DE L’OBÉSITÉ
L’augmentation de la chair musculaire n’est jamais maladive. Il faut distinguer aussi l’obésité de la simple turgescence des tissus telle que l’amène l’afflux du sang, ainsi que de la bouffissure ou tuméfaction due à l’abondance du fluide parenchymateux, coïncidant avec un certain degré de flaccidité des tissus et constituant un degré inférieur de l’anasarque.
La véritable obésité , polysarcie , embonpoint , corpulence, est due à la surabondance de la graisse, déposée sous la peau, dans les interstices musculaires, dans les médiastins, autour du cœur, dans les épiploons, le mésentère, autour des reins et dans le foie.
Effets et conséquences. — La peau est lisse, de couleur impure, jaunâtre; elle ne conserve pas l’empreinte du doigt comme dans l’anasarque; la transpiration a une mauvaise odeur.
Les personnes très-obèses souffrent de dyspnée et de palpi-
talions. Elles ont les veines relativement grêles et supportent mal les soustractions sanguines; elles sont en général disposées à la syncope, à l’assoupissement, aux vertiges et à l’apoplexie. Leurs mouvements sont lents, difficiles et suivis promptement de fatigue.
Les évacuations alvines sont habituellement tardives et rares. Il y a prédisposition à la pléthore abdominale, aux hémorrhoïdes et à la goutte. L’intelligence est lente et paresseuse; les désirs sexuels sont faibles ou nuis. La sénilité est précoce. Les personnes obèses sont, en outre, très-sensibles aux variations de l’atmosphère. Leurs maladies présentent généralement un danger plus grand parce que la résistance vitale est moindre.
Les femmes, particulièrement, sont faiblement menstruées, prédisposées à la stérilité et aux maladies des ovaires ainsi qu’aux accidents hystériques.
L’obésité atteint parfois des proportions énormes. On a des exemples d'individus qui pesaient 200, 300 et même 350 kilogrammes. Un enfant de dix ans pesait 140 kilogrammes.
Obésité normale. — Les femmes sont naturellement plus grasses que les hommes, les enfants plus que les adultes. Après l’enfance c’est l’âge de quarante à soixante ans qui prédispose particulièrement au développement de la graisse.
L’obésité tient à une assimilation vicieuse des matériaux de la nutrition. Elle est propre, à l’état de santé relative, au tempérament phlegmatique, au calme de l’esprit, à la vie inactive et sédentaire, au sommeil prolongé, au séjour dans une atmosphère humide, à une alimentation grasse et farineuse, à l’usage de la bière, à l’abus des bains chauds et de la saignée, enfin à l’extinction de l’activité génitale, surtout chez les femmes et les castrats.
4° Obésité veineuse.
Nous venons de citer l’abus de la saignée; nous rappellerons encore qu’on a recours à ce moyen, même en agronomie, pour favoriser l’engraissement du bétail. Ce qu’on appelle la vénosité du sang et toute diminution de l’activité pulmonaire produisent un effet semblable, de même que toute gêne de la circulation générale et de la circulation veineuse en particulier. C’est par une influence de celte nature qu’on doit expliquer aussi l’embonpoint qui caractérise certaines maladies du cœur à leur début.
2° Obésité toxique.
Les mangeurs d’arsenic gagnent de l’embonpoint. On remarque souvent le même effet à la suite de frictions mercurielles prolongées. Les alcooliques font engraisser en diminuant la consommation, par Lacté respiratoire, des graisses produites normalement, tant par les aliments que par la métamorphose régressive des tissus.
3° Obésité hépatique.
Les altérations chroniques du foie , lorsqu’elles marchent avec augmentation de la sécrétion biliaire, les engorgements du système de la veine-porte et, en général, le mauvais état des fonctions gastro-hépatiques, créent une espèce d’obésité morbide dont les praticiens tiennent un compte particulier.
4a Obésité paralytique.
Les paralytiques et les déments deviennent parfois très-gras.
5° Obésité agénésique.
On engraisse à l’époque de l’extinction de l’activité génitale. La castration est favorable au développement de la graisse chez l’homme comme chez les animaux. Les femmes stériles deviennent grasses de bonne heure et, à l’inverse, les femmes grasses sont peu fécondes. Les altérations et les dégénérescences des ovaires sont particulièrement fréquentes chez les femmes obèses.
6° Obésité cachectique.
Un des caractères principaux de la scrofule est l’abondance de la graisse dans les tissus. Elle produit l’obésité surtout vers l’âge de la puberté et dans l’adolescence. Témoins ces jeunes femmes douées d’une peau blanche et d’un teint vif et brillant, et dont la beauté est cependant peu durable.
Une obésité extraordinaire chez les enfants fait craindre l’approche du rachitisme. Les enfants obèses sont plus disposés aux convulsions générales que les autres ; ils meurent généralement jeunes. C’est qu’ordinairement , chez eux , les poumons sont restés en arrière dans leur développement, tandis que le foie a conservé un volume très-grand.
La plupart des autres cachexies, même la cachexie cancéreuse, s’annoncent à leur début par de Lobésité.
ARTICLE V