II. — OPÉRATIONS CULTURALES
Dans une exploitation agricole, les opérations culturales proprement dites consistent exclusivement à donner au sol les soins nécessaires pour placer le végétal dans des conditions favorables à son développement ; avant l’ensemencement, ce sont le labour, les hersages, la fumure et l'apport d'engrais ; après l’ensemencement une culture intensive et sérieuse continue ces soins par des binages, des sarclages, etc., et souvent par l’apport de nouveaux engrais complémentaires. Par contre, le végétal lui-même, dont les différentes phases de végétation s'effectuent rapidement dans l’espace d’une année, et beaucoup plusrarement dans l’espace de deux ou de quelques années, n’est l’objet, en général, d’aucun soin spécial.
: À une époque plus reculée que la nôtre, l'exploitation sylvicole consistait à assurer le repeuplement de la forêt, puis à abandonner à lui-même le peuplement jusqu’à la date de la récolte. Mais aujourd’hui, la forêt cultivée exige d’autres soins et s1 croissance ne peut se maintenir vigoureuse que si le sol reste fertile et si le peuplement est convenablement dirige.
Nous nous proposons d'examiner quelle est, en sylviculture, l’action de l’homme sur ces deux facteurs.
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Le sol est la portion superficielle de lPécorce terrestre qui est accessible aux racines des végétaux ; 1l repose sur le soussol, masse minérale inaccessible à ces racines.
Le sol provient de la désagrégation des roches par les agents physiques et mécaniques et de leur décomposition par les agents chimiques ; il se compose : 19 de la couverture, formée de débris organiques divers non encore décomposés ; 20 du terreau, qui n’est autre chose que la couverture décomposée ; 39 de la terre végétale, formée par les débris des roches plus ou moins imprégnés de matières organiques.
Quant au sous-sol, il se compose : 10 de la terre minérale formée par les débris de roches, non encore imprégnés de matières organiques ; 2° de la base minéralogique constituée par les roches sous-jacentes, en place.
Tandis qu’en agricuture, l'homme exerce sur le sol une action directe, en sylviculture cette action, sauf dans des cas spéciaux, est toujours indirecte et l'homme ne peut en général chercher à entretenir et même à améliorer les qualités du sol que par l’action lente des végétaux eux-mêmes.
Les principaux facteurs qui constituent cette qualité du sol sont : la profondeur du sol; sa consistance et son degré d'humidité ; sa richesse en éléments nutritifs.
Profondeur du sol. — La profondeur du sol est l’épaisseur de la couche accessible aux racines; sous ce rapport un sol est dit : Superficiel, si l'épaisseur de la couche accessible aux racines est inférieure à 0,15 centimètres.
Peu profond, si cette épaisseur est de 0m,15 à 0m,30.
Assez profond, — — — 0,15 à 0,60.
Profond, — — — 0M,60 à 1,20.
Très profond, — — supérieure à 1",20.
En ce qui concerne la profondeur du sol, les conditions existantes sont inhérentes à la nature géologique de la station ; l’homme ne peut les modifier (fig. 69). Avec un sol profond, c’est-à-dire dans les conditions les plus favorables, il peut tout demander et tout obtenir ; mais au contraire,
avec un sol peu profond, c’est-à-dire en présence de conditions mauvaises, il doit, par des mesures d’entretien, soit améliorer ces conditions, soit les empêcher d’empirer.
Examinons quelques-uns des cas principaux :
1° Dans un sol manquant de profondeur, que le peuplement qu’ porte soit bon ou médiocre, ou doit éviter toute exploitation à blanc étoc, afin de maintenir le plus possible dans le sol l'humidité, les conditions les plus propices à la formation de l’humus, toutes choses néces-
Fig. 69. — Futaie de sapins sur le grès des Vosges.
saires et essentiellement favorables à la désagrégation lente du soussol minéral ; on régénérera lentement et sous le couvert ; on limitera l'exploitation ; on soignera au besoin les bouquets préexistants bons et mauvais, et même les broussailles sans valeur quand elles seront nécessaires pour abriter le sol.
Dans de tels terrains, la base géologique qui constitue le sous-sol peut être compacte ou fissurée, disposée par couches horizontales ou inclinées, et par suite plus ou moins pénétrable aux racines ; cet état influe sur la profondeur ; les conditions les plus défavorables à ce point de vue sont données par les éboulis à croûte végétale mince des terrains calcaires et dolomitiques, ainsi que par les sols rocheux nus et crevassés où la roche est disposée par couches horizontales ou peu inclinées ; dans de tels sols, lorsque l’état boisé disparaît, toute végétation et même toute terre végétale disparait aussi, spécialement lorsque par suite de la pente du terrain les eaux pluviales peuvent entraîner continuellement tous les débris minéraux provenant de la délitation superficielle de la roche elle-même.
