‹ Symptomatologie, ou, Traité des accidents morbidesChapitre 56 sur 149 · DU PLEURER · texte numérisé non relu

DU PLEURER

Le pleurer ( fletus ) est l’expression physique de la douleur morale, mais aussi des émotions tendres et de l’ébranlement causé par un vif sentiment de bonheur. Il est voisin du rire, comme la douleur est voisine de la volupté. Souvent, à ne voir que la face d’une personne, on ne sait si elle rit ou pleure, et, la plupart du temps, on passe aisément et promptement de l’un de ces états à l’autre.

Dans le pleurer, cependant, la lèvre inférieure est tirée plus que la lèvre supérieure ; le front est plissé, les sourcils sont abaissés et les yeux sont comprimés davantage ; les larmes s’écoulent dès le début et en plus grande abondance. Quand les pleurs se préparent, la face est

(t) Triller, toc. cit., p. 267.

pâle et affaissée; quand ils éclatent, les lèvres tremblent et la bouche dévie de sa position naturelle.

Du côté de la poitrine il se manifeste au début un sentiment de pesanteur dû au ralentissement de la circulation pulmonaire; ce sentiment d’oppression peut aller jusqu’à la suffocation. Subitement ensuite,pour soulager le cœur oppressé, le diaphragme s’abaisse comme par un mouvement convulsif : une inspiration pleine et profonde est suivie d’expirations saccadées, brèves, entrecoupées, sonores, plaintives ; les aspirations suivantes sont rapides, suspirieuses, réitérées et tremblantes; les expirations impriment des secousses à tout le corps. Quand le pleurer se prolonge, il s’y joint un véritable spasme du diaphragme et des muscles du larynx au point de faire naître à la fin le hoquet.

Les pleurs soulagent. Les secousses du diaphragme soulèvent le poids qui oppresse ; elles facilitent le passage du sang à travers les gros vaisseaux et activent l’hématose. On peut mourir de rire; on ne meurt jamais de pleurer.

INous devons rappeler, néanmoins, que dans ce dernier mouvement, le sang est refoulé vers la tête : la face devient rouge et se gonfle; les yeux s’injectent, la sécrétion des larmes devient excessive et il peut se déclarer, à sa suite, de la céphalalgie, des vertiges et des douleurs du diaphragme.

A l’état de santé, on ne pleure que sous l’incitation du moral ; on pleure de tristesse, d’attendrissement, mais aussi de joie et de rage. La plus forte douleur morale n’a pas de pleurs ; les larmes ne commencent à couler que quand elle se calme, quand on voit pleurer les autres ou quand on reçoit des témoignages de compassion. Les enfants, les femmes, les hommes nerveux et hypochondriaques éclatent plus vite en pleurs que les autres.

Chez les personnes relevant de maladies graves, le pleurer est un signe favorable, pourvu qu’il réponde à une cause quelque peu raisonnable ; il indique que le moral redevient impressionnable et reprend son empire sur le physique. En général dans les maladies fébriles l’humeur triste et les pleurs font prévoir une issue heureuse.

Pleurer à la moindre cause et même sans raison aucune, ou se complaire dans les pleurs, pleurnicher, sont les attributs d’une sensibilité maladive ou d’une débilité générale du système nerveux. On observe ce symptôme chez les jeunes fdles et les femmes hystériques et chlorotiques, chez les enfants choréiques, chez les convalescents d’apoplexie

cérébrale, chez ceux qui sont atteints de ramollissement du cerveau et chez les vieillards qui marchent vers la démence.

Chez les petits enfants les pleurs et les cris sont les seuls moyens de se plaindre. Tout malaise, toute douleur s’expriment ainsi, même la faim et la soif. Le nouveau-né crie et pleure dès qu’il sent le contact de l’air frais.

ARTICLE III

Page 1