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GÉNÉRALITÉS

Le taillis simple est très commun en France où il est appliqué sur une assez grande échelle, spécialement dans la propriété particulière. On trouve des taillis simples dans les régions méridionales comme dans les régions septentrionales, et cette catégorie de peuplements couvre plusieurs millions d'hectares. Les communes en possèdent environ 300 000 hectares, mais ce n’est qu'exceptionnellement que ce mode de traitement est appliqué par l'État.

Produits et débouchés du commerce. — Le taillis simple n’est susceptible de donner que du bois de chauffage, et exceptionnellement des produits spéciaux ; aussi son importance a-t-elle singulièrement diminué pendant la seconde moitié du siècle dernier, principalement à cause de la diminution progressive de la consommation des bois de feu. Les écorces à tan elles-mêmes, qui étaient autrefois un produit rémunérateur, sont aujourd’hui atteintes de la même façon.

Il résulte de ces faits que l’intérêt bien entendu des propriétaires particuliers, les conduit à installer le taillis composé partout où existent les éléments d’un balivage en bonnes essences. Ce n’est plus que par des raisons d’essences, de sols ou de produits spéciaux, que le tarllis simple peut se justifier.

Par exemple, le chêne vert n’arrive pas en France à des dimensions qui puissent permettre de l'utiliser comme bois d'œuvre, mais par contre son écorce est de toute première qualité pour la préparation des cuirs ; le taillis s’impose. De même le châtaignier possède un aubier peu abondant qui acquiert beaucoup plus vite que le chêne les qualités de bois parfait ; mais, en revanche, conservé comme bois d’œuvre il est souvent altéré au cœur ; aussi l’exploite-t-on en taillis simple à courtes révolutions pour en faire des cercles de tonneaux et des échalas dans les pays vignobles. — Dans les mêmes conditions de culture agricole, ou bien aux environs des minières, il est encore possible qu’on ait avantage à traiter des forêts en taillis simple, soit pour produire des échalas (chêne, châtaignier) ou des piquets et perches de mine (toutes essences), soit pour tirer parti de l’écorce (chêne) ; mais ilest en général bien rare que les bois d’œuvre ne soient pas assez recherchés pour qu’on n’ait pas intérêt à faire plutôt encore du taillis composé ; il faudrait pour cela que le sol très peu profond ne permit pas d’obtenir une hauteur de fût suffisante, au moins 6 mètres. Sans doute alors, dans l'intérêt général, il vaudrait mieux, comme aux expositions très chaudes, faire de la futaie avec des essences appropriées au sol et au climat. Mais il y a là une considération économique de capital engagé très importante pour le propriétaire particulier, considération qui peut obliger ce dernier à préférer le taillis simple.

Traitement en taillis simple. — Les points essentiels à étudier pour le traitement en taillis simple, concernent tous le repeuplement naturel par rejets de souche et drageons, et par suite la perpétuité de l’essence. Nous avons vu en traitant du repeuplement qu’ils se rapportent essentiellement au mode :d’exploitation. Nous avons à compléter ici cette étude.

Rejets et drageons. — La base du traitement en taillis est la formation de rejets de souche et de drageons, dont un grand nombre sont susceptibles de s’affranchir sur pied ;'les rejets sont en général de beaucoup les plus fréquents, et leur nombre ainsi que leur vitalité dépend surtout de l'aptitude de l'essence à rejeter ; quant aux drageons ou rejets de racines, il est à remarquer que Gertaines essences, peu aptes à donner des rejets de souche, produisent de nombreux drageons, et sont ainsi précieuses pour assurer le maintien du taillis.

Les essences qui rejettent le plus abondamment de souche sont les chênes (moins le chêne yeuse), le charme, les ormes, les érables, le chàtaignier, l’aune glutineux, le frêne, les saules, etc. Les essences les plus aptes à drageonner sont : le chêne yeuse, tauzin et liège ; le tremble, l’aure blanc, le robinier, etc.

Un certain nombre rejettent et drageonnent à la fois, tels que les ormes, la plupart des fruitiers, le frêne, les chênes à feuilles persistantes, le chêne tauzin ; le hêtre drageonne très rarement, et la plupart de ses rejets proviennent de bourgeons adventifs ; encore ne se produisentils que jusqu’à un âge peu avancé sauf, peut-être, dans certaines conditions de station (en montagne) ou de traitement (furetage).

Les résineux ne rejettent pas de souche. et par suite ne sont pas aptes à être traités en taillis.

