PEUPLEMENTS MÉLANGÉS
Nous donnerons moins d’extension à l’étude des peuplements mélangés, d’abord en raison du cadre restreint de notre ouvrage, et ensuite parce que dans les mélanges par groupes ou bouquets, chaque essence se comporte dans chaque groupe ou bouquet comme nous l’avons examiné dans les chapitres précédents.
Dans un mélange, les associations simples d’essence à essence peuvent être groupées d’après leur caractère cultural en trois catégories : essences d’ombre entre elles ; essences d’ombre avec essences de lumière ; essence de lumière”entre elles.
Quant au nombre, à la proportion et au tempérament des essences à introduire dans un mélange, il dépend de la qualité
de la station, c’est-à-dire non seulement de sa fertilité, mais aussi de la mesure dans laquelle l’action conservatrice du peuplement est nécessaire ; il dépend aussi de la forme du peuplement et des soins qu’on peut lui donner.
Nous avons conseillé en principe et sauf exceptions, en pare lant des peuplements mélangés, les règles suivantes :
19 Chercher à introduire en majorité dans les mélanges les essences d'ombre, et souvent le hêtre ; |
20 Associer aux essences résineuses des essences feuillues, spécialement le hêtre
30 Choisir de préférecne les peuplements inégaux, d’âges multiples, et, dans ces formes, constituer le mélange par groupes, par places ou par bouquets.
S 1. — Mélange des essences d'ombre entre elles.
Les peuplements qui résultent du mélange d’essences d’ombre entreelles sont composés d’essences se ressemblant par leur caractère cultural, et par suite généralement aptes à s’accommoder d’une même station. De tousles mélanges c’est celui qui réclamera le moins le concours de Part pour se maintenir.
Sapin et épicéa.— Dans les régions moyennes de son aire d'habitation le sapin peut être traité à l’état pur ; mais sur les limites supérieures de celle-ci, aux altitudes élevées, il semble indiqué d’avoir recours à l’épicéa et de donner dans le mélange, au besoin par voie artificielle, une large part à cette essence, comme cela se présente spontanément dans le Jura et dans les Alpes.
Cette association constitue un très bon mélange, surtout dansleszonesmoyennes des montagnes, et présente de notables avantages culturaux sur le peuplement d’épicéa. Pour prendre un développement prospère, un tel mélange demande un sol satisfaisant aux exigences du sapin pectiné, c’est-à-dire profond, fertile, sans être détrempé.
En peuplement uniforme mélangé par sujets isolés, le sapin tend, dans une certaine mesure, à supplanter l’épicéa, et le mélange intime est parfois maintenu difficilement.
Tout en conservant le type, il paraît plus sûr de procéder
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par bouquets entremélés, lesquels ne doivent pourtant pas excéder l’étendue d’un are environ, si l’on ne veut pas s’exposer à perdre les avantages du mélange.
Mieux que le peuplement uniforme, le peuplement inégal ou d’âges multiples se prête à une croissance prospère des mélanges de sapin et d’épicéa, et assure la conservation du mélange. Cette forme de peuplement permet non seulement de satisfaire de la manière la plus naturelle aux exigences que chacun des deux arbres manifeste pendant sa jeunesse, à l'égard de la lumière et de l’espace, mais encore d'obtenir de très beaux résultats, au moyen de laccroissement par la mise en lumière.
Sapin et hêtre. — Sur les limites inférieures de l'aire d'habitation du sapin, un mélange rationnel avec les essences qui le précèdent est souvent indispensable ; à ces altitudes basses du sapin, dans la région moyenne des montagnes, la nature lui associe très souvent, on pourrait dire de préférence, le hêtre.
Un tel mélange est très favorable au hêtre dont il allonge les fûts ; il est aussi très utile au sapin.
Dans les peuplements uniformes, d’un seul âge, la période de première jeunesse est souvent la plus critique pour l’existence du mélange, spécialement si le hêtre est en forte proportion et en mélange intime, et si le sol n’est pas très fertile ; à ce moment le sapin, dont la croissance est lente les premières années, risque d’être étouffé par l’accumulation des feuilles de hêtre ; puis il est environné de toutes parts par un épais fourré de hêtre et tend à disparaître. Quand le mélange a échappé à ce double danger, le sapin commence à croître vigoureusement en hauteur, rattrape le hêtre qu’il passe en hauteur pendant la période de gaulis et de perchis ; souvent alors, le hêtre s’efforçant de se maintenir au même niveau devient élancé et se dépouille de branches jusqu’à une grande hauteur. Plus tard le sapin laisse en arrière le hêtre qui ne le suit plus dans son dévelcppement ; le hêtre se borne dans le mélange adulte à occuper les dépressions du niveau général des cimes, et souvent même il reste dans le sous-étage.
Il paraît préférable d’obtenir un mélange par bouquets
entremélés, dans lesquels même on aura tout avantage à donner une certaine avance au sapin. Le mélange par bouquets, même petits, est susceptible de donner des massifs très bien formés et de longue durée.
Mieux que les peuplements uniformes, les peuplements d’âges multiples se prêtent à une croissance très prospère du mélange du sapin et du hêtre.
Épicéa et hêtre. — Une certaine proportion de hêtre, à titre auxiliaire, dans les peuplements d’épicéa, est une condition très utile pour leur bonne croissance et leur conservation, de même que l'introduction d’une certaine proportion d’épicéa dans les peuplements de hêtre permet d’améliorer sensiblement la croissance du hêtre, et l’état général du peuplement.
Ces deux essences n’ont presque rien de commun comme port, ni même comme exigences de terrain ; l’épicéa prend place volontiers dans les endroits détrempés, fortement humides, et le hêtre recherche ceux qui ne sont que frais.
Dans de tels peuplements jeunes, en voie de croissance, le hêtre reste généralement en arrière sous le couvert de plus en plus épais et envahissant de l’épicéa, et en est éliminé de bonne heure, si le mélange est intime. Aussi le mélange n’a-t-il d'existence durable qu’à la condition d’être réparti par groupes de moyenne grandeur (50 centiares à 2 ares) qui même à âge égal se maintiennent assez facilement, de telle sorte que le peuplement reste composé de petits groupes de hêtre répartis au sein du peuplement d’épicéa.
Toutefois, le maintien du hêtre est plus assuré quand on lui donne une certaine avance sur l’épicéa, avance qu’on peut obtenir, soit en régénérant de bonne heure le hêtre d’après le principe des coupes jardinatoires, soit en comblant après coup, à l’aide d’épicéas, les lacunes qui se seraient produites dans les peuplements de hêtre.
Épicéa, sapin et hetre. — Atous points de vue, le mélange de ces trois essences est avantageux ; aux altitudes élevées, il paraît nécessaire d’y donner, au besoin par voie artificielle, une large part à l’épicéa, comme cela se présente spontanément dans le Jura et dans les Alpes.
Dans de tels mélanges, l’épicéa est toujours quelque peu
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ne et hêtre, Forèt domaniale de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
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dominant par rapport aux espèces associées, ou du moins il tend à les dépasser en hauteur ; on ne peut que se féliciter d’un pareil état de choses.
$ 2. — Mélange des essences d'ombre avec les essences de lumière.
Les peuplements qui résultent du mélange d’essences d’ombre avec des essences de lumière (fig. 93) sont composés d’éléments très dissemblables par leur caractère cultural ; les différences très marquées qui existent entre ces deux catégories d’essences, tant au point de vue de leur port, de leur croissance en hauteur, de leur longévité et de leur tempérament, qu’au point de vue de linfluence de la station, donnent à ce mélange un caractère artificiel.
Dans l’appréciation d’un tel mélange, il y a lieu de tenir compte essentiellement des deux considérations suivantes :
19 L’essence de lumière a un impérieux besoin de lumière et par suite d’air et d’espace pendant toutes les phases de son existence ; le concours d’une essence d’ombre dans le mélange rend cette condition difficile à maintenir ;
20 L’essence de lumière seule ne peut entretenir la densité du massif et la fertilité du sol pendant toutes les phases de l'existence du peuplement, et le concours d’une essence d’ombre est très utile pour obvier à cet inconvénient.
Quand les tendances envahissantes qu’a par sa nature l'essence d’ombre, sont encore exagérées par une meilleure adaptation au milieu, l'essence de lumière succombe toujours victime de l’essence d’ombre si l’on n’y veille avec le plus grand soin ; il en est ainsi du chêne et du hêtre dans les forêts du nord et de l’est de la France, où le hêtre, qui se trouve dans le centre de son aire, a toujours des tendances à éliminer le chêne (fig. 94) et le mélange ne peut être conservé qu’à la condition de venir sans cesse cantonner par des éclaircies bien conduites, l'essence d’ombre, au rôle secondaire qui lui est dévolu.
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