‹ Sylviane. Illustrations de George Roux, gravées sur boisChapitre 34 sur 35 · LE SEPTIEME CIEL · texte numérisé non relu

LE SEPTIEME CIEL

Mon oncle Fulcran, debout, piteux, récita I»-grâces cette fois. Tandis que Les mots latins sortaient de sa bouche avec une hâte qui les embrouillait légèrement, Vigneron, déçu, un peu furieux, ue pouvait retenir des gestes de protestation.

— Mais, monsieur l<i curé, dit-il, quand n

oncle eut clos la prière par un signe de croix, il faut bien que je vous montre ce festin des accordailles, <|ui Eut si gai, Bi...

— Inutile. Le récil des deux miracles Buffit pour aujourd'hui...

— Alors, vous refusez de connaître la Un du noc'l de l'Espinouze, que M. l'abbé Victor i achever à table eu guise de chanson à boii

— Le temps nous manque.

— Vous me permettrez bien au moins de

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vous conter comment s'effectua notre retour aux Ormades que, par le fait du miracle, M. l'abbé Victor fit à pied, aussi vif et tirant droit qu'un martinet de la Vignale ?

— A l'heure avancée où nous sommes, je ne puis vous permettre que de venir chanter les vêpres avec nous.

— Si vous aviez vu nos montagnards, nos montagnardes et leur marmaille attaquer nos viandes et notre gibier ! Il n'y a que les pauvres pour avoir de ces appétits...

— Assez ! Assez !

Mon oncle avait repoussé sa chaise et s'était rapproché du fauteuil de M. Bassac.

— Mon ami, lui dit-il, si, à l'exemple de M. l'abbé Victor Sylvian, vous tentiez un effort sur vous-même, peut-être vous serait-il permis d'assister à nos vêpres solennelles de Noël. Assurément, vous êtes moins accablé que ne l'était le saint abbé des Ormades, et je me demande si Dieu, qui vous a déjà touché l'àme pour l'ouvrir à la grâce, ne vous toucherait pas le corps pour l'ouvrir à la santé. Vigneron ne vient-il pas de nous rapporter par le menu ce dont le Seigneur est capable quand, pour aller le visiter, l'implorer dans son temple, — chez lui, — on a le

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courage de vaincre la maladie, presque la mort? Le maire appuya ses deux mains aux accou doirs de son siège et surgit droit devant nous.

— Ah I mon Dieu! criàmes-nous tous, saul mon oncle, recueilli au milieu de l'ébahisse ment général.

— Eh bien! mon cher, mon bien cher ami? interrogea-t-il avec une nuance plus marquée d'alïection.

— Eh bien, pourvu que cela dure, monsieur le curé, je ne me trouve pas trop mal.

— Si vous essayiez un pa- ?

M. Bassac en fit trois sans être soutenu.

— Vous verrez qu'il en sera de M. 1»' maire comme <l<àM. Victor, observa Vigneron avec an second frottement des main- aussi retentissant que le premier.

— Mon Dieu ! s'exclama mon pauvre oncle,

transporté au « septième ciel ». — an ciel que, d'après la légende pieuse, sainl Paul tei entrevit Bur Le chemin de Damas.

Chacun avait quitté sa place et regardait, émerveillé, il est certain que, si II. le maire, quatre heures auparavant, taisait quelques timides gestes des bras, il était absolument incapable <!«' mouvoir les jambes.

— Monsieur le curé!... glapit la voix aigre du bedeau, reparaissant au seuil de la Salle.

— Je suis à vous, Alinat! répondit mon oncle. Et, s'adressant au père de Mélie :

— Vous, Gornaz, qui êtes fort comme Samson, je vous recommande M. le maire. S'il avait besoin de votre secours pour arriver jusqu'à l'église, aidez-le.

— Je l'y porterai bien sur mon dos, à l'église, s'il le veut ! brailla le cordonnier avec un rire égal à son appétit, — un rire de Gargantua.

L'insupportable Alinat ne cessant de le tirer par la manche, mon oncle, à la fin, le suivit.

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