CHAPITRE IX
SYMPTOMES PROCTIQUES.
La portion terminale du canal alimentaire se trouve dans des conditions particulières d’innervation. Il convient donc d’en étudier les symptômes séparément de ceux de l’intestin grêle et du côlon.
Il y a là deux espèces de sensibilité : la sensibilité tactile ordinaire , propre à la muqueuse du rectum et à la peau de l’anus, et le besoin d’expulsion siégeant dans les nerfs sensibles de l’appareil musculaire.
Contrairement à l’opinion commune, les matières fécales séjournent rarement dans le rectum même. Elles s’accumulent dans la flexure iliaque du côlon qui, dans le cas de constipation habituelle, acquiert une capacité extraordinaire.
Les muscles sphincters de l’anus n’ont donc pas besoin d’être continuellement dans l’état de contraction active. Leur tonicité, ou si l’on veut, leur élasticité suffit à maintenir l’occlusion ordinaire et permanente. Le resserrement actif du sphincter externe, qui est volontaire, n’a lieu que quand les fèces descendent dans le rectum même; il n’a lieu que pour lutter contre le besoin d’aller à selle ou pour empêcher les gaz de sortir.
Dans l’acte d’expulsion, le sphincter externe se relâche volontairement, tandis que le resserrement opéré par le sphincter interne est vaincu par les contractions énergiques des fibres longitudinales du rectum.
Lorsque les fèces sont volumineux et durs, l’expulsion se fait avec efforts et avec le concours de ce qu’on appelle la presse abdominale. Le diaphragme est fortement abaissé à l’aide d’une inspiration profonde, et les muscles abdominaux proprement dits , en se contractant puissamment, poussent en avant les matières contenues dans le gros
intestin. Les muscles releveurs (le l’anus s’opposent à ce que la partie inférieure du rectum sorte de l’anus au moment de ces efforts.
ARTICLE PREMIER
DE LA PROCTALGIE.
La douleur du rectum affecte deux formes différentes : elle est tantôt sourde, tantôt aiguë. Dans le premier cas c’est un sentiment de pesanteur, de plénitude et de tension qui agace péniblement le système nerveux général. Dans le second cas la douleur est lancinante, pulsatile et brûlante ; quand elle est forte, c’est comme si une tige de fer chaud était plongée dans le rectum. Elle irradie vers le sacrum, le long de la cuisse, au scrotum et force les muscles sphincters à se contracter spasmodiquement. Comparée aux autres douleurs, celle du rectum réagit plus particulièrement sur l’ensemble du système nerveux. Les personnes à complexion faible tombent aisément en défaillance, et celles à nerfs excitables sont promptement prises de convulsions générales. Elle s’exaspère, ou est provoquée par les actes de défécation et de miction, ainsi que par l’éternuement et la toux.
La douleur du rectum se déclare parfois à l'état de santé parfaite, lors du passage de fèces durs et anguleux. Mais le plus souvent elle révèle la présence d’une inflammation ou d’une ulcération , de fissures à l’anus, ou de tumeurs liémorrhoïdaires irritées ou enflammées. Elle peut se développer directement, chez des sujets anémiques et irritables, sous l’influence rhumatismale et paludéenne, et c’est à cette dernière influence qu’il faut rapporter sans doute la névralgie de l'anus à marche rémittente ou intermittente dont parlent plusieurs auteurs.
D’autres fois la douleur du rectum et de l’anus est l’expression d’une maladie qui a son siège à un niveau supérieur de l’intestin, notamment dans le côlon. J. Miiller avait signalé même comme une loi physiologique que les douleurs ordinaires de l’intestin sont ressenties de préférence à l’extrémité de ce canal, c’est-à-dire à la partie qui correspond directement avec le système cérébro-spinal.
Enfin, la douleur du rectum est souvent sympathique d’une irritation de l’utérus, du vagin, des testicules ou des organes urinaires. Budge la signale comme une conséquence de pertes séminales trop fréquentes (1).
(1) Allgem. Pathol. } p. 552.
Nous dirons spécialement quelques mots de la proctite, de la périproctite et du cancer du rectum.
Douleu?' de la proctile. — Dans la proctite aiguë le malade ressent une vive brûlure dans la région coccygîenne, remontant au sacrum, descendant au périnée et s’avançant jusqu’au pubis. Elle s’accompagne d’un besoin continuel ou fréquent d’aller à la selle et de ténesme, de dysurie, strangurie, priapisme et, chez les femmes, de leucorrhée. L’anus et les testicules sont rétractés etTintroduction du doigt exaspère la douleur jusqu’à la syncope et aux convulsions.
Dans la proctite chronique ou le catarrhe chronique du rectum, la douleur est sourde ; au sentiment de pesanteur et de tension il s’ajoute de la démangeaison; mais chaque.expulsion de matières fécales solides exaspère cette douleur et la fait ressembler à celle de la proctite aigue.
Douleur de la périproctite . — Elle ressemble à celle de la proctite chronique, mais s’exaspère surtout quand le malade veut s’asseoir ou quand il marche. On la distingue, en outre, à sa marche rapidement progressive, car elle devient bientôt lancinante, pongitive, pulsatile, et l’exploration fait reconnaître l’existence d’un dépôt purulent. Dans les quelques cas que nous avons observés nous-mêmes, il y avait un sommeil comateux interrompu par des accès de délire furieux, et nous nous décidons d’autant plus volontiers à signaler le fait que nous ne le trouvons mentionné dans aucune description classique de la maladie.
Douleur du cancer du rectum. — Au début elle est obtuse, un sentiment de pesanteur occupant la région sacrée et rayonnant parfois le long du nerf sciatique, ou vers les organes génitaux externes. Plus tard, la douleur devient excessive; les malades la comparent à la sensation que donnerait un charbon ardent introduit dans le canal ou une déchirure violente. Elle s’exaspère surtout lors de la défécation, au point de donner lieu à des défaillances et des convulsions.
ARTICLE li.