Pour remédier à des situations aussi mauvaises, pour reconstituer peu à peu une nouvelle couche de terre végétale, il faut rétablir la
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végétation boisée ; mais en général, avant de pouvoir obtenir un peuplement de quelque valeur, on devra parcourir lentement toute l'échelle de la végétation, en commençant par les lichens et les mousses, les mauvaises herbes, puis les arbrisseaux et les arbustes de peu de valeur. Sur de tels sols en voie de restauration cette première végétation herbacée ou buissonnante ne doit pas être détruite par le bétail et la conservation des moindres buissons isolés est de toute nécessité. C’est à l’abri des buissons, dans les dépressions et les crevasses encore remplies de terre ou de terreau que les premiers semis ou les premières plantations auront chance de réussir, mais il pourra se passer un grand nombre d’années avant que la formation de la couche végétale, dans les autres parties du terrain, soit assez avancée pour justifier de nouvelles tentatives de boisement. Il est vrai que ce sont là des situations extrêmes, mais leur existence même est un avertissement (fig. 70). :
Quand les conditions sont meilleures, c’est-à-dire lorsqu’on a affaire seulement à un sol manquant de profondeur, mais non encore dégradé, on doit veiller avec le plus grand soin au maintien de l’état boisé afin d’éviter toute déperdition ; car un tel sol, s’il est découvert et exposé aux intempéries, peut en peu de temps, de médiocre qu’il est, se transformer en un désert improductif.
29 L’instabilité de certains sols exposés aux ravinements et aux affouillements des eaux, spécialement dans les régions de haute et de moyenne montagne, nécessite d’autres soins et l’entretien de la profondeur se présente alors sous un autre aspect ; c’est la lutte contre les eaux de ruissellement et d'infiltration, contre la puissance affouillante des torrents et contre les glissements. La conservation des forêts, la lutte contre le déboisement, le gazonnement et le reboisement sont seuls susceptibles d’arrêter le mal à sa naissance, et les mesures préventives les plus simples dans ces situations dangereuses sont : — maintien des forêts, spécialement à l’état jardiné ; — fixation et amélioration du sol par le maintien de la végétation herbacée ; — suppression ou tout au moins réglementation sévère du pâturage ; — captation ou détournement des eaux qui s’accumulent dans les dépressions de haute montagne, s’infiltrent au travers des terres perméables qu’elles détrempent et constituent parfois, si les conditions géologiques s’y prêtent, un danger permanent, etc.
Si on agit trop tard, le mal se transforme vite en fléau, et on ne peut plus alors le combattre que par de véritables travaux de défense qui ont pour but la correction lente et progressive des torrents ; les plus importants de ces travaux consistent dans la construction de barrages pour arrêter la puissance affouillante des eaux, dans l'établissement de drains sur les pans des montagnes en voie de glissement pour fixer les terrains, et dans le reboisement des bassins de réception, des berges fixées, etc. L'étude de ces importants travaux est en dehors du cadre de notre ouvrage.
Toutefois, si dans la basse et la moyenne montagne le sol est instable,
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272 = PRATIQUE SYLVICOLE.
il y a lieu de prévenir le commencement des ravinements, des éboulis et des glissements par de petits travaux simples de fixation et de consolidation des terres sur les pentes ; ces travaux peuvent consister en barrages en pierres sèches, en fascinages, clayonnages ou garnissages, et en reboisements qu’on effectue par bouturage ou par plantation ; souvent on doit compléter ces travaux par la création de quelques rigoles d'assainissement, en ayant soin de ne pas leur donner une forte pente, et par le maintien de la végétation ligneuse sur tous les terrains en pente forte de la région ;
39 Dans certains terrains sablonneux, une action spéciale vient agir sur la profondeur des sols et donne naissance à des formations connues sous le nom d’alios. L’alios est une couche plus ou moins dure ou plus ou moins épaisse, généralement impénétrable aux racines, formée de 80 à 95 p. 100 de sable agglutiné par de l’humus de bruyère ou des ciments ferrugineux ; des couches de ce genre s’étendent sur de vastes espaces, tantôt près de la surface, tantôt à une certaine profondeur, et sont plus ou moins susceptibles d’être ramollies par l’eau du sol. Outre lobstacle mécanique qu’elles opposent au développement des racines, ces formations peuvent devenir très nuisibles en ne permettant pas l’aération des couches inférieures du sol. Parfois il est possible de rompre partiellement cette couche d’alios en creusant des rigoles au fond desquelles on effectue alors des plantations d’essences rustiques. Le procédé employé dans certaines friches incultes de la forêt de Bercé (Sarthe), où la couche superficielle d’alios avait à peine 10 à 20 centimètres d'épaisseur, a parfaitement réussi; mais, en général, de tels travaux sont rares dans la culture forestière proprement dite,
Consistance du sol. — La consistance d’un sol est en relation directe avec sa ténacité, sa cohésion et sa perméabilité (1). A ce point de vue, une terre est dite : compacte, quand sèche elle prend la dureté de la pierre; — liante, quand sèche elle se brise sous la moindre pression ; — légère, quand elle n’a un peu de cohésion qu’à l’état humide ; — meuble, quand elle n’a aucune cohésion, même à l’état humide.
Quand un sol est assez meuble, sa productivité s’en trouve augmentée, par le fait qu'il est plus pénétrable aux racines ; quand au contraire le sol est trop compact, les racines se trouvent dans un milieu insuffisamment aéré, elles pourrissent rapidement et ne peuvent pas se développer en profondeur.
