PEUPLEMENTS PURS
Les peuplements purs sont constitués, au moins en très grande majorité, d’une essence unique, qui donne seule son caractère propre au peuplement.
S {. — Essences feuillues.
Chêne rouvre et chêne pédonculé ; Futaie régulière. — Le peuplement de chêne pur prend naissance par semis, par plantation ou par régénération naturelle, et dans ce dernier cas, le semis général ne peut être obtenu qu’à la condition de voir toutes les réserves de futaie qui dominent les semis enlevées plus ou moins rapidement après les années de semence.
Suivant son origine, suivant les qualités du sol ou de la station (climat, etc.), les conditions de croissance et de développement de ce peuplement sont très inégales, et ces différences s’accentuent plus ou moins avec l’âge. Le peuplement, toutefois, tire de sa constitution même des caractères spéciaux, qui permettent de résumer les phases successives de son existence.
a. Première Jeunesse. — Croissance vigoureuse en hauteur pendant les deux premières années, si le repeuplement est suffisamment serré. (On admet que dans une régénération naturelle, le repeuplement est assuré par la présence d’un jeune plant par mètre carré en moyenne, mais généralement le semis
tat de fourré.
pur (Loir-et-Cher).
chêne
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naturel est beaucoup plus serré, tout au moins par places.)
b. Formation en massif. — Dès la troisième année, la croissance en hauteur se ralentit, et toute la vigueur de la végétation se porte sur le développement des branches latérales, développement qui hâte la formation du fourré. Cet état persiste jusqu’à l’âge de huit à dix ans, souvent plus, spécialement en sol pauvre, en situation exposée aux gelées, etc. Puis la production foliacée devient abondante, l’état de massif est obtenu, et le peuplement se présente à l’état de fourré épais et bien constitué, à couvert complet et très bas (fig. 82). =
c. Relèvement du couvert. — A cette phase succède le relèvement progressif du couvert par l’élagage naturel ; les tiges se poussent en hauteur, et cette croissance en hauteur dure plus ou moins, suivant la qualité de la station ; en bonne station (climat tempéré, sol profond, frais, etc.), le maximum d’accroissement en hauteur est atteint dès l’âge de trente à : quarante ans ; en station médiocre ou mauvaise (climat rude, | sol maigre, etc.), ce maximum n’est atteint que plus tard. (trente-cinq à soixante ans), à la condition toutefois que l’état de massif puisse persister jusque-là.
Le massif, qui peut être assez dense jusqu’à l’état de bas perchis, tend ensuite à s’éclaircir plus ou moins fortement (fig. 83).
d. Desserrement du massif. — En station médiocre ou mauvaise (sol peu frais et peu fertile), l'élimination qui se produit dès l’état de bas perchis s’accentue rapidement, le massif s’éclaircit, le couvertet l'abondance des détritus végétaux (feuilles, etc.) diminue, et le sol perd de sa fraîcheur et de sa fertilité ; les herbes l’envahissent, les fûts se couvrent de mousses et de lichens, et, à part quelques sujets vigoureux qui persistent disséminés, la végétation se ralentit et devient mauvaise. Les conditions dès lors sont défavorables pour obtenir la régénée ration naturelle“du peuplement.
En station favorable (sol fertile, abondamment pourvu d’humiditéfet d’humus, climat favorable, etc.), par exemple sur les alluvions des grandes vallées fluviales (1), la tendance à
(1) Futaies de chène de l’Adour.
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l’éclaircissement s’accentue dès l’âge du perchis, et peut aller jusqu’au complet isolement et à la rupture entière du massif, mais cette mise en lumière progressive des sujets d’élite a pour effet, non seulement de stimuler vigoureusement leur croissance et de provoquer la production d’un fort volume de bois, mais encore de maintenir cette croissance pendant une longue période et de donner au bois une bonne qualité. Dans de telles stations, suivant que le sol sera ou ne sera pas profond et fertile, les arbres seront hauts et élancés ou courts et étalés.
Les chènes provenant de peuplements purs ne présentent pas les formes régulières et élancées qui caractérisent ceux des futaies mélangées ; dans tout le nord et l’est de la France, et de moins en moins, au fur et à mesure qu’on s’avance vers le centre, vers l’ouest et la région girondine, les massifs purs de chêne sont exposés à souffrir pendant leur période de jeunesse des effets de la gelée ; les jeunes plants découverts sont alors tourmentés et retardés ; ils s’élèvent difficilement au-dessus de la zone dangereuse et conservent souvent pendant toute leur existence les traces de cette lutte.
Il résulte de ces diverses considérations, qu’à tous points de vue, il y a lieu de préférer, dans toute station, à la futaie régulière de chêne pur, un peuplement d’essences mélangées, où le chêne pourra être, suivant la station, l’essence principale et la plus abondante.
e. Repeuplement naturel. — Le chêne se régénère facilement par ensemencement naturel, tout au moins dans les stations qui lui conviennent. En raison de l’éclaircissement prononcé du massif de chêne pur, dès qu’il arrive à un âge un peu élevé, les coupes préparatoires ne sont pas nécessaires ; les coupes de régénération s’effectuent en général assez rapidement ; la coupe d’ensemencement, relativement sombre, est souvent inutile, si ce n’est pour faire disparaître les sous-bois et l’étage dominé, c’est-à-dire relever le couvert (fig. 84); on doit nettoyer radicalement le sol, excepté pourtant dans les régions où les années de semence sont rares ou très rares ; en pareil cas, on attendra pour faire l’opération que la glandée soit certaine. Partout et toujours il est bon d’effectuer un crochetage au moment de la chute des glands.
La semence lourde du chêne tombe au pied des portegraines, qui dès lors doivent être nombreux et régulièrement répartis sur toute la surface à régénérer. Le semis général ne
peut être que le résultat d’une glandée complète, car les résultats partiels disparaissent rapidement sous un couvert prolongé. Aussitôt après la glandée générale, dès qu’on juge la régénération acquise, on est conduit à faire très rapidement les coupes secondaires et définitives, et on les effectuera dès la deuxième ou la troisième année par exemple, si le climat s’y prête, si l’on ne redoute pas les gelées, et si l’on n’a aucun
Fig. 84. — Futaie de chène pur en ensemencement. Forèt de Bercé (Sarthe).
motif de conserver le peuplement primitif une fois qu’il a rempli ses fonctions de porte-graine ; on y procédera dans les six ou dix années qui suivent l’ensemencement, parfois plus lentement dans certaines stations humides et mouilleuses, si l’on redoute l'abondance de l'herbe, les effets de la gelée, l’envahissement des morts-bois, etc. Dans la région girondine, une coupe secondaire ou deux au plus, précèdent la coupe définitive; dans le centre et l’ouest, deux ou trois coupes secondaires sont nécessaires; enfin, dans le nord et l’est de la France, on’doit procéder plus lentement pour éviter les acci-
dents de gelée et pour permettre aux essences de remplissage de combler les lacunes d’une régénération trop souvent incomplète.
Dans les bons sols, il peut être avantageux de laisser quelques
beaux sujets isolés bien hauts de fût, comme réserves au-dessus de la coupe définitive, afin de leur faire acquérir, par la mise en lumière, un développement et par suite une valeur supérieure. + Remarquons qu’un propriétaire particulier peut trouver un gros inconvénient à jeter sur le marché, aussi rapidement, une grande quantité de gros bois de chêne ; dès lors, il peut être amené à n’effectuer la régénération que par parties, en profitant de glandées successives ; chacune des glandées lui donne un certain nombre de bouquets, petits ou grands, répartis irrégulièrement. Si en procédant de cette manière on a soin de favoriser, fût-ce même artificiellement, la création d’un certain mélange, la méthode de traitement devient, dans un grand nombre de cas, plus sûre et plus commode pour le propriétaire particulier.
Î. Soins culturaux. — Les dégagements de semis sont presque toujours indispensables, sauf peut-être dans la région girondine ; leur nécessité s’impose partout où la rareté des années de semence permet aux morts-bois et au hêtre de s’installer avant le chêne.