Révolution. — Au point de vue du repeuplement, nous avons fixé une limite supérieure qu’il ne paraît pas possible de dépasser en général pour aucune essence (quarante ans au maximum) et nous avons vu qu'il n’y a pas de limite inférieure. Néanmoins, il y a dans la pratique un âge d’exploitation au-dessous duquel on ne saurait descendre ; c’est le moment où les bois ont une valeur commerçable et représentent un placement avantageux. On conçoit que cette limite varie avec les essences, et que si une oseraie peut être coupée, tous les ans ou tous les deux ans, il n’en est déjà plus de même d’une châtaigneraie qu’on ne peut exploiter utilement avant douze ou quinze ans; un taillis simple d’aune ou de chêne rouvre et pédonculé ne doit pas se couper avant vingt ou vingtcinq ans.

L'article 69 de l'ordonnance réglementaire du 1°r août 1827 fixe pour les forêts de l’État la durée minima de la révolution à vingt-cinq ans, à l'exception des forêts dont les essences dominantes sont le châtaignier et les bois tendres (blancs). L'article 134 de la même ordonnance rend ces dispositions applicables aux forêts des communes et établissements publics (bois soumis au régime forestier). C’est une excellente mesure, que les particuliers eux-mêmes auraient le plus souvent intérêt à adopter ; ces derniers devront se rappeler toutefois que si dans les sols excellents on peut à la rigueur adopter une courte révolution, il est au contraire nécessaire dans les mauvais sols de la choisir longue.

Saison d’abatage. — En vue du repeuplement, l’abatage ne devrait être fait, ni avant les grands froids, ni pendant les grands froids, ni en temps de sève.

Il ne resterait ainsi pour l'exploitation qu’un temps assez restreint compris, en moyenne, entre le commencement de février et la fin de mars ; un délai aussi court, aurait le double inconvénient d’exiger, à un moment donné, un nombre de

bras impossible à trouver, et,en outre, de ne pas permettre d'utiliser pendant l'hiver tous les ouvriers de métier qui se font bûcherons pendant le chômage de leurs travaux. Aussi, en fait, admet-on en France, où le climat général est un climat tempéré, qu’on peut sans danger sérieux commencer les exploitations en automne, aussitôt l’arrêt de la sève, et les continuer pendant tout l'hiver, sauf au moment des fortes gelées, et ce n’est seulement que dans les situations exceptionnelles qu’il faut agir avec plus de prudence.

Quant à la coupe en temps de sève, nécessaire dans les taillis à écorce, elle présente des inconvénients, spécialement quand elle est suivie d’étés exceptionnellement chauds, et de sécheresses prolongées ; mais si la révolution du taillis est assez longue, le retard occasionné est insensible ; son grand inconvénient paraît consister dans la moindre qualité des produits récoltés.

Mode d’abatage. — Les précautions à prendre en ce qui concerne l’abatage sont autrement essentielles au point de vue du repeuplement, et nous avons indiqué que la section devait être faite rez terre, à la serpe pour les tiges de moins de 5 centimètres de diamètre, avec un instrument tranchant plus lourd (hache ou cognée) pour les tiges d’une dimension supérieure ; que la surface de section devait être ravalée, pour empêcher le séjour de l’eau sur la souche.

La coupe rez terre doit être prescrite et observée rigoureusement ; il n’y a d'exception que pour les endroits plats et bas, exposés à de fréquentes inondations ; alors il faut exploiter un peu au-dessus de la hauteur qu’atteignent habituellement les eaux pour empêcher leur séjour sur les souches, ou tout au moins il convient d’exploiter tard, après l'hiver, quand on n’a plus guère à craindre l’eau.

Enfin, dans certains cas spéciaux (furetage du hêtre ; exploitation en têtards), on peut être conduit à faire la section dans le jeune bois, laissant ainsi des tronçons de rejets sur lesquels vont se former de nouvelles pousses.

Façonnage. — Le façonnage doit être fait rapidement pour ne pas entraver le développement des rejets, et surtout pour éviter de les endommager, alors qu’ils se détachent encore

facilement de la souche." Nous”avons signalé cette opération comme condition essentielle d’un bon et rapide repeuplement ; pour la même raison, les ramiers ne doivent pas rester longtemps épars sur le parterre de la coupe. Si la main-d'œuvre manque, on peut tout aumoins exiger que tous les produits soient façonnés avant l’apparition des rejets, et que les ramiers soient toujours rassemblés sur les endroits vides et mal garnis ; on en sera quitte pour effectuer sur ces places, après la vidange, quelques plantations.

Vidange. — Une bonne pratique consiste à faire transporter les produits aussitôt qu’ils sont façonnés le long de chemins désignés à l’avance, soit sur le parterre de la coupe, soit plutôt en dehors de la coupe sur une place de dépôt. On évite ainsi des dégâts souvent importants, occasionnés par le passage des voitures dans l’intérieur de la coupe, et par l’abroutissement des bêtes de somme qu’il est nécessaire d’y introduire ; si la surveillance n’est pas constante et très sévère, ces dégâts sont souvent très importants.

