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DU MARASME

De nos jours on a restitué au mot marasme, de pcapccùto, mar cesco, le sens qu’il avait autrefois comme terme générique comprenant toute espèce d’amaigrissement morbide : l’atrophie, la phthisie et le tabes. Un certain euphémisme nous empêche d’appeler ainsi l’amaigrissement passager et curable ; on comprendra cependant qu’en principe il n’y a pas de différence essentielle à établir entre lui et cet amaigrissement fatalement progressif dont marasme est nomen et omen.

Le nom s’applique donc à tout amaigrissement général morbide accompagné d'affaiblissement. L’amaigrissement morbide dénote une diminution réelle du volume et du poids du corps, notamment des muscles; il est toujours une conséquence de la perte de l’équilibre entre l’usure et la rénovation nutritives.

Lorsque la maigreur existe avec solidité et fermeté des muscles, c’est-à-dire sans affaiblissement, elle n’est jamais un accident morbide. Au contraire, ces personnes sont plus aptes au travail, aux efforts ; elles supportent mieux les privations et offrent dans les maladies une résistance vitale plus grande. La maigreur dans ce cas n’est due qu a la disparition de la graisse. ïl existe même une maigreur qu’on pourrait appeler constitutionnelle; c'est-à-dire qu’il y a des personnes robustes qui dans aucune circonstance ne parviendraient à prendre de l’embonpoint.

Sauvages avait défini ainsi qu’il suit les états de consomption que nous résumons sous le nom générique de marasme :

Le tabes , pour lui et ses successeurs, était l’amaigrissement accompagné de fièvre, mais exempt de crachement de pus ;

La phthisie était l’amaigrissement accompagné de toux, de dyspnée et de crachats purulents;

V atrophie n’était accompagnée ni de fièvre ni de crachement purulent; enfin :

Le marasme proprement dit, était le plus haut degré d’atrophie tel qu’on l’observe dans les cachexies.

Actuellement les mots tabes et phthisie sont devenus presque entièrement des termes de pathologie spéciale. Nous croyons néanmoins nous conformeràun sentiment infime néde l’usage, en définissant tabes

le marasme procédant dune altération profonde des centres nerveux, et phthisie la consomption progressive qui est propre aux maladies chroniques des poumons.

Description. — L’amaigrissement général, la consomption, se remarque en premier lieu à la face, non-seulement parce que cette partie du corps est mieux exposée à l’observation, mais encore parce que les parties molles y sont plus abondantes. Les pommettes deviennent proéminentes, le nez et le menton pointus et amincis, les yeux excavés, les angles de la mâchoire et les muscles masséters se dessinent en relief sous la peau.

Après la face , l’amaigrissement se fait remarquer surtout aux parties qui sont abondamment pourvues de graisse, ainsi qu’aux grandes saillies musculaires : les seins, le mont de Vénus, les fesses et les mollets disparaissent.

Puis le ventre se creuse et se rétracte vers la colonne vertébrale ; les extrémités osseuses des membres, les clavicules, les côtes, le sternum, les vertèbres et le sacrum se dessinent sous la peau. A la fin le corps est réduit à l’état de squelette, c’est-à-dire que toutes les pièces squelettiques se présenient dans leur position et dans leur forme comme s’il n’y avait plus de muscles. Quoique l’atrophie concerne principalement les parties molles, elle atteint cependant aussi les os.

La peau dont l’élasticité n’est pas parfaite, comme on sait, forme des plis et des rides ; elle devient en outre rugueuse et sèche et souvent elle se colore de teintes plus foncées.

Quand il est rapide , le marasme s’accompagne non-seulement de faiblesse musculaire, mais encore de douleurs sourdes ou d’élancemenls dans les masses charnues, provoqués par chaque tentative de mouvements.

Falhogénie. — Le poids et le volume du corps sont déterminés :

1° Par la quantité d’aliments ingérés utilement;

2° Par l’usure des tissus, tant normale que morbide, et par le volume des excrétions ;

3° Parles obstacles que rencontrent l’assimilation et l’histogénèse.

Secondairement toutes les fonctions , notamment celles du système nerveux, exercent ici leur influence.

Le marasme est simple ou cachectique . Dans le premier cas, il consiste en une simple diminution de la substance du corps ; dans le second il y a, en même temps, altération de la nutrition; il se forme

des dépôts de graisse, de pigment ou de fluide parenchymateux dans les tissus.

1° Marasme dyspeptique .