Pendant la période de jeunesse, il est plus nécessaire d’entretenir le massif et la fertilité du sol que de stimuler la croissance, et jusqu’à l’état de bas perchis, le chêne pur peut former des massifs assez denses ; les premières éclaircies seront donc modérées et très prudentes ; mais à partir de la période de perchis, un tel peuplement, constitué par une essence de lumière, demande de plus fortes éclaircies ; les cimes ont besoin d’être desserrées, et dès qu’on voit les tiges se couvrir de gourmands on peut être certain que les arbres souffrent et qu’il faut intervenir ; les éclaircies deviennent rapidement plus fortes, et il faut alors procéder hardiment en faveur des tiges d’avenir qui s’affirment ; on peut revenir tous les dix ans et même plus souvent, jusqu’à l’état de haut perchis ; on peut à la rigueur enlever au passage de ces éclaircies certains chênes dominés qui sont voués à une mort inévitable, mais on doit respecter tous les sous-bois de hêtre ou d’essences diverses qui peuvent exister. Dans les hautes et vieilles futaies, l’éclaircie
peut ne revenir sur le même point que tous les vingt ans. Hêtre; Futaie régulière. — Le hêtre a la semence lourde,
le couvert épais et le jeune plant délicat ; il en résulte que les
forêts, dont il est l’essence dominante, se régénèrent facile-
ment par la semence, et que le hêtre devient souvent, si on
n’y met ordre, l'essence unique de la futaie.
F En fait, ce n’est en général qu’au moyen de la régénération
Fig. 85. — Haut perchis de hêtre dans le Morvan.
naturelle, complétée au besoin par des plantations, qu’on obtient des massifs purs de hêtre. Le jeune peuplement naît sous l’abri de porte-graines qu’on fait tomber ensuite progressivement ; en raison de son tempérament qui lui permet de résister longtemps sous le couvert, et du poids des faînes, le jeune semis est généralement réparti par bouquets ; sa croissance reste assez lente pendant une dizaine d’années, tant que le fourré n’est pas complètement constitué et que l’état de massif n’est pas acquis. Puis l’accroissement en hauteur s’accentue de plus en plus, pendant toute la période de gaulis,
et bien souvent, en France, le hêtre croît plus vite que le chêne pendant presque le premier demi-siècle de son existence ; mais au delà, sa végétation reste relativement faible et assez lente. L’état de perchis, entre la trentième et la cinquantième année, correspond ordinairement au maximum de croissance, et dans les bonnes stations, les pousses s’allongent de 30 à 50 centimètres par an; cette vigueur de la végétation dépend toutefois de la fertilité du sol et de la densité du massif. C’est jusqu’à cette période du perchis, que le sol se recouvre d’une abondante couche de feuilles mortes, et que grâce à la densité du peuplement et au peu d’élévation des cimes, les effets du vent et de la sécheresse sont le plus atténués ; c’est le moment où la fertilité du sol est la plus active, et où le peuplement concourt le plus efficacement à son entretien ; c’est alors aussi que se présente le maximum de son accroissement en volume, en général au milieu de la phase du perchis, entre quarante et soixante ans (fig. 85).
Un tel peuplement de hêtre pur ne restera en bon état, surtout dans les terrains de fertilité et d’humidité médiocres, qu'à la condition de conserver rigoureusement la couche de feuilles mortes et de terreau qui recouvre le sol ; si le sylviculteur la laisse détruire soit par un enlèvement continu de litière, soit sous l’action du vent qui dans certains peuplements exposés peut être néfaste pendant la deuxième moitié de l'existence du peuplement, le sol tend à se dénuder,à se durcr et à se dessécher ct les conditions d’une bonne croissance cessent d’exister, car la feuille du hêtre, toujours lente à se décomposer et à se pourrir, exige plus que d’autres, pour former, une bonne couverture de litière ‘et d’humus, une grande humidité et une atmosphère calme ; la myrtille et la bruyère apparaissent et deviennent facilement envahissantes; lefnombre de plus en plus considérable des arbres morts et dépérissants dénote une végétation languissante et le penpies ment s’éclaircit de plus en plus.
Dans les conditions moyennes, le peuplement de hêtre pur est exploitable vers l’âge de cent à cent vingt ans, et à cet âge, on peut y faire les coupes régulières de futaie. D’après M. Gayer, un bon massif moyen, obtenu dans de bonnes
conditions, peut renfermer 550 à 750 arbres par hectare à l’âge de cent vingt ans et peut donner un produit de 500 à 750 mètres cubes.
D’après M. Broilliard, qui conseille pour le hêtre des éclaircies fortes et hardies, dans un sol où la production du massif plein est de 5 mètres cubes à l’hectare par an, la futaie de hêtre peut donner en un siècle 450 à 200 mètres cubes de produits accessoires dans les éclaircies, et 300 mètres cubes de produits principaux, dont moitié en bois d'œuvre dans les coupes de régénération ; à raison de 10 à 15 francs le mètre cube, cela représenterait au moins 6 000 francs, soit un produit moyen de 60 francs par hectare et par an.
Une grande partie des produits des futaies de hêtre est encore aujourd'hui employée comme bois de chauffage ; toutefois le hêtre donne un excellent bois de travail qui trouve de nombreux emplois dans la menuiserie, l’ébénisterie, le charronnage, la carrosserie, la boissellerie, le sabotage, etc.; la compagnie de l'Est l’emploie actuellement pour faire des traverses de chemin de fer après l'avoir injecté, et cet essai paraît donner de bons résultats. Ce serait une faute que de se désintéresser aujourd’hui de tels massifs qui peuvent exister sans mélange et à des âges les plus divers chez plusieurs propriétaires particuliers. En général, des forêts de cette nature constituent d'excellentes stations où on peut songer à introduire avec succès, et grand avantage, le chêne en mélange dans le peuplement ; le hêtre est susceptible en effet de constituer, associé au chêne, au sapin, à l’érable, au pin sylvestre,etc., d'excellents mélanges.
Régénération naturelle par coupes successives. — Dans la régénération naturelle du hêtre, le point essentiel est de tenir compte des conditions de la station où l’on opère, conditions qui sont très variables en raison de la diversité des stations de cette essence, et de tenir compte aussi des phénomènes qui influent sur la première croissance du hêtre en variant d'intensité d’un endroit à un autre. On n’oubliera pas que le jeune hêtre demande un sol délité, suffisamment meuble, riche en humus, mais libre d’acide et frais ; que la lumière lui est très favorable, à la condition qu’elle ne lui soit pas donnée
à trop haute dose, c’est-à-dire avec chaleur trop forte, qu’il est très sensible à la sécheresse et plus sensible encore à la gelée jusqu’à l’âge de gaulis ; enfin qu’il supporte bien un couvert prolongé.
Les coupes successives présentent en général les caractères suivants : 10 Les coupes préparatoires, si elles sont nécessaires même dans des peuplements déjà éclaircis, doivent être effectuées lentement ; si leur action est par places insuffisante pour la préparation du sol, on doit les compléter par l’intervention d’une certaine culture ; ainsi, suivant les cas, on pratiquera un ratissage des couches trop épaisses de feuilles mortes, on effectuera un crochetage des surfaces tassées, de la couverture vivante, des mousses et plantes diverses qui tapissent le sol, retournant partiellement et par places la terre par grosses mottes, ouvrant quelques bandes ou sillons ; ou bien on pourra se contenter d’introduire des troupeaux de porcs sous bois pendant la période préparatoire, etc.
29 La coupe d’ensemencement doit être faite d’une façon très prudente, très sombre même, formant un abri régulièrement réparti si la station est fertile, interrompu par petites trouées si le sol est pauvre et superficiel ; on laissera donc les cimes des porte-graines se toucher presque, mais avec l'intention de faire tomber assez rapidement une partie de cet étage supérieur dans les coupes secondaires dès que le semis sera formé ; on ne craindra pas de profiter des semis préexistants s’ils n’ont pas été trop longtemps dominés, et on saura attendre que les faînées partielles complètent une régénération insuffisante au début (fig. 86).