Le cahier des charges de l'administration des Eaux et Forêts trace à cet égard un certain nombre de règles adoptées, tant pour les délais d’exploitation et de vidange, que pour les prescriptions à im-

poser aux adjudicataires ou entrepreneurs : il prévoit le cas où on pourra y déroger, à l’aide de clauses spéciales, lorsque des circons-

tances particulières le demanderont.

Il est bon toutefois de remarquer que le propriétaire particulier a intérêt à ne pas exagérer les obligations qu’il impose aux adjudicataires, afin de ne pas les écarter de sa forêt ; il ne devra exiger que les précautions indispensables pour assurer l’avenir du taillis.

Balivage. — Le traitement en taillis simple n’exclut pas forcément la réserve de baliveaux qui seraient destinés à parcourir seulement deux révolutions du sous-bois ; spécialement si les révolutions sont courtes, les souches de ces baliveaux ne perdent pas leur faculté de rejeter. Nous avons dit en parlant du repeuplement que ces réserves peuvent être très utiles, sinon indispensables, pour assurer la perpétuité du taillis ; leur rôle principal est de disséminer quelques semences, pour maintenir le taillis complet ; toutefois leur nombre doit être assez restreint si l’on ne veut pas que leur couvert vienne nuire au développement du taillis simple ; le meilleur moyen

de les distribuer est de les disposer pour la plupart en cordons le long des lignes et chemins tout autour de la coupe. Abuser de ces réserves, dans un taillis simple, et leur demander la production de bois de charpente, serait changer la nature de l’exploitation, et dans ce cas le propriétaire a tout intérêt à adopter franchement le tailils composé.

Développement du taillis. — Opérations culturales. — Dès l’année qui suit l’exploitation, le peuplement se trouve formé de jeunes cépées ne couvrant que très imparfaitement le sol, et entre ces cépées, les herbes se développent en grande abondance. La production ligneuse est faible malgré la vigueur de végétation des jeunes pousses ; elle augmente d’année en année au fur et à mesure que l’espace se restreint entre les cépées, que les feuillages se développent pour arriver à se toucher et à former massif plein.

C’est dans le début de cette période qu’on peut avoir intérêt : 1° à effectuer des repeuplements artificiels sur les vides qui se produisent toujours par places, spécialement dans les taillis où il n’y a pas de porte-graines ; 29 à effectuer des dégagements, c’est-à-dire des opérations culturales ayant pour but spécial de dégager d’abord les brins de semence qui pourraient exister, et les plantations dont la végétation, lente au début, ne peut lutter avec la végétation rapide des rejets de souche de toute nature ; ces dégagements peuvent porter ensuite, s’il y a lieu, sur les rejets de souche, les morts-bois et mau vaises essences (saule marceau, tremble, etc.), et aussi, mais exceptionnellement, sur les ronces, les épineset autres mortsbois, toujours envahissants, qui tendent à étouffer les rejets des bonnes essences, et qui ne tardent pas, dans bien des cas, à les déposséder du terrain ; ils consistent généralement en étêtements ; leur but est donc de favoriser la végétation des chênes, hêtres, charmes, frênes, érables et autres arbres à bois dur, dont la culture est généralement plus avantageuse. Cette opération doit être faite dès que l’on s’aperçoit que les essences secondaires gênent la bonne croissance de celles que l’on à intérêt à conserver et à propager ; elle doit, quand cela est possible, être répétée à plusieurs années d’intervalle. Il est essentiel, dans ce cas, de ne pas aller au hasard dans chaque

opération, afin de continuer à protéger les mêmes sujets qu’on a précédemment dégagés ; il est difficile d’indiquer l’âge auquel le dégagement doit être entrepris, puisque c’est l’inspection des lieux qui doit en décider ; disons cependant que très souvent cette opération est utile dès l’âge de six à dix ans.

Cette opération essentiellement culturale doit être effectuée avec une très grande prudence ; elle ne doit jamais avoir pour effet d'interrompre le massif ; il vaut mieux conserver des trembles, des saules, tilleuls et morts-bois çà et là, que de provoquer des vides dans le taillis par leur extraction complète. Elle consiste donc le plus généralement à étêter quelques bois tendres (blancs) afin de dégager les semis ou cépées du voisinage, sans les priver entièrement de l’appui que leur prêtent les tiges ainsi conservées dans leurs parties inférieures.

