DU SIFFLEMENT
Nous ne parlerons pas du sifflement labial qui est un acte volontaire ou tout au moins un accident non morbide. Le sifflement nasal ne
(i) Med. cliir, transactions , t. XLIH, 1SG0, p. 4i.
saurait non plus nous intéresser si ce n était pour le distinguer des autres espèces. Celui qui fera l’objet de cet article est produit dans le larynx, dans la trachée-artère ou dans les bronches; il se fait entendre à distance et ne doit donc pas être confondu avec le râle sibilant de l’auscultation. En médecine vétérinaire il porte le nom de cornage.
Les malades qui présentent ce symptôme respirent avec plus ou moins de difficulté, la tête souvent récourbée en arrière et, chose remarquable, les lèvres rétrécies et avancées comme pour le renforcer par un sifflement labial. Au degré inférieur le sifflement ne se manifeste que comme un simple bruit de souffle.
I. Sifflement ary-épiglottique. Il est inspiratoire et se forme à l’ouverture du larynx dans les cas où son diamètre est diminué jusqu’à un certain point par l’infiltration des replis ary-épiglottiques.
II. Sifflement laryngé, il coïncide également avec l’inspiration, mais peut aussi être expiratoire. Accident et signe de la laryngosténose, il dépend d’un engorgement du tissu sous-muqueux, tel que celui qui accompagne parfois la laryngite catarrhale chronique et la laryngite syphilitique, ou d’une obstruction de la cavité par des néoplasmes.
Un sifflement laryngé inspiratoire constitue, pour ainsi dire, le symptôme pathognomonique du spasme de la glotte que l’on observe dans la coqueluche, le croup et l’hystérie. Dans la première de ces maladies l’inspiration est à la fois sifflante et prolongée. Le sifflement du croup rappelle le bruit d’une scie; il est tellement caractéristique qu’il suffît de l’avoir entendu une fois pour le reconnaître ensuite.
III. Sifflement broncho -trachéal. Ce symptôme indique l'existence d’un rétrécissement circonscrit, d’une sténose de la trachée-artère ou des bronches, et par conséquent d’une des lésions suivantes: 1° tumeurs, kyste du cou, anévrysme comprimant la trachée-artère; 2° corps étrangers, exsudais solides ou mucosités épaisses obstruant le canal ; 3° tuméfactions circonscrites ou valvules abnormes de la muqueuse des bronches ; 4° fistule aérienne, garnie ou non d’une canule.
Le docteur G. -S. Empis (4) a décrit les caractères qui permettent de distinguer ce qu’il appelle le cornage broncho-trachéal d'avec les sifflements produits soit dans le larynx et le nez , soit dans les poumons.
Le sifflement laryngien serait toujours accompagné, selon lui, de
(1) L'Union médicale de Paris , 4802, nos 1, 3, 5.
troubles de la voix quon fait apparaître en engageant le malade à parler, à chanter ou à crier.
Le sifflement des fosses nasales et du palais cesserait quand on bouche le nez, tandis que celui de la trachée et des bronches persiste après celte opération.
La distinction est plus difficile en ce qui concernée sifflement pulmonaire qui se produit dans l’asthme, dans le catarrhe des vieillards et dans l’emphysème. Outre les circonstances cliniques ordinaires , on s’appuie sur les signes qui suivent :
4° Le sifflement pulmonaire est expiratoire , tandis que le cornage broncho-trachéal est inspiratoire ;
2° A l’auscultation, le premier s’entend le mieux aux régions pulmonaires, tandis que le second est le plus manifeste, en avant sur la ligne médiane, et en arrière entre les omoplates;
3° Les sifflements expiratoires sont rudes et prolongés, tandis que les sifflements inspiratoires sont secs et brefs.
L’affaiblissement du muimure vésiculaire qui accompagne le sifflement broncho-trachéal, soit dans un lobe pulmonaire, soit dans tout un poumon, soit enfin dans les deux poumons, permet de deviner que la sténose concerne, selon les cas, tel rameau bronchique,, telle bronche ou la trachée-artère elle-même. On suppose qu’il y a compression par un anévrysme, quand le sifflement disparaît de temps à autre, ou offre de notables variations d’intensité.
ARTICLE III