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TAILLIS

fluence qu’exerce un peuplement de taillis simple sur la fertilité de la station dépend de facteurs agissant dans des sens très différents ; leur résultante est variable suivant les régions, le climat, le sol, les essences, l’état du peuplement et l’âge d’exploitation. Nous insisterons sur trois de ces facteurs :

a. Couverture du sol. — Le peuplement à l’état de taillis simple présente pendant les phases de son existence les caractères du fourré, du gaulis ou du bas perchis ; même avec une révolution très longue pour un taillis, le peuplement n’arrive qu'à l’état de perchis, mais il n’atteint jamais la période avancée qui, dans les iutaies régulières, se caractérise par le desserrement du massif et par un desséchement dangereux du sol. À ce point de vue donc, il donne plus de garanties que la futaie pour la conservation des qualités du sol, à la condition toutefois qu’on suppose le terrain entièrement occupé par un taillis bien planté et bien entretenu. Sinon, rien n’est plus comparable dans les deux régimes.

b. Coupe blanche à intervalles rapprochés. — Le traitement en taillis simple dénude complètement les surfaces à des intervalles rapprochés ; il comporte les inconvénients inhérents à chaque coupe blanche et provoque périodiquement l’appauvrissement de la litière, la détérioration de l’humus, un certain durcissement du sol et l’invasion de l’herbe. Toutefois, il est bon de remarquer que la dénudation complète du sol ne dure qu’une année, que dès l’année suivante, en raison de la croissance vigoureuse des rejets, elle n’est plus que partielle, et que dès lors le massif se rétablit rapidement.

c. Nature de la récolte. — Le taillis ne produit que des bois jeunes, par suite plus riches que les produits de futaie en éléments nutritifs ; il fatigue le sol, auquel il n’apporte que des restitutions insuffisantes. Les effets de l'épuisement sont d’ailleurs d’autant plus rapides que le terrain est de nature plus sèche et que la révolution est plus courte.

En résumé, il est admis, d’une façon générale, que les taillis peuvent épuiser le sol quand la coupe en est trop répétée.

Deuxième type.—Taïllis fureté.— 1° ORIGINE ET CARAC- TÈRES. — Le furetage consiste non plus à exploiter à blanc

toute la coupe, mais à parcourir cette surface à de courts intervalles, en se bornant à ne couper, sur chaque cépée, que des perches ayant dépassé une grosseur donnée, généralement, 30 à 35 centimètres de tour à hauteur d’homme. Ainsi traité, le peuplement est composé de cépées en forme de buisson, dont les tiges de diverses dimensions fournissent un amas confus de feuillage et constituent un fourré perpétuel de 6 à 10 mètres de hauteur ; il prend dès lors l’aspect des peuplements inégaux, d’âges multiples, avec cette différence que les âges sont distants entre eux d’un nombre d’années en rapport avec celui des intervalles d’exploitation (fig. 27).

Les rejets qui naissent sur les sections d’exploitation généralement faites dans le jeune bois, ne s’affranchissent pas, et quand une cépée meurt de vieillesse ou par accident, elle doit être remplacée par d’autres qui s’obtiennent à l’aide de marcottes ou de plantations.

20 DANGERS EXTÉRIEURS. — Cette forme de traitement procure aux rejets naissants un abri protecteur contre la sécheresse et les gelées, et permet ainsi de faire pénétrer le régime du taillis dans des régions à climat moins doux et moins favorable qui ne conviendraient pas au taillis simple.

30 PRODUCTION. — Le furetage est surtout appliqué au hêtre dans la basse et moyenne montagne. Comme produits, il fournit une plus forte proportion de rondins que le taillis simple.

40 [INFLUENCE SUR LA FERTILITÉ DE LA STATION. — En maintenant le sol continuellement couvert, le taillis fureté entretient bien la fertilité du sol et le protège contre les érosions.

Divers types de taillis-sous-futaie. — 19 ORIGINE ET CA- RACTÈRES. — Un peuplement est à l’état de taillis-sous-futaie, quand il est composé de deux éléments :

a. Un étage inférieur, exploité à intervalles égaux, à la facon des taillis simples ;

b. Un étage supérieur, composé -d’arbres irrégulièrement disséminés, dans lequel on exploite individuellement, lors du

passage des coupes, les sujets devenus exploitables, à la façon de la futaie jardinée.

