CHAPITRE VII
SYMPTOMES ASPIIYCTIQUES
La vie s’éteint promptement quand l’oxygène fait défaut au sang; elle s’éteint plus promptement encore quand l’acide carbonique s’y trouve à l’excès. Comme la flamme, elle est activée par l’air pur et étouffée sous la fumée quelle produit.
Les organes sur lesquels le sang artérialisé porte directement son action vivifiante , sont les muscles et les nerfs, mais surtout les centres nerveux. C’est donc la circulation qu'il faut considérer comme la condition prochaine de leur activité. La respiration, pour en être la condition la plus nécessaire, ne vient néanmoins qu’en seconde ligne.
Mais la nature a établi une solidarité étroite et indissoluble entre ces deux grandes fonctions. Quand la circulation cesse, la respiration s’arrête; quand celle-ci est suspendue, celle-là s’éteint.
Le mot asphyxie , de a privatif et a-Cptëtç, pouls, a été employé par les anciens pathologistes dans son sens étymologique, pour désigner la suspension de la circulation . Aujourd’hui, tout le monde lui attribue, au contraire, le sens de suspension de la respiration , et plus spécialement de suppression de l'hématose pulmonaire. En médecine légale, il est devenu synonyme de mort apparente (1).
On doit déplorer sans doute cette altération. Aussi, Virchow s’esl-il efforcé de restituer au mot son sens primitif, en soutenant que le trouble commun et essentiel de toutes les asphyxies n’est pas la suspension de l’acte chimique de la respiration, mais bien la paralysie du cœur. Néanmoins, et malgré l’ascendant légitime qu’exerce le pathologiste de Berlin sur la médecine contemporaine, nous n’oserions pas nous fier dès à présent au succès de la réforme qu’il propose, d’autant
(1) L’altération du mot ne date que de Pinel (1798). Beau ( Considérations sur l’asphyxie, dans les Archives générales de médecine, 1864, t. 1) a donné l’histoire complète du terme asphyxie; il a très-bien fait voir les conséquences fâcheuses et les difficultés qui sont résultées de son altération.
moins qu’on nous objecterait probablement l'espèce de paralysies du cœur qui ne sont pas accompagnées de la suppression de l’hématose pulmonaire, c’est-à-dire les paralysies sans phénomènes dits asphycliques.
Nous pensons qu’il est préférable de chercher à concilier l’usage, l'abus si l’on veut, avec l’étymologie, ainsi que nous l’avons fait dans d’autres occasions. Nous y parviendrons peut-être en assignant au mot un sens étendu et un sens restreint.
Dans le sens étendu, le mot asphyxie désignera, selon nous, la suspension de l’acte chimique de la respiration, ou Y insuffisance respiratoire fY anhêmalosie avec tous les troubles qui en sont la suite habituelle; dans le sens restreint, il s’appliquera à l’état de mort apparente due à la suppression du pouls et de la respiration ; il sera l’équivalent de ce que des pathologistes anglais ont nommé Yapnéosphyxie.
Dans le sens étendu, l’asphyxie est plutôt un état morbide qu’un symptôme. Nous pourrions donc à la rigueur nous dispenser d’en faire l’histoire complète, et surtout d’aborder les problèmes délicats qu’elle a soulevés. Nous préférons cependant sacrifier jusqu’à un certain point la logique rigoureuse à l’utilité pratique, au risque même de tomber dans des redites à l’occasion des symptômes spéciaux.
Ainsi, nous traiterons d’abord de l’asphyxie considérée comme anhématosie, comme insuffisance respiratoire. Nous remettrons à un autre chapitre les symptômes spéciaux qui la caractérisent, et nous terminerons celui-ci par Yapnéosphyxie ou l’asphyxie considérée comme mort apparente.
ARTICLE PREMIER
DE LASPHYXIE.
Nous venons de le dire : au lit du malade on emploie le mot asphyxie pour désigner les divers états morbides qui se caractérisent par une respiration insuffisante et aboutissent, en progressant, à la suspension complète de la respiration et de la circulation.
Phénomènes. ■ — Selon les circonstances, l’asphyxie a sa cause dans l’air respirable, le sang, les poumons, le thorax, le cœur, la moelle allongée. L’ordre de succession des phénomènes diffère plus ou moins d’après le point de départ.
