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COMBINAISON DES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE REPEUPLEMENT

Dans la pratique, on n’emploie pas d’une façon absolue une méthode de repeuplement à lexclusion de toute autre, et bien souvent dans les opérations forestières il y a lieu de combiner entre elles les différentes méthodes de repeuplement.

Applications dans les futaies. — A l’époque où lon compte sur le semis naturel pour régénérer une futaie, il peut arriver que le sol soit trop tassé, ou bien qu’une couverture vivante d'herbes, de mousse, etc., couvre le sol et fasse obstacle à l'installation des semis: on doit, dans ce cas, intervenir pour favoriser la régénération naturelle ou la suppléer. Si les porte-graines fertiles sont encore en nombre suffisant et si l’intallation des semis n’est pas entravée par des gelées printanières permanentes ou toute autre cause accidentelle, on peut tout d’abord procéder à des crochetages, opérations destinées à placer les semences tombées des arbres portegraines dans des conditions favorables à leur germination. En cas contraire, il ne faut pas craindre d’intervenir artificiellement par voie de semis ou de plantation sans attendre que le sol soit plus complètement dégradé.

Crochetages. — Pour les semences lourdes (glands, faines) il suffit de remuer à la houe la couche superficielle du sol après la chute des semences (automne) sur le parterre des coupes ; exécutés d’une façon courante dans les futaies de l’ouest de la France, ces crochetages produisent les meilleurs effets et coûtent environ une dizaine de francs à l’hectare. S'il s’agit de graines légères c’est avant la chute des graines qu'il faut procéder à des extractions partielles d'herbes, de bruyères, de myrtilles ou de mousses, ou à une culture très superficielle (quelques centimètres à peine) de la couverture morte (aiguilles d’épicéa, feuilles de hêtre, etc.), par petites bandes espacées. Un résultat du même genre peut être acquis en imposant, lors des coupes d’ensemencement l'exploitation par extraction de souches, ou bien, sur certaines pentes à expositions chaudes,en ouvrant une série de petites rigoles disposées horizontalement en forme de gradins qui se remplissent de feuilles

mortes, puis d’humus, conservent alors un peu d'humidité et favorisent à la longue la naissance du semis.

Une telle mise en état du sol équivaut en quelque sorte à un semis artificiel ; elle permet de ne pas attendre inutilement une régénération tout en évitant de recourir aux procédés artificiels.

Régénération artificielle. — Toutes les fois que les porte-graines sont en nombre insuffisant et que le semis ne paraît pas pouvoir être assuré par les moyens naturels dans le temps voulu, il vaut mieux réaliser les bois exploitables avant qu’ils se dégradent et procéder simultanément, sous un couvert partiel, à une régénération artificielle partout où le semis ne s’est pas formé.

Sous un peuplement mis en coupe d’ensemencement, le procédé par voie de semis paraît indiqué, à la condition que les semences ne soient pas exposées à être détruites par les animaux, et qu’on puisse se les procurer à bon compte ; sinon on plantera des sujets aussi jeunes que possible, afin de réduire la dépense au minimum.

Lorsqu'il s’agit uniquement de compléter une régénération partiellement acquise, c’est la plantation qui s’impose.

Enfin si l’on introduit des essences de mélange, rien n'empêche d’utiliser les semences ou les jeunes plants dont on dispose de façon à obtenir une régénération par places ou par bouquets plus ou moins étendus d’essences pures dans des conditions favorables au maintien ultérieur du mélange.

Application dans les taillis. —- Dans les taillis simples, il peut être utile d’avoir recours au repeuplement artificiel, soit pour entretenir le peuplement dans de bonnes conditions de massif, soit pour maintenir dans une bonne proportion les essences principales ; avec certaines essences et aussi dans certaines stations les souches de taillis perdent peu à peu leur faculté de rejeter et la disparition des centres de production s’accuse par des lacunes qui se forment dans le peuplement. L'apparition de semis accidentels vient parfois fermer les vides ainsi créés, mais il est à remarquer que les essences dont le vent dissémine au loin les graines sont généralement de qualité inférieure.

Il peut dès lors être avantageux de combler artificiellement ces lacunes, au moyen de forts plants repiqués, qu’on peut utilement recéper, dès qu’ils sont bien enracinés:; on remplit ainsi les vides de jeunes souches vigoureuses, fort utiles pour lavenir du taillis et pour le bon entretien de la fertilité du sol.

Cas du taillis composé. — La combinaison de l’ensemence-

ment naturel avec le repeuplement par rejets de souche est habituelle dans la régénération des taillis composés.

Le rajeunissement de l'élément taillis est identique à celui d’un taillis simple régulier en semblable condition ; il y a lieu de prendre les mêmes précautions d’exploitation pour lassurer, et il n’y a pas à compter sur les rejets généralement sans avenir que peuvent donner les souches des réserves exploitées.