Fig. 27. — Taillis fureté de hêtre après l'exploitation. Forêt de Castillon (Arièe

En principe, le rajeunissement du taillis est assuré par le recépage au moment de la coupe ; la régénération de la futaie

est assurée par un certain nombre de brins de semences dont la naissance coïncide en général avec celle des brins du taillis, dans le sein duquel ils restent confondus pendant une révolution ; à partir de la première exploitation du taillis, ces brins, du moins ceux qu’on conserve, entrent dans l'étage supérieur, et constituent ce qu’on appelle Les réserves (fig. 28 et 29).

I1 résulte de cette constitution que dans l’ensemble, l'étage supérieur se compose d'arbres appartenant à plusieurs classes, dont les âges diffèrent entre eux d’un temps égal à la révolution du taillis, et que, d’autre part, le nombre des classes d’âge de la futaie dépend de la durée de la révolution adoptée pour le taillis, et de l’âge auquel sont exploités les plus vieux sujets.

Autrement dit: si, par exemple, on exploite le taillis à trente ans et les plus vieux arbres de futaie à cent cinquante ans, il se trouvera dans la futaie cinq classes d’arbres, dont les âges différeront entre eux de trente ans, et dont les plus jeunes se confondront avec le taillis ; au moment de lexploitation, c’est-à-dire tous les trente ans, on réalisera, dans la futaie, individuellement et en jardinant, les arbres devenus exploitables ; on recépera le taillis, en ayant soin de conserver, pour les faire entrer comme réserves dans l'étage supérieur, les brins de l’âge du taillis, en nombre suffisant pour venir compléter la futaie et entretenir sa composition.

On a donné à ces diverses classes d’âge de la futaie des dénominations spéciales : en général le terme de baliveau est exclusivement attribué aux brins de l’âge du taillis, aussitôt après leur isolement ; le terme de moderne désigne les arbres de deux âges ; le terme d’ancien désigne les arbres de trois âges ; le terme de bisancien est attribué aux arbres de quatre âges, et celui de vieulles écorces aux arbres de cinq âges et au delà (1).

Il résulte encore de cette constitution toute spéciale de la futaie, que le nombre des sujets formant chaque classe n’est pas indifférent, si l’on veut que lexploitation puisse rester

(1) Il est souvent difficile de déterminer l'âge d'une réserve sur pied, aussi se base-t-on sur la grosseur pour qualifier un arbre comme moderne et ancien ; dans la pratique, on appelle anciens les sujets de 35 centimètres de diamèlre et au-dessus,

soutenue ; le bisancien exploité dans la classe la plus âgée doit pouvoir être remplacé pendant la révolution suivante par un sujet de la classe immédiatement inférieure, condition nécessaire puisque l’on veut à la fin de cette nouvelle révolution trouver encore un bisancien à exploiter, et ainsi de suite jusqu’à la plus jeune classe ; aucune classe ne peut donc avoir un nombre de sujets inférieurs à celui des sujets de la classe la plus âgée.

En outre, au fur et à mesure qu’un jeune baliveau vieillit et monte en grade dans les classes successives de la réserve, il est exposé à mille causes qui peuvent l'empêcher de bien se développer, ou le détériorer ; il peut, à un moment quelconque, ne plus présenter les qualités voulues pour mériter d’être maintenu ; un choix est nécessaire à chaque changement de grade, et, pour permettre ce choix, une classe doit contenir d'autant plus de sujets qu’elle est plus Jeune.

Il résulte enfin de cette constitution que l'élément taillis qui forme l’étage inférieur présente vis-à-vis de l’élément futaie le caractère d’un sous-étage ; dès lors, il existe une solidarité étroite au point de vue de la croissance entre le taillis et la futaie qui le domine ; l'existence et la prospérité de ce sousétage dépendent de l’accès de la lumière, dont la mesure est déterminée par l'étendue et l’épaisseur du couvert de la futaie. Entre les cas extrêmes, taillis prospère sous futaie claire, et taillis chétif sous couvert épais, se trouve un champ assez large dans les limites duquel on peut concevoir un certain nombre de formes diverses ; mais comme toutes les circonstances qui favorisent ou entravent la croissance, agissent tantôt sur le taillis, tantôt sur la futaie, et comme la prépondérance de l’un entraîne toujours un certain affaiblissement de l’autre, on comprendra qu’une proportion constante des diverses parties du peuplement ne puisse être obtenue que si des soins intelligents conservent son caractère à cette forme essentiellement mobile.

