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Composition des peuplements

Un peuplement peut être composé d’une seule essence, ilest dit pur ; ou bien il peut être formé d’un mélange de deux ou de plusieurs essences diversement associées, il est dit mélangé.

Peuplements purs.— Dans la généralité des cas, la nature a une tendance à provoquer spontanément des mélanges ; les peuplements purs ne seraient donc qu’une rare exception si la nature et l’homme n'étaient intervenus ; d’une part la nature en créant des stations où ne peut vivre qu’une seule essence, soit en raison de l'altitude et du climat (stations rudes, à climat rigoureux de l’épicéa, par exemple), soit en raison de situations toutes locales, telles que excès d’humidité (aune, saule), excès de sécheresse et de stérilité (pin sylvestre), etc.; d'autre part l’homme en propageant, à l’exclusion des autres, l'espèce susceptible de répondre à ses besoins, en vue de produits déterminés, tels que perches, bois pour pâte à papier, bois de charbonnage, bois d’œuvre ordinaire, osiers pour la vannerie, écorces à tan, etc.

Enfin de simples erreurs ou des fautes culturales ont pu conduire accidentellement à la création de ces peuplements purs. C’est ainsi, par exemple, qu'après des coupes à blanc, dans les futaies de chêne et de hêtre, le sol peut se trouver envahi par des semis de charme pur ; que le bouleau ou des essences secondaires se substituent seules aux bonnes espèces dans un sol appauvri par des abus de jouissance, etc.

Peuplements mélangés. — Dans la forêt livrée à ellemême, le mélange des essences s’effectue par les mille moyens

A. FRON. — Syloiculture. 9

dont dispose la nature ; les graines légères, ailées, sont disséminées par le vent ; les graines lourdes sont transportées au loin par les oiseaux, les rongeurs et mille causes accidentelles ; là où elles tombent, elles peuvent trouver des conditions favorables à leur germination et à leur développement ultérieur, et elles constituent un mélange par sujets isolés.

Ailleurs, le mélange s'effectue par groupes ou bouquets, soit que les graines lourdes, tombées au pied de leurs portegraines, aient trouvé des conditions favorables à leur développement, soit que des conditions locales se prêtent mieux à l'installation et au maintien d’une essence déterminée, au détriment de toutes les autres ; telles peuvent être des conditions de sol, un état plus ou moins favorable de la couverture morte, l'humidité, la présence où l'absence d’un couvert bas et épais, etc.

Ainsi, dans la nature, les essences ont une tendance naturelle à se mélanger par pieds isolés et par bouquets ; ces deux formes de mélange se présentent souvent simultanément et le mélange peut persister, grâce à la différence des stations, à la différence du tempérament des diverses essences, causes auxquelles s’ajoute une plus ou moins grande rapidité dans la végétation de ces essences.

Dans la forêt cultivée, l'homme qui se propose un but déterminé, intervient pour diriger le mélange, spécialement dans les formes de peuplement qui s’écartent le plus des conditions naturelles. Dès lors, il ne lui suffit pas de créer ou de provoquer ce mélange, il doit savoir maintenir l’équilibre entre des voisins qui luttent à armes inégales. Cette question des mélanges, disent MM. Boppe et Jolyet, est une des plus délicates qui se présentent en sylviculture ; il faut toutes les ressources de l’art forestier pour obtenir, soit naturellement, soit artificiellement, la composition voulue ; chaque station demande pour ainsi dire un mélange différent ; mais en cherchant bien, surtout en interrogeant autour de soi, on trouvera toujours une solution satisfaisante sans sortir des essences spontanées.