30 Les coupes secondaires seront très prudentes, au nombre de quatre à cinq, limitées chacune à l'enlèvement d’un arbre sur trois ou quatre avec retour tous les cinq à six ans. Toutefois, suivant les stations, la première de ces coupes pourra devenir rapidement urgente ; les suivantes, ainsi que la coupe définitive, le seront moins enraison du tempérament du hêtre, et on n’a plus intérêt, en général, à les conduire rapidement ; il est au contraire bon de conserver aux jeunes plants pendant quelque temps l’abri et la protection contre les gelées.
Enfin, en principe, il est utile d’opérer avec le hêtre par
coupes restreintes, et non par surfaces de trop grande étendue.
Opérations culturales. — a. Dégagements de semis. — Le hêtre se défend contre les semis de toutes les autres grandes essences ; parfois des dégagements peuvent s'imposer pour le protéger contre l’envahissement des rejets, des morts-bois et des ronces.
Fig. 86. — Coupe d'ensemencement et, au dernier plan, coupe secondaire dans une futaie de hêtre. Forêt de Lyons-la-Forêt (Seine-Inférieure). « Les Forêts », par MM. Boppe et Jolyet,
b. Éclaircies. — Le hêtre se plaît en massif serré; la première éclaircie n’est nécessaire qu’une fois l’état de bas perchis bien affirmé. Cette essence possède la faculté d’allonger rapidement ses branches du côté du jour, et de refermer ainsi très promptement des trouées faites dans le massif ; il en résulte qu’un jeune perchis de hêtre peut être éclairci sans grandes précautions ; toutefois il est encore nécessaire d’agir prudemment pour favoriser l’élagage naturel, et éviter l'envahissement des ronces
A. FRON. — Syloiculture 26
sur le sol ; on respectera d’une façon absolue l'étage dominé, et on profitera du passage des éclaircies pour enlever systématiquement tous les sujets branchus ou tarés qui ne paient pas la place qu’ils occupent.
Dès que les sujets du peuplement principal commenceront à croître avec vigueur, les éclaircies se suivront à de courts intervalles et seront de plus en plus fortes ; à partir de l’âge de quarante ans, d’après M. Broilliard, on peut, en se bornant à desserrer les plus belles cimes par l’éclaircie, enlever tous les dix ans 30, 40 ou 50 stères à l’hectare, suivant le sol, sans dégrader le peuplement. Si l’on a soin de conserver tous les brins dominés encore vivants, on peut même isoler pour ainsi dire, dans chaque éclaircie, les cimes des sujets d’avenir, car le massif se referme rapidement ; les arbres grossissent très vite, et le capital engagé dans la futaie se trouvant périodiquement réduit par un prélèvement sensible, le taux du placement reste longtemps suffisant pour satisfaire l'intérêt des propriétaires particuliers.
Pour tendre à la futaie mélangée, toujours préférable à la futaie de hêtre pur, il y a lieu, dans toutes ces opérations d’éclaircie, de ménager, en les desserrant largement, les chênes bien venants qui se rencontrent, de conserver les beaux pieds de bouleaux et de bois blancs, qui gênent très peu le hêtre, et de même les frênes disséminés, les charmes nécessaires pour compléter le peuplement, et les sujets de toutes essences quand ils sont plus utiles que nuisibles. Malgré ces soins le hêtre devient facilement très prédominant, parce que le régime de la futaie lui est plus favorable qu’à tout autre arbre feuillu.
$ 2. — Essences résineuses.
Sapin pectiné; Futaie régulière. — Le jeune plant de sapin présente la faculté de se maintenir longtemps sous un couvert épais, et de continuer à végéter lentement, pouvant attendre ainsi assez longtemps qu’on vienne lui donner la lumière nécessaire à son développement. Il en résulte que les futaies dont le sapin est l’essence dominante se régénèrent facilement par la semence.
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! Le jeune peuplement de sapin pur naît sous l’abri des portegraines qu’on ne fait tomber ensuite que progressivement ; le jeune plant commence par étaler ses branches latérales ; il devient verticillé vers l’âge de six à huit ans, et dès la dixième année il allonge vigoureusement sa pousse terminale. De l’état de fourré, il passe à celui de gaulis et de perchis avec des accroissements annuels en hauteur de plus en plus forts ; cette croissance en hauteur atteint de bonne heure son maximum ; dans de bonnes conditions entre vingt et trente ans, ordinairement entre trente et quarante ans, et dans des circonstances très défavorables, entre soixante et soixante dix ans ; elle se maintient vigoureuse jusqu’à un âge avancé (fig. 87 et 88).
Régénération sous le couvert par coupes successives. — Dans
la régénération naturelle du sapin, il est bon de tenir compte des conditions de la station où l’on opère ; privé prématurément d’abri, le jeune plant est exposé à souffrir de abondance des mauvaises herbes, de la gelée et de la sécheresse ; la mousse très épaisse lui nuit aussi, en arrêtant les précipitations atmosphériques ; mais sur un sol nu, ce sont surtout la gelée et la sécheresse qui lui sont funestes.
k L'exploitation en bloc d’un massif de vieux sapins ne peut être admise que s’il s’agit d’une petite surface, d’un bouquet de bois à exploiter en un ou deux ans, mais dans ce cas le repeuplement du sol doit être complété dans une large mesure par voie artificielle ; l'abri latéral de massifs voisins peut être très utile pour faciliter l'opération.
L'exploitation graduelle s'impose dès qu’il s’agit de surfaces. plus ou moins étendues, pour obtenir la régénération naturelle par coupes sous le couvert.
En général, les coupes préparatoires sont inutiles, car elles n’auraient d'autre objectif que ce que l’on peut obtenir par les éclaircies successives.
La coupe d’ensemencement sera sombre ou très sombre, sauf peut-être dans les bonnes stations où elle peut indifféremment être moins sombre ; la présence d’une couche de mousse de peu d’épaisseur, alternant avec une végétation claire de myrtilles, n’est pas défavorable à l'installation du semis ; toutefois, si cette couverture vivante est trop abon-
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dante, il peut y avoir lieu de la détruire (herbes, myrtille, bruyère) et de mettre le terreau à nu par bandes. Il est inutile de recéper les morts-bois feuillus (sureaux, coudriers, etc.) qui envahissent fréquemment le parterre des coupes, car le sapin s’installe volontiers sous leur couvert dans l'excellent terreau formé par leurs détritus.
Les coupes secondaires sont commencées quand le sapineau est verticillé, c’est-à-dire âgé de six à huit ans ; les premières ont avant tout pour objet de mettre en lumière les bouquets de recru bien formés, et les semis préexistants dont l’avenir ne paraît pas compromis ; les suivantes sont conduites avec lenteur ; les semis préexistants, qui n’ont plus d’avenir, sont détruits, ou plutôt conservés pendant un certain temps comme abri et élagués ensuite peu à peu pour les faire disparaître quand un bon semis les entoure.
Aux grandes altitudes, où il y a lieu de craindre les chablis, il est permis de laisser la régénération s'installer solidement pendant un certain temps, puis après dix ou douze ans, voire même plus longtemps, de passer sans transition à la coupe définitive.
Le maintien sur coupe définitive de quelques beaux sujets d'élite peut être une bonne opération en station fertile ; l'arbre est propre, d’une façon très évidente, à être mis peu à peu en lumière, et à condition qu’on l’isole d’une façon progressive, il est susceptible de résister et de donner des produits d’une valeur supérieure.
Opérations culturales. — Dégagements de semis. — Le jeune sapin arrive en général à percer, par ses seuls moÿens, des fourrés épais de hêtres ou de morts-bois. Néanmoins, afin d’éviter que les sujets dominés soient déshonorés par la perte de leur flèche, il est toujours utile d'intervenir par des dégagements de semis sobres et par suite peu coûteux.