En agriculture, lorsqu'on veut ameublir le sol on soumet
(1) La ténacité est la faculté qu'ont les particules de terre d'adhérer entre elles. La cohésion est la faculté qu’elles ont d'adhérer à Ces corps étrangers ; la perméa-
bilité est la faculté que possède un sol de se laisser pénétrer par les liquides et les gaz.
le terrain à des travaux de culture ; en sylviculture on ne peut effectuer un travail d’ameublissement de ce genre, et le degré de consistance et de perméabilité dépend de létat de massif ; il s'établit et se maintient dans des conditions favorables grâce à la végétation forestière qui le recouvre et le protège.
L'homme ne peut intervenir que pour maintenir les conditions les plus favorables à l’aide des moyens dont se sert la nature; dans ce but il doit tenir le sol constamment abrité et respecter aussi rigoureusement que possible les couches de litière et d’humus, dans leur ordre naturel de superposition.
Exceptionnellement, certains travaux d’ameublissement peuvent être utiles dans des sols argileux très compacts, riches en éléments nutritifs, mais qui restent trop peu pénétrables alors même qu'ils sont soumis à un traitement forestier bien entendu ; partout ailleurs. chercher à pousser plus loin la productivité d’un sol forestier en le travaillant périodiquement dans le cours de l’existence d’un peuplement, serait effectuer une mauvaise opération; dans les sols de fertilité ordinaire, de tels travaux conduiraient rapidement à l’épuisement, en provoquant une consommation beaucoup trop rapide de la réserve organique et des éléments minéraux assimilables du sol, sans qu’on puisse, comme dans la culture agricole intensive, venir remédier à cet épuisement par un apport d'engrais appropriés.
Humidité du sol. — Les propriétés physiques du sol, a ce point de vue, sont : 1° l’hygroscopicité, c’est-à-dire laptitude du sol à retenir l’eau, la faculté qu’il a de s’imbiber : 290 l’aptitude à absorber les vapeurs d’eau de Patmosphère ; 30 l’aptitude à la dessiccation, c’est-à-dire la faculté qu’a le sol de perdre par évaporation l’eau absorbée. Ces qualités physiques régissent l'humidité des sols, et, sous ce rapport, un sol est dit :
Mouilleux, quand l’eau séjourne à la surface en tout temps ; — humide ou frais, quand l’eau ne séjourne à la surface que pendant la saison des pluies, mais qu’en tout temps le terrain reste frais ; — sec ou aride, quand il n’y a jamais assez d’eau.
Le maintien constant de l'humidité du sol est une condition nécessaire de la culture forestière. L'homme n’a d’autre action que de se conformer aux principes généraux suivants : éviter autant que possible l'interruption du couvert; — choisir
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dans chaque cas la forme de peuplement adéquate aux circonstances ; — proscrire les grandes coupes blanches; — régénérer sous le couvert quand c’est possible; — mettre en œuvre tous les moyens propres à conserver au sol forestier la couche de litière et d’humus qui lui est indispensable.
Dès que lintégralité des massifs est atteinte, on est conduit à respecter et à propager les essences de couverture, essences qui prennent pied spontanément ou sont introduites à temps sous le peuplement principal et se présentent sous forme de semis préexistants, de rejets, drageons et sous-bois de toute nature ; on les recherche dès qu’elles peuvent être utiles pour abriter le sol ; on les propage en sous-étage par tous les moyens afin d'assurer le maintien du couvert constant et complet.
On ne peut que conseiller le maintien et même l’établissement de rideaux de protection, le long des lisières des peuplements adultes, partout où ces abris sont utiles pour fermer la forêt, et pour détruire l’action asséchante des déplacements d’air et l’action néfaste du vent sur la couverture morte. L'intérieur de la forêt doit être masqué aux regards indiscrets par des bandes de plusieurs mètres de largeur qui garnissent les lisières des parcelles du côté des vents dominants. Pour établir ces rideaux, on peut se servir d’essences à feuillage persistant, en ayant soin d'observer, dans leur plantation, un large espacement entre les sujets, afin que leur feuillage descende aussi bas que possible : on doit veiller au maintien de ces conditions ; l’épicéa, le sapin, le pin noir conviennent, suivant les cas, pour cet usage.
Remarquons que dans les peuplements composés d’essences feuillues encore aptes à rejeter de souche, on arrive à un résultat analogue en recépant et en traitant en taillis une bande de 5 à 10 mètres de large sur la lisière du peuplement.
Les propriétaires particuliers peuvent avoir intérêt, dans bien des cas (boïs isolés), à soigner ainsi les lisières de leurs exploitations ; sous une forme ou sous une autre, ils paraissent avoir intérêt à constituer des rideaux de protection autour de leurs massifs.
En ce qui concerne l’humidité nécessaire au sol forestier, nous avons précédemment signalé le danger des fossés d’assainissement dont on abuse quelquefois ; mais par contre, l'ouverture de quelques fossés horizontaux de 30 à 50 centimètres de profondeur et de largeur, sur » à 6 mètres de longueur, à parois aussi verticales que possible, peut être utile pour maintenir une certaine humidité dans le sol tout en se débarrassant d’un excès local d’eau nuisible ; on dispose ces fossés en échiquier, en les séparant de 3 à 5 mètres en largeur et on peut même à l’aide de simples sillons faciliter l'évacuation de cette eau et en faire bénéficier une autre partie du peuplement.
