FUTAIE CLAIRE
doute, au point de vue de la production du bois d’œuvre, mais c’est inévitable.
Dans certaines régions, notamment dans le nord-est de la France, où les réserves des taillis-sous-futaie, de très belle venue, sont presque exclusivement constituées par des chênes, il semble possible de concevoir un type de forêt plus facilement réalisable que la futaie régulière et plus productif en bois d’œuvre que le taillis-sous-futaie. C’est à ce type que le professeur Huffel a donné le nom de « Futaie claire »(1).
Caractéristique de la futaie claire. — Si dans un peuplement de taillissous-futaie du type à futaie prépondérante, on marque au passage des coupes successives d’une part assez de baliveaux de l’âge du taillis (200 à 300 à l’hectare, par exemple) et, d’autre part, assez de réserves de toutes catégories pour que la futaie devienne nettement prépondérante, on ne tarde pas à posséder un peuplement dans lequel l’élément taillis devient incapable de servir au recrutement ultérieur de la réserve ; appauvri, presque détruit par le couvert des arbres de l'étage supérieur, le taillis est vite réduit à l’état d’un sous-étage de protection ou d’un sous-bois.
Le sylviculteur exploite ce taillis à des intervalles rapprochés, dix ou quinze ans par exemple (la durée de quinze ans paraît convenable pour le chêne dans les terrains frais du nord de la France) et il se préoccupe alors d'assurer la perpétuité de la forêt uniquement à l’aide des francs pieds ou brins de semence issus directement des graines disséminées sur le sol par les réserves porte-graines. A cet effet, il exploite, à chaque passage d’une coupe de taillis, dans toutes les catégories de réserves, les arbres les moins beaux et les moins vigoureux qui s’y trouvent en excédent du nombre normal assigné à la catégorie ; il recèpe en même temps les jeunes semis mal conformés ou manquant de vigueur, et dégage les autres par un recépage radical de la souille qui croît avec eux dans l'intervalle des arbres.
Le peuplement se trouve dès lors constitué par des arbres de l’âge de la révolution du taillis (soit quinze ans) et par des arbres d’un âge double, triple, etc. (trente, quarante-cinq ans, etc.), formant autant de catégories d’âges ou de diamètres qu’il y a de fois quinze dans l’âge des plus vieilles réserves exploitées ; ces arbres sont confusément mêlés, de telle sorte que sur tous les points il se trouve des sujets fertiles et que les semis peuvent, par conséquent, être produits partout, à tout moment. De plus, ces arbres sont isolés, grâce aux exploitations qui portent tous les quinze ans sur des arbres de chaque catégorie, c’est-à-dire qu'ils ne forment pas un massif continu, complet, à un seul étage ; entre les plus grands, se trouvent des intervalles, d'importance déterminée par le tempérament de l'essence, par le besoin de lumière des semis, où croissent des arbres plus petits et où se forment des semis.
A défaut d’autre indication, nous admettrons que chaque catégorie
(1) G. Hurrer, Économie forestière, t. II, Paris, 1905.
doit occuper une surface égale dans la forêt par le couvert des cimes ; si nous avons dix catégories, chacune couvrira par hectare un peu moins de 1 000 mètres carrés ; nous laisserons ainsi (pour plus de sûreté, notamment dans les forêts de chêne), une portion de la surface inoccupée (non couverte) par le matériel des arbres de manière à faciliter la naissance et le maintien des semis qui s’y trouveront mélangés à une souille, à des morts-bois et à quelques rejets de souche.
Si les exploitations d’arbres reproduites tous les quinze ans sont bien réglementées, et si d'autre part le sylviculteur prend soin au passage de chaque coupe d’assurer aux jeunes plants d’essences précieuses et notamment de chêne l’espace, l’air et la lumière qui leur sont nécessaires pour se développer, le peuplement ainsi constitué se renouvellera toujours, à l’état de futaie claire, au fur et à mesure des exploitations.
