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196 PRATIQUE SYLVICOLE.
coup plus fréquemment employés qu’ils ne le sont actuellement.
Préparation des semences à la germination.— La préparation des graines en vue de l’exécution d’un semis peut être pratiquée de la façon suivante : les semences sont mises à tremper dans de l’eau propre pendant le temps qui est nécessaire à l’eau pour pénétrer jusqu’au centre de l’amande, en général douze à vingt-quatre heures pour un grand nombre de semences ; beaucoup plus longtemps pour le pin cembro (en coupant quelques graines de temps à autre pendant le trempage il est facile de constater le degré de pénétration de l’eau dans lamande); on abandonne ensuite les graines disposées en tas dans un local où la température est maintenue à 15 ou 20° C. et on prend soin de déplacer le tas matin et soir et de l’asperger légèrement quand la masse paraît se dessécher ; les graines pour cette préparation peuvent être mélangées ou non avec du sable ou de la sciure de bois ; on exécute le semis deux ou trois jours avant la sortie de la radicule, c’est-à-dire au moment où les graines se gonflent, après les avoir laissées se dessécher très légèrement à l’air. Ce procédé est conseillé par M. Schribaux pour un grand nombre de semences agricoles, pour les graines de conifères et pour toutes les semences qui, en raison de leur volume ou de la dureté de leur enveloppe, mettent plusieurs jours pour absorber l’eau nécessaire à la germination ; ne peut être employé sans réserve parce qu'il exige qu'un temps favorable suive l'exécution du semis, mais nous pensons qu’il peut être employé dans une large mesure pour certains semis effectués en pépinière.
Protection des graines contre les animaux.— La préparation de la semence à l’aide de poudre de minium est employée contre les dégâts des oiseaux et des souris ; à cet effet la semence est humectée assez fortement dans une cuve pour que chaque graine soit effectivement mouillée, mais pas assez pour que l’eau s’accumule au fond de la cuve ; elle est ensuite transvasée et on l’agite avec de la poudre de minium jusqu’à ce que chaque semence soit enduite d’une couche rouge. La semence est alors complètement séchée au soleil ou dans une chambre chauffée afin que la couche de minium prenne une certaine consistance. Cette préparation est relativement peu coûteuse ; elle ne semble pas retarder d’une façon sérieuse la germination des semences ; dans certains cas elle ne paraît pas avoir rendu tous les services de protection qu’on en attendait.
On conseille aussi de se servir de la préparation suivante : 100 grammes de goudron gras — 100 grammes de pétrole épuré et 1 litre et demi d’eau bouillante ; on remue et on laisse refroidir, puis on trempe les graines dans le mélange et on les sème quand elles sont bien ressuyées ; ce procédé a pour effet de retarder la germination à cause du goudron qui empêche l’eau de pénétrer dans la graine, et il peut donner des mécomptes.
Époque des semis. — Le temps le plus favorable pour
exécuter un semis est, en général, celui où la graine se dissémine naturellement, mais à ce moment l'opération est rarement possible. En pratique, on sème :
En été, immédiatement après leur dissémination, les ormes et les bouleaux et en principe les semences très légères qui perdent en quelques jours leur faculté germinative.
À l'automne qui suit leur dissémination : 1° les graines difficiles à conserver telles que celles du sapin, des pins à grosse amande, les glands, faînes, châtaignes ; mais il est souvent préférable de les conserver par la stratification ou l’ensilage et de les préparer à la germination pour le printemps suivant, à cause des dégâts des rongeurs; 20 les graines très lentes à germer, telles que le pin cembro, le frêne, le tilleul, le charme, etc., dont la germination ne se produit que la deuxième année, à moins que la graine ne puisse être préparée à la germination par une stratification appropriée.
Au printemps de l’année qui suit leur dissémination, toutes les semences qu’on peut conserver en bon état pendant la fin de l’été ou l'automne et l'hiver jusqu’en février à l'air libre, et presque toutes les semences que l’on peut conserver en bon état et préparer en même temps à la germination par les procédés que nous avons indiqués.