Prenons le cas le plus général qui se résume dans Y anhématosie , dans la vènositè du sang, ou, comme la plupart des pathologistes s’expriment, dans l’accumulation du gaz acide carbonique dans ce liquide ;
et supposons que l'asphyxie se produise lentement et graduellement. Les phénomènes se succèdent alors dans l’ordre qui suit :
I . L’homme, à qui l’air Tient à manquer, éprouve d’abord un malaise dans la poitrine, de l’oppression, un sentiment de constriction. Il devient inquiet; l’anxiété le force à fuir, à chercher de l’air pur et à l’attirer avec énergie dans les poumons. La respiration devient haletante, le pouls s’accélère et la pression du sang augmente dans les artères.
IL 11 se déclare des troubles nerveux : des vertiges et de la titubation, du tintement des oreilles, de la pesanteur de la tête, des éblouissements, des troubles de la vue, du noir devant les yeux. Le sang, imparfaitement artérialisé, est retenu plus longtemps dans les capillaires; toute la circulation est ralentie. Le sang s’accumule en définitive dans les veines et devient de plus en plus rare dans les artères. La face est injectée, violette, bouffie; l’origine des muqueuses devient bleuâtre, les veines superficielles font saillie ; il y a cyanose.
III. Le sang, surchargé de gaz acide carbonique, exerce de plus en plus une action positivement déprimante. Les mouvements respiratoires et ceux du cœur vont en s’affaiblissant. Les sens et l’intelligence s’émoussent, la puissance musculaire s’anéantit; les selles et les urines s’échappent involontairement. Bientôt il y aura de l’anesthésie, de la résolution des membres et de la lipothymie.
IV. L’anesthésie et la résolution des membres sont souvent précédées de convulsions générales et de légers tiraillements des muscles de la face. Elles sont précédées d’un abaissement général de la température du corps ( algidité ), et d’inspirations cervico-faciales convulsives stériles (pseudopnce) , avec écume à la bouche. La résolution des muscles commence aux membres inférieurs ; l’individu, s’il est debout, se renverse sur le sol.
V. Les mouvements du cœur deviennent irréguliers, les battements cessent après un tumulte passager; le cœur n’exécute plus que des mouvements vermiculaires. 11 y a stagnation. du sang et obstruction des capillaires pulmonaires.
VI. Les mouvements respiratoires et cardiaques s’arrêtent complètement ( apneosphyxie ); l’innervation devient nulle. L’individu ncdonne plus aucun signe de vie; il est à l’état de mort apparente qui ne diffère de la movtréelle que par l’absence de la décomposition putride des tissus et par la possibilité de rappeler le sujet à la vie.
Ainsi, les caractères essentiels de l’asphyxie sont : l’anhématosie,
l’accumulation du sang dans le système veineux, l’abolition du mouvement musculaire, d’abord dans les organes locomoteurs, puis dans les organes respiratoires, enfin dans l'appareil circulatoire.
Signes cadavériques. — La face est livide, bouffie; les yeux sont injectés, saillants; la langue est tuméfiée, injectée, bleue. Lorsque l’asphyxie a été rapide, la rigidité cadavérique est très-fortement prononcée et persiste longtemps.
Le sang est liquide, d’un bleu foncé ou noir, accumulé surtout dans le système veineux et dans le cœur droit qui est dilaté. Le tissu pulmonaire ,1e foie, la rate, les reins, sont gorgés desang ; l’encéphale et la moelle épinière sont injectés en noir ; les ventricules du cerveau contiennent delà sérosité.
Buisson a constaté que , dans l’asphyxie lente , la bile augmente de quantité et prend une teinte foncée ou sanguinolente. Le foie, selon lui, augmente son action pour éliminer une plus grande quantité de carbone, afin de suppléer à l’action des poumons (1).
