APPLICATIONS DU TAILLIS
Le rôle et la composition des taillis diffèrent sensiblement d’une région à l’autre. Le chêne vert en Provence, le chêne tauzin dans l’ouest, spécialement dans le pays de Bayonne, les chênes rouvre et pédonculé dans le centre de la France et en Sologne, le chêne rouvre dans les Ardennes et les Vosges méridionales, sont fréquemment les essences presque uniques, ou tout au moins prédominantes, de certains taillis simples. Un peu partout aux chênes se mélangent le bouleau sur les sables pauvres, les bois blancs dans les stations fraîches, le charme, l’érable champêtre, le coudrier dans les sols secs et moins profonds.
En un mot, les taillis sont généralement formés d’essences mélangées, mais la très grande prédominance d’une essence leur donne parfois le caractère de peuplements purs. Nous avons donc à examiner plus en détail quelques-uns des types principaux de taillis simple.
Taillis simple d’essences mélangées. — Il existe en France d’immenses surfaces couvertes de taillis simples
d’essences mélangées ; ce sont par exemple, d’après M. Broilliard : sur les calcaires rocheux, des taillis formés de charme, de coudrier et autres arbrisseaux, d’érables, d’alisiers et de fruitiers divers, de chêne et de hêtre disséminés, de saule, de tilleul, enfin d’une foule d’essences ; — dans les sables frais. on trouve des bouleaux, du tremble, du charme, du hêtre avec les chênes rouvre et pédonculé ; — dans les dépressions humides, de laune et quelques chênes ; — dans les parties riches, du tremble, du frêne, de l’orme et du chêne ainsi que d’autres essences diverses suivant la nature et l’humidité du terrain ; souvent une ou plusieurs essences sont dominantes suivant le climat, le sol et la manière dont sont dirigées les exploitations ; les autres restent à l’état subordonné.
Quand le mélange est bien proportionné, un tel peuplement se présente dans des conditions avantageuses, tant pour donner une production variée que pour assurer par un couvert suffisant le bon état du sol ; aussi le taillis à essences mélangées permet-il en général d’obtenir les peuplements les plus complets et les plus grands rendements en matière.
Les dégagements, tels que nous les avons définis, deviennent des opérations nécessaires, ayant pour but de maintenir le mélange, de l’améliorer et de diriger la production vers les produits les plus utiles; ces dégagements ou simples étêtements, permettent le plus souvent d’assurer le maintien du chêne tout en y utilisant pour le mieux les autres essences ; on doit les commencer de bonne heure, et les répéter fréquemment dès que le besoin s’en fait sentir.
Les éclaircies deviennent dans un tel peuplement des opérations utiles, spécialement là où il y a lieu de favoriser le chêne ; pour tendre à multiplier cette essence, on fait cinq ou six ans avant le terme de la révolution une éclaircie forte, qui en relevant le couvert et en desserrant les perches de chêne, favorise la fructification de ces perches et par suite la production de semis naturels ; ces semis, recépés avec soin lors de l'exploitation du taillis, enrichissent alors le taillis en jeunes souches de chêne, et plus tard les opérations de dégagement ne doivent pas les oublier.
Pour que ces opérations culturales donnent le résultat
qu'on en attend, il faut opérer sur de longues révolutions.
Dans chaque cas particulier, la longueur de la révolution dépendra de l’essence à multiplier et des produits à obtenir ; on n'oubliera pas que plus les révolutions sont courtes, plus elles sont favorables au développement des mauvaises essences, notamment des bois tendres.