Ce type tout nouveau de forêt semble, d’après le professeur Huffel, devoir présenter les avantages suivants :
19 Toutes les glandées, nous dirions presque tous les glands que la forêt produira seront utilisés pour la régénération du chêne, en quelque lieu et à quelque moment qu’elle les produise ;
29 Le retour fréquent des coupes sur le même point, qui est un trait essentiel de la futaie claire, assurera le maintien des semis une fois formés, grâce à leur dégagement périodique ;
3° Ce retour fréquent permettra de ne laisser, même après la coupe, que de faibles intervalles entre les grands arbres. Le matériel des arbres pourra donc occuper une plus grande partie du terrain que dans les taillis composés, sans que son recrutement en soit compromis. Le rendement en bois d’œuvre sera, par suite, augmenté ;
4° Les arbres, moins éloignés les uns des autres que dans les taillis, prendront des hauteurs de fûts plus grandes, ce qui procurera encore une augmentation de la production en bois d'œuvre et facilitera le maintien des semis ;
5° Le retour fréquent des coupes sur le même point permettra de réaliser d’une façon à peu près continue, à mesure qu'ils se produiront, les arbres viciés, de végétation languissante et les déchets de toute sorte ;
6° Les coupes, plus fréquentes, seront chaque fois moins intenses, moins brutales, ce qui est un avantage à plusieurs points de vue, notamment au point de vue de la production des arbres. Celle-ci sera sans doute supérieure, le matériel ne subissant pas, comme dans les taillis composés, à trente ans d’intervalle, par exemple, des réalisations qui le réduisent périodiquement à moitié de ce qu’il était auparavant. Le capital ligneux en arbres sera moins variable, plus grand en moyenne, les forces productrices seront mieux utilisées.
Enfin, en ce qui concerne les dangers extérieurs ainsi que l'influence sur la fertilité de la station, il est facile de se rendre compte que le peuplement se présente dans les conditions les plus favorables.
pu
Toutes les forêts de la propriété privée rentrent plus ou moins directement dans un des types de peuplement que nous venons d'examiner, quelles que soient les méthodes employées pour les gérer.
Mais en raison même des fautes culturales qui peuvent être commises et renouvelées sans cesse sur le même point, les forêts du même type présentent une variété infinie d’aspects ; nous n’en prendrons qu'un exemple : Sur les bords de la Saône se trouvent de belles forêts traitées en taillis composé ; le sous-étage très complet est formé d’essences de choix ; l’étage dominant se compose de superbes réserves de chêne. A côté, dans des conditions identiques, la forêt voisine, traitée aussi en taillis composé, est en mauvais état ; elle ne renferme que des coudriers, des bois blancs, de mauvaises réserves de chêne et il est impossible d’y faire un bon balivage ; dans ce cas particulier, la forêt est ruinée par une série de révolutions trop courtes qu’on lui à imposées. Cet exemple nous permet de concevoir une notion nouvelle, celle de l’état de la forêt.
Cet état de la forêt est très complexe à définir. Indépendamment des circonstances locales, des nécessités du moment et des produits que l’on veut obtenir, toutes choses importantes pour le propriétaire, il est en rapport non seulement avec la forme du peuplement, mais aussi avec les essences susceptibles de composer ce peuplement, essences qui en font, suivant sa forme, une sorte de peuplement tout spécial.
Nous caractériserons donc, dans une certaine mesure, l’état de la forêt : 1° par la comparaison entre elles des différentes formes de peuplements ; 2° par la composition des peuplements, c’est-à-dire par les essences qui peuvent entrer dans chaque forme de peuplement, pour en constituer un type spécial.
Cette double étude permettra au propriétaire, à qui nous en laissons le soin, en raison des circonstances locales dans lesquelles il se trouve, de déterminer le type général qui correspond au bon état de sa forêt, ou tout au moins d’apprécier,
suivant les cas, quelles sont les considérations qui peuvent le conduire à modifier l’état actuel d’une forêt déterminée.
{. — Comparaison entre les différentes formes de peuplement.
FORMES DE PEUPLEMENT. — Au point de vue de l’exploitation forestière dans son ensemble, la forme du peuplement qui doit exister, est fonction des éléments suivants :
19 Essence. — Certaines essences excluent souvent des formes déterminées de peuplements ; telle essence feuillue (aune, micocoulier, robinier, saule, etc.) ne comporte très ordinairement que la forme du taillis simple, tandis qu’au contraire les essences résineuses ne se prêtent qu’aux formes de futaie, et n’apparaissent comme réserves dans les taillis composés que pour des raisons accidentelles et temporaires.