Nous n’entreprendrons pas de donner la pathogénie de l’asphyxie. 11 faudrait pour cela nous transporter franchement sur le terrain de la pathologie expérimentale, sans l’espoir de parvenir , dans le moment actuel du moins, à des résultats décisifs. L’opinion des plus habiles expérimentateurs diffère; parmi les théories qui se combattent, chacune, il est vrai, met en avant des arguments solides; mais toutes participent de l’erreur, telle est notre conviction, parce que toutes concluent de certains cas particuliers au général. 11 faudra tenir compte désormais, sur le terrain expérimental, des différents points de départ ou, si l’on veut, des espèces d’asphyxie (2). Nous nous flattons de préparer et de faciliter ce travail par les distinctions cliniques suivantes:
(1) Acad, des Sciences de Paris. Séance du 8 mai 1845.
(2) La succession des phénomènes de l’asphyxie a fait l’objet de nombreux travaux dont se glorifie la physiologie expérimentale. Nous citerons particulièrement les suivants : Goodwin, The connex of life with respiration. London 1788, p. 82 ; Bichat, Recherches physiol . sur la vie et la mort. 4e édit. Paris 1822, p. 508 ; James Kay, Edinb. medic. and surgic. Journal , t. XXIX, p. 42. Journal des Progrès , t. X et XI ; Alison , art. Asphyxia in Todd’s Cyclop. of Anat. and Physiology; J. Reid, On tlie order of succession in whicli tlie Vital Actions are arrested in Asphyxia, in Edinb. medic. and surgic. Journal , 1841, et Phys. anat. and pathol . Researches. Edinb. 1848, p. 17; W. Carpenter, art. Asphyxia in Library of Practical Médecine, vol. III, et Principlcs of Human Physiology . London 1855, p. 544-556; Virchow, Gesammelle Abhandlungen. Francforts/M, 1856, p. 502- 522; Wintrich in Virchow’s Specielle Pathol, und Thcrap. Erlangen 1854, t. ^ , part. I, p. 207-22! .
1° Asphyxie privative .
Celle espèce comprend l’asphyxie ou insuffisance respiratoire par défaut d’air, ou mieux par défaut d’oxygène.
Quand l’accès de l’air aux alvéoles pulmonaires est empêché absolument, la mort s’en suit au bout de quelques minutes. C’est ce qui arrive dans la submersion , la pendaison, la strangulation, dans l’occlusion de la bouche et des narines ou des voies aériennes proprement dites, par le spasme, la paralysie, l’œdème de la glotte, par des polypes ou des corps étrangers, enfin, dans l’obstruction des bronches par du mucus, du pus, du sang.
La vie se conserve un peu plus longtemps , mais avec des troubles plus ou moins graves, quand il y a simple insuffisance d’air, comme c’est le cas dans toute espèce de dyspnée, dans le simple rétrécissement des voies aériennes, et quand l’air inspiré est Irop délayé, trop pauvre en oxygène.
L’azote, l’hydrogène et l’azoîe oxydulé n’asphyxient que par défaut d’oxygène, dont ils prennent la place dans l’air inspiré. Telle semble aussi être l’action des vapeurs d’éther et de chloroforme ; car dans le grand nombre des cas, même, si nous croyons Wintrich (1), dans tous les cas, les accidents survenus par l’emploi de ces aneslhéliques, sont moins le fait du narcotisme que de l’asphyxie par défaut d’oxygène.
La quantité de ce gaz peut,, du reste, être réduite considérablement dans l’air qu’on respire. Une souris vit encore dans un mélange d’azote et de si peu d’oxygène qu’une allumette s’éteint quand on l’y plonge, llegnault et Reiset, dans leurs expériences si connues, n’ont pas observé de trouble respiratoire notable, alors même que la moitié de l'oxygène était remplacée par de l’acide carbonique.
Quand, cependant, la provision d’oxygène est réellement insuffisante, le carbone s’accumule dans le sang, sans pouvoir se transformer en acide carbonique. Sous l’influence du sang veineux , qui est autre chose que du sang chargé simplement d’acide carbonique, la nutrition souffre, le système nerveux se paralyse , les mouvements respiratoires cessent, alors que le cœur continue encore de battre : il y a mort apparente suivie bientôt d’apnéosphyxie et de mort réelle.
Plus loin, nous aurons à signaler l’apnée, la syncope et le sommeil
(1) Dans Virchow Spcc. Path. und Thérapie , t. V, p. 214.
hivernal des animaux, comme des états qui permettent de vivre avec un minimum d’oxygène.