Bien traiter un taillis d’essences mélangées en vue d’obtenir d’une part une production soutenue en matériaux de bonne qualité, et d’assurer d’autre part la conservation de la fertilité de la station, n’est pas chose aussi facile qu’on le pense à première vue. La preuve en est dans ces pauvres taillis qui existent un peu partout et qui sont en voie d’appauvrissement très accentué ; rien de triste à voir comme certains terrains dits boisés, où les exploitations se répètent sur les mêmes surfaces à des intervalles de dix, quinze ou à peine vingt ans, pour donner des produits de peu de valeur, où les bonnes essences ont presque complètement disparu et sont remplacées par des morts-bois et des essences de qualité inférieure, où le massif est entrecoupé et interrompu par des vides et des friches incultes abandonnées par la culture forestière ou déjà livrés au bétail. Il est nécessaire de remédier à cette situation. Nous emprurtons à M. Broilliard les conseils suivants :
En sol frais ou profond, les bois tendres (blancs), dont la végétation est rapide ou les essences à couvert épais, propres à la station, s’emparent souvent du terrain en lieu et place du chêne, plus précieux qu’elles, tant par le bois et l’écorce que par la qualité des produits Or, seul le chêne, quand il a une belle végétation, réunit tous les avantages : c’est donc lui qu’il importe de maintenir ou de multiplier dans ces terrains. Les moyens dont nous disposons à cet effet se trouvent dans la durée de la révolution, dans les éclaircies et dans les repeuplements.
Pour diriger les exploitations, il faut se rendre compte que l’état de la forêt montre toujours les fautes commises et les résultats acquis ; les conclusions qui découlent de cet examen sont les suivantes :
a. Si le chêne est bien représenté et bien venant, s’il est en bonne proportion dans le mélange et dominant, il convient le plus souvent de s’en tenir à la révolution en vigueur, à moins que des considérations locales (utilisation de produits spéciaux, etc.) ne portent à la modifier dans un sens favorable.
b. Si les arbrisseaux ou les bois blancs abondent, ilest utile de reculer de quelques années l’âge d’exploitation du taillis ; une éclaircie des bois blancs faite cinq ou six ans avant le terme de la révolution est toute indiquée pour favoriser la production de semis de chêne en sousétage.
c. Si au contraire ce sont les essences à couvert épais, ormes, charmes, érables ou hêtres qui occupent le terrain, il convient de prolonger
notablement une première fois le maintien des taillis sur pied : au lieu de les exploiter à dix-huit ans, on y fait une éclaircie, récoltant la plupart des arbrisseaux, dédoublant le nombre des rejets sur chaque souche, desserrant les bois tendres (1), dégageant les perches de chêne> et enlevant les brins traînants ainsi que les rejets grêles de cépées à couvert épais, de charme notamment. Le chêne se multiplie dès lors par brins de semence sous le couvert de taillis ainsi traités ; recépés avec soin au moment de la coupe du taillis, ces brins donneront des rejets qui feront plus tard de nombreuses cépées et d’excellents baliveaux.
Si le chêne est devenu trop rare, on peut compléter ces semis par des plantations faites après l’éclaircie, et quelques années seulement avant la coupe du taillis.
Notons enfin que dans de tels sols, la réserve de baliveaux bien choisis, et de bons cordons le long des lisières, avec une révolution convenable, suffit en général pour ramener l’essence précieuse.
En terrain calcaire, sur les plateaux ou versants rocheux, les taillis d’essences mélangées couvrent de grandes étendues ; parmi les essences variées qu’ils présentent, les unes sont peu longévives (arbrisseaux, coudriers, saules) ; d’autres ont une végétation rapide mais un bois tendre (tilleul); d’autres,un bois dur mais une végétation lente (charme, petit érable) ; le chêne et le hêtre en sont les essences précieuses.
Avec des révolutions courtes, la production de ces taillis consiste en fagots ou charbonnette ; si au contraire on les laisse sur pied jusqu’à trente et quarante ans, ils continuent à prospérer, d’une manière soutenue ; ceux qui fournissent 100 stères à vingt-cinq ans en donnent généralement 160 à trente-six ans et alors c’est surtout du rondin ou bois de moule, de sorte que la valeur du rendement est double ou triple : ils passent par exemple, d’après M. Broilliard, de 200 francs à l’hectare à vingt-cinq ans, à 500 francs vers l’âge de trente-six ans. À oingt-cinq ans, ces taillis entrent à peine en valeur ; ls ne sont qu’à la fleur de l’âge ; c’est de vingt-cinq à quarante ans qu’ils s’enrichissent, repeuplent leurs clairières, étiolent leurs morts-bois, et donnent la prédominance aux bonnes essences.
Dans de tels taillis à longue révolution, le hêtre est une essence précieuse, et M. Broilliard conseille, sur ces plateaux calcaires, de réserver la plupart des hôêtres, barres, baliveaux ou faibles brins, au lieu de récéper ces derniers, si grêles qu'ils soient.