20 Qualités de la station. — La forme du peuplement agit à ce point de vue, soit par ses exigences propres au point de vue de la fertilité du sol, soit par l’action qu’elle exerce sur la conservation de cette fertilité.
En sol frais et fertile, l'action conservatrice du peuplement présente un intérêt moins impérieux qu'ailleurs, et les bonnes stations peuvent admettre toutes les formes de peuplement ; par contre, ces bonnes stations sont tout indiquées pour les formes de peuplement qui recourent spécialement à l'emploi de la lumière pour forcer en quelque sorte le développement des sujets d'élite (taillis composés, réserves sur coupe définitive).
En so! de fertilité moyenne, en raison d’une constitution physique défavorable, d’une faible profondeur et du peu d’abondance d’éléments minéraux assimilables, ou encore dans les stations plus ou moins exposées aux dangers extérieurs (pentes fortes et ravinements, vents violents, gelée, neige, etc.), l’action conservatrice du peuplement présente un intérêt souvent très impérieux. Les formes de peuplement préférables sont alors celles qui assurent le mieux le couvert continu et le maintien d’un massif complet (futaie traitée par coupes successives, par coupes jardinatoires, futaie jardinée).
107 (968y aotaurl op ueseimo) surdes op owdoyrun jo and quotuoqdnod un sup srqeq — ‘0€ ‘
*(UIY) nonTIZ2U, 9P 19:
RTE
Li |
PT CS Pen +
En sol médiocre et mauvais, dans les stations chaudes et défavorables, la question de l'essence à planter prend le pas sur celle de la forme du peuplement, car la plupart des essences en sônt exclues, n’y trouvant pas ce qui est nécessaire à leur subsistance ; on ne peut que choisir, parmi les formes de peuplement qui conviennent à cette essence, celle qui paraît le plus apte à concourir à l’entretien du sol et à la conservation des qualités qu’il peut avoir, et si les circonstances imposent l’exploitation à blanc étoc, on doit éviter d’opérer la coupe en bloc sur de grandes étendues.
D'une façon générale, l'adaptation de la forme du peuplement à la station est d’autant plus nécessaire que la conservation des qualités du sol est plus subordonnée à Paction protectrice de la forêt.
39 Dangers extérieurs. — Les peuplements d’un seul âge opposent à presque tous les agents destructeurs (ouragans, neige, gelées) moins de résistance que les autres (fig. 30), ils sont moins aptes à parer, dans certaines situations de montagne, aux effets désastreux des eaux de ruissellement, des avalanches, etc. Par suite, dans les stations fréquemment exposées, d’une manière plus ou moins permanente, à des phénomènes de ce genre, ils sont moins à leur place que les peuplements d’âges multiples ; ces derniers, d’ailleurs, sont toujours plus aptes à produire des peuplements sains, plus susceptibles de résister aux dangers extérieurs.
49 Repeuplement. — Certaines méthodes excluent des formes déterminées de peuplements, et inversement, suivant les âges d’exploitation que comporte une forme de peuplement, la création des nouveaux sujets ne peut s’effectuer de la même manière.
Les formes du taillis simple et du taillis composé ont recours au repeuplement par rejets et drageons, combiné dans une certaine mesure, pour assurer la perpétuité de la forêt, avec d’autres méthodes de repeuplement; les formes de futaie ont recours à la régénération naturelle ou à la régénération artificielle suivant l’âge d’exploitation (supérieur ou inférieur à l’âge de fertilité des sujets), ou bien elles demandent une combinaison de ces deux méthodes (semis naturels incomplets).
Dans les limites des circonstances où cela est possible, il est économiquement plus avantageux d’obtenir la perpétuité de l’état boisé par voie naturelle plutôt que par voie artificielle.