Éclaircies. — Dans un jeune peuplement uniforme ainsi obtenu, les sapineaux, très nombreux d’ordinaire, se pressent, et dès lors le massif ne tarde pas à se diviser en deux ou plusieurs étages. Dans le peuplement dominant les sujets d’avenir se dessinent, et il est temps d'intervenir par des éclaircies pour desserrer les plus hautes cimes, en diminuant leur
nombre. M. Broilliard appelle cette éclaircie, qui consiste à venir prendre des tiges une à une, et d’un point à un autre, une éclaircie jardinatoire ; il est bon d’y revenir fréquemment, tous les six à huit ans par exemple. L’éclaircie jardinatoire ainsi comprise permet d’obtenir de beaux arbres, assez rapidement et tout en maintenant l’état de massif ; elle peut se continuer indéfiniment à la condition d’être prudente, et de ne jamais porter sur l’étage dominé. Enfin on doit profiter du passage de ces éclaircies pour enlever avant tout les arbres champignonnés, chaudronnés, ou mal conformés.
Sapin; Futaie à coupes jardinatoires. — Les formes d’âges multiples conviennent beaucoup mieux que les autres à la nature du sapin pectiné, et M. Gayer, à qui nous empruntons la description qui suit, les préconise à tous points de vue. Considérons d’abord aspect du peuplement pendant sa jeunesse ; le peuplement antérieur exploitable et présentant des différences d’âge de dix àcinquante ans au moins est en usance depuis’vingt à trente ans; il est très clairiéré et très inégal ; ici, il est encore formé en massif, le sol porte un recru peu abondant et qui échappe souvent à l’œil, perdu dans la mousse et les myrtilles ; là, il vient d’être enlevé, à l'exception de quelques vieilles réserves encore vigoureuses, dans le but de donner aux jeunes bouquets de cinq à dix ans, déjà formés en massif, la lumière nécessaire ; ailleurs encore, ce sont des perchis, massifs de vingt à trente ans et plus, en pleine croissance. Ainsi l’aspect général est des plus variés ; les classes d’âges les plus jeunes jouissent de l’abri des bouquets plus avancés, et de celui des restes de lancien peuplement; réparties d’abord en groupes isolés, elles s'étendent de plus en plus, grâce à l'enlèvement progressif des vieilles classes qui les entourent et grâce à l'occupation graduelle des lacunes qui divisent les bouquets de perchis; enfin les innombrables groupes de repeuplement arrivent à se mettre en contact étroit, et le sol est entièrement recouvert par le massif ondulé et inégal des cimes ; du peuplement primitif, il ne reste que des sujets réservés, plus ou moins nombreux, et le nouveau peuplement prend possession du terrain. Rien ne peut mieux donner l’idée de l’exubérance de la nature et de la vigueur de
la végétation arborescente, qu’une jeune forêt de sapin traitée par la méthode des coupes jardinatoires.
Pendant toute la phase suivante, qui correspond à la période moyenne de son existence, le peuplement passe par l’état de gaulis et de perchis pour arriver à l’âge adulte. Par suite du peu de besoin d’espace de l’essence, et de la facilité avec laquelle elle supporte la privation de lumière, le massif reste serré pendant toute cette phase ; aucun rayon de lumière n'arrive jusqu’au sol, la mousse elle-même disparaît complètement et fait place à la litière et aux restes abondants du peuplement accessoire. Des coupes judicieusement dirigées dégagent les plus vieilles parties du perchis pour stimuler leur croissance ; les sujets ont les dimensions de la futaie en sortant de la période, et donnent même parfois, suivant la plus ou moins grande densité du massif, de la graine fertile. Pendant ce temps, les classes les plus jeunes entrent dans la phase active du perchis.
A l’âge de quatre-vingts ans environ, commence pour les plus vieilles classes la période de haute futaie ; dans les bonnes stations, le massif reste serré ; la croissance terminale se ralentit, l'insertion de la cime remonte à une grande élévation, enlèvement des bois morts et chancreux éclaircit peu à peu le massif, et la lumière, en réapparaissant sur le sol, y fait renaître peu à peu la mousse, au sein de laquelle le repeuplement commence lentement à se montrer.
Quand le besoin de régénération se montre ainsi dans les vieilles parties de la forêt, c’est signe que le moment de l’exploitation et des coupes d’ensemencement approche; on retombe au point de départ.
La culture ainsi comprise se distingue de la culture en peuplement uniforme, en ce que le principal accroissement n’est pas recherché dans la jeunesse de l'arbre et dans le massif, mais bien au moment de la plus forte croissance à l’état dégagé, et en effet, chez certains sujets, le résultat est véritablement prodigieux.
Mais pour obtenir cet accroissement par la mise en lumière, un choix attentif des sujets et des stations est nécessaire ; la spécialisation de la culture trouve là un champ d’opération
des plus rémunérateurs ; c’est là que se produisent ces pièces de dimension et de haute valeur, que le sapin est si apte à fournir en raison de sa forme et de la qualité de son bois.
Régénération sous le couvert par groupes ou bouquets. — Dans la régénération du sapin par groupes ou bouquets, on se donne pour règle de tirer tout le parti possible des semis préexistants et de provoquer par places ou par bouquets, en un temps plus ou moins long, là où ils n’existent pas, de nouveaux semis.
Les coupes prennent par places sur toute l’étendue du peuplement, le caractère de coupes préparatoires, de coupes d’ensemencement, secondaires ou définitives, ou encore de simples éclaircies. La durée de la régénération de tout le peuplement est fort variable, elle est de vingt, trente à quarante ans et plus, pour tout l’ensemble du peuplement, condition nécessaire pour que les diverses parties du nouveau peuplement ne puissent pas se raccorder avec le temps.
Si lon combine cette forme de peuplement avec le mélange d’essences (sapin avec hêtre, épicéa, chêne, etc., suivant les cas), on obtient des futaies excellentes à tous égards dans la région du sapin.
Sapin; Futaie jardinée. — Le jardinage vrai ne convient qu’aux essences d’ombre, et en fait c’est dans la sapinière qu’il a pris naissance, c’est à elle seule qu’il peut s’appliquer sans réserves (1).
Dans la sapinière jardinée, les vieux arbres qui ont crû en bouquets se répartissent plus ou moins uniformément dans tout le peuplement, séparés par les groupes encore nettement tranchés de perchis et de fourré. Malgré ce groupement des différentes classes d’âge, les vieux sujets, considérés seuls, semblent distribués d’une manière assez égale dans l’ensemble.
Mais il est évident que cette forme type n’est pas constante en tous temps et en tous lieux ; selon la nature de l’exploita. tion et les perturbations de toute nature qui peuvent se produire, certaines classes d’âges peuvent prendre le dessus. Les
(1) La présence du hêtre ne s’oppose en rien à l'application d'une méthode grâce à laquelle le mélange se maintient en d'excellentes proportions (Boppe et Jolvet).
forêts jardinées de sapin de la petite propriété privée, assez soignées, mais exploitées d’après les principes les plus divers, nous montrent, tout en conservant leur caractère, des variétés de forme, qui vont depuis la vraie forêt jardinée jusqu’à la culture plutôt jardinatoire.
Et en fait, si dans la culture jardinatoire, nous étendons la durée de la période de régénération à quarante ans et plus, au lieu de la restreindre à une limite variant entre vingt et quarante ans, nous tendons vers la forme jardinée.
Conduite des coupes. — Dans la sapinière jardinée, la pratique des opérations est guidée par les principes suivants : agissant sur toute l’étendue de la forêt, on fait tomber sous les premières coupes les sujets malades, dépérissants et de fortes dimensions ; en même temps on se préoccupe des semis préexistants et des bouquets de recru qui sont découverts par des coupes locales d’un ou de quelques arbres ; enfin on tend à conserver les arbres moyens, à bonne cime et vigoureux, en les répartissant irrégulièrement pour servir de porte-graines.
Épicéa ; Futaie régulière. — La futaie pure et régulière d’épicéa est rare dans la propriété privée ; elle ne se trouve que dans les situations abritées de haute et de moyenne montagne, et en sol frais et fertile.
Le peuplement prend naissance, soit par semis ou plantae tion en terrain nu, soit par régénération naturelle au*moyen des porte-graines de la coupe, soit par ensemencement naturel et latéral au moyen de la semence venue d’unÿpeuplement Voisin.