Le printemps est la véritable saison des semis ; c’est à cette époque que le sol renferme des grandes provisions d'humidité et que la chaleur fait éclore les germes et leur permet de se développer ; c’est à cette époque que tombent en général des pluies chaudes favorables à la végétation. Les graines semées au printemps après une bonne conservation et une bonne préparation à la germination émettent rapidement un germe qui sort de terre ; elles restent peu de temps exposées à la voracité des animaux ; la levée générale est rapide et le semis beaucoup plus régulier.
Recouvrement des graines. — Les graines, à part celles qui sont exceptionnellement fines (bouleau-aune), qu’on se contente parfois de tasser à la surface du sol, doivent être enfouies dans le sol plus ou moins profondément suivant leur grosseur ; l'épaisseur de la terre végétale qui recouvre un semis doit varier avec la grosseur des graines et avec la nature du sol ;
dans les conditions moyennes, cette épaisseur peut être égale à trois fois la grande dimension de la graine.
Plus le sol est léger et sec, plus la semence peut être enfouie profondément sans inconvénient, et inversement si le sol est compact, argileux ou humide, on doit recouvrir beaucoup moins les semences.
Suivant les cas, le recouvrement de la semence après le semis s'effectue soit à l’aide d’une légère herse articulée, soit à l’aide de râteaux en bois, soit à la main.
Soins à donner aux semis. — Il est impossible de protéger les jeunes semis contre la sécheresse, contre les pluies violentes qui ravinent la terre et ensevelissent les jeunes plants, contre les gelées qui soulèvent la terre, arrachent et déchaussent les racines ; tout au plus peut-on lutter parfois contre l’envahissement des mauvaises herbes qui apparaissent en cercle autour des places de semis.
Mais, dès la deuxième année, on comblera les vides par de nouveaux semis, puis, à la troisième année, par des plantations effectuées à l’aide de sujets prélevés sur des places de semis trop serrés.
Dès l’âge de quatre à cinq ans et parfois plus tôt, suivant la rapidité de végétation des plants, on procède au dépressage des parties trop serrées en ayant soin de desserrer les sujets les plus vigoureux par l'enlèvement de ceux qui les gênent ; cette opération, utile surtout pour les semis par placeaux ou par potets, s’effectue en coupant les plants surabondants à l’aide d’un sécateur ou de ciseaux plutôt qu’en les arrachant, afin de ne pas ébranler les plants voisins à conserver.
D'une façon générale, les résultats du boisement par semis se font longtemps attendre ; on doit patienter, et si l’on trouve un plant par mètre carré environ, il y a lieu de se déclarer satisfait.
Semis des principales essences.
Le chêne, essence dont le jeune plant est robuste, peut être semé en plein découvert ; souvent le semis est préféré à la plantation en raison de l’enracinement profond de cette essence ; on sème au printemps,.à la charrue, dans le sillon, et la graine est recouverte par le tracé du sillon suivant ; les glands doivent être recouverts de 4 à 6 cen-
timètres de terre au plus ; on sème également avec des céréales, des pommes de terre ; on pratique également le semis expéditif au plantoir ou à la houe (3 à 5 hectolitres de glands et 4 à 5 francs de maind'œuvre par hectare).
Le semis de hêtre ne sera tenté qu’en forêt, c’est-à-dire sous abri, en pays de plaine ou de basse montagne ; les faînes sont placées à la houe comme les glands ; conservées jusqu’au printemps en silos, on doit les semer aussitôt la sortie du silo, à défaut de quoi les germes déjà formés peuvent se dessécher ; on sèmera également à l'automne. Le semis de charme peut être fait en forêt sur sol frais, sous abri interrompu; effectué à découvert dans les sols secs, il a peu de chance de réussir ; la graine est enfouie dans les sols nus de 1 à 2 centimètres. Cette essence ne doit pas être semée dans le midi de la France où elle ne réussit pas.
Le semis de sapin pectiné ne réussit qu’en forêt sous un couvert un peu relevé ; il se pratique par placeaux cultivés légèrement de 0,25 à 0m,40 de côté ; on sème en automne et on recouvre la graine d’un centimètre de terre.
Les semis d’épicéa sont faits au printemps sur terrain bien débarrassé des mauvaises herbes, et la graine est légèrement enfouie au râteau ; les jeunes plants très grêles peuvent avoir beaucoup à souffrir de l'hiver.