Notons enfin, avec le même auteur, que, sur les plateaux calcaires, l’éclaircie n’est guère praticable avant l’âge de trente-six à quarante ans ; c’est-à-dire qu’elle y est peu applicable aux taillis ; mais, en:
(1) Pour prospérer, chaque essence exige une place plus ou moins grande au soleil. Celles qu'il faut desserrer le plus sont : le tremble, le frène, les grands érables, les ormes, le merisier, qui ne prospèrent qu'avec la cime entièrement libre ; puis le bouleau, l’aune, le chène, le tilleul, l'érable champêtre, qui se développent mieux à l'état libre qu’en massif ; enfin le charme et le hêtre qui prennent en massif de très belles dimensions, pourvu que les cimes aient quelque ampleur (Broilliard).
revanche, les cordons continus, pleins, formant des haies d’arbres ou de hauts taillis, fournissent un excellent abri, très favorable à la végétation forestière sur les plateaux ; on peut leur donner une largeur de # à 5 mètres, et les disposer soit au pourtour des coupes, soit même à l’intérieur de trop grandes coupes, pour partager chacune d’elles en compartiments clos de 4 à 5 hectares au plus.
Quant aux vacants et aux grands vides, ils tiennent généralement aux abus de pâturage ; souvent aussi sur certains sols sablonneux ou argilo-siliceux, ils sont provoqués par un état fortement acide du sol, état dû à une décomposition incomplète des feuilles de chêne et de bouleau. Si les vides ainsi créés sont de grande étendue, on doit y remédier en reboisant le terrain ainsi découvert, et le concours des essences résineuses, comme essences transitoires de reboisement, est alors généralement indispensable.
Taillis où domine le chêne. — Les écorces à tan, d’un produit autrefois rémunérateur, souffrent aujourd’hui d’une baisse considérable, aussi l’existence de taillis où le chêne constitue pour ainsi dire l’essence unique du peuplement, taillis généralement exploités à de courtes révolutions (1) en raison de leur production spéciale, ne paraît plus aussi justifiée.
Le chêne yeuse ou chêne vert et le chêne tauzin sont cultivés presque uniquement en vue de la production des écorces et à des révolutions très courtes ; souvent très clairiérés en raison d’un pâturage abusif, et formés de tiges grêles ou même de broussailles naines, ils produisent peu par hectare et par an. Il n’est pas douteux qu’il y a beaucoup mieux à faire.
Dans la Sologne et le centre de la France, avec le chêne rouvre et le chêne pédonculé on adopte une révolution plus longue ; de vingt à vingt-cinq ans. Aussi les taillis y donnent-ils, outre de bonnes écorces, des produits ligneux'assez importants, et même des perches utilisées comme menus bois d’œuvre. Là où le chêne pédonculé est seul, il couvre très mal le sol, et les taillis sont d’un entretien difficile ; il est alors préférable de le voir associé au charme.
Dans les Ardennes, les taillis simples de chêne rouvre et pédonculé, tantôt purs, tantôt mélangés entre feux ou avec des bouleaux, des charmes et des noisetiers, sont soumis au
(1) En laissant de côté le chène-liège, l'écorce de chêne est d'autant meilleure pour le tannage des cuirs, qu'elle est récoltée sur des arbres plus jeunes et plus vigoureux.
sartage (1); on applique généralement aux taillis sartés une révolution de vingt-quatre ans. Les produits obtenus en dehors de la récolte de céréales, consistent en étançons de mines, en charbonnette, en bois de chauffage et en écorce ; tous ces produits réunis donnent un revenu net moyen de 30 francs par hectare et par an environ ; la pratique du sartage n’est plus justifiée aujourd’hui avec la facilité actuelle des communications, et tend à disparaître.
Les taillis de chêne se rencontrent souvent sur les terrains siliceux (sables, schistes, granites, grès), sols sur lesquels paraissent la bruyère, le genêt à balais ; le bouleau se présente alors habituellement avec le chêne. Ils se rencontrent aussi sur les terrains calcaires, et ce sont alors des épines noires, des églantiers, des cornouilliers et autres morts-bois qui se trouvent répandus dans la forêt. Généralement, aussi, le charme et les fruitiers s’y montrent en mélange.