La caractéristique de l’épicéa est qu’il demande à être maintenu en massif sombre, mais que, de tempérament [assez robuste, il végète mal à l’état dominé et se constitue naturelle. ment en un seul étage. Sa cime, qui reste toujours conique, lui permet de vivre à l’état très serré, et de former des peuplements très riches en matériel (fig. 89).
Tant que le massif d’épicéa n’est pas formé, les jeunes épicéas s’étalent horizontalement et se développent peu en hauteur ; dès la formation en massif, la croissance terminale s’accentue ; le jeune peuplement se constitue naturellement en un seul étage, auquel le grand nombre de tiges conserve
toute sa densité, et dès le commencement de la période de gaulis, le sol est aussi abrité que possible.
Parfois, à la suite d’un semis trop abondant, la densité même du peuplement peut devenir un obstacle à sa bonne croissance, et si l’on n’y porte remède, les arbres dépérissent :
Fig. 8). — Futaie d'épicéa. Forêt de Tharandt (Saxe).
mais en général l’élimination spontanée du peuplement accessoire se produit suffisamment, et le peuplement principal entre alors, avec des pousses terminales de plus en plus fortes, dans la période du perchis.
Le maximum de la croissance de la pousse terminale se présente dès la première moitié de la période‘du perchis (pousses annuelles 0M,40 à 0,60, entre la vingtième et la vingt-cinquième année) ; il se présente plus tôt dans les bonnes stations que dans les mauvaises.
Le ralentissement de la pousse annuelle reste longtemps peu sensible, et sa croissance annuelle se maintient à 0m,2% pendant quatre-vingt-dix ans environ dans les bonnes stations, pendant soixante-dix ans dans les médiocres.
Pendant toute cette période de végétation vigoureuse, le peuplement reste très dense, les fûts sont cylindriques, serrés et très élancés ; il en résulte que le peuplement est très sensible, dans les situations exposées, aux bris de la neige et à l'action des vents.
Pendant la période de futaie, laccroissement en hauteur se ralentit notablement, et de plus en plus avec l’âge ; le massif se relâche peu à peu (fig. 90), et sur le tard, le sol est envahi par la mousse, puis par une végétation herbacée où dominent les airelles.
Dansles conditions normales, le massif peut devenir exploitable dès l’âge de quatre-vingts à quatre-vingt-dix ans ; mais dans les hautes régions montagneuses des Alpes, la lenteur de la croissance devient parfois extraordinaire, et elle a pour effet de donner au bois d’épicéa une qualité toute spéciale (bois de résonance).
Les peuplements d’épicéa purs et d’un seul âge sont toujours plus ou moins exposés,suivant les stations, aux dangers de la neige (massif très serré), des vents (enracinement superficiel), et des insectes, notamment des bostriches.
Régénération. — Suivant l’état du massif et du sol, les coupes préparatoires sont plus ou moins utiles ; continuant les effets des éclaircies, elles ont pour résultat d'augmenter la résistance des sujets destinés à devenir des porte-graines, en les dégageant graduellement.
Elles deviennent inutiles si le peuplement est déjà inter. rompu ou suffisamment éclairci, si le sol a une tendance à être envahi par la mousse ou par une végétation herbacée trop abondante.
La coupe d’ensemencement, faite de préférence au commencement d’une bonne année à graine, doit être plutôt claire, pouvant enlever environ le tiers ou la moitié de la masse totale des bois existant dans le peuplement ; son intensité sera d’ailleurs réglée par la nécessité d’enrayer l’envahissement de la végétation herbacée et des morts-boiïs ; toutefois, d’après MM. Boppe et Jolyet, les chablis étant à redouter, il vaut mieux procéder par trouées éparses, en enlevant trois ou quatre arbres sur le même point.
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A. FRON. — Syloiculture.
Une couche de mousse épaiss? et compacte sur le sol, avant par exemple plus de 3 centimètres d’épaisseur, est un obstacle à la germination, spécialement dans les sols qui ne sont pas suffisamment humides ; il en est de même des couches d’aiguilles non décomposées ; un ratissage par bandes ou par places peut dès lors être nécessaire pour faciliter Pinstallation des semis ; au contraire, une couche de mousse peu serrée et peu épaisse, entremêlée d’aiguilles en partie décomposées, constitue un milieu favorable à la germination. La semence légère et ailée de l’épicéa s2 dissémine très facilement et le semis se répartit assez régulièrement.
Une fois le semis installé, les coupes secondaires et définitives le découvrent rapidement ; les fourrés d’épicéa peuvent toutefois rester vigoureux sous un couvert léger, et ne subir par ce fait qu’un faible retard, sans conséquence pour lPavenir.
Si lon a procédé par trouées, la régénération se produit sous le couvert par groupes ou bouquets ; les coupes suivantes viennent alors élargir les premiers vides et en créer de nouveaux.
Opérations culturales. — Les dégagements sont utiles à l’épicéa pendant sa première jeunesse, mais les premières éclaircies ne devront guère commencer avant l’âge de trente à trente-cinq ans; elles seront très prudentes, c’est-à-dire faibles, mais fréquemment répétées ; plus tard, ces éclaircies peuvent devenir de plus en plus fortes, à la condition, toutefois, de tenir compte du caractère de l’essence, et de la station ainsi que de l’état du sol.
Au passage de ces éclaircies, doivent tomber tous les arbres tarés et dépérissants.
Dans ses stations naturelles, et en situation favorable, le peuplement pur et uniforme d’épicéa est un bon mode de culture. D’après M. Gayer, il donne, dans les sols de fertilité moyenne, de 600 à 850 mètres cubes de bois par hectare à l’âge de cent à cent vingt ans ; dans les stations les plus fertiles, il peut donner jusqu’à 1 000 ou 1 200 mètres cubes par hectare à cent quarante ans, et son action conservatrice sur le sol est considérable ; toutefois, il paraît avantageux de préférer au peuplement pur d’épicéa un mélange avec le sapin et le hêtre
ou tout au moins de constituer sous de tels peuplements un sous-bois de ces essences.
Stations anormales de l’épicéa; plantations. — La simplicité et la facilité de la plantation ou du semis d’épicéa en terrain nu,ont contribué à propager la culture de l’épicéa à l’état de plantations ou jeunes futaies en dehors de ses stations naturelles, jusque dans les plaines basses et les parties de collines, dont le climat se caractérise par la douceur de la
Fig. 91. — Futaie de mélèze en ensemencement. Forèt de Crévoux (Hautes-Alpes):
température et la longueur de la période de végétation ; mais dans ces stations anormales, la vigueur de la végétation ne s’y maintient généralement pas longtemps ; elle se paralyse souvent dès l’âge de quarante à soixante ans ; la résistance du peuplement aux agents destructeurs, neige, insectes, champignons, etc., y est moindre que dans les stations normales. La croissance, très rapide, a pour effet de donner un bois tendre et peu résistant, putrescible et sujet à la destruction ; aussi le massif se disloque-t-il de bonne heure, et, si l’on n’y prend garde, la fertilité de la station diminue ; la plupart de ces peu-
plements doivent être exploités entre quarante et soixante ans.
Mélèze ; Futaie régulière. — Le mélèze peut constituer, dans la région qui lui est propre (à partir de 1 000 mètres dans les Alpes), de charmantes futaies régulières pures de tout mélange (fig. 91).