Rien ne fait maigrir autant que les lésions des organes qui servent à la digestion des aliments et à l’absorption du chyle. Les personnes souffrant d’un ulcère perforant ou d’un cancer de l’estomac sont souvent réduites à l’état de squelette; on connaît la promptitude avec laquelle le corps se fond sous l’action d’une diarrhée.

La faim et la misère, c’est-à-dire l’absence d’aliments produit cet effet pour ainsi dire d’une façon physiologique. Chez les enfants à la mamelle où le marasme est communément attribué à une faiblesse de constitution, il est dû en réalité presque toujours à une mauvaise alimentation : mauvaise qualité du lait ou mauvais état des organes digestifs; il mérite réellement le nom de marasme de misère, atrophia inopiae.

Faut-il citer ensuite les maladies de l’œsophage chez l’adulte? les maladies et particulièrement les ulcérations de l’intestin grêle? la dégénérescence des glandes mésaraïques (tubes mesaraica, carreau , paedatropliie )? l’oblitération de la veine-porte? et même l’helminthiase quand le nombre des vers est considérable?

Les maladies du foie ne s’accompagnent généralement pas d’amaigrissement; il en est même qui favorisent l’embonpoint, ainsi que nous l’avons constaté à l’article précédent. Cependant, un marasme prompt et considérable se déclare dans la cirrhose et, selon Cuisson, Bright et Ilenoch, dans les cas où les voies biliaires sont oblitérées par une cause quelconque. M. Schwann a signalé un amaigrissement général chez les chiens à qui il avait pratiqué des fistules biliaires. Ici cependant l’accident trouve son explication plutôt dans la perte de la bile que dans des embarras dyspeptiques.

Indépendamment des lésions qui font maigrir d’emblée , les autres maladies du foie finissent également par amener le marasme. C’est même une forme fréquente de leur terminaison; le sang devient en même temps hydroémique et hypinotique et le marasme s’accompagne d’accidents hydropiques et hémorrhagiques.

2° Marasme fébrile.

Toutes les maladies fébriles amènent, dès leur début, un amaigrissement considérable; seulement, dans les premiers temps, cet amai-

grissement est masqué par la turgescence des tissus et par l'injection des vaisseaux capillaires; il devient tout à coup manifeste à l'époque de la chute de la fièvre. Une émaciation initiale très-rapide et manifeste est un signe de malignité et de danger dans les fièvres.

Parmi les autres pyrexies c’est la fièvre typhoïde qui amène l’amaigrissement le plus prompt et le plus considérable. Le corps peut alors perdre jusqu’à 12 et 16 kilogrammes de son poids dans l’espace de quatre semaines.

5° Marasme dyshémique et toxique.

La plupart des infections chroniques et des dyscrasies finissent par amener le marasme ; c’est en partie parce quelles troublent l’hématose et altèrent l’acte chimique de la nutrition, en partie aussi parce qu’elles déterminent des lésions locales et des dégénérescences. Nous citerons spécialement la syphilis constitutionnelle, le scorbut, la tuberculose et le cancer.

Parmi les intoxications chroniques qui déterminent le marasme, les plus remarquables sont celles de l’arsenic, du plomb, du mercure, de l’iode, de l’opium et l’usage prolongé des acides minéraux.

4° Marasme colliquatif.

Il est beaucoup de maladies qui marchent avec une déperdition rapide et considérable de liquides et de matières albuminoïdes. Quand elles ne s’accompagnent pas de fièvre, l’appétit est généralement conservé et même augmenté. Mais dans tous les cas où les pertes ne sont pas réparées suffisamment, il y a marasme, phthisie , consomption .

Telles sont la sudation excessive et prolongée , les diarrhées chroniques, la dysenterie, le choléra-morbus. En quelques heures, dit Monneret, un homme plein de santé peut être transformé en une sorte de vieillard décrépit, couvert de rides, ou en un squelette.

Telles sont aussi le diabète insipide et le diabète sucré, le ptyalisme, les hémorrhagies et les exsudations abondantes, les ulcérations étendues et les suppurations abondantes, y compris les soi-disant blennorrhagies : la phthisie catarrhale , pituiteuse.

L’amaigrissement se déclare moins promptement à la suite de pertes séminales spontanées ou provoquées chez l’homme , et de la lactation trop prolongée chez la femme, ainsi que de grossesses qui se succèdent de trop près.