2° Asphyxie hyper carbonique.
La rétention de l’acide carbonique et son accumulation dans le sang jouent, dans les phénomènes asphyctiques, un rôle aussi grand que la privation d’oxygène. Plusieurs physiologistes modernes vont jusqu’à croire qu’elles interviennent dans la mort par submersion, strangulation et suffocation, à l’exclusion de cette seconde cause.
Marshall Hall (1) a fait voir dans une première série d’expériences, que l’inhalation d’oxygène peut être supprimée presqu’entièrement sans conséquences fatales, tandis que la cessation, même incomplète, de l’exhalation de l’acide carbonique, détruit rapidement la vie.
Une deuxième série de faits lui a démontré que la vie se conserve, réduite au minimum, il est vrai, quand l’animal respire de l’azote pur. Il attribue cette conservation à la double circonstance, que l’acide carbonique n’est plus retenu dans le sang, et que, faute d’oxygène, il ne peut s’en former du nouveau.
Enfin, une troisième expérience lui a fait voir qu’une souris meurt dans un mélange d’acide carbonique et d’une telle quantité d’oxygène qu’une allumette éteinte s’y rallume de nouveau. Nous aurons cependant à opposer à cette dernière expérience celles de Régnault et Reiset, d’après lesquelles l’air peut être surchargé d’acide carbonique sans donner lieu à de la détresse respiratoire, pourvu que la quantité d’oxygène y soit augmentée en proportion. Un lapin conserva sa vivacité dans un mélange de 25 volumes d’acide carbonique, de 51 d’oxygène et de 46 d’azote.
Depuis Collard de Martigny , presque tous les pathologistes attribuent à l’acide carbonique une action toxique positive, presqu’au même degré qu’à l’oxyde de carbone. Nous pensons que cette manière de voir aurait encore besoin d’être confirmée, et qu’en tout cas, dans une matière aussi délicate, il importe de bien saisir les nuances. Si l’asphyxie se déclare plus promptement dans ce gaz, plus promptement surtout que dans la simple privation d’oxygène, n’y a-t-il pas deux autres raisons capables d’expliquer le fait : d'abord, la facilité avec laquelle le
(1) Prone and postural respiration in drowning and other forms of apnœa or suspended respiration. London 1857.
gaz acide carbonique est reçu dans le sang, puis, la promptitude avec laquelle il en expulse l’oxygène?
Chez l’homme, d’ailleurs, la mort est précédée de troubles hématiques, de fièvre, de soif intense et de délire (1).
On voit souvent les noyés et les strangulés mourir d’une lente asphyxie consécutive ( apnée secondaire selon Marshall Hall), après qu’on a réussi à les rappeler à la vie. La cause en est dans la persistance de l’intoxication du sang par l’acide carbonique.
3° Asphyxie méphitique.
A part l’oxygène, l’azote, l’hydrogène et l’azote oxydulé, tous les autres gaz sont asphyxiants, même lorsque l’air atmosphérique n’en contient que de faibles proportions. Les uns sont asphyxiants parce qu'ils irritent les voies respiratoires, les autres, parce qu’ils déterminent la décomposition du sang.
Parmi les gaz irritants , nous citerons le chlore, l’ammoniaque, l’acide nitreux et l’acide sulfureux. Ils donnent lieu au spasme de la glotte et à la suffocation.
Les gaz dyshémiques , savoir : l’oxyde de carbone, l'hydrogène carboné, la vapeur de charbon, l’hydrogène sulfuré, les gaz méphitiques, et le chlore, quand il est très-délayé, se combinent avec les globules du sang et leur oient le pouvoir d’absorber l’oxygène.
On pourrait réserver plus spécialement le nom de gaz toxiques à ceux qui, comme l’acide prussique, l’hydrogène arsénié et l’hydrogène phosphore', exercent, sans asphyxie proprement dite, une action délétère au delà du sang, sur les systèmes nerveux et musculaire.
4° Asphyxie ischémique.
Virchow a restitué au mot ischémie, de j’arrête, je fige, je coagule, et cùfza, son vérilable sens. Il l’a employé spécialement pour désigner l état d’anémie où les poumons se trouvent à la suite de l’oblitération des artères pulmonaires. Nous nous en servons ici pour signaler l’asphyxie produite par l’absence ou l’insuffisance du sang dans les capillaires pulmonaires.