Le peuplement homogène de mélèze se caractérise par l’espacement considérable des tiges, dès le commencement de la seconde moitié de son existence. Les phases successives de son existence sont les suivantes :
Croissance forte, dès les premières années, supérieure même à celle de presque toutes les autres essences, ce qui permet aux jeunes plants de mélèze de lutter en général victorieusement contre l’envahissement de la végétation herbacée. Dès la formation en massif, qui a lieu au bout de cinq à six ans, si le jeune repeuplement est assez serré, commence la période du plus grand accroissement en hauteur. Dans de bonnes conditions de station, spécialement dans les sols frais et profonds, cette période de forte croissance se maintient parfois jusqu’à l’âge de trente ou quarante ans, avec des pousses annuelles de 0,60 à 1 mètre, et le peuplement atteint alors, en un temps relativement court, une hauteur considérable, plus considérable que chez toute autre essence. Dans les stations médiocres, au contraire (basses altitudes, sol peu frais et peu profond), la croissance terminale se ralentit très vite ; dès l’âge de vingt à trente ans elle devient inférieure à celle de presque toutes les autres essences, et peut même souvent être considérée comme arrêtée. Il en est de même de la densité et de l’état de massif du peuplement ; le mélèze étant avide d’espace et de lumière, l'élimination des tiges trop serrées ou dominées se produit très vite et le massif se desserre rapidement.
Il en résulte que Les meilleures stations seules, celles qui par suite de leur situation à de hautes altitudes, et de la nature de leur sol, peuvent se passer du couvert, et ne pas ressentir les effets de l’éclaircissement, permettent au mélèze d’arriver à un âge avancé ; dans ces stations, la lutte pour l’espace et la lumière commence très vive dès le commencement de la période de perchis ; soutenue par l’énergie de la croissance terminale, elle élimine rapidement un très grand nombre de sujets,
et cet éclaircissement s’accentue avec l’âge. Les arbres cependant prennent des fûts élancés et sans nœuds ; le sol, recevant chaque automne des aiguilles abondantes et molles, reste frais et s’enrichit ; l'herbe même, au lieu de se montrer dense et touffue de très bonne heure, comme il arrive entre de jeunes sujets isolés, se fait attendre quelques années, mais elle se développe mieux dans la suite, sous les cimes élevées.
Dans les stations médiocres ou mauvaises, même de qualité moyenne et aux basses altitudes, léclaircissement s’accentue rapidement pour arriver au point où chaque cime est completement dégagée de ses voisines, et n’a aucun point de contact avec elles ; le développement rapide et la fin prématurée sont dès lors le caractère presque général de tels peuplements de mélèze à l’état pur ; il est rare qu’on puisse les maintenir plus de quarante à cinquante ans, et souvent l’exploitation doit être faite dès l’âge de vingt-cinq à trente ans. Dans de telles stations, le mélange avec d’autres essences est nécessaire à la bonne croissance du mélèze.
Repeuplement. — Le peuplement pur et uniforme de mélèze prend naissance en terrain nu par semis ou plantation artificielle ou par ensemencement latéral d’arbres voisins ; il n’est pas rare de voir le mélèze se reproduire à découvert sur les terrains voisins de la forêt, cultivés ou enherbés, et même si les prairies avoisinantes n’étaient pas fauchées annuellement, elles passeraient bien vite à l’état boisé. Le semis prend aussi naissance sous les vieux peuplements entrecoupés ou interrompus par ensemencement naturel sous le couvert de porte-graines.
Dans la région du mélèze, cet arbre tend ainsi à se répandre partout, en sol frais, comme le chêne de nos plaines.
Pour obtenir en forêt un semis général et immédiat, il suffit d'établir une coupe d’ensemencement, ne gardant que des arbres espacés, en enlevant par exemple deux arbres sur trois du peuplement complet ; on peut en outre sillonner le sol de petites rigoles, larges d’un fer de bêche sur les points où il est fortement enherbé ; il est inutile que le semis soit abondant et bien égal ; on peut donc se borner à ouvrir des rigoles écartées de 2 mètres environ ; quelques brins naîtront d’ail-
leurs intercalés ; mais il est indispensable de mettre rigoureusement en défens les parties à repeupler et de les y maintenir jusqu’à la formation du perchis.
Le semis de mélèze devenu général et haut de 0,50 au moins, on peut opérer hardiment la coupe secondaire, partout où l’on n’a pas à cranidre des éboulements et des avalanches sinon le jardinage des arbres morts est le seul mode de traitement à conseiller.
Opérations culturales. — Dégagements de semis. — En raison de la croissance rapide des jeunes sujets, les dégagements sont peu nécessaires, spécialement aux hautes altitudes où la végétation basse est peu redoutable ; il suffit d’opérer un dépressage dans les semis trop serrés.
Éclaircies. — Le mélèze étant franchement une essence de lumière,se trouve mal à l’état serré ; les éclaircies doivent avoir pour but de venir en aide à la nature en favorisant l'élimination naturelle ; dans les bonnes stations, les éclaircies peuvent être faites de bonne heure et hardies, afin d'empêcher la végétation de devenir languissante dans un massif trop serré ; toutefois elles doivent se borner à suivre les indications naturelles, c’est-à-dire à n’enlever dans l’étage principal que les cimes les plus faibles, sans isoler celles qui sont conservées, afin de ne pas entraver le fonctionnement de l’élagage naturel ; elles ne doivent pas toucher à l’étage dominé et au sous-bois, afin de conserver au sol le plus d’abri possible.
Pin sylvestre ; Futaie régulière. — Le pin sylvestre est une essence très rustique et il ne se trouve peut-être pas de station où il ne puisse vivre ou du moins végéter ; il en résulte une allure très diverse dans les différents phénomènes de sa végétation, de sorte qu'il est très difficile de donner une description générale de ce peuplement (fig. 92).
Le peuplement pur et uniforme de pin sylvestre prend naissance par plantation ou semis artificiel en terrain découvert, ou par régénération naturelle. En bonne station et dans des conditions favorables, la première croissance du pin sylvestre est très rapide, et le massif peut être formé au bout de cinq à six ans. Mais dans un grand nombre de cas, notamment dans les stations médiocres ou mauvaises où on l’installe si souvent,
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il n’en est plus ainsi; au moment de leur reprise et de leur première croissance les jeunes plants ont à lutter contre de multiples obstacles dont les principaux sont le climat, les insectes, certaines maladies et souvent aussi la nature de la station, La germination des graines, l’installation et le premier développement des jeunes plants, exigent une certaine humidité du sol ; or, les terrains occupés par le pin sylvestre sont souvent maigres et secs; si à ces conditions défavorables s’ajoutent des vents secs et persistants au printemps, de fortes chaleurs et un été sec, la première croissance est très ralentie, et un très grand nombre de plants sont exposés à périr ; si dès lors on ne vient pas immédiatement combler ces clairières et ces lacunes souvent très considérables, les plants croissent isolés ou en petits groupes, ils ne se forment que très lentement en massif et cette situation est très défavorable, car la formation en massif est la principale condition d’une croissance vigoureuse dans la jeunesse de cet arbre. Ce fait est important à signaler aux nombreux propriétaires particuliers qui laissent leurs jeunes plantations de pin sylvestre très souvent beaucoup trop clairiérées et entrecoupées ; des regarnissages sont indispensables, tant que l’état de massif n’est pas acquis ; ils doivent être d’autant plus soignés que les conditions sont plus mauvaises.
Quand le peuplement échappe à ces diverses causes de destruction il met environ huit ans à devenir fourré, et alors commence la période de la plus forte croissance terminale dont le maximum arrive entre la dixième et la vingt-cinquième année ; à cette époque, les pousses annuelles dépassent 60 centimètres ; c’est la phase du bas perchis ; les cimes très touffues empiètent largement les unes sur les autres (1) ; le couvert est parfait, les aiguilles s'accumulent sur le sol et ne tardent pas à le couvrir d’une couche protectrice de litière qui élève sa fertilité au maximum ; les détritus d’un tel peuplement sont plus abondants qu’on ne pourrait le croire tout d’abord; ils produisent annuellement un poids de litière sensiblement égal à celui que donnent les forêts d’épicéa et de hêtre, c’est-
(1) Dans les stations à climat rude, cet état serré constitue parfois un danger assez sérieux, car le peuplement résiste mal au poids du givre et de la neige.
à-dire un peu plus de 3 000 kilos de matière absolument sèche par hectare ; ils sont pour le sol un excellent engrais, d’une décomposition lente cependant, en raison de la consistance coriace, de la structure fibreuse des aiguilles, et souvent aussi du manque de fraîcheur superficielle qui se fait sentir dans les forêts de cette essence.
