DU RIRE
Le rire ( risus et cachinnus ) est un jeu particulier des muscles de la face, accompagné de secousses venant du diaphragme et des muscles abdominaux ; il exprime la gaieté.
L’action se porte sur les lèvres et les paupières. Les lèvres s’amincissent en se contractant; leurs commissures sont tirées en dehors et relevées en même temps sur les joues; celles-ci grossissent et font voir souvent une fossette longitudinale; les dents sont mises à découvert. Les yeux se rapetissent par le rapprochement des paupières dont la pression fait sortir en même temps les larmes de la cavité oculo-palpébrale.
L’expiration est entrecoupée par des contractions rapidement réitérées du diaphragme et des muscles abdominaux; la glotte se rétrécit et
se dilate alternativement avec suite et rapidité. Chaque rétrécissement est indiqué par un bruit laryngé sec, mais modiûé et renforcé par les vibrations du voile du palais.
Quand le rire n’est pas /rcmc la bouche reste fermée et l’air est expulsé à travers les narines. Communément cependant on facilite les mouvements du rire, en ouvrant la bouche. Les cordes vocales produisent alors, dans les moments de tension, des éclats dont la note et le timbre diffèrent suivant la disposition et le volume des organes. Ilamberger dit que les hommes rient généralement en a ou en o, tandis que les femmes font entendre l’i ou le. L’épiglotte est relevée et placée dans sa position moyenne, ce qui fait que les liquides et les aliments peuvent pénétrer dans le larynx.
Quand on essaie de retenir le rire, on arrête la respiration , souvent cependant on éclate alors en un rire involontaire qui ouvre bruyamment les lèvres. D’un autre côté, quand le rire est fort, les secousses se communiquent aux côtes inférieures : on rit « à se tenir les côtes. »
Enfin, il est un rire incomplet dans lequel les muscles de la face sont seuls en jeu sans que les expirations soient saccadées; c’est le sourire (subrisus).
Quand le rire est prolongé et violent, il congestionne la tête et la poitrine; il peut occasionner la rupture d’abcès, de vomiques, d’anévrysmes, ou amener l’apoplexie cérébrale et des hémorrhagies de divers organes.
1° Rire phrénopathique.
A l’état de santé, le rire et le sourire dépendent exclusivement du moral; ils correspondent à des émotions gaies ou à des idées comiques. Le sourire, spécialement, suit le rapprochement d’idées contrastant entre elles, ou il exprime le ravissement de lame et figure, par conséquent, parmi les signes de l’extase. Comme tous les autres mouvements expressifs et comme les altérations du rythme respiratoire, le rire devient facilement contagieux.
Chez les malades, le sourire des mélancoliques et celui des mourants sont l’expression d’idées consolantes ou ravissantes. Le premier aide à faire reconnaître la nostalgie et la philody nie ou mélancolie amoureuse.
Le rire franc et bruyant appartient au délire et à la folie; il est propre aussi au délire passager de la passion. On rit ainsi de peur, de
chagrin, de honte et de désespoir. Une forme particulière du rire s’observe dans la démence et le crétinisme.
2° Rire réflexe .
En chatouillant certaines régions du corps : la plante des pieds, le creux de l’aisselle, la peau des lèvres, le défaut des côtes, etc., on provoque,, en manière de mouvement réflexe, un fou rire qui ne cesse qu’avec la cause qui le produit et finit par devenir une vraie torture. Selon Haller (1), les émissaires de Louis XIV se servaient de ce moyen pour obtenir la conversion des hérétiques des Cévennes.
3° Rire diaphragmatique.
Hippocrate signale déjà le rire comme symptôme des lésions du diaphragme; c’est dans l’histoire de Tychon qui « catapulta diaphragma trajeclus, dit-il, cum risu tumulluoso moriebatur . » Aristote et Pline affirment, à leur tour, que les gladiateurs blessés au même muscle mouraient en riant aux éclats. Les annales de la science moderne ayant enregistré des faits semblables (2), on aurait tort de blâmer, comme quelques-uns le font, les auteurs qui assignent au rire une place parmi les symptômes de la diaphragmatite et même parmi ceux de l’inflammation de la face convexe du foie.
4° Rire cérébral.
Le sourire et le rire qui dépendent de certaines lésions graves de l’encéphale, ne doivent être confondus ni avec le rire phrénopathique ni avec le rire nerveux proprement dit. Le rire cérébral constitue une véritable convulsion des muscles qui servent à l’expression et à la respiration faciales.
Ainsi, ce sourire trompeur qui semble embellir le sommeil des petits enfants, n’est souvent que le symptôme d’une maladie directe ou sympathique du cerveau : le symptôme de l’encéphalite, de la méningite, de la gastro-entérite.
L’enfant ne sourit librement à l’état de veille ou sous l’influence des rêves qui agitent son sommeil, qu’à partir de l’âge de six semaines. Avant cette époque, le rire est toujours fâcheux, le signe précurseur de convulsions éclamptiques.
(4) Elementa physiologiœ. Édit. Lausanne?. T. III, p. o06.
(2) Voyez Haller, ibid. , et Triller, Opuscula medica. Francof. et Lipsiæ, 1766. Vol. I, p. 520.
5° Rire nerveux.
Un rire forcé, convulsif, appelé parfois abusivement sardonique , précède, chez l’adulte, certaines attaques de convulsions générales, il est fréquent dans l’épilepsie et la chorée, plus fréquent encore dans l’hystérie.
Des accès d’un rire hystérique se présentent aussi en dehors des convulsions et peuvent alors durer pendant des heures entières. Le rire peut alterner avec des pleurs, et il a sa cause plus souvent dans des contrariétés ou des motifs de tristesse que dans des accès de gaieté. Il s’accompagne parfois du sentiment bien connu de strangulation de la gorge ou de constriction de la poitrine.
6° Rire toxique.
Les anciens parlent d’une plante, croissant auprès des sources, dans l'ile de Sardaigne, et ayant la propriété de donner la mort par le rire qu’ils appellent sardonique. Nous ne savons pas si les botanistes ont définitivement déterminé l’espèce qui correspond à 1 lierba sardonia de Dioscoride. Haller est porté à y voir une OEnanthe; Linné pense que c’est le Ranunculus sceleratus . Cependant, selon Boerhaave et d’autres (1), le safran ( crocus ) provoque également le rire sardonique, et l’ivresse alcoolique agit d’une manière semblable sur beaucoup de personnes, ainsi que la belladone et d’autres narcotiques cérébraux.
ARTICLE II