Dès l’âge de dix, quinze ou vingt ans, la production annuelle peut s'élever à 4 ou 5 mètres cubes par hectare et par an par exemple, plus ou moins suivant les forêts. Le peuplement passe alors de l’état de fourré à l’état de gaulis ou plutôt de bas perchis ; parmi le très grand nombre de tiges qui formaient le massif, un certain nombre seulement se sont développées, et ont pris l’avance pour constituer le peuplement principal ; les autres, après avoir végété quelque temps à l'état de tiges minces, ont été éliminées progressivement. Plus la station est fertile, plus le peuplement principal se sépare rapidement du peuplement accessoire et prend un accroissement vigoureux.

Éclaircies dans les taillis. — A l’état de bas perchis, le massif reste constitué et le volume ligneux augmente rapidement ; si on laisse vieillir un peuplement ainsi constitué, il peut devenir utile de l’éclaircir, et l’éclaircie a pour but de venir en aide à la nature en desserrant les cimes du peuplement principal, afin de leur permettre de prendre plus rapidement un développement favorable ; ce que les dégagements ont commencé pour les brins de semence, les éclaircies doivent le continuer, mais d’une façon différente. Cette opération culturale n’est opportune que lorsque le massif est principalement composé, non plus de gaules, mais de petites perches ayant au moins

10 centimètres de diamètre à hauteur d’homme (inutile de dire qu’elle ne doit pas porter sur l’étage dominé, ni sur le sousétage, mais bien sur certaines tiges dont la cime pénètre dans

l'étage dominant) ; à ce moment on passe assez facilement sous bois et l’éclaircie peut être rémunératrice ; mais pour qu’elle soit utile, il faut que le taillis ait encore quelques années pour se développer, huit ou dix ans par exemple, ce qui suppose une révolution d’une trentaine d’années au moins.

Cette opération délicate serait absolument mauvaise si le propriétaire en abusait pour faire une récolte prématurée de produits, et dans c2 but la dirigeait au hasard, ne craignant pas de desserrer ou d’interrompre le massiÿ, ou bien de faire disparaître, sous prétexte d’éclaircie, des tiges franchement dominées dont le maintien est indispensable pour le bon état du sol et l’entretien de la fertilité de la station.

Dans les opérations de ce genre, on se rappellera qu’il y a toujours avantage à ce que le sol reste le plus garni et le mieux abrité possible.

Toujours exploité à un âge relativement jeune, en raison de la nécessité qu’il y a d’obtenir des rejets de souche, le peuplement ainsi conduit n’atteint pas la phase que nous avons signalée dans la futaie régulière, où il commence à s’éclaircir fortement et où par suite son état, de moins en moins serré, exerce une influence fâcheuse sur la fertilité de la station.

Mais, par contre, le sol est dénudé régulièrement à chaque exploitation, et en outre la récolte présente un caractère spécialement épuisant.

Il en résulte que, pour que les exploitations successives puissent se perpétuer indéfiniment sur le même sol, sans exercer une influence néfaste sur sa fertilité, le mode de traitement en taillis exige qu’on apporte un soin permanent à entretenir le bon état de massif. Plus que partout ailleurs, la moindre faute entraîne des conséquences fâcheuses ; plus l’état d’un taillis est mauvais, plus il tend à accentuer ce mauvais état, et à ruiner complètement la fertilité des stations. L'augmentation de la révolution est alors, bien souvent, un des meilleurs remèdes à conseiller.

Repeuplement artificiel. — Le repeuplement artificiel peut intervenir, et est appelé à rendre de grands services dans le taillis simple ; il consiste à venir reboiser les vides qui se produisent souvent dans un taillis où il n’y a pas de portegraines. Cette introduction de sujets qui, après recépage, sont destinés à fournir des jeunes cépées, permet de maintenir l'état de massif complet. Partout où il est possible, le proprié-

taire a intérêt à l’effectuer, fût-ce lentement et progressivement, au passage des coupes. De tels travaux sont parfois onéreux ; ils exigent des opérations de dégagements faites avec soin ; aussi peut-on conseiller, si les vides sont nombreux mais petits, d’en attendre le repeuplement naturel en laissant vieillir le taillis en ceinture autour d’eux, sur une faible largeur, pendant toute une révolution ; il peut suffire pour cela de garder une ceinture formée de lépaisseur d’une large cépée, en griffant les perches à conserver lors du passage de la coupe ; après une révolution ces cordons sont beaux et riches, et le vide qu’ils enserrent change d’état en s’améliorant.

S'il s’agit au contraire de grands vides, tout en les ceinturant, comme précédemment on peut en même temps les repeupler en essences à végétation rapide, pins, bouleaux ou aunes suivant les sols ; sous ces essences, à couvert léger, le chêne vient s’établir naturellement.

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