Dans de tels taillis, si les massifs sont complets, il n’est pas indispensable de modifier la révolution ; mais si les vides se montrent nombreux, la première chose à faire est d’allonger la révolution en la portant au moins de vingt à trente ans par exemple.
Les semis de chêne se multiplieront ensuite, les autres essences de la région viendront s’y adjoindre naturellement, et la forêt ira s’améliorant d’elle-même.
On favorisera cet enrichissement du taillis, en même temps que la création d’un mélange toujours avantageux dans ces conditions, en réservant le long des laies qui séparent les coupes des cordons de brins ou rejets de toutes essences, en gardant par pieds isolés les beaux sujets qui se présenteront sur le parterre de la coupe, ou en conservant, comme on le fait dans certains taillis de la Nièvre, des cépées de charme et de hêtre dites volières, destinées à parcourir deux révolutions.
Les éclaircies, opérations nécessaires dans de tels taillis, dès que les rejets montants, les lances, ont une grosseur moyenne de 0m,10 au moins, ne produisent un effet utile que si le peuplement doit rester sur pied environ huit ou dix
(1) Après la coupe, on brûle les ramilles et tous les rémanents de l'exploitation, et on cultive des céréales pendant un an.
CS
ans au moins après l'opération. Dans ce cas elles doivent avoir pour objet tout d’abord de desserrer les lances les plus vigoureuses, tout en maintenant le sol couvert et frais. On peut enlever dans chaque cépée une ou plusieurs tiges, parmi celles qui percent vers le ciel et qui nuisent à la tige la plus vigoureuse ; mais on doit respecter tout ce qu’il n’est pas utile d’enlever (tiges franchement dominées, rejets étalés, branches basses, etc.) comme nous lavons exposé précédemment. Quant aux essences mélangées au chêne, l’éclaircie peut servir à en régler la proportion, mais on doit se souvenir que le bouleau, le tilleul, le tremble, le saule même sont alors souvent une vraie richesse, à la condition qu’ils restent subordonnés au chêne, et qu’on ne doit pas en appauvrir systématiquement le taillis.
Taillis fureté de hêtre. — En dehors de ces types généraux, certaines régions spéciales se prêtent au taillis de hêtre, généralement soumis à un traitement particulier, Le furetage, en raison de la faible faculté que possède le hêtre de rejeter de souche.
On trouve des taillis furetés principalement dans le Morvan, dans le Jura sur le versant suisse, et au pied des Pyrénées.
Les taillis furetés sont ordinairement des taillis simples, sans aucune réserve, dans lesquels on coupe dans une cépée les tiges les plus grosses en laissant subsister les plus faibles ; on revient sur le même point tous les huit ou dix ans, et sion coupe à l’âge de vingt-quatre ou trente ans, les trochées sont formées de tiges de trois âges ; c’est une sorte de jardinage appliquée aux taillis.
Dans l'Ariège, la révolution des taillis furetés, variable suivant les régions et la vigueur de la végétation, est en moyenne de trente ans, et on la divise en deux rotations de quinze ans ou trois rotations de dix ans ; la formule qui sert à diriger les exploitations est un peu différente de la précédente ; on doit enlever au passage de chaque coupe les perches exploitables et réserver : 4€ tous les brins isolés ; 29 tous les rejets traînants ; 3° tous les autres rejets ayant moins de 20 centimètres de tour au collet de la racine ; 49 à défaut de ces rejets, la moitié ou le tiers des tiges de plus de 20 centimètres de tour dans toutes
les cépées qui ne présentent pas de rejets de dimension inférieure,
Ce mode de traitement, qui s’est longtemps expliqué par la nécessité d’exploiter exclusivement du bois de moule, ne semble pas devoir être généralisé ; il paraît préférable de traiter le hêtre en futaie, et, pour les particuliers qui possèdent des forêts de hêtre, en taillis composé afin de produire du bois d'œuvre.