Notons enfin que dans certaines forêts de plaine, l'irrigation peut être utile, et que souvent elle y serait fort possible.
Fertilité du sol. — Les sols n’ont qu’une propriété chimique générale, mais elle est importante ; c’est le pouvoir absorbant ou faculté que possède une terre de fixer et de retenir certains éléments essentiels mis en contact avec elle sous une forme soluble.
Quant aux caractères et propriétés des divers sols, ils dépendent des éléments qui les constituent, dont les quatre principaux sont : sable, argile, calcaire, humus. Ces éléments ne se trouvent presque jamais complètement purs et indépendants les uns des autres. Ordinairement, ils sont associés en proportions variables et unis en outre à une plus ou moins grande quantité d'éléments minéraux divers.
Lorsque ce mélange a lieu dans des proportions convenables, on à une terre franche, renfermant approximativement les éléments suivants : sable, 50 à 70 p. 100 ; argile, 20 à 30 p. 100 ; calcaire pulvérulent, 5 à 10 p. 100 ; humus, 5 à 10 p. 100.
Mais le plus souvent, l’un ou l’autre de ces quatre éléments domine et donne un caractère spécial à la terre qu’on ramène alors à quatre types principaux :
Terres siliceuses, qui renferment plus de 70 p.100 de silice;
Terres argileuses, = — 30 p.100 d'argile; T'erres calcaires, — — 30 p.100 de calcaire; Terres humiferes, — — 30 p. 100 de terreau.
L'action de l’homme ne peut s'exercer sur la composition minérale du sol, mais elle peut agir sur sa teneur en humus, et en général, tous les soins de la culture devront avoir pour objet de maintenir et d'améliorer les conditions existantes en conservant intégralement la litière et tous les corps organiques qui vont au sol ou qui en proviennent, tels que les feuilles mortes, le bois mort, les rémanents des exploitations, écorces, racines, etc., les herbes, les mousses, etc.
Nous avons assez insisté sur le rôle et la formation de lhumus, pour ne pas avoir à y revenir, sinon pour répéter ce principe primordial qu’en sol forestier, l'entretien de la fertilité du sol est intimement lié au maintien aussi constant que possible
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du couvert des cimes, et à la conservation intégrale de la couverture de litière et d’'humus.
Le terreau ne se constitue pas toujours dans les conditions idéales que nous avons indiquées ; certaines feuilles se décomposent beaucoup moins rapidement que d’autres ; d’autre part, quand l’eau est en excès, l’action de l'oxygène et de la chaleur se trouve diminuée et la décomposition des débris organiques devient extrêmement lente ou incomplète ; les combinaisons acides se produisent abondantes, et il en résulte un résidu analogue à la tourbe dans lequel, parmi nos grandes essences forestières, l’aune, le bouleau, le tremble, le pin de montagne peuvent seuls résister.
Inversement, quand il y a excès de sécheresse, le terreau se brûle et devient charbonneux, poudreux ou fibreux. Cette poussière brune ou noire, de décomposition ultérieure très difficile, est une véritable tourbe sèche avec tous ses inconvénients ; elle se rencontre surtout dans les sols siliceux auxauels elle se mélange pour donner les terres dites de bruyère.
L'homme peut dans ce cas jouer un rôle utile en choisissant les essences et les formes de peuplement qui conviennent à de telles situations, ainsi qu’en modifiant, en temps utile, dans le sens nécessaire l’action du couvert sur le sol.
Conclusion. — 11 résulte de ces considérations que lPaction de l’homme sur le sol peut se résumer par les conseils suivants que nous empruntons à MM. Boppe et Jolyet : respecter tous les détritus végétaux qui recouvrent le sol; — maintenir les massifs complets en respectant les sous-étages, et éviter les découverts trop fréquents ; — conserver, tout autour des enceintes, des arbres de lisière qui tiennent le peuplement bien clos à abri des coups de soleil et aussi des coups de vent ; — créer des forêts mélangées où la décomposition des feuilles se faisant beaucoup mieux, on évite la formation de ces litières de feuilles de hêtre, ou de feutrages d’aiguilles d’épicéa parfois si gênants dans les forêts de la montagne.
Dans les sables grossiers, secs et brülants : exagérer encore le principe du couvert bas et continu ; — faire tous ses efforts pour maintenir les espèces à feuillages épais, qui ont trop de tendance à fuir les régions où l'humidité fait défaut et, dans ce but, préférer les peuplements inégaux d’âges multiples aux peuplements uniformes d’un seul âge.
Au contraire, dans les argiles froides et humides : relever
le couvert pour faciliter l'accès de la chaleur et même, dans quelques cas, choisir des traitements qui découvrent périodiquement le sol ; au besoin préférer le taillis composé à la futaie pleine.
En résumé, dans toutes les circonstances et en tous lieux, maintenir le sol à l’état de saine fraîcheur que commande l'hygiène de la forêt, et qui convient aux lombrics et autres animaux sur le rôle desquels on ne saurait trop insister.
L’action que l’homme exerce sur les peuplements a pour but de maintenir ces peuplements convenablement constitués pendant toute la durée de leur existence, de leur conserver toute leur vigueur et de les diriger vers le but économique cherché.