La fertilité du sol se maintient aussi longtemps que durent les dites conditions ; bien plus, pendant toute cette période, si l’on a soin de ne pas toucher à la litière de la forêt, Le peuplement possède la faculté de restaurer un sol primitivement pauvre et de relever sa force productrice.
Le massif favorable au développement du pin sylvestre ne doit pas avoir le même degré d'intensité dans toutes les stations ; en sol fertile, l'état de massif serré favorise l’accroissement en hauteur et facilite l’élimination du peuplement accessoire; mais dans les sols maigres et peu profonds, il n’en est plus de même, et l’état serré du massif rend cette élimination difficile ; il peut occasionner un arrêt ou un retard de la croissance et parfois même le rabougrissement des arbres ; il appartient alors à des éclaircies bien dirigées de régler cet état de massif.
Durant cette courte période où le massif reste serré, le peuplement principal se développe sans manifester de très grandes exigences, particulièrement en ce qui concerne l’espace; mais àa mesure que le pin prend de l’accroissement, ses besoins augmentent, et la caractéristique de cet arbre devient un grand besoin de lumière et d'espace ; il faut alors que la plus grande partie des arbres disparaisse et le peuplement de pin sylvestre s’éclaircit rapidement. Cet espacement des sujets prend une telle intensité qu’il ne peut plus être question de massif et de conservation du sol, et cela, d’autant moins que les cimes arrondies et étroites remontent jusqu’au sommet des arbres» s’aplatissent en laissant complètement vide l’espace qui les sépare du sol. À cette époque, l’accroissement en hauteur s’est progressivement ralenti.
Cette phase d’éclaicissement spontané est plus ou moins précoce selon la qualité du sol; en bonne station, en sol sablonneux,”*fertile, profond et frais, en sol argileux, riche en
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humus, le massif persiste souvent jusqu’à soixante-dix et quatre-vingts ans ; en sol calcaire et peu profond, l’éclaircissement spontané se produit dès l’âge de quarante à cinquante ans ; il s'ensuit que la révolution à adopter est très variable, que certains peuplements sont exploitables à cinquante ou soixante ans, d’autres à soixante-dix ou quatrevingts ans, et que dans les meilleures stations ils peuvent vieillir au delà de cent et cent vingts ans ; leurs rendements varient en conséquence. L’aspect de tels peuplements est particulier : généralement purs de tout mélange d’autres essences, en massif clair et diffus, ils restent ouverts à la lumière ; le sol n’est couvert que d’aiguilles mortes et de longues herbes aux tiges grêles ; le bouleau et le chêne peuvent se trouver mélangés au pin sylvestre, mais ils sont, comme lui, insuffisants pour bien couvrir le sol.
Opérations culturales. — Dégagements de semis. — Si les dégagements de semis ne sont que rarement nécessaires, du moins est-il important de pratiquer des dépressages toutes les fois que les semis trop nombreux se constituent en fourrés trop denses, où l’évolution des champignons parasites est à craindre. Les dépressages s'imposent dans les pineraies de création artificielle.
Éclaircies. — L’éclaircie est la base du traitement des essences de pleine lumière, comme le pin sylvestre, dont la cime, franchement desserrée dès le jeune âge, isolée même à partir de l’état de haut perchis, doit alors occuper au moins le tiers de la hauteur totale du sujet; sinon la croissance est ralentie, l'arbre ne forme pas de bois de cœur, prend une forme étriquée et devient la proie des insectes ou des champignons.
Pour réaliser ces conditions, les massifs de pin sylvestre ou pinatelles demandent à être desserrés de bonne heure, sans quoi les sujets s’alanguissent,et pour opérer d’une manière sûre et bonne on doit pratiquer l’éclaircie forte mais partielle et répétée souvent, tous les six, huit ou dix ans par exemple.
Il importe, en effet, dans les éclaircies successives du pin sylvestre, non pas d’isoler les cimes, mais d'exposer progressivement à la lumière toute la pyramide des branches, et pour cela on se borne, au passage de chaque éclaircie, à dégager les
belles perches d’un côté de l’arbre seulement, ou tout au plus de deux côtés sur quatre, quitte à revenir sur les autres côtés des mêmes arbres lors des prochains passages d’une nouvelle éclaircie. Dans les peuplementsartificiels, ces éclaircies peuvent être commencées dès l’âge de dix ans ; dans les peuplements naturels, on peut les retarder quelque peu.
Au passage de ces éclaircies, les pins dominés et les sujets mal conformés doivent être enlevés systématiquement ; au contraire, on doit s’abstenir d’une façon absolue, conseil qu’on ne saurait trop répéter, d’élaguer les branches basses, et de faire disparaître, sous prétexte d’éclaircie, les essences feuillues qui peuvent se présenter en mélange dansle massif, les mortsbois ou bonnes essences(bouleaux, chênes, etc.) qui se trouvent en sous-étage à l’état de buissons, de broussailles ou de jeunes sujets. La présence de ces éléments est très utile à tous les points de vue ; elie conserve au sol un peu de fraîcheur dans le sable, diminue par ses détritus l'acidité naturelle du terrain sous les pins sylvestres, comble les vides, couvre le sol, attire les oiseaux, etc.
Le peuplement de pin sylvestre est d’une utilité multiple, et donne en peu de temps un certain nombre de produits appréciés ; il est peu exigeant et facile d’entretien ; c’est pourquoi la culture de cette essence s’est beaucoup propagée en France, un peu dans toutes les stations, et elle y rend de grands services.
Il résulte de cet examen que le peuplement de pin sylvestre possède la faculté de relever la fertilité du sol pendant sa jeunesse, et aussi longtemps qu’il reste formé en massif, mais qu'il perd d’autant plus cette faculté qu’il est laissé plus longtemps à l’état espacé ; au point de vue de l'amélioration du sol, un tel peuplement ne se justifiera que jusqu’au momen où l’éclaircissement commence à se manifester.
Le propriétaire d’un peuplement de pin sylvestre peut se propsoer deux choses : relever le degré de fertilité d’un sol ou produire du bois, 1° Il se propose de relever le degré de fertilité d’un sol, d'améliorer le terrain pour permettre d'y faire ensuite soit une culture agricole, soit une culture forestière plus exigeante. — Il est bon, dans ce cas, d’exploiter le massif à l’âge de trente-cinq à quarante ans ; c’est à ce moment
que le sol est le mieux préparé par les détritus abondants de la forêt de pins. M. Broilliard indique dans les termes suivants la manière de créer ce massif et de le conduire jusqu’à cet âge ; dans un sol convenable au pin sylvestre, où l’on peut espacer les sujets de 1",40, on en plante 5 000 à l’hectare ; quand ces pins ont en moyenne 10 centimètres de diamètre à hauteur d'homme, vers l’âge de vingt ans, on en retrouve 4 000 valant 50 centimes pièce, soit environ 2 000 francs ; on en coupe dès lors et en deux fois les trois quarts peut-être, 2 000 d’abord à vingt ans, puis 1 000 à vingt-cinq ans, les plus laids, donnant par exemple 1 000 francs en tout. Quand les autres ont acquis 20 centimètres de diamètre, vers l’âge de trente ans, il en reste encore un millier, cubant chacun 2 décistères et pouvant valoir à 12 fr. 50 le mètre cube, 2 fr. 50 l’un, soit en somme 2 500 francs ; on en prend encore en deux fois par exemple 350 d’abord à trente ans, puis 150 à trente-cinq ans, donnant peut-être de nouveau 1 000 francs pour l’ensemble. Enfin quand les survivants ont 30 centimètres, vers l’âge de quarante ans, il n’en reste plus guère que 500, cubant 5 décistères enmovenne,et pouvant valoir, à 16 francs le mètre cube, 8 francs pièce, soit en somme 4 000 francs. On peut les exploiter en bloc, et entreprendre immédiatement soit une culture agricole, soit une nouvelle culture forestière améliorante.
29 Le propriétaire se propose simplement de produire du bors, et trouve avantageux de maintenir les pins jusqu’à l’âge de fertilité, pour obtenir un repeuplement par voie naturelle.