Pour transformer en taillis composé de tels peuplements, le point de départ paraît être de déterminer de suite, le plus simplement possible, et d’asseoir sur le terrain la division des nouvelles coupes de taillis composé. Suivant la rotation adoptée par les coupes de furetage, chaque coupe ancienne comprendra deux, trois coupes nouvelles ou plus, et si on dispose dès le début de boïs exploitables, on commencera les coupes de taillis composé par ces parties ; si au contraire la forêt n’offre absolument aucun bois immédiatement exploitable, on sera évidemment forcé de reculer l'application du plan d’exploitation, quitte à faire en attendant quelques éclaircies dans les plus vieux bois ; c’est une question de tact, et pour agir avec méthode on devra se pénétrer du but que l’on poursuit et bien comprendre le résultat vers lequel on tend ; c’est ainsi, par exemple, que les éclaircies devront être conduites dans un esprit contraire à celui du furetage ; on se propose de laisser vieillir l’ensemble du taillis fureté, et dès lors l’opération culturale (qu’on ne doit faire, d’ailleurs, que si l’on tient absolument à réaliser de suite quelques produits disponibles) ne doit porter que sur les mauvaises tiges, au lieu des meilleures, dans le but d’améliorer l’étage supérieur au lieu de le dégrader.
Il paraît inutile d’ajouter qu’on peut trouver dans de tels taillis du chêne et d’autres essences, même du charme en mélange, et qu'il convient de les soigner et de les surveiller pour conserver et améliorer le mélange ; c’est ainsi qu’au passage des exploitations, les jeunes brins et tous les rejets de chêne, de charme et d’autres essences seront soigneusement recépés, et que, s’il est nécessaire, des dégagements ultérieurs viendront rabattre les brins de charme, d’érable, etc., qui tendraient à devenir envahissants au détriment du chêne et du hêtre.
Taillis de châtaignier. — Le châtaignier n’est pas spontané en France ; quand on peut le conduire à un âge avancé, il se carie au cœur, et ne donne que des produits très médiocres en raison du déchet. Au contraire, quand on l’exploite jeune, son bois est sain et durable ; très recherché pour les échalas de vigne, il est d’un grand produit.
Pour établir une châtaigneraie, il faut d’abord se rappeler
que le châtaignier se refuse à croître dans les terrains calcaires; le sol qui lui convient le mieux est un sol graveleux et siliceux, comme celui qui résulte de la décomposition du granit. Le châtaignier est exposé aux gelées printanières sur les versant sud et ouest, et il craint beaucoup l’envahissement des herbes ; sa croissance est très rapide ; il rejette facilement.
D’après M. Bagnéris (1), il est bon de commencer par cultiver le terrain pendant deux ou trois ans, en choisissant de préférence des plantes sarclées, des pommes de terre, par exemple. Le sol est ainsi parfaitement nettoyé des mauvaises herbes, et il peut recevoir les jeunes plants qu’on a préalablement élevés en pépinière. On espace ces plants à 2 mètres en tous sens, et on peut encore cultiver pendant un an ou deux des pommes de terre dans l’intervalle. Au bout de six ou huit ans, on fait une première coupe dont les produits couvrent seulement les frais; puis on exploite en taillis simple sans réserves, tous les douze ou quinze ans. Un assez bon indice de l’âge auquel il convient de couper le taillis est fourni par l’apparition de rejets au pied de certaines tiges.
Une châtaigneraie se maintient ainsi pendant environ un siècle et demi, après quoi il est opportun de la renouveler. Située auprès de vignobles, dans de bonnes conditions de sol et d'exposition, c’est une forêt d’un excellent rapport et parfaitement placée entre les mains des particuliers.
Taillis de micocoulier. — Le micocoulier vient bien dans les plaines et vallées des bords de la Méditerranée et dans une certaine mesure dans les régions tempérées de la France, spécialement sur les bons sols et dans les terrains divisés; il s’exploite en taillis à courtes révolutions et donne des produits spéciaux recherchés par le commerce.
Pour établir un taillis de micocoulier, d’après M. Broil liard, on plante à 2 ou 3 mètres d’espacement, en sol bien ameubli, des sujets de trois ans qui ont été protégés en pépinière contre les vents froids du nord ; on cultive des plantes sarclées entre ces jeunes brins ; on élague graduellement et rez-tronc les branches basses pour former les fûts, et on émonde
1) G. Bacxéris, Manuel de Sylviculture.
en mai les branches gourmandes qui repoussent après ces élagages ; on bine le terrain chaque année une ou deux fois ; on irrigue quand on peut le faire, surtout au printemps, et au moins une fois par semaine.