Nous supposons le peuplement créé; l’homme est déjà intervenu lors de cette création, soit en dirigeant le repeuplement naturel, soit en le complétant, soit en agissant par repeuplement artificiel.
A partir de cette période de première jeunesse et jusqu’à l'exploitation, un certain nombre de soins culturaux sont, sinon toujours indispensables, du moins utiles, soit pour supprimer à temps les obstacles qui entravent la croissance du repeuplement, soit pour remédier aux causes qui tendent à modifier sa composition dans un sens favorable, soit enfin pour stimuler directement la croissance des sujets d’élite.
Ces soins culturaux ne doivent jamais avoir pour but un profit immédiat plus ou moins élevé ; mais toujours un résultat précis de culture. Souvent, il est vrai, la vente des produits accessoires ainsi obtenus sera rémunératrice ; mais souvent aussi, l’opération couvrira à peine les frais de main-d'œuvre ou même ne donnera pas de produits utiles ; alors la crainte d’une dépense ou l’insouciance du propriétaire la font négliger ; dans certains cas, c’est un tort.
L'importance de ces soins culturaux varie avec les différentes formes de peuplements, et aussi avec chaque type ; mais leur nature varie surtout avec l’âge de ce peuplement.
A. FRON. — Sylviculture. 16
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Nous suivrons donc le peuplement dès sa naissance, pour étudier ces opérations dans leur ordre naturel.
Répartition des jeunes sujets. — Nous avons vu, à propos de la formation en massif, que l’état le plus favorable à une bonne croissance n’est ni le massif trop serré, ni le massif trop clair ; en tenant compte, bien entendu, des exigences des divers âges, l’homme peut intervenir dès l’origine pour tendre vers cet état parfait, soit par des desserrements, soit par une opération inverse.
a. Desserrement. — On procède à des desserrements, partout où les jeunes plants sont trop serrés, fait qui se produit fréquemment dans les semis artificiels, comme dans les semis obtenus par régénération naturelle; lopération culturale consiste à supprimer un certain nombre de sujets, de manière à augmenter la place disponible pour ceux qui restent.
Si on intervient à temps, si on a soin d’agir dès les premières années et de recommencer souvent l’opération, au fur et à mesure des besoins, on arrive à stimuler d’une façon considérable la végétation, spécialement chez les essences de lumière.
Si on commence à intervenir trop tard, surtout lorsqu'il s’agit d’essences d’ombre, sur des sols pauvres, les sujets trop serrés sont déjà arrêtés dans leur croissance, ou bien avant filé trop rapidement en hauteur, ils sont constitués par des tiges tellement grêles qu’ils ne sont plus capables de se soutenir à un état moins serré ; on doit alors n’agir qu'avec une extrême prudence, n’enlever à la fois qu’un très petit nombre de sujets et amener progressivement ceux qui restent à développer leur feuillage, et à prendre plus de résistance en fortifiant leur tige; le desserrement, dans ce cas, doit être prudent et très lent.
Les essences feuillues et parmi elles plus spécialement le chêne, peuvent être soumises à ces premiers soins, non seulement dans les futaies, mais aussi dans les taillis ; en réduisant avec prudence dans les taillis un nombre excessif de rejets, on favorise singulièrement la croissance de ceux qui restent ; toutefois, dans les taillis surtout, il ne faut pas oublier qu’on a pour but non pas d’avoir un massif clair, mais simplement de ne pas avoir un massif trop serré.
Les opérations de desserrement sont utiles surtout dans les bons sols
car les sujets desserrés sont alors aptes à profiter rapidement de l’espace qu’on leur donne.
b. Regarnissage des vides. — Une méthode inverse permet de compléter à temps un massif clairiéré par des plantations ; souvent on se contente d'utiliser pour cela les jeunes plants arrachés ou plutôt extraits en motte des parties trop serrées.
On peut toutefois se servir pour faire ces regarnissages d’essences auxiliaires telles que le pin sylvestre, le mélèze, le bouleau et, en général, de toutes les essences de lumière robustes. En fermant ainsi de bonne heure les vides, on prévient lenvahissement de la végétation herbacée, des genêts, de la bruyère ou des morts-bois; on stimule la croissance de lessence principale, et on prévient le ralentissement de la végétation et le dépérissement progressif du peuplement, conséquence fatale d’un état de massif clairiéré dès le jeune âge, surtout dans les sols pauvres et amaigris à la surface.
Dégagements dans les jeunes peuplements. — L’opération qu’on désigne souvent sous le nom de nettoiement a toujours pour but dans des peuplements déjà formés en massif, de venir dégager une essence précieuse de l’étreinte de sujets moins précieux qui tendent à la dominer, à nuire à son développement et par suite à l’éliminer.
Lorsqu'on effectue un repeuplement, le terrain sur lequel on travaille est souvent déjà occupé par une végétation ligneuse d’arbustes ou d’arbrisseaux, de semis préexistants, etc., auxquels viennent s’ajouter peu à peu des rejets de souche et des morts-bois. Cette végétation est, suivant les cas, tantôt utile, tantôt nuisible au repeuplement.