Il est nécessaire de maintenir les pins au delà de quarante ans, en continuant à les éclaircir tous les dix ans par exemple ; mais dans ce cas, installation, voire même la création artificielle d’un sous-bois de sapin ou mieux encore de hêtre, sous les perchis de pins arrivés à l’âge de trente ou quarante ans, ne saurait être trop recommandée.
Tant que les pins restent bien venants, Ce qui dépend surtout de ja station et du climat, le revenu annuel ne fait que s’accroître ; ainsi, d’après M. Broilliard, la pineraie qui a produit 4 000 francs dans les quarante première années, en produira peut-être autant dans les vingt années suivantes, à moins de quelque dégradation accidentelle.
Dans de tels massifs, il y a lieu vers l’âge de soixante ans, ou même beaucoup plus tard suivant l’état de la végétation, de commencer les coupes de régénération. La coupe d’ensemencement est faite très claire ou plutôt par trouées, et il peut être nécessaire de donner une culture au sol souvent durci, tassé et couvert de sous-arbrisseaux de grande taille et envahissants (bruyères, genêts, etc.); on peut au besoin procéder par arrachis, suivant des bandes plutôt espacées et larges (0,50 et plus) que nombreuses et étroites ; mais, en général, il est facile d’éviter en partie tout au moins cette dépense, en effectuant l'extraction des souches des arbres exploités.
En bonne station, le pin sylvestre se prête très bien à l’accroissement par la mise en lumière, et la réserve des plus beaux sujets sur coupe définitive, disséminés au-dessus de la nouvelle forêt naissante, peut être une bonne o pération.
Pin laricio d'Autriche, ou pin noir d'Autriche. — Plantations. — Le pin laricio d'Autriche, plus connu sous le nom de pin noir d'Autriche, qu’il doit à la couleur d’un vert sombre de ses aiguilles, n’est pas spontané en France, et son introduction remonte seulement à 1834. Son tempérament robuste, la rapidité de sa croissance, le rendent précieux pour le repeuplement des terrains où peu d’autres essences pourraient croître. Ce pin peut en effet végéter dans les sols calcaires les plus ingrats ; les terrains argileux et humides lui sont défavorables ainsi que les sables purement siliceux.
Iréussit mieux que le pin sylvestre dans les plainescrayeuses de la Champagne et sur les côtes arides des montagnes jurassiques. À ce titre, il est très précieux pour le reboisement des terrains calcaires et crayeux.
Pin maritime ; Fuiaies régulières et plantations. — Le pin maritime est une essence de lumière ; sa cime peu fournie donne un couvert léger ; ses graines abondantes {se disséminent facilement. Dans les pays où cet [arbre prospère, il n’y a guère à se préoccuper du repeuplement qui s’opère naturellement ; les semis, qu’ils soient naturels ou artificiels, sont généralement trop serrés ; il convient de les desserrer vers la dixième année, et de réitérer cette opération tous les cinq ans. Quand le peuplement a atteint sa vingtième année, on l’éclaircit en gemmant à mort les sujets qui doivent disparaître ; une seconde éclaircie est faite par le même procédé cinq ans après. Enfin, quand les arbres qui constituent le peuplement définitif ont atteint leur trentième année, on commence à les gemmer à vie, et l’on continue à les soumettre à ce traitement jusqu’à leur soixantième ou leur soixante-dixième année. Arrivés à cet âge, ils sont gemmés à mort et abattus,
Toutes les pignadas ainsi créées par semis artificiels, et traitées en vue de la production de la résine, peuvent être considérées comme des exploitations industrielles, nécessitant des méthodes de production et d’exploitation particulières ; nous renvoyons, à leur sujet, à Pouvrage de M. Broilliard (1) et à des traités spéciaux.
(1) BrocriarD, Le traitement des bois en France, 1894.
Le pin maritime est quelquefois employé au nord de son aire d’habitation normale comme essence de reboisement. Cette extension est dangereuse, et nous n’en citerons qu’un exemple célèbre concernant la Sologne. Les premiers travaux de rehoisement, effectués depuis 1830 en Sologne, avaient eu pour conséquence de provoquer un véritable enthousiasme ; on choisit à ce moment de préférence le pin maritime, parce que cette essence s’accommodait bien de ce terrain sablonneux et humide, qu’elle présentait sur les autres pins l'avantage d’être d’un ensemencement facile, d’une croissance très rapide, et par suite d’une exploitation assez rémunératrice. De tous côtés on se mit à l’œuvre avec une prodigieuse activité ; l'État et plus tard le Comité central favorisèreht cet essor en faisant distribuer, par les agents forestiers, des milliers de jeunes plants, en ouvrant des concours, et en facilitant aux propriétaires la première installation ; les établissements modèles de la Motte-Beuvron expérimentaient et indiquaient les meilleures méthodes.
Un cruel désastre faillit tout perdre ; pendant l'hiver de 1879-1880, des froids comme on n’en avait jamais vus demémoire d'homme, atteignant 30 et 35° au-dessous de zéro, gelèrent toutes les pineraies de pins maritimes ; la perte causée par la gelée a été estimée par un inspecteur des forêts, M. Caquet, à quarante millions de francs. Il y avait de quoi décourager pour longtemps d’une entreprise encore si près de ses débuts.
Mais une remarque fut faite à ce moment. Partout où les pins maritimes avaient succomhé, le pin sylvestre, qu’on avait moins prôné jusque-là, parce qu’il donnait moins de revenu, avait résisté. Beaucoup de propriétaires se résignèrent donc à replanter du pin sylvestre. Beaucoup d’autres ont replanté en pin maritime : il est évident qu'ils sont exposés aux mêmes désastres, et la spéculation est peut-être dangereuse : d’un autre côté, des hivers rudes ne se reproduisent qu’à de longues échéances, peut-être seulement tous les siècles ; et alors on ne peut désapprouver ces propriétaires de courir le risque, pour profiter de cette essence, qui à tous les autres points de vue est avantageuse, et leur procure, en vingt, vingt-cinq ou trente ans, des produits beaucoup plus rémunérateurs, avec moins de peine et moins de soins.
Pin d'Alep; Futaie quasi-jardin<e. — Sur les calcaires de Provence, on trouve encore de vastes forêts de pin d'Alep en futaie espacée avec sous-étage de chêne kermès, de chêne vert et de chêne blanc ; souvent on exploite les feuillus en taillis et on se borne, lors du passage des coupes, à réserver les plus beaux pins qui constituent l'essence la plus précieuse. M. Broilliard conseille de subordonner la coupe du taillis à celle des pins, et d’exploiter ceux-ci par jardinage. La forêt, dit-il, est divisée en vingt ou vingt-cinq coupes ; au passage
PEUPLEMENTS MÉLANGÉS. 483
de chaque coupe on peut se borner à enlever successivement les pins mûrs ou dominant des semis, et les tiges trop serrées, en même temps qu’on recèpe avec soin le taillis de chêne. Ce recépage, effectué sous des pins isolés pour la plupart, entretiendra un sous-bois des plus utiles par son couvert et par ses produits, tout en permettant la reproduction de la pineraie ; le jardinage des pins, réduit aux bois mûrs et surabondants, donnera bientôt la prépondérance à l'essence la plus précieuse en assurant le développement des arbres. |
Le même auteur ajoute deux conseils : 4° n’exploiter les pins que lorsqu'ils sont assez gros pour fournir de bonnes planches, ou des bois de marine d’un certain prix, dont le débouché est assuré par Marseille et Toulon ; 2° interdire le pâturage des moutons et des chèvres, ou tout au moins ne le permettre que dans les parties les plus âgées de la forêt, et ne jamais en abuser. La suppression du pâturage, à elle seule, permettrait la constitution en vingt ans à peine de peuplements de chêne et de pin beaucoup trop rares aujourd’hui ; le meilleur état de massif ainsi obtenu, l'amélioration du sol, et par suite une plus forte production, sont susceptibles de compenser dans une large mesure les faibles bénéfices que donne le pâturage bien peu rémunérateur sur de tels rochers.