Le point le plus important, pour ainsi dire le plus essentiel, est le bon entretien de la futaie, et pour cela il est nécessaire de veiller au maintien, dans le taillis, en nombre suffisant des essences qui doivent assurer un bon recrutement de la réserve. D’après la constitution même du taillis composé, tous les arbres de futaie doivent vivre, à l’état de brins de semence avec le sous-étage, dans le sein duquel ils sont confondus pendant une révolution, puis ils sont réservés à l’état de baliveaux, et sont acquis dès lors à la réserve qu’ils viennent renforcer de façon à entretenir sa composition et sa production aussi constantes que possible.

Si les brins de semence font défaut, on peut réserver comme baliveaux des rejets de souche jeunes et vigoureux, choisis de préférence parmi les rejets de jeunes souches, les drageons et enfin les brins isolés détachés des cépées (il y a lieu d'éviter de choisir les baliveaux sur les grosses cépées, parce que ces cépées donnent d’abondants rejets et sont nécessaires pour entretenir en bon état la consistance du taillis ; elles en forment la véritable richesse et il ne faut pas en priver le taillis) ; mais, en principe, la futaie doit se composer exclusivement de brins de semence ; on est en droit de considérer comme tels les rejets généralement uniques qui naissent du premier recépage d’un sujet de franc pied ; ces rejets ont à peu près la même valeur que lui; ce sont d’ailleurs eux qui, en général, fournissent les meilleurs baliveaux, car il est rare qu’un brin de semence soit assez fort pour être isolé à la fin de la révolution au début de laquelle il est né ; c’est seulement après avoir été recépé qu’il s’élance avec assez de vigueur pour marcher avec le sous-étage.

La présence des semis dans le peuplement est due à l’ensemencement des arbres de létage supérieur qui produisent

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de la graine ; dès lors, on doit toujours avoir soin de réserver dans la futaie assez de porte-graines à larges cimes parmi les classes d’âge le plus élevé, pour assurer cet ensemencement ; si on ne veut pas conserver ces réserves, il est possible de venir les enlever encore un ou deux ans après la coupe du taillis, lorsqu'elles ont produit leur effet utile.

L’ensemencement qui se produit immédiatement après la coupe donne des brins de semence qui croissent simultanément avec les rejets de souche, mais qui, généralement, restent toujours en arrière pendant toute leur période de jeunesse ; lorsque ces brins se trouvent disséminés à l’état isolé au milieu des rejets, ils persistent en très petit nombre ; mais si, au contraire, ils sont réunis par petits bouquets (2) et s’ils sont l’objet de soins nécessaires, notamment s’ils sont préservés de l’envahissement des rejets et drageons, on peut les conserver, même dans un taillis formé en massif.

Quant à l’ensemencement qui se produit pendant la croissance du taillis, durant l'intervalle de deux coupes, il est sans avenir et ne persiste généralement pas. Toutefois dans certaines circonstances et surtout grâce à des soins spéciaux, on peut assurer la conservation de quelques bouquets ayant pris naissance vers la fin de la révolution et peu de temps avant la coupe.

La régénération artificielle peut, elle-même, intervenir dans les taillis composés, au même titre que dans les taillis; en venant combler artificiellement, à l’aide de plantations, les lacunes existant dans le peuplement, on peut entretenir en bon état la consistance de ce taillis ; mais ces travaux complémentaires ont généralement pour objet la futaie, et pour cela on procède par plantation de forts plants, de hautes tiges même, en ayant soin de choisir des essences susceptibles de devenir utilement des arbres de futaie ; on les plante dans les meilleures parties du sol afin de favoriser leur croissance, et on cherche à les disposer autant que possible par groupes régulèrement espacés. Puisque lobjectif est ici de créer des ressources pour les balivages futurs sur les points où la réserve

(1) C'est souvent dans des bouquets de tremble et de bouleau que se reproduit ainsi le chène par des semis qui persistent.

présente des lacunes, ce sont toujours des espèces de lumière et notamment des chênes qu’il s’agit d'introduire ; suivant les cas, des ormes, des frènes, des érables peuvent être associés ou substitués aux chênes. Les plantations peuvent donc être faites en plein découvert, après l’exploitation et l'enlèvement des produits des coupes. On procède fréquemment à des plantations de ce genre sur les emplacements de souches extraites lors de l’abatage des arbres de futaie, sur les places ou loges d’atelier, les places à charbon, etc.

Il est inutile d’ajouter que de tels travaux peuvent devenir très coûteux, en raison de la longue échéance à laquelle se fera la récolte, et qu’ils sont parfois à peu près sans résultat, si on ne les exécute pas avec le plus grand soin; il vaut mieux leur préférer, dans toutes les circonstances où cela est possible, Pemploi judicieux du repeuplement naturel.

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