Les opérations culturales successives qui ont pour but d’enlever en temps utile parmi cette végétation accessoire tous les sujets qui gênent le développement du nouveau peuplement, prennent le caractère de dégagements.
Suivant les peuplements, et dans un même peuplement suivant les emplacements, un très grand nombre de cas peuvent se présenter :
a. Le dégagement porte sur des semis préexistants. — II faut supposer que ces semis préexistants n’ont plus d'avenir, et
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qu’on les à conservés pendant la période de toute jeunesse, soit pour faire bénéficier le jeune recru d’un abri latéral dans des situations exposées, soit pour contribuer à le préserver de la dent du bétail ou du gibier, soit enfin pour compléter le massif. Dans ces divers cas, on ne doit les enlever que graduellement au fur et à mesure que leur présence devient préjudiciable aux sujets voisins : leur enlèvement progressif a pour but de dégager peu à peu les sujets intéressants qu’ils gênent dans leur croissance ou qu’ils dominent. Cet enlèvement doit s'effectuer au fur et à mesure des besoins, par un simple ébranchement, par un étêtement et exceptionnellement par coupe ou extirpation.
b. Le dégagement porte sur des rejets de souche. — Toutes les fois que sur le terrain à repeupler se trouvent des souches saines, l’évolution de rejets vigoureux, à croissance rapide et envahissante, vient entraver le développement des sujets de repeuplement. Les brins de semence de dix, quinze et même vingt ans ont une évolution plus lente que les rejets de même âge, et il est souvent utile de les dégager ; l'opération consiste simplement à casser le sujet gênant ou à enlever d’un coup de serpe diverses parties de sa cime. Dans un travail de ce genre, Pobjectif ne doit pas être la chose à détruire, mais le brin à dégager.
c. Le dégagement porte sur des morts-bois et des essences secondaires. — Nos grandes espèces ligneuses ont souvent une croissance lente, si on la compare à l’évolution rapide des morts-bois et essences secondaires qui se jettent au milieu d'elles ; il en résulte que partout où l’accès de la lumière le permet, on voit s’introduire peu à peu et s'élever rapidement des essences à graine légère et à croissance rapide comme le bouleau, le saule marceau, le tremble, et parfois le tilleul, Paune, l’orme, etc.
Le propriétaire particulier n’a pas toujours intérêt à extirper ces essences, dont au moins quelques-unes peuvent avec avantage entrer dans un mélange ; il doit même, au contraire, leur donner accès dans le peuplement, ne fût-ce que temporairement et à titre d’essences secondaires. Mais si ces essences tendent à dominer et à supplanter les autres, leur suppression
partielle est nécessaire, et il faut les empêcher de se développer à l’excès. Le plus envahissant de ces morts-bois est le saule marceau, qui s'étale en largeur ; le tremble et le bouleau le sont moins ; quant au tilleul et à l’aune, ils produisent un couvert épais, mais il est rare qu'ils se multiplient dans des proportions inquiétantes. Leur groupement d’ailleurs est important à considérer, et en principe on doit éviter de les conserver en groupes et bouquets formés en massif, car ils n’ont pas la vitalité des essences principales et leur disparition ne doit pas causer dans le peuplement des vides ou des clairières.
Les coupes de dégagement ont donc pour but à ce point de vue de faire disparaître les morts-bois gênants, tout en laissant quelques pieds isolés choisis parmi les meilleurs, çà et à dans le peuplement : elles doivent être répétées plusieurs fois, spécialement là où ces opérations s'effectuent sur des emplacements déjà trop envahis. On procède par étêtage, par simple ébranchage ou par coupe, comme il a déjà été dit.
Des opérations de ce genre, très importantes dans les futaies à l’état de fourrés ou de jeunes gaulis, peuvent ne pas être à négliger dans les taillis où le dégagement des semis d’essences précieuses, et même de rejets de bonnes essences, contre l’envahissement des morts-bois, est quelquefois une opération du plus haut intérêt.
d. Les dégagements portent sur des essences envahissantes dans un mélange. — Présentent encore le caractère de dégagements les opérations culturales qui ont pour but de maintenir dans un peuplement mélangé, certaines essences qui, dès la période de jeunesse, se trouvent dans une situation moins favorable vis-à-vis d’autres essences envahissantes.
Les soins culturaux prennent une très grande importance quand il s’agit de maintenir un mélange de deux ou plusieurs essences principales dans un peuplement uniforme, surtout s’il s’agit d’un mélange intime sujets par sujets. Dans la période de jeunesse de tels peuplements, l’une ou l’autre des essences du mélange tend toujours à prendre une certaine avance sur les autres, qui dès lors sont ménacées dans leur existence et appelées à disparaître plus ou moins rapidement du mélange selon leur degré de résistance ; les soins cultu-
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raux ont alors pour but de venir dégager les sujets qui en ont besoin en temps voulu et dans la mesure qu’on juge utile.
Si l'essence envahissante est une essence d’ombre, à croissance rapide, comme cela se présente dans certains cas avec le hêtre, l’épi- Céa, etc., en mélange intime avec le sapin, le chêne, etc., les dégagements doivent être commencés de très bonne heure ; ils consistent à supprimer la pousse terminale et quelques pousses latérales des sujets envahissants, quitte à revenir plusieurs fois recommencer l’opération.