Avantages et inconvénients des peuplements mélangés. — Des raisons culturales de premier ordre indiquent

que le mélange est l’état de peuplement le plus à désirer dans la plupart de nos stations :

a. Le peuplement mélangé, par sa nature même, s’adapte aux inégalités locales des stations ; ses divers éléments qui trouvent, dans la place qu’ils occupent, un sol en rapport avec leurs exigences, leur enracinement, etc., lui permettent de conserver une croissance également bonne dans toute son étendue, ce qu'il est difficile d’obtenir avec un peuplement pur ; par suite, le peuplement mélangé est plus complet dans son ensemble, son état de massif est meilleur, et il utilise mieux la fertilité du sol, ainsi que la lumière disponible.

b. L’état de mélange favorise, dans un grand nombre de peuplements, le maintien prolongé du massif, et nous avons vu que c’est surtout dans les âges avancés que cette densité du massif est utile en vue des qualités du sol pour une bonne régénération ; le peuplement mélangé est, à ce point de vue, bien préférable aux peuplements purs qui tous, d’une façon variable, il est vrai, suivant le tempérament de l’essence, ont une tendance à éclaircir leur massif au fur et à mesure qu’ils deviennent plus âgés. En outre, sous un peuplement mélangé, les feuilles qui tombent sur le sol ont des consistances diverses ; elles se décomposent plus facilement et la couche de terreau formé est plus épaisse et mieux constituée.

Ainsi, par un couvert plus complet et plus prolongé, par les qualités de la couverture morte et de lhumus, le peuplement mélangé tend à maintenir, bien mieux et plus longtemps que les peuplements purs, la fertilité de la station et lameublissement du sol ; par suite, il est plus favorable au réensemencement naturel et assure plus facilement la continuité de l'existence de la forêt.

c. Le mélange présente sur les peuplements purs le même avantage au point de vue de la résistance aux dangers extérieurs, tels que vents violents (essence pivotante adjointe aux essences à enracinement superficiel), bris de neige et de givre (essence à feuillage caduc associée à l'essence plus sensible à feuillage persistant), froid (essence résistante jointe à. une essence sensible), incendies (essence feuillue avec essence résineuse), insectes et champignons, etc.

d. Le mélange assure au point de vue économique une plus grande variété dans la production ; par cela même, il augmente l’utilité de la forêt dont les produits sont, en général, plus faciles à écouler dans le commerce. Par la concurrence vitale, il tend à améliorer la croissance de certaines essences, modifiant avantageusement la forme de leur fût ; c’est ainsi que certaines essences feuillues (le hêtre, par exemple), en mélange avec des essences résineuses (sapin, épicéa) tendent à suivre la croissance en hauteur de ces dernières et à allonger considérablement leurs fûts.

Enfin, le peuplement mélangé, présentant moins de fixité que le peuplement pur, se prête, au moins dans certaines limites, bien mieux que ce dernier à des modifications dans les exploitations.

e. Par contre, au point de vue de la gestion, le peuplement mélangé est souvent plus difficile à diriger que le peuplement pur, en raison même de ce qu’il y a lieu de satisfaire, d’une façon permanente, aux exigences de toutes les essences, et que des fautes culturales répétées peuvent provoquer la disparition d’essences précieuses et l’envahissement d’essences de second ordre.

Exigences des mélanges. — Quatre facteurs essentiels agissent sur le peuplement mélangé et exercent sur les diverses phases de son existence une action prépondérante. M. Gayer les énumère dans l’ordre suivant :

a. Station. — La station doit être de nature à pouvoir satisfaire toutes les exigences de chacune des essences du mélange ; sinon l’essence la moins favorisée disparaît progressivement du mélange.

b. Fertilité de la station. — Le mélange ne doit pas être de nature à ruiner la fertilité de la station, sinon le mélange est pire que le peuplement pur par suite de l’éclaircissement prématuré qu’il subit spontanément.

c. Tempérament. — Chaque essence doit trouver dans le peuplement les conditions d’espace (espace pour la cime dans l'atmosphère et pour les racines dans le sol) et de lumière qui conviennent à son caractère biologique ; et cette situation doit persister pendant toute son existence ; sinon l’essence ne pourra

pas conserver dans le peuplement une bonne croissance et tendra à être éliminée.

d. Forme du peuplement. — Le peuplement doit être traité dans une forme appropriée aux essences qui le constituent et au but que l’on se propose; le choix judicieux de la forme du peuplement est une des conditions les plus importantes de Pexistence des mélanges, et du maintien jusqu’à l’exploitabilité de chacune des essences qui le composent.

