout seul de la cellule sans crever les murailles, allaut s'accrocher tout seul clans la Salle capitulaire, c'était une farce satauique du moinillon espagnol, plus près du Démon que de Dieu... Que pensezvous de ce pèlerin d'Assesseur, je vous prie ? Honorât se lassa de ces coups de langue et, endoctriné par Opportuuien, un gaillard qui portait un jugement solide dans son capuchon, un beau matin il signa ses papiers à Athauase et le flanqua à la porte d'une poussée...
— Bon voyage ! dit M. Vincent.
— Mais, monsieur le maire, tout n'était pas terminé aux Minimes. Si Athauase n'avait rien voulu comprendre au miracle du crucilix, Honorât avait compris, et il se reprochait, nuit et jour, le méchant accueil fait autrefois par lui au petit moine espagnol. Aujourd'hui, certes, il le gâtait en vrai poupon ; ce néanmoins, le chagrin lui minait la conscience, et ce chagrin ne fut pas long à l'entraîner de l'autre coté de la vie. Jugez de ce que valent les hommes, moines ou simples pékins comme nous : encore qu'on n'eut rien à reprocher au Révérend Frère Honorât, on fut content de le clouer dans sa
caisse de sapin, tant on était pressé de noimncr Martinez Dmbros Prieur <lrs Minimes de Tarrassac-le-Haut...
— Ombros, cet artiste sublime, avait été comblé de la faveur céleste, murmura mon oncle.
— Possible, ca...A présent, quepenserïèz-vous de ma proposition ? Si, après cet enterrement assez gai, nous revenions à nos jeunes gens? A condition que M. I<i curé le permette, je vous rapporterai, pour vous amuser un brin, Les jeux très jolis et très divertissants de nos amoureux à travers le jardin dc< Ormades, lai-.- et long comme nue châtaigneraie..'.
— (iardez-vous de uous rapporter <••■- abominations! s'écria notre gouvernante, mettant an clair son arme cachée dans ses jupon-.
— Mais. Prudence, si ces jeux étaient jolis uasardai-je naïvement.
— Kl irantant plus, continua Vigneron, que, M. l'abbé Victor <'t M. le curé Galinier rodant toujours par là. il m- pouvait rien se passer que selon toute - I toute convenant
— Dans <••• cas... soupira mon oncle.
— oh ! ee jardin des Ormades, ou j'ai i m.-- premiers pas au sortir du berceau, soutenu
par ma défunte mère, la Vigneronne ! repartit le garde champêtre... Oh ! ce jardin des Ormades, remàcha-t-il, comme on ^ remâche
licieux, ce jar- " din qui m'a reçu
dans mou enfance et ma prime jeunesse, où j'ai mangé tant de pommes, tant de sorbes, tant de nèfles, tant de fruits, sans compter les nids que je découvrais à la fourche des branches, pleins de becs roses jusqu'aux bords !... Oh ! ce jardin dqs