Si l’essence envahissante est une essence de lumière à croissance rapide, telle que le pin sylvestre dans un mélange avec le sapin, l’épicéa, le hêtre, le chêne, etc., et si cette eessence, en étalant trop largement sa cime, devient gênante pour les sujets dominés, l’opération de dégagement peut consister simplement à diminuer ou à relever le couvert de certains sujets de cette essence en supprimant les verticilles inférieurs, opération que le pin sylvestre supporte, même ieune, dans les terrains frais.
La nature du mélange qu’on se propose d’obtenir règle l’importance de ces opérations ; il est à remarquer d’ailleurs que le dégagement doit rarement porter sur les sujets vigoureux et élancés, sujets désignés par ce fait même pour persister dans le peuplement comme arbres d'élite.
Dans un peuplement uniforme où les essences de mélange sont réparties par petits groupes ou bouquets, les soins culturaux deviennent plus faciles car ils portent sur les bords des bouquets. Si le bouquet est suffisamment étendu, on peut, pour le protéger contre l’essence envahissante, ouvrir tout autour un layon d’un mètre, et recommencer l'opération quand le besoin s’en fait sentir ; sinon, on se contente d'exploiter ou d’étêter les sujets dominants dans la zone voisine.
Quoi qu'il en soit, dans de telles opérations il faut n’agir que graduellement, pas à pas, et ne jamais faire plus que ne le commandent les nécessités du moment.
Deux conseils ne peuvent être trop répétés aux propriétaires qui font exécuter des dégagements dans leurs forêts:
Le premier est de donner ses soins toujours aux mêmes indioidus ; il est regrettable, en effet, de prendre la peine de dégager une première fois un brin, puis de l’oublier pour s’occuper d’un autre, qui, noyé jusque-là dans le fourré, a perdu toute vitalité.
Le second est de faire exécuter, dans la mesure du possible, les dégagements par les gardes de la forêt. — Un bon garde doit défendre les semis confiés à sa surveillance comme 11 les défend contre les délinquants. Des primes l’encourageant dans cette
voie sont un argent mieux placé que des salaires donnés à des tâcherons ignorants des choses forestières qui agissent sans méthode et sans suite et saccagent tout autour d'eux.
Si même le propriétaire veut prêcher d'exemple, et quand il se promène dans son domaine, s’armer d’un croissant au lieu d’une canne, il sera tout étonné du nombre très respectable de jeunes chênes ou de jeunes épicéas qu’il tirera d'affaire dans un temps relativement court,
Les dégagements les mieux faits sont ceux dont le prix ne dépasse pas la valeur de deux ou trois journées par hectare.
Mesures propres à stimuler la croissance. Coupes d’éclaircie. — Dans la période de jeunesse, les soins culturaux ont eu pour but de constituer le massif en bon état, et d’assurer le maintien dans le peuplement des essences voulues, au détriment des morts-bois et d’autres essences envahissantes. Immédiatement après, dès la période de gaulis ou de bas perchis, plus ou moins tôt suivant les cas, les opérations culturales changent de nature ; tout en continuant dans une certaine mesure à diriger la formation des peuplements et leur composition, elles tendent à mettre ces peuplements en état de donner les produits qu’on en attend, et peuvent se proposer pour but de stimuler la croissance des sujets d'élite.
L'opération culturale prend le nom de coupe d’éclaircie, parce qu’en faisant tomber des bois déjà plus gros, elle cause un trouble momentané dans les conditions d’existence du peuplement, trouble qui peut être suivi de la réaction la plus salutaire si les opérations sont conduites avec discernement et soin, comme il peut, en cas de traitement négligent et routinier, être suivi des conséquences les plus fâcheuses pour l'existence ultérieure du peuplement.
Les éclaircies réclament toute la surveillance, Papplication et la réflexion de celui qui les exécute, surtout en station médiocre ou mauvaise ; il est nécessaire de ne procéder que lentement, avec prudence et de ne chercher à atteindre le but voulu que progressivement et pas à pas.
Coupe d’éclaircie. — Une coupe d’éclaircie est une véritable exploitation partielle, donnant des produits marchands ;
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mais ici encore, comme dans toute opération culturale, l’idée de récolte ne doit pas intervenir dans la conduite de l’opération.
Nous avons déjà établi que dans tout peuplement en voie de croissance, il se crée naturellement, par le fait de la concurrence vitale, une séparation en plusieurs parties distinctes et nous avons distingué le peuplement principal et le peuplement accessoire (fig. 71) (1)..
La partie la plus vigoureuse du peuplement se trouve dans le peuplement principal ; dès lors la coupe d’éclaircie ne s’occupe que du peuplement principal ; elle ne touche pas au peuplement accessoire : elle respecte la totalité de ces tiges dominées dont le maintien tend à assurer d’une part la couverture du sol, et de l’autre le remplacement, en cas de besoin, d’éléments qui viendraient à manquer dans le peuplement principal par suite d’erreurs ou d’accidents. À fortiori, elle respecte tous les sous-bois plus ou moins buissonnants à la surface du sol.