Dans les formes de taillis, les conditions les plus favorables au repeuplement naturel sont:
19 Jeunesse et état sain des souches, qui doivent disparaître, dès qu’elles n’ont plus la vitalité suffisante, et qu’elles occupent sans profit un espace où peuvent venir s'installer des semis naturels ;
20 Exploitations faites à des âges relativement peu élevés, c’est-à-dire dépassant rarement trente à quarante ans, pour assurer la formation de rejets nombreux et vigoureux, mais en général suffisamment élevés pour amener la disparition complète des morts-bois et des bois blancs ;
39 Présence sur le taillis ou à proximité de porte-graines disséminés, susceptibles d’assurer par ensemencement naturel le renouvellement progressif de ancien peuplement ;
49 Existence, dans une certaine mesure, d’un couvert supérieur ou latéral susceptible, pendant les périodes d’exploitation du taillis, de protéger le sol, la couverture morte et lhumus contre le desséchement et les jeunes sujets (rejets, drageons, semis), contre les dangers extérieurs, tout au moins pendant la période de toute première jeunesse.
Sauf dans le cas de circonstances exceptionnelles dues au climat (par exemple, climat méditerranéen ou du midi), au sol et à la fertilité de la station, le taillis composé remplira mieux toutes ces conditions et sera préférable au taillis simple.
Dans Les formes de futaie, lemploi de la régénération naturelle ne sera possible qu'avec des âges d’exploitation suflisamment élevés pour permettre aux porte-graines de fructifier d’une façon abondante et soutenue, et les conditions les plus favorables à cette régénération naturelle sont :
1° Sujets adultes, plus ou moins isolés, ayant par suite une cime développée ; recevant plus de lumière, ces sujets produisent plus de graines ;
20 Sol apte à recevoir la graine et à la faire germer ;
30 Jeunes plants plus ou moins protégés par un couvert supérieur ou latéral pendant la première période de leur existence.
Les peuplements d’âges multiples remplissent ces conditions moins imparfaitement que ceux d’un seul âge.
Mais quand toutes les conditions d’une bonne régénération naturelle font défaut, l'emploi de la régénération artificielle est indiqué ; dans ce dernier cas, on doit encore chercher une forme qui assure labri nécessaire à la jeune plantation.
Conclusion. — La comparaison entre elles des formes de peuplement, au point de vue cultural, nous conduit à cette conclusion que la culture forestière doit avoir pour but, non seulement l’exploitation, mais encore la conservation intégrale des forces de production, et que dans bien des cas, une gestion qui n’a en vue qu’un placement pécuniaire aussi élevé que possible est exposée à oublier cette condition.
Nous verrons dans la suite que la comparaison entre le revenu d’une forêt et le capital engagé dans l'exploitation forestière, donne le taux de placement de ce capital argent.
C’est la recherche du maximum de taux de placement qui conduit le propriétaire particulier à des exploitations extensives, avec des âges peu élevés; cette exploitation extensive, que peuvent justifier les considérations économiques du moment, doit toujours avoir pour limite les obligations imposées par les règles culturales, sinon le propriétaire appauvrit peu à peu et systématiquement son domaine boisé. Comme il ne fait pas intervenir cet élément essentiel dans son calcul de placement, les chiffres qu’il obtient sont trompeurs, quelles que soient les combinaisons savantes qui ont permis de les trouver. Mieux vaut, alors, demander franchement à d’autres placements, aussi commodes et aussi sûrs, si on les trouve, le taux exigé.
Sans entrer dans le détail des cas particuliers, où le taillis simple peut être justifié et où la substitution des essences résineuses aux essences feuillues peut être avantageuse, nous croyons pouvoir dire que le propriétaire particulier a aujourd’hui intérêt :
19 A préférer, partout où cela est possible pour le traitement
des essences feuillues, le taillis composé au taillis simple, sauf dans des circonstances spéciales et justifiées ;
k 20 A adopter, dans ces taillis composés, des révolutions assez longues (vingt-cinq à trente-cinq ans) pour l'élément taillis, et à conserver un nombre suffisant de réserves :
39 À abandonner (sauf exception), les futaies feuillues et à ne pas adopter pour les futaies résineuses de trop longues révolutions, en raison du faible taux auquel fonctionnent ces futaies.