PREMIÈRE ÉDITION
Répandre au sein des populations agricoles les notions classiques de sylviculture afin de faire comprendre la forêt, de la faire aimer et respecter ; donner en même temps les notions pratiques nécessaires au propriétaire qui gère un domaine boisé : tel est le double but de cet ouvrage.
Professeur à l’École forestière des Barres, chargé avec nos collègues de préparer aux fonctions d’agent une élite de préposés forestiers, nous avons entrepris ce travail à la demande d’un grand nombre de nos camarades de l'Agriculture qui n’ont pas, comme nous, suivi les cours spéciaux de l’École forestière de Nancy, et qui ont soit à enseigner comme professeurs d’agriculture, soit à appliquer comme propriétaires forestiers les règles générales de la sylviculture. C’est à eux que nous le dédions.
A tous points de vue, d’ailleurs, l’art forestier est à divulguer auprès du propriétaire foncier.
S'il s’agit d’un domaine forestier, beaucoup trop de propriétaires, en en exceptant toutefois les professionnels, considèrent la forêt comme un bien quise gère tout seul, sans règle, au hasard des caprices ; ils considèrent le terrain sur lequel repose la forêt comme un sol indéfiniment fertile, susceptible de donner des produits ligneux et aussi de la litière, sans exiger aucune restitution ; souvent alors, après des exploitations trop hâtives, après des fautes culturales répétées, le massif s’interrompt, les bonnes essences disparaissent et sont progressivement remplacées par des morts-bois, des épines, des ronces, de la bruyère ou des genêts ; le sol s’appauvrit et à la forêt se substituent peu à peu des friches incultes et improductives.
S'il s’agit d’un domaine agricole, beaucoup trop de propriétaires dédaignent la forêt, et ne comprennent pas le rôle qu’elle est appelée à jouer pour améliorer les mauvaises terres et pour équilibrer les cultures. Aujourd’hui où la culture intensive s’impose plus que jamais en agriculture, où la main-d'œuvre de plus en plus rare ne peut se multiplier sur d'immenses surfaces à faible rendement, le propriétaire
paraît avoir intérêt à concentrer ses efforts sur les terres de bonne et de moyenne qualité ; il doit rendre les mauvais sols à la culture forestière ; c’est une conséquence des conditions économiques actuelles et de l'emploi raisonné du fumier et des engrais ; c’est aussi une conséquence des défrichements exagérés qui ont été effectués au cours des siècles précédents, alors que la culture extensive demandait d’immenses surfaces pour assurer la production normale des denrées agricoles.
S'il s’agit enfin des terres définitivement abandonnées, qu’on laisse à tort à l’état de friches ou de pâtures dégradées, beaucoup trop de propriétaires ne paraissent pas se douter qu’on peut les restaurer progressivement, et souvent même les remettre en valeur par la culture forestière et les prés-bois.
Dans notre carrière forestière, nous avons toujours été en contact avec le propriétaire foncier, possesseur du sol contigu aux forêts soumises au régime forestier ; mainte fois des propriétaires de terres et de bois, des régisseurs de domaines boisés, des agriculteurs et des instituteurs s’intéressant aux questions forestières, nous ont demandé des conseils pratiques sur les choses concernant notre profession spéciale. En publiant dans l'Encyclopédie agricole un volume de sylviculture, nous avons voulu compléter et généraliser ces conseils.