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DE L’INCONTINENCE FÉCALE

Cet accident peut avoir une cause purement locale : la distension mécanique trop souvent répétée, telle quelle a lieu, par exemple, dans le coït contre nature et dans l’abus des suppositoires. L’anus prend la forme d’un entonnoir; il n’est plus en état de retenir les gaz ni les excréments liquides. La même misère est une suite d’affections inflammatoires prolongées des portions inférieures du rectum, telles qu’elles sont suscitées entre autres par les hémorrhoïdes.

Les chirurgiens ont témoigné leur étonnement de ce qu’après la division du muscle sphincter, telle qu’ils la pratiquent dans l’opération de la fistule à l'anus et même après la résection de la portion inférieure du rectum, il ne s’en suive pas nécessairement de l’incontinence, et que des malades puissent même retenir encore les flatus. La même faculté est conservée dans la chute du rectum où, comme on sait, les deux muscles sphincters sont paralysés, de même que dans la déchirure du périnée et dans la fistule recto-vaginale. C’est qu’il existe un troisième sphincter du rectum , dont les traités classiques d’anatomie ne font généralement pas mention. Son existence a été démontrée par Nélaton et par Velpeau ; il se trouve à dix centimètres de l’anus; c’est lui qui retient les gaz et les fèces dans l’S romain (2).

La véritable paralysie du sphincter externe est un symptôme de la

(1) Traité de l'hystérie , p. 476.

(2) Le mode de démonstration de ce troisième sphincter est décrit et toute la question est résumée dans IJyrll, Handbuch der topographischen Anatomie. Wicn, 1853, t. II, p. 86.

moelle épinière. On se rappelle que c’est cette partie du système qui envoie les nerfs à ce muscle ainsi qu’au releveur de l’anus et aux muscles transverses du périnée.

Lorsque, comme cela a lieu le plus souvent, les muscles abdominaux sont paralysés en même temps sous l’influence d’une maladie de la moelle épinière, l’expulsion des matières fécales solides est empêchée.

Il y a constipation en même temps que les gaz et les matières liquides s’échappent librement et qu’il y a fuite des urines. Le même état s’observe cependant, quoique rarement, comme simple phénomène hystérique. Dans ce cas la paralysie des sphincters est accompagnée d’anesthésie de la muqueuse du rectum.

On reconnaît la paralysie surtout à la facilité avec laquelle le doigt pénètre dans le rectum , sans exciter les contractions du sphincter. Elle prédispose particulièrement à la chute du rectum.

Les selles involontaires proprement dites, qui sont un des symptômes les plus importants du coma et du typhus et qui se rattachent par conséquent aux fièvres adynamiques et putrides , indiquent une affection grave du cerveau. Elles sont dues simplement à l’absence de la conscience, c’est-à-dire du sentiment du besoin. On les observe aussi dans l’épilepsie et dans l’hémorrhagie du cerveau.

ARTICLE IX

DE LA PROCTORRHÉE.

Ce symptôme, désigné plus communément sous le nom de blennorrhée du rectum appartient à la proctite catarrhale, à la proctite virulente et à cette forme d’hémorrhoïdes que les anciens ont appelée les hémorrhoïdes muqueuses . L’écoulement est parfois très-abondant; le liquide découle le long des cuisses et mouille le linge.

Dans le catarrhe aigu, le mucus est ténu; il ressemble à une faible solution de gomme , est âcre et occasionne l'excoriation du pourtour de l’anus. Tout mouvement, la marche, le rire, l’éternuement, la toux provoquent son écoulement.

Dans les cas chroniques, au contraire, le mucus est épais, jaunâtre ou blanc-jaunâtre, puriforme, gélatiniforme ; il ressemble à du frai de grenouille ou à du blanc d’œfif. Il s’évacue avec les excréments en les enveloppant extérieurement, ou il est expulsé sans autre mélange avec cacaturition et même avec ténesme, ou, enfin, il s’écoule continuelle-

ment et forme sur le linge des taches ressemblant à celles de la blennorrhée uréthrale.

ARTICLE X

DE LA PROCTORRIIAGIE .

Elle est orçjanopathiquc ou hèmorrhoïdaire . Dans le premier cas elle indique la présence d’un cancer du rectum, de corps étrangers y compris les résidus solides des aliments : arêtes de poissons, petits os d’oiseaux et esquilles d’os de mammifères, ou simplement de matières fécales durcies. Dans la dysenterie il peut y avoir une véritable hémorrhagie du rectum s’ajoutant à l’entérorrhagie. Enfin, la proctorrhagie peut annoncer la présence de polypes du rectum, surtout chez les enfants où ces polypes sont plus fréquents que chez l’adulte. L’hémorrhagie a lieu pendant la défécation , ou bien elle succède à cet acte.

Mais ce qui est bien plus commun, c’est la proctorrhagie hémorrhoïdaire, le flux hèmorrhoïdaire comme on dit plus souvent. Elle mérite que nous nous y arrêtions davantage.

Le sang des hémorrhoïdes est pur, noir ou vermeil, toujours liquide; il ne se coagule que dans le vase qui le reçoit. Sa quantité est très-variable. S’il n’y en a parfois que quelques gouttes adhérentes aux matières fécales évacuées, la perte est de plusieurs onces dans d’autres cas; elle peut même s’élever jusqu’à une pinte. Le flux a lieu de préférence à l’occasion des selles; il les accompagne ou il les suit.

Les hémorrhoïdes internes donnent plus de sang que les hémorrhoïdes externes. Ce liquide est en général fourni par les capillaires qui recouvrent les tumeurs hémorrhoïdales; il nïndique pas, comme on le pense souvent, qu’une de ces tumeurs se soit déchirée. La déchirure d’un vaisseau superficiel, d’une artériole doit cependant être admise dans les cas où le sang s’écoule en jets fins et avec force. On sait que les dernières artérioles sont également dilatées autour des tumeurs hémorrhoïdales. A un examen attentif on découvre des plaques spongieuses, très-rouges, desquelles le sang suinte parfois en jets pulsatils. Rokitansky (1) admet aussi la déchirure d’une varice hémorrhoïdale à travers la muqueuse qui l’enveloppe ; nous ne savons si ce cas a été réellement observé.

(1) Handbuch der patholog. Anatomie , t. II, p. C67.

Il est des sujets chez qui ïe flux hémorrhoïdaire est habituel , c’està-dire qu’il a lieu tous les jours, à chaque défécation. Chez d’autres, il est accidentel, provoqué ordinairement par des excès de table ou par la vie sédentaire.

Mais ce qu’il y a de plus intéressant , c’est le flux hémorrhoïdaire périodique qu’on constate fréquemment chez les sujets pléthoriques, îl revient régulièrement chaque semaine, tous les mois, toutes les six semaines. Chez la femme il remplace parfois la menstruation.

Le flux périodique est favorable à la santé générale ; il est un véritable acte de la nature médicatrice. Il soulage ou prévient les congestions vers le foie et les reins ; il préserve des accès de goutte et même des attaques d’apoplexie. Sa suppression, au contraire,, crée un malaise général, des palpitations, des congestions vers la tête et vers les viscères abdominaux. Ces mêmes symptômes précèdent ordinairement le flux; les praticiens les désignent à cause de cela sous le nom d 'efforts hémorrhoïdaireS; molimina hœmorrhoïdalia.

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