Les semis de pin sylvestre sont avec ceux des chênes et des pins du midi de la France les semis les plus faciles à réussir en terrain découvert ; tous les procédés leur conviennent ; les jeunes sujets ainsi obtenus sont très exposés à la maladie du rouge à laquelle échappent les semis naturels.
Le semis de pin laricio noir d'Autriche réussit aussi facilement sinon plus que celui du pin sylvestre, mais en raison du prix de la graine on plante généralement.
Le pin maritime réussit parfaitement en semis sur les terrains les plus pauvres ; il est employé avec succès pour le boisement des sables siliceux des landes et des dunes de Gascogne, des terres de Sologne.
Le semis de pin d'Alep réussit sur les sols calcaires les plus arides et les plus brüûlants de Provence; on le sème par potets en automre ou au printemps, complétant au printemps les semis d’automne qui n’ont pas réussi.
Semis de pin à crochets. — On sème dru dans les hautes régions sur des parties gazonnées, en se contentant de fendre le gazon ; au bout de sept à huit ans une partie des plants sont repris en motte et plantés sur les parties voisines (on ne peut dans les hautes régions donner une façon au sol sans être exposé au déchaussement et c’est pour l’éviter qu’on sème au milieu du gazon).
Le semis de pin cembro s’effectue dans les hautes régions comme celui du pin à crochets.
Le mélèze est semé au printemps sur les éboulis rocheux, les gazons courts de la haute montagne, en hiver sur la neige.
200 PRATIQUE SYLVICOLE.
Mélange d'essences. — Enfin pour obtenir dès le début un mélange d’essences, on sème en même temps les essences ayant les mêmes exigences, ou bien on sème d’abord les graines lourdes, puis ensuite les semences légères.
S 2. — Boisement par plantations,
Les plantations se font avec des plants de haute tige (plants déjà âgés, et petits arbres), ou avec des plants de basse tige (jeunes plants repiqués ou non repiqués).
Les plantations de hautes tiges sont rarement employées en sylviculture; quand elles s’appliquent à des essences forestières, elles ne diffèrent pas de celles des arbres fruitiers ou d'ornement, qui rentrent dans le domaine de l’horticulture, et on doit y procéder avec les mêmes soins.
Les plantations de basses tiges ou jeunes plants sont plus généralement usitées dans la pratique forestière.
Origine des plants. — Le résultat d’une plantation dépend, à un très haut point, des plants employés. On peut se procurer des plants :
19 Par arrachage de plants en forêt. — Ces plants ont, en général, les racines mal conformées, garnies de peu de chevelu ; transplantés, ils boudent plusieurs années et une grande partie ne réussissent même pas. On peut toutefois extraire avec avantage, dans des semis naturels peu serrés, de bons plants en mottes (sapin ou hêtre), mais leur prix de revient est alors très élevé ; dans certains cas, on peut extraire en forêt de très jeunes plants (sapin ou hêtre) pour les repiquer pendant quelques années en pépinière, avant la mise en place ; ce dernier procédé est parfois très commode, mais il faut avoir soin, lors du repiquage en pépinière, d’enterrer les jeunes plants (notamment le hêtre) jusqu’à la hauteur du pomt d'insertion sur la tige des feuilles cotylédonaires.
29 Par achat chez les pépiniéristes, ou dans les pépinières de propriétaires forestiers qui n’utilisent pas toute leur production ; il est essentiel de ne pas s’adresser à des commerçants peu sérieux qui cherchent à produire la quantité plutôt que la qualité, ou à des propriétaires qui ne peuvent livrer que le rebut de leur producion. On peut, dans le commerce, trouver
à se procurer aujourd’hui d'excellents plants. Si on fait venir ces plants de loin, il y a lieu de se méfier des différences de végétation dans les deux stations.
30 Par production directe en pépinière. — Les plants qu’on peut élever soi-même en pépinière présentent l'avantage de n'avoir pas à subir de longs transports, de pouvoir être arrachés en temps utile et par suite de pouvoir être plantés toujours bien frais. C’est une erreur de croire qu’un plant vigoureux, élevé en sol fertile, souffrira plus s’il est ensuite planté en sol pauvre, qu'un plant chétif qui aurait été lui-même élevé en sol pauvre. Les pépinières doivent donc être toujours placées dans le meilleur terrain possible, et bien soignées.