Le marasme de la phthisie pulmonaire a plusieurs causes. Au début,

avant la fonte des tubercules, il y a atrophie partielle, atrophie des muscles et du tissu cellulaire des fosses sus-épineuses et sous-épineuses. C’est une action locale dont l’explication est étrangère à l’article marasme. Plus tard, quand les poumons sont ulcérés, la phthisie devient générale; elle est fébrile, un effet de la fièvre hectique ou, s\ l’on veut, de la résorption purulente; mais elle est en même temps colliquative , due à la perte continuelle de matières albuminoïdes ou de leurs dérivés qui se fait par les bronches et les cavernes. A la dernière période il s’ajoute comme causes puissantes, faisant marcher la consomption très-rapidement : la diarrhée et la sudation.

b° Marasme nerveux.

Tout excès des nerfs, quand il dure, amène l’épuisement, et l'épuisement nerveux influe sur la nutrition. On dirait que les matériaux de la nutrition sont détournés de leur destination naturelle pour servir d’aliment aux nerfs. Ainsi la surexcitation de l’esprit, l’enthousiasme, le fanatisme, les veilles, les passions excessives font maigrir; mais aussi les douleurs, les peines de lame, la dépression du moral.

En présence de ce fait il est curieux cependant de remarquer que les grandes névroses : l'hystérie, l’épilepsie, la catalepsie ainsi que la plupart des névralgies, laissent la nutrition intacte.

Un autre genre de marasme nerveux est celui qui accompagne les maladies chroniques de la moelle épinière et certaines lésions cérébrales. Ici la cause n'est plus dans l'usure des principes nutritifs, mais dans un trouble positif de l’acte même de la nutrition. C'est l’anéantissement des fibres nerveuses trophiques , dont les rapports avec la moelle épinière sont si intimes et si nombreux , qui est ici en jeu.

Aussi, ce genre de marasme, auquel on donne plus particulièrement aujourd’hui le nom de tabes , s’accompagne-t-il de bonne heure de torpeur et de fatuité de l’intelligence, de faiblesse des sens, de flaccidité des traits de la face, de ptosis incomplet des paupières, de dyspepsie, de faiblesse des membres et souvent d’une déformation paralytique du thorax.

G° Marasme constitutionnel.

Des causes qu’il est plus aisé de comprendre que de définir font qu’aux deux extrémités de la vie : dans la première enfance et dans l’extrême vieillesse, les aliments ne profilent pour ainsi dire plus à l’économie. Ils sont élaborés; mais leurs produits ne sont plus reçus par

les (issus, faute de vitalité de ces derniers, comme on dit, ou par suite de la faiblesse générale de la constitution, par débilité organique .

A. Marasme des nouveau -nés. — Il ne faut pas confondre cet état avec le marasme qui dépend d’une alimentation insuffisante, ni avec celui qui accompagne la gastro-entérite et la tuberculose des glandes mésaraïques.

Dans le véritable marasme des nouveau-nés la maigreur est excessive; le cou surtout est mince, la face pointue, sénile, ridée; la peau de tout le corps est flasque; les yeux sont creux, le nez est pointu. L’enfant est d’une faiblesse et d’une caducité extrêmes, sujet à des convulsions, à la dyspepsie et à des troubles de défécation. Ces enfants proviennent le plus souvent de parents syphilitiques ou atteints de cachexie mercurielle.

B. Marasme de croissance , paedatrophie. — A l’époque de la seconde dentition, mais surtout dans les moments où la croissance est plus rapide et qui sont compris entre lage de sept et celui de quinze ans , il se déclare souvent un amaigrissement opiniâtre, que n’explique aucune maladie locale. L’appétit est ordinairement affaibli ou inégal et ce que les enfants mangent ne leur profite guère.

Les enfants maigrissent en général plus vite que les adultes; par compensation ils reprennent plus vite lorsque la maladie est terminée.

C. Marasme sénile. — Chez le vieillard, tous les tissus sont disposés à l’atrophie, depuis les membranes et le tissu cellulaire jusqu’aux os eux-mêmes. Les glandes lymphatiques sont réduites de volume, les vaisseaux capillaires s’oblitèrent, les sécrétions et les absorptions languissent; et si même l’activité vitale vient à s’exagérer, elle servira plutôt, selon la remarque de Canstatt, à former des pseudo-organisations.

Le marasme sénile se déclare parfois déjà à cinquante ans. La face devient apathique, insignifiante, la peau froide et flasque; le thorax difforme; le foie et la rate, les reins, les poumons, le cerveau s’atrophient, les os deviennent fragiles. Il y a torpeur de toutes les fonctions, tremblement, démence.

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