Ce fait de solidarité entre la futaie et le taillis porte à distinguer dans le taillis composé, trois cas distincts :

4er Cas : La futaie est normale. — Autrement dit la futaie et le taillis se trouventsur un pied à peu près égal. Dans ce cas, on

se propose d'obtenir une croissance satisfaisante, uniforme et soutenue du taillis, sans négliger la production de la futaie ; pour cela, il faut avant tout se rendre compte de l’effet produit par le couvert de la futaie sur le sous-étage. Cet effet est très variable selon l’essence, la hauteur des tiges et des cimes de la futaie, la répartition des sujets tant du taillis que de la futaie, ainsi que, selon la fertilité des stations, la longueur des révolutions, etc. ; il faut encore que le couvert des réserves soit à peu près le même un peu partout, afin que le taillis vienne également bien dans toutes ses parties ; aussi doit-on toujours chercher à obtenir la répartition à peu près uniforme de la futaie, et pour cela, il ne faut pas perdre de vue les classes d’âges les plus avancés.

Mais comme, d’autre part, le couvert des essences de lumière est beaucoup moins épais que celui des essences d’ombre, et nuit moins à la croissance du taillis, il est à désirer que la futaie se compose, au moins partiellement, d’essences de lumière. L'expérience seule peut établir quelle épaisseur le couvert peut prendre pour ne pas trop nuire à la production du taillis, et c’est par elle qu’on peut définir dans une station donnée, quel est le nombre des sujets à admettre dans chaque classe, nombre proportionné à leur couvert. De tels chiffres n'auront jamais qu’une valeur relative, et ils devront être considérés comme de simples renseignements, bons à connaître pour la gestion de forêts semblables, car dans toute forêt bien traitée en taillis-sous-futaie, il existe des considérations d’essence, de climat, de sol, de catégories de réserves qui priment celle du nombre de baliveaux de toutes classes.

2e Cas : La futaie est surabondante. — Dans cette forme, on se propose de donner une prédominance marquée à la futaie, afin de produire surtout du bois d'œuvre; cette prédominance de la futaie tend à donner plus ou moins au taillis composé le caractère de la futaie jardinée (fig. 29).

M. Gayer donne la description de cette forme de peuplement dans les termes suivants : pour produire beaucoup de bois d'œuvre, il faut que les sujets de la futaie soient plus serrés que dans le type précédent, et cela surtout dans les classes jeunes et d’âge intermédiaire. O?, si l’on voulait établir ce

Côte-d'Or

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massif serré dans toute l’étendue du peuplement, on devrait, dans la plupart des cas, à cause du couvert très épais de la réserve, renoncer au sous-étage et par suite au caractère du taillis composé. Il s'ensuit qu’en règle générale, la futaie doit être ici répartie d’une manière irrégulière.

3e Cas : La futaie est insuffisante. — Dans cette forme, on donne une prédominance marquée au taillis et la futaie se compose d’un petit nombre de sujets disséminés et par suite assez distants les uns des autres. Dans ce type peuvent rentrer : les taillis à longues révolutions, demandant par suite un couvert plus modéré pour pouvoir se développer (fig. 28) ; les taillis à révolutions ordinaires, surmontés d’une réserve qu’on ne laisse pas vieillir au delà de deux et rarement de trois révolutions de taillis ; enfin les taillis avec un très petit nombre d'arbres qu’on laisse vieillir.

Le caractère de ce type est de reléguer la futaie au second plan ; cette forme se rapproche beaucoup du taillis simple.

Il est à remarquer que, sous l'influence des abus de pâturage, des abus commis par une mauvaise administration, songeant plus à jouir du présent qu’à réserver l’avenir, et justement en raison de la souplesse de cette forme de peuplement qui se prête à toutes les exploitations abusives du matérie sur pied, beaucoup de taillis composés ont été conduits par la force des choses à cet état, même dans les régions qui leur présentaient les stations les plus propices.