La première coupe a lieu à quinze ans, et les coupes suivantes tous les huit, dix ou douze ans, quand les barres ont 8 à 12 centimètres de diamètre à hauteur d’homme, et 3 mètres sous branches. On ne conserve que deux ou trois rejets sur chaque souche, pour que les tiges soient plus droites et l’accroissement plus rapide.
Dans de bonnes conditions de sol et d’exposition, ces taillis sont d’un excellent rapport, et parfaitement placés entre les mains des particuliers.
Dès qu’on s'éloigne des bords de la Méditerranée, il faut avoir soin de ne planter les jeunes sujets qu’à l’âge de cinq ou six ans seulement, et de garantir les jeunes tiges des froids trop vifs pendant toute leur jeunesse.
Taillis de robinier. — Le robinier ou faux acacia n’est pas spontané en France ; toutefois il est très rustique. Il s’exploite en taillis à courtes révolutions et donne des produits spéciaux recherchés par le commerce.
Pour établir des taillis de cette essence, il faut se rappeler que le robinier craint le vent, exige beaucoup de lumière, redoute le mélange avec d’autres essences, et réussit médiocrement dans les terrains compacts ou très secs ; les sols légers et frais lui conviennent bien, et il est susceptible, en raison des qualités de son bois, à aubier très mince, de donner de riches produits.
La plantation doit être faite à 2 mètres environ d’intervalle ; en général après avoir recépé à trois ou quatre ans, on exploite rez terre tous les dix, douze ou quinze ans. On peut conserver plus longtemps le robinier à l’état de massif, à la condition de éclaircir souvent et très fortement ; tant qu’il prospère, le propriétaire peut avoir intérêt à le garder sur pied pour obtenir les produits de luxe qu’il donne dès l’âge de quarante à cinquante ans. D'ailleurs, à quelque âge qu’on lexploite, il se reproduit facilement par rejets et surtout par drageons.
Taillis d'aune. — L’aune se prête très bien au taillis
simple ; c'est une essence qui rejette vigoureusement et longtemps ; elle est précieuse pour rendre productifs des terrains mouilleux.
L’aune est rarement en mélange avec d’autres essences, tant en raison des terrains qu’il habite que de sa croissance très rapide, mais c’est une essence très bonne à titre temporaire pour préparer l'installation d’essences plus utiles, propres à la station, telles que le chêne pédonculé, le frêne, etc.
Selon la nature des produits à obtenir, la révolution à appliquer est plus ou moins longue et varie entre vingt et vingtcinq ans; il peut même être intéressant de garder sur ces taillis quelques réserves destinées à fournir des perches de plus fortes dimensions.
Culture de l'osier (1). — Les taillis de saule ou oseraies sont plutôt des cultures industrielles que des cultures forestières. Tous les saules ne se prêtent pas également bien à cette culture, et ne fournissent pas un bon osier. Nous citerons parmi les espèces les plus employées :
L’osier vert où saule viminal, qui aime les terrains aquatiques, légers, et donne des produits abondants, mais grossiers ; l’osier brun, ou saule amandier où saule à trois étamines, qui préfère les terrains humides et donne une bonne production ; l’osier rouge ou saule pourpre, qui vient bien sur les terrains simplement frais, sur les bords des eaux courantes, et donne un osier très fin ; le saule blanc qui forme desoseraies très productives, et est susceptible d’être traité en têtards ; le saule fragile qui peut supporter les terres fortes et donne des osiers de seconde qualité.
La création d’une oseraie demande trois années, et l’oseraie se trouve en plein rapport à la quatrième.
Cette culture, souvent très rémunératrice, sort du domaine des exploitations forestières proprement dites, car elle peut coûter à l’hectare 1 200 francs environ de frais d’établissement, et demande 200 à 300 francs de frais annuels d’entretien.
(1) Voir au sujet de la création d'une oseraie et des soins à lui donner, l'ouvrage de M. BroirutarD, Traitement des bois en France.
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