DU RONFLEMENT
Le bruit ronflant, sterlor , poy%oç, celui qui rend la respiration stcrtoreusc, dépend le plus communément de vibrations du voile du palais ; il se forme à l’isthme du gosier, à l’ouverture postérieure des fosses nasales, dans les parties profondes du pharynx et même dans le larynx.
I. Ronflement palato -nasal. — Quand, en dormant, on tient la bouche fermée ou peu ouverte, et que l’on respire par le nez, le voile du palais est souvent refoulé en arrière et en haut, par la base de la langue; la cavité naso-pharyngienne est ainsi rétrécie et l’air, passant avec difficulté, fait vibrer la luette et le bord libre du voile. Le bruit
qui en résulte retentit dans les fosses nasales et acquiert par là un timbre nasonné; il est souvent renforcé et rendu particulièrement rauque par des mucosités collées aux parois et soumises à une dessiccation rapide, grâce aux courants d’air qui passent. Cette forme de ronflement se produit à l’expiration aussi bien qu’à l’inspiration.
II. Ronflement palato-buccal. — C’est le ronflement ordinaire. Il se présente à l’état de santé quand on dort couché sur le dos, et plus aisément encore, la tête étant renversée en arrière.
La bouche étant largement ouverte, la pesanteur du voile du palais l’emporte sur la contraction tonique de ses muscles; il s’abaisse et est refoulé en arrière par la base de la langue. La luette se met ainsi en contact avec la paroi postérieure du pharynx et l’air, intercepté au passage, imprime au voile tout entier des déplacements brefs et saccadés.
Au moment de l’expiration, au contraire, la luette est soulevée par l’air qui sort; elle peut frapper alors contre le dos de la langue. Ce second cas est pourtant plus rare, et toujours les saccades sont moins bien marquées à l’expiration qu’à l’inspiration; il n’a lieu, pour ainsi dire, que quand les narines sont obstruées. Mais toujours est-il que le ronflement expiratoire aussi bien que le ronflement inspiratoire sont dus aux vibrations de la luette.
Quand la bouche est très- largement ouverte, on ne ronfle qu’au moment de l’inspiration.
III. Ronflement pharyngé. — Le ronflement dur et rauque des apoplectiques naît profondément dans le pharynx; il est une conséquence de la rétrocession de la langue. On peut, en plaçant un miroir devant la bouche du malade, s’assurer aisément que dans cette forme le voile du palais ne prend aucune part à la production du bruit.
Quand la bouche est close, la base de la langue n’est nullement en contact avec la paroi postérieure du pharynx. Mais chaque fois que le malade fléchit la tête fortement en avant et quand il ouvre largement la bouche, la langue se porte en arrière et intercepte le passage de l’air. Ceci arrive surtout quand la langue est paralysée, comme chez les apoplectiques, où il y a en même temps paralysie des muscles de la mâchoire et écartement de la bouche. Ajoutons que, chez les mêmes malades, les ailes du nez, également paralysées, s’enfoncent et s’appliquent sur la cloison, ce qui empêche le courant d’air inspiratoire de prendre le chemin de cette cavité.
IV. Ronflement laryngé. — Dans la paralysie du larynx, les lèvres de la glotte ne s’écartent plus au moment de 1 inspiration; la colonne d’air, quand elle y arrive avec force, leur imprime donc des mouvements brefs et saccadés; il se produit ainsi un râle ronflant grave, tandis que l’expiration se fait sans obstacle eUsans bruit.
Quand une seule lèvre glottique est paralysée, ce qui est le cas le plus fréquent, alors la respiration ordinaire est aisée et insonore, tandis que les inspirations fortes ou profondes font entendre un râle ronflant, ressemblant tout à fait au ronflement pharyngien du sommeil.
Le ronflement palato-nasal et le ronflement palato-buccal n’ont qu’une faible importance en pathologie. Ce sont des accidents du sommeil ordinaire. Les idiots ronflent parfois ainsi sans être endormis.
Le ronflement propre aux apoplectiques, à ceux qui se sont enivrés d’alcool ou d’opium, aux comateux en général et aux agonisants, est pharyngé. Il a sa cause immédiate soit dans une paralysie du voile du palais, soit dans la rétrocession de la langue paralysée, selon le mécanisme décrit, soit enfin dans les deux conditions à la fois.
L’importance particulière de la rétrocession de la langue chez les comateux, les apoplectiques et les épileptiques a été bien appréciée par Robert Bowles (I). On sait qu’il convient de placer les noyés, par exemple, sur le côté et non sur le dos, et que beaucoup de comateux recommencent à respirer librement dès qu’on leur fait prendre la même position. Syme a sauvé un opéré, devenu asphyctique par le chloroforme, rien qu’en attirant sa langue hors de la bouche à l’aide d’un crochet.
Le ronflement semble être laryngé chez les épileptiques. Il est positivement tel dans tous les cas où le nerf récurrent ou laryngé inférieur est comprimé par des tumeurs situées au cou ou dans le médiastin antérieur, spécialement par des engorgements ou dégénérescences glandulaires, des néoplasmes ou des anévrysmes de l’arc de l'aorte ou du tronc innominé.
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