Les conditions économiques actuelles du marché des bois ne permettent-elles pas de faire mieux? Nous verrons dans la suite de cet ouvrage qu’une bonne gestion doit souvent tendre à se rapprocher progressivement des types précédents, ne füûtce qu’en vue de conserver, et souvent de restaurer la fertilité de la station, et par suite sa force productive.

Le taillis composé (spécialement la première et surtout la troisième forme) exige pour les mêmes raisons que le taillis, un climat doux, une longueur suffisante de la saison de végétation, un sol assez frais pour ne pas craindre des découverts souvent répétés, et en plus un terrain dont la fertilité et la profondeur rendent possible la culture des essences précieuses, surtout du chêne.

20 DANGERS EXTÉRIEURS. — Il est facile de se rendre compte d’après ce qui a été vu précédemment, que le taillis composé présente une immunité presque complète aux dangers extérieurs, ou tout au moins tend à modérer dans une très large mesure leurs effets très dangereux ; par le couvert de son étage supérieur, il atténue les écarts de température et les dégâts qu’occasionnerait la gelée ; les vieux arbres de la futaie euxmêmes, grâce à l’enracinement solide qu’ils doivent à leur état isolé et à la forme conique de leur tronc, offrent une grande résistance au vent ; ils servent de protection aux plus jeunes réserves ; quant aux insectes et aux champignons, leurs dégâts ne sont jamais que partiels et par suite fort peu à redouter.

En définitive, en toutes circonstances et mieux que la futaie, le taillis composé répare de lui-même les dégâts dont il a pu être victime ; car, quel que soit le sort de la réserve, l’ensouchement du taillis est toujours là pour sauver l’état boisé.

39 PRODUCTION. — Le taillis composé a été très discuté comme production, ce qui s’explique, puisqu'il existe une infinité de types très dissemblables. Traité d’une manière rationnelle il est d’un rapport au moins égal à celui de la futaie, et cette comparaison paraît devoir être encore plus à l'avantage du taillis composé, s’il s’agit de futaies régulières.

Quant à la nature de la production, la forme de taillis composé permet d’obtenir du bois d'œuvre d’essences feuillues, particulièrement du chêne, dans un temps relativement court ; elle présente l’avantage de donner à chaque sujet un espace illimité pour s’y développer, et par suite de favoriser le développement des cimes ; comme elle tend à assurer la conservation des qualités du sol, elle a pour effet non seulement d’augmenter la production totale annuelle, mais encore de donner au bois des qualités intrinsèques qui en font du bois d’œuvre.

Notons toutefois que MM. Boppe et Jolyet reprochent au taillis composé de donner du bois d’œuvre à accroissements irréguliers, trop dense, trop nerveux et par suite se tourmentant facilement ; enfin, ils ajoutent que l’alternative d’isolement et d’enclave au milieu d’un sous-étage grandissant,

dispose les arbres à contracter des tares qui occasionnent un déchet considérable.

En ce qui concerne les fûts, la croissance à l’état isolé tend à leur donner une forme conique inférieure à celle de la futaie, inconvénient qui est compensé, dans une certaine mesure, lorsque la futaie est prépondérante.

Quant aux bois de branches et aux ramilles, leur proportion dans les arbres de réserve est très forte, et il est rare que ces arbres fournissent plus de 40 à 50 p. 100 de leur volume total en bois d’œuvre ; le reste n’est que du chauffage souvent de médiocre qualité.

Quoi qu'il en soit, le taillis composé se recommande au point de vue économique par la variété de ses produits, qui sont de nature à satisfaire les besoins les plus multiples du commerce.

40 INFLUENCE SUR LA FERTILITÉ DE LA STATION. — De ce qui précède, ilrésulte qu'un taillis composé, soumis à un traitement raisonné, ne dénude que partiellement le sol à chaque exploitation du taillis ; dès la première année après l’exploitation, les îlots de rejets opposent déjà à l’asséchement du sol et à l'enlèvement de la litière, un obstacle beaucoup plus efficace qu’un semis, même âgé de plusieurs années ; dès la formation du massif, le sous-étage joue le rôle d’un peuplement de protection.

D'un autre côté, la présence continue de l'étage supérieur, spécialement dans le type à futaie prépondérante, constitue un autre excellent élément de conservation, et cette forme de peuplement doit être considérée comme d’autant plus favorable à la conservation des qualités du sol, qu’elle se rapproche plus du type futaie.

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