S'il s’agit de repeuplements importants et si on dispose du personnel nécessaire, il est possible d’établir chez soi, soit une pépinière fixe, soit des pépinières volantes, destinées à fournir les plants nécessaires. Mais il ne faut pas oublier que la création et l’entretien d’une pépinière demandent de grands soins, qu'on doit s’y prendre à l'avance, éviter la surproduction. Pour un propriétaire particulier qui n’est pas outillé spécialement à cet effet, tous les travaux accessoires des pépinières demandent des frais de main-d'œuvre qui augmentent singulièrement le prix de revient des plants.
Préparation de la plantation. — Le boisement d’un terrain n’est pas une opération qu’on peut entreprendre, de prime abord, sans aucune réflexion, en appliquant les règles générales relatives aux plantations ; il faut que les plants, quelque rustiques qu’ils soient, trouvent des conditions compatibles avec leur dévelopement ; les terrains que nous avons à boiser présentent à cet égard de très grandes différences, et une préparation préalable peut être nécessaire avant de songer à exécuter une plantation; cette préparation consiste souvent à effectuer des écobuages, des défrichements partiels, des travaux d’assainissement ou des travaux de fixation du sol. Par contre, il serait très mauvais, surtout sur les sols calcaires plus ou moins secs, de ne pas respecter les buissons de coudrier, d’épine ou autres morts-bois qui peuvent se présenter sur les friches à boiser ; ces buissons conservent un peu de fraîcheur et d’abri; à leur ombre, les plants introduits
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viendront mieux qu'ailleurs, et plus tard autour d'eux, comme sous les pins, naîtront des chênes, des charmes, des hêtres ou toutes autres essences convenant au terrain, aussi tenaces quand elles ont pris possession du sol que difficiles à ramener quand elles ont disparu.
La serpe, aussi bien d’ailleurs que les moutons, doivent être écartés des terrains que l’on se propose d'améliorer par les boisements.
Écoguaces. — L'écobuage consiste à détruire par le feu la couverture de plantes sociales qui envahit une lande et rend impossible à cet état le boisement ; suivant les cas, on brûle sur place à feu courant les plantes sur le terrain ou on les réunit en tas après les avoir coupées ou arrachées ; à moins de 200 mètres des propriétés boisées (art. 148 du Code forestier) l’opération ne peut être exécutée qu'avec J’autorisation du propriétaire du domaine boisé contigu (autorisation préfectorale si le bois est soumis au régime forestier).
DÉFRICHEMENTS. — Le défrichement qui précède une plantation consiste à arracher à la pioche, par places ou par bandes, toute la végétation nuisible des arbrisseaux envahissants et des plantes sociales, ainsi que le feutre épais d'herbes qui couvre le sol, et à préparer avec soin le terrain sur les emplacements choisis. Souvent dans ce cas le sol est acidifié par les débris organiques et la litière toute particulière que forme une telle végétation et le terrain lui-même exerce sur la végétation des plants une influence défavorable ; l'apport d’engrais appropriés (acide phosphorique, potasse) et d’amendements calcaires sur les places ou bandes bien travaillées peut rendre d'immenses services ; sur de tels sols, où il n’est souvent possible d'introduire que des résineux, la végétation forestière qu’on arrive à créer produit peu à peu une transformation complète, et la formation d’un bon terreau précède de peu l'installation spontanée des essences feuillues de la région.
TRAVAUX D'ASSAINISSEMENT. — Dans les terrains marécageux où un épais feutrage d'herbes couvre un sol compact, non aéré et froid, aucun boisement ne peut être tenté avant l'assainissement préalable du terrain ; on ouvrira dans ce but un réseau de fossés d’assainissement à pente relativement faible pour ne pas provoquer des ravinements, et d’une profondeur suffisante pour assurer un bon drainage ; parfois les terres pourront être rejetées en ados ou en buttes et la plantation sera effectuée avec plus de succès sur ces ados.
En montagne on a souvent à rechercher si la nappe d’eau souterraine ne provient pas d'’infiltrations supérieures, d’eaux accumulées dans des dépressions de terrain, et c’est là parfois qu’il faut effectuer les travaux d'assainissement à l’aide de rigoles ou de drains.
Quand cela est possible, les travaux d’assainissement doivent pré-