Elle est amenée par la thrombose ou formation de caillots dans les
(1) Nous recommandons, entre autres, l’étude, faite par Pcrcy, d’un accident où 14G personnes furent frappées à la fois d'asphyxie. Journal de Médecine, t. XX, p. 582.
artères que nous venons de nommer, ainsi que par l’embolie. Elle est causée, en outre, par l’entre'e de l’air dans les veines et le ventrieule droit du cœur, accident qui, selon Virchow (1), détermine l’obstruction des capillaires pulmonaires. Elle survient quand des obstacles s’opposent au retour du sang des poumons, c’est-à-dire dans la thrombose des veines pulmonaires et le rétrécissement de l’orifice mitral du cœur. Enfin, une asphyxie ischémique se développe dans toutes les circonstances où la quantité totale du sang en circulation est devenue trop petite, ainsi que dans celles où la circulation est ralentie à l’excès, par exemple dans l’agonie.
5° Asphyxie dyshémique .
Dans diverses maladies graves, les globules du sang se dissolvent ou subissent des altérations qui les rendent impropres à l’hématose. Ces altérations impriment aux maladies virulentes et miasmatiques ce qu’on appelle le caractère de malignité.
Nous citerons spécialement la fièvre intermittente pernicieuse et le choléra asphyctique, où le sang est en même temps épaissi au point de ne plus pouvoir circuler.
Les intoxications du sang produisent le même effet, particulièrement celles par l’acide prussique, la strychnine, le nitre à haute dose, et en général par les remèdes hyposthénisants administrés à doses excessives.
On sait que le grand froid, ou ce qu’on appelle improprement la congélation , amène également l’asphyxie. Nous n’oserions décider si c’est en épaississant le sang, en altérant d’une manière quelconque sa constitution chimique, ou, comme la plupart des auteurs le pensent, en déprimant directement l’activité du système nerveux.
6° Asphyxie pneumopathique .
A la suite des états où l’hématose s’arrête par le défaut d’air ou de sang, nous en signalerons d’autres où l’altération du parenchyme pulmonaire enraie l’exhalation de l’acide carbonique et l’absorption de l’oxygène. Ils existent dans toutes les lésions graves, mais surtout dans l’œdème aigu, l’apoplexie pulmonaire, la pneumonie, la tuberculose subaiguë.
La diminution trop forte de la surface respiratoire par atrophie et
(1) Gcsammelte Abhandlungen , p. 507.
oblitération des alvéoles, telle qu’on l’observe dans l’emphysème, peut également rendre l’hématose insuffisante et déterminer l’asphyxie. La même chose peut arriver à la suite d’accès d’asthme quand ils se prolongent. Quant à l'atélectasie des poumons, elle est chez l'enfant nouveau-né le plus souvent la conséquence quelle n’est la cause de l’asphyxie.
7° Asphyxie akinélique.
Nous appelons akinétique, de cckiv>jtoç, immobile, l’asphyxie dépendant de l’immobilité, de la compression ou de l’écrasement direct ou indirect des poumons. Nous la distinguons ainsi de celle qui est due à la paralysie des muscles respiratoires occasionnée par des lésions des nerfs correspondants.
Citons spécialement la compression des poumons par un épanchement pleurétique, par le refoulement du diaphragme (tumeurs abdominales), par le pneumothorax, l’entrée de l’air à travers des plaies pénétrantes de la poitrine; puis la compression des parois thoraciques et de l’abdomen chez les sujets étouffés dans une foule ou ensevelis sous des décombres, sous un éboulement; enfin, la déchirure du diaphragme avec pénétration des viscères abdominaux.
Dans le pneumothorax gauche, la mort survient parfois en quelques minutes après la rupture d’un rameau bronchique ou d’une bulle sous-pleurale d’emphysème. Elle est le plus à craindre, selon Wintrich, quand l'emphysème occupe les deux poumons, de façon que l’activité de l’un d’entre eux ne peut suffire à l’entretien de la vie.
Toutes ces causes plus ou moins solennelles à part, la bradypnée ordinaire finit par déterminer des phénomènes asphyctiques quand elle persiste très-longtemps, ou quand elle est disproportionnée aux mouvements du cœur.