Dans un peuplement uniforme, mélangé par sujets isolés, les espèces associées n’ont pas la même activité de végétation à leurs différents âges ; ces différences peuvent s’égaliser avec l’âge, mais dans la plupart des cas, le mélange originel tend de plus en plus à se transformer en un peuplement pur ; qu’on associe, par exemple, à une essence de lumière une essence d'ombre, dont les tendances envahissantes par sa nature, sont encore exagérées par une meilleure adaptation au milieu: la première succombe toujours victime de la seconde. Il en est ainsi du chêne et du hêtre dans les forêts du nord et de l’est de la France, où le hêtre qui se trouve dans le centre de son aire, aura toujours des tendances à dominer le chêne, et l’aura bientôt éliminé, si, par des éclaircies bien conduites, on ne vient pas sans cesse le cantonner dans le rôle secondaire qui luiest dévolu ; ainsi encore du hêtre et du sapin aux altitudes un peu considérables.

II résulte de ces considérations qu’on est conduit à accompagner le peuplement mélangé, depuis son origine jusqu’à sa vieillesse, de soins passagers, dans le but de protéger l’essence menacée, intervenant toujours au moment et dans le sens voulu.

Des soins culturaux de ce genre, d’un caractère passager et par suite à renouveler pendant toute l'existence du peuplement, exigent une main-d'œuvre adroite et souvent assez dispendieuse.

Mais on peut tendre à maintenir le mélange par d’autres mesures spéciales présentant un caractère permanent :

19 En faisant préexister, toutes les fois que cela est possible, l'essence menacée, c’est-à-dire en faisant prendre au moment de la régénération à un certain nombre de sujets de cette essence l’avance sur les autres essences ;

20 En opérant le mélange, non plus par sujets isolés, mais par bouquets, par groupes ou par compartiments plus ou moins étendus, en créant en un mot, suivant l’expression de MM. Boppe et Jolyet, des peuplements de composition zébrée ou mouchetée ; dans un tel peuplement, chaque espèce est ainsi isolée sans toutefois perdre les avantages du mélange ; elle peut être traitée à l’état pur dans chaque bouquet, suivant les besoins qui lui sont propres ; les sujets de l’essence menacée sont ainsi préservés de l’influence envahissante et peuvent être maintenus jusqu’à leur exploitabilité ; si l'étendue des bouquets est réglée sur la susceptibilité de l’essence menacée, l'effet obtenu peut être permanent ;

39 En faisant préexister à l'essence envahissante les bouquets de l'essence à protéger ; l'état du peuplement ainsi mélangé est celui qu’on obtient au moyen du traitement par coupes jardinatoires, qui se prête mieux que tout autre à la conduite et au maintien des peuplements mélangés.

Composition des peuplements mélangés. — Nous avons vu que tout mélange doit être susceptible de se prêter à l’entretien du sol et aux exigences naturelles de chaque essence ; accessoirement, il doit prémunir le peuplement contre les dangers extérieurs.

Pour satisfaire à ces conditions, on cherchera en principe et sauf exceptions : 10 à introduire en majorité dans les mélanges les essences d’ombre ; 20 à associer aux essences résineuses des essences feuillues.

Remarquons en outre qu’on doit tenir compte dans la détermination du mélange, du but de exploitation, en particulier de la valeur industrielle des essences, et, dans certaines situations, de leur résistance aux agents extérieurs.

Rôle du hêtre dans les mélanges. — C’est le hêtre surtout, qui par sa faculté unique de conserver intégralement la fertilité et l'humidité du sol, de se prêter merveilleusement à toutes les combinaisons, mérite de fixer l’attention des sylviculteurs.

MM. Boppe et Jolyet exposent ainsi son rôle dans les mélanges : le hêtre vit en plaine comme en montagne ; son aire d'habitation, très étendue, englobe toutes les espèces, aux-

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