Dans le peuplement principal composé de sujets dominants, il existe en général des tiges d’élite (tiges a, a, fig. 71) reconnaissables à leur aspect plus sain, à leur diamètre plus gros, à leur cime plus fournie (2). Ces tiges, serrées de près par les autres sujets moins bien doués du peuplement principal (tiges b, b), ne peuvent occuper que l’espace disponible, et se trouvent à un moment donné trop serrées et retardées dans leur développement ; c’est le moment où doit intervenir une coupe d’éclaircie. Si l’on se rend compte que la même lutte pour l’espace existe dans le sol pour les racines, il est facile d'admettre, ce que d’ailleurs confirme l’expérience, que la suppression de quelques-uns des arbres qui serrent les sujets
(1) Dans la figure 71, page 285, l’ensemble des tiges aa et des tiges bb constitue le peuplement principal ; dans ce peuplement principal, les tiges aa sont les plus vigoureuses, les mieux conformées et par suite les tiges d'élite à conserver ; les sujets bb nuisent aux tiges d'élite et c'est sur eux que porte l’éclaircie.
L'ensemble des sujets ce constitue le peuplement accessoire à conserver.
(2) S'il en est autrement, ce qui arrive quelquefois, surtout dans les peuplements d’origine artificielle, la première éclaircie tend à rompre cette uniformité trop grande ; on choisit au hasard, à des distances convenables, des perches à desserrer, auxquelles ce premier travail donne sur leurs voisines un avantage qu'il ne reste plus qu’à maintenir dans la suite.
d'élite, doit stimuler le développement et laccroissement de ces derniers.
Or c’est là, précisément, le but des coupes d’éclaircie ; elles consistent à venir procurer aux sujets d'élite, dans le peuplement principal, l’espace nécessaire, et à donner à chacun de ces sujets le pouvoir d'utiliser sans limites Pair et la lumière par les organes de leur cime, et les ressources du sol par leurs
Fig. 71. — Schéma d'un peuplement à éclaircir. (Boppe et Jolvet, « les Forèts ».)
racines. Les coupes d’éclaircie consistent dès lors à venir enlever, dans ce même peuplement principal, à côté des sujets d'élite, les arbres moins beaux dont la cime est gênante pour les premiers, et cela dans la mesure prescrite par la nécessité du maintien de l’état massif. Quant aux sujets dominés (tiges €, fig. 71), ils sont à conserver.
Comprenant ainsi la coupe d’éclaircie, il paraît très facile de venir desserrer les sujets précieux, dans la région où leur cime manque d’espace, et cela progressivement.
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Dans la pratique, la coupe d’éclaircie est toujours une opération délicate, en raison de la grande variété que présente cette opération, suivant les conditions de sol, de climat, d'exposition et d’essence ; elle change de forme et d’intensité, suivant les essences, suivant leur état de mélange, suivant le but poursuivi, suivant les idées et le bon vouloir de celui qui la dirige ; toutefois, si l’on prend pour point de départ l'arbre d'élite, et si l’on agit autour de lui avec prudence, de façon à ne pas détruire l’état de massif, évitant de desserrer sa cime de plusieurs côtés à la fois, on peut toujours être sûr de ne pas faire une mauvaise opération.
Dans les peuplements purs, la première éclaircie se fait plus tôt quand il s’agit d’essences de lumière que quand il s’agit d’essences d’ombre, mais il est important dans tous les cas d’opérer prudemment ; en général, cetie première éclaircie doit avoir lieu, dans les futaies, aussitôt que les peuplements sont arrivés à l’état de gaulis ou au plus à celui de bas perchis.
Dans les peuplements mélangés, V’éclaircie, tout en conservant ses caractères propres, emprunte un nouveau caractère aux coupes de dégagement ; elle doit alors leur succéder sans qu’un intervalle trop long permette aux essences envahissantes de reprendre leur œuvre de dégradation ; la grosseur des sujets et la réalisation des produits marchands fait changer l’étiquette de l’opération, mais son but reste l2 même.
Quant à la périodicité des coupes d’éclaircie, elle varie surtout avec l’âge et l’état de croissance des peuplements ; on reviendra tous les six à douze ans dans les forêts traitées en futaie, depuis l’état de gaulis jusqu’à la fin de celui de haut perchis ; puis seulement tous les douze à vingt ans dans les hautes futaies constituées ; on reviendra plus fréquemment dans les sols fertiles que dans les sols médiocres ou mauvais.
Dans la pratique, un bon critérium pour juger de l’opportunité d’une éclaircie est l'aspect même des arbres du peuplement dominant ; si, par exemple, des chênes de futaie se couvrent de branches gourmandes, sans que leur âge très avancé ou toute autre cause accidentelle explique cette évolution anormale, c’est que leur cime manque de lumière dans les régions élevées ; il en est ainsi encore des chênes dont la cime apparaît étriquée, souffreteuse, à frondaison chlorotique ; de même, dans un perchis, un pin, un sapin dépourvu de branches vivantes sur plus des deux tiers et surtout des trois quarts de la hauteur de sa tige, réclame d’urgence qu’on le desserre.
Nous n’avons pas de restriction à faire à ce qui vient d’être dit, lorsqu'il s’agit d'exécuter des coupes d’éclaircie dans des peuplements en taillis ; remarquons toutefois que les coupes d’éclaircie ne sont