8° Asphyxie asystolique.
Bien que des pathologisLes éminents considèrent le cœur comme le pivot des accidents asphyctiques de toute espèce, nous croyons néanmoins pouvoir affirmer que la paralysie de cet organe devient mortelle par syncope plutôt que par anhématosie, et qu’en tout cas elle termine plus souvent la scène quelle ne la commence.
Lorsque Kunde (1) comprimait le cœur entre les doigts à travers les
(4) Müller’s Archiv f. Physiologie, 1857, p. 280.
cotes flexibles de jeunes chats ou lapins, les mouvements respiratoires continuaient d’abord de s’exécuter; le diaphragme se contractait et l’animal criait. Bientôt, cependant, il s’établissait une cyanose considérable de la muqueuse labiale et nasale, et cette cyanose était promptement suivie d’une grande pâleur. Ce n’est qu’alors que les mouvements respiratoires cessaient, que les pupilles se dilataient et que les mouvements volontaires et réflexes en général étaient abolis.
Selon Sédillot, Snow et d’autres, la paralysie du cœur serait l’accident primaire dans la mort par le chloroforme. Il est hors de doute, cependant, que dans l’immense majorité des cas les phénomènes sont précédés de l’arrêt des mouvements respiratoires, qui, lui-même, semble être l’effet d’une paralysie de la moelle allongée.
9° Asphyxie neuropathique.
Les nerfs qui doivent ici être pris en considération sont le diaphragmatique et le pneumogastrique. Le premierestrarementlésésurson trajet libre, mais bieu dans les racines qu’il puise dans la portion cervicale de la moelle épinière. C’est à l’occasion de lésions traumatiques de cette portion, notamment de fractures des vertèbres, de spondylarthrocace, de compression par des tumeurs ou des épanchements, et d’hémorrhagies centrales.
Lorsque la lésion existe à un niveau supérieur à l’origine du nerf, la mort est très-prompte. Dans les autres cas, l’insuffisance respiratoire procède directement soit d’une paralysie, soit d’une contracture tétanique du diaphragme.
L’atrophie, la paralysie ou la division traumatique du nerf pneumogastrique produisent leurs effets d’une toute autre manière. Il est vrai que, dans les expériences tentées exprès, les animaux suffoquent parfois promptement à la suite de l’occlusion de la glotte qui est complète, comme on sait, quand les deux nerfs pneumogastriques sont divisés. Mais chez l’homme il est bien rare que le mal occupe au même degré et en même temps les deux côtés. Aussi, c’est plutôt aux altérations du parenchyme pulmonaire, si bien connues des physiologistes, qu’il succombe lentement.
L’hématose ne se fait plus qu’imparfaitement ; la cyanose se déclare ; les poumons deviennent le siège d’une hypéréniie neuroparalytique , puisque le pneumogastrique contient toujours une grande partie des nerfs vaso moteurs des poumons. Les vaisseaux pulmonaires étant
très-extensibles, l'hypérémie est promptement suivie d 'œdème. Les vésicules aériennes sont comprimées, l’air en est expulsé et remplacé en partie par de la sérosité. L’hypérémie et l’œdème étant circonscrites à des îlots ou plaques, les vésicules intactes qui les avoisinent, celles surtout qui occupent les bords des lobes, sont dilatées davantage par l’air qui y est poussé dans les inspirations profondes et prolongées; elles deviennent emphysémateuses. Les vaisseaux pulmonaires contiennent du sang coagulé. Les bronches se remplissent d’une écume abondante, parfois sanguinolente (I).
10° Asphrjxic centrale.
L’asphyxie par cause centrale est connue depuis les expériences de Legallois et de M. Flourens. Les hémorrhagies de la moelle allongée peuvent tuer instantanément, mais elles ne tuent pas nécessairement. On sait qu’il y a deux centres respiratoires, l’un à droite et l’autre à gauche, et que ces deux centres sont réunis par une bande de substance grise médiane. Or, pour qu’il y ait asphyxie prompte, il faut que les deux centres respiratoires soient lésés à la fois, comprimés ou déchirés.
L’asphyxie des nouveau nés est due parfois à des épanchements de sang autour du cervelet, de la moelle allongée ou de la moelle épinière (2).
Dans les expériences physiologiques, on se sert du curare ou de l’application locale de la chaleur pour paralyser la moelle allongée. Chez la grenouille les phénomènes se succèdent dans l’ordre suivant, selon Kunde : insensibilité de la peau, abolition des mouvements volontaires, abolition des mouvements réflexes, cessation des pulsations du cœur sanguin et des cœurs lymphatiques.
Il ne sera pas sans utilité de répéter que l’importance du nœud vital ,
(1) Voyez Schiff, Lehrbuch der Physiologie, t. I, p. 410. Valentin, Vcrsuch ciner physiolog. Pathologie der Ncrven. Leipzig und Heidelberg, 1864, t. II, p. 140. — Traube ( Bcitraege zur cxpcrimcntcllcn Pathologie und Physiologie. Berlin, 1846, lieft. I) a cru démontrer, à l’aide de belles expériences, que l’altération du parenchyme pulmonaire et, par conséquent, l’asphyxie, n’était qu’une conséquence de la paralysie de la glotte et de l’introduction, dans les bronches, des liquides de la bouche et des aliments. Cette manière de voir est erronée. Des marmottes engourdies qui, depuis des mois, n’ont plus pris de nourriture et ne sécrètent ni mucus buccal ni salive pendant le sommeil hivernal, présentent l’altération du parenchyme pulmonaire au même degré que les animaux éveillés.
(2) Voyez Cruvcilhier, Anat. pathol. , livr. XV, pl. 1.
placé par M. Flourens dans la partie postérieure du calamus scriptorius, a été tant soit peu exagérée jusqu a présent. ScliifT (4) et J3rown-Sequard (2) ont extirpé les masses grises de cette région sans que la mort s’en soit suivi immédiatement.
41° Asphyxie neuroparalytique.
Nous rangeons à part, sous cette dénomination, les cas d’asphyxie dépendant de la paralysie et de l’épuisement général du système nerveux; exemples : la faiblesse d’innervation originelle chez les nouveaunés, répuisement par de puissantes commotions physiques et morales ou par des pertes rapides, ainsi que les divers états de sidération : foudroyement, chaleur ou froid subits et excessifs.
Pour ce qui regarde les commotions, nous appelons l’attention spéciale sur l’asphyxie produite par les commotions cérébrales ou par des coups reçus sur l’épigastre.
L'asphyxie par épuisement survient aussi à la suite de grandes et longues attaques d’hystérie, d’épilepsie, de catalepsie, d’éclampsie.
ARTICLE I!
DE LA PSEUDOPNÉE.
Ce symptôme n’est mentionné dans aucun ouvrage de médecine pratique. Le nom a été proposé par Marshall Hall (3) pour désigner une manière désordonnée de respirer qu’il observait chez les animaux submergés dans l’eau ou étouffés dans des gaz irrespirables. Nous n’oserions dire qu’il soit heureusement choisi, mais, puisqu’il existe, nous préférons l’employer plutôt que d’en créer un autre.
Pseudopnée veut donc dire : respiration « aux abois, » lutte suprême de respiration précédant l’apnée ou la cessation complète du souffle. Elle est ce qu’on appelle en allemand « luft schnappen, » happer l’air, et en anglais « gasping, » « lo he ai the last gasp. »
Le malade, disons le moribond, fait des efforts d'inspiration excessifs, mais stériles et de plus en plus rares; il appelle au secours tous les muscles auxiliaires, principalement ceux de l’abdomen, des épaules, du cou et de la face. Son corps est fléchi, sa tête rejetée en arrière et
(1) Loc. cit.j p. 325.
(2) Journal de physiologie , 4858, t. I, p. 217,
(5) Prone and jjoslural respiration , etc.
sa bouche ouverte largement comme celle d’un poisson hors de l’eau, si l’on veut bien nous permettre celte comparaison. L’état s’accompagne de titubation, de paraplégie et de convulsions générales. De l’écume se présente aux lèvres, le pouls disparaît, le cœur n’exécute plus qu’un mouvement vermiculaire ; bientôt tout mouvement respiratoire et circulatoire vient à cesