DU PRURIT ANAL
La démangeaison, le chatouillement de l’anus fait le tourment de beaucoup de personnes qui, d’ailleurs, ne sont pas malades. Il a des rapports intimes avec le prurigo , quoique fort souvent on ne puisse découvrir aucune trace de papules; d’autres fois l’éruption papuleuse ne se montre qu’à la suite du prurit. C’est donc essentiellement une affection nerveuse.
L’engorgement des veines hémorrhoïdaires y prédispose particulièrement. C’est pourquoi on l’observe plus souvent dans la seconde moitié de la vie que dans la première, dans les engorgements des viscères abdominaux et dans la pléthore abdominale, chez les femmes enceintes et à l’époque de la cessation des menstrues. Il est signalé en outre comme fréquent dans la convalescence de la dysenterie. Enfin, la présence des oxyures ou petits vers ascarides le provoque et l’entretient même chez les personnes qui n’y sont pas prédisposées.
Dans tous les cas où la prédisposition existe, le prurit est provoqué et il s’exaspère par l’usage d’aliments et de boissons échauffants et par la chaleur du lit.
ARTICLE IV
DE LA CAC ATURITION.
On voudra bien s’en prendre au sujet, et non à l’étymologie, si le mot ne paraît pas décent. En tout cas il n‘y a pas d’innovation de notre part. Ce que dans la terminologie latine on a appelé ccicaturitio, c’est le
sentiment maladif du besoin d’aller à la selle, sentiment qui ne doit pas être confondu avec le ténesme dont il sera traité à l’article suivant. La cacaturition est à la défécation ce que la vomiturition est au vomissement.
La cacaturition est une sensation musculaire due à la contraction énergique des fibres longitudinales du rectum qui, ces fibres étant dans un rapport d’antagonisme avec les fibres circulaires des sphincters, est invariablement suivie de la contraction de ces dernières, sans' spasme ni véritable douleur.
Lorsqu’elle n’est pas causée par la présence de fèces, la cacaturition indique ou des qualités irritantes de ces derniers ou un état d’irritation de la muqueuse du rectum. On l’observe donc, comme précurseur du ténesme, dans les diarrhées violentes et dans la dysenterie, puis dans les hémorrhoïdes et dans la chute du rectum.
Le symptôme intéresse davantage lorsqu’il naît par sympathie, à savoir : dans l’irritation du col de la vessie, dans la présence d’un calcul vésical, dans l’engorgement de la prostate, dans les spasmes de la matrice et dans les tumeurs fibroïdes de cet organe. Les femmes en travail d'accouchement demandent continuellement le bassin , sans que cette demande soit justifiée par la présence de fèces dans le rectum.
Enfin, la cacaturition est souvent la conséquence d’une émotion, d’une frayeur, d’une anxiété, d’un rire violent; elle accompagne aussi les convulsions générales.
Une forme particulière de ce symptôme doit être signalée encore. Beaucoup de personnes, sans être tourmentées par les douleurs du ténesme , sont cependant privées du sentiment de satisfaction qui , à l’état normal, succède à chaque évacuation alvine. Les matières sont expulsées et le besoin persiste. Ces personnes deviennent infailliblement hypochondres.
ARTICLE V
DU TÉNESME.
Le ténesme, Yépreinte anale, est une véritable crampe du rectum; il est à cet organe ce que la colique est aux portions supérieur es de l’intestin. Les fibres longitudinales et les sphincters se contraclent alternativement avec violence et donnent lieu ainsi à une cacaturition très-douloureuse, mais dont le résultat est nul ou insignifiant.
Le malade éprouvé la sensation d’un corps étranger engagé dans le rectum ; il fait continuellement et involontairement des efforts pour l’expulser , et ces efforts sont tels que l’intestin est parfois poussé hors de l'orifice anal. L’épreinte dépend d’une sensation du genre de celle qu’on éprouve aux yeux quand ils sont affectés de conjonctivite, sensation qui engage à les frotter sans cesse. Lite est analogue aussi au besoin de toujours avaler qui existe dans la pharyngite catarrhale.
Le ténesme est rarement continu ; il se déclare par accès et à l’occasion des déjections ; d’ordinaire il persiste après ces dernières pendant un temps plus ou moins long. L’intensité des douleurs provoque aisément la syncope et des convulsions générales.
Dans la description des maladies on confond souvent le ténesme avec la proctalgie ou simple douleur du rectum ; d’un autre côté plusieurs pathologistes n’y voient que le spasme des sphincters. S'il est vrai qu’une distinction rigoureuse n’est pas toujours nécessaire au lit du malade, d’autant moins que ces trois accidents existent réellement à la fois dans le véritable ténesme, il n’en est pas moins désirable de bien préciser, en théorie, la nature de chacun d’eux.
Le spasme douloureux des fibres longitudinales du rectum est le plus souvent provoqué par l’irritation de la muqueuse qui les recouvre. Le ténesme est donc le symptôme, pour ainsi dire, obligé de la dysenterie, de la proctite catarrhale et du cancer du rectum. Il s’associe, en outre, aux spasmes de l’intestin en général, lorsqu’ils se propagent vers le bas, par exemple dans l’helminthiase et à la suite d’empoisonnements ou de l’administration de purgatifs drastiques. Enfin, sans parler de l’hystérie et de l’hypochondrie, le ténesme peut dépendre aussi directement d'un état irritatif du centre cérébro-spinal; il figure parmi les signes pronostiques les plus défavorables dans les maladies fébriles graves.
Ténesme dysentérique.
Jamais le ténesme n’est aussi douloureux que dans la dysenterie dont il constitue même un des signes pathognomoniques. Il n’y manque, en effet, que dans les cas rares ou le rectum ne participe ni directement ni consécutivement à la maladie du côlon.
Il existe dès le début de la maladie, alors que les évacuations sont encore séreuses, et augmente rapidement d’intensité avec les progrès
du mal. Il persiste aussi après l’amendement des autres symptômes, tandis qu’au contraire sa disparition, malgré l’aggravation des autres accidents, est le signe d’une paralysie du rectum à laquelle l’adynamie et le collapsus général ne tardent point de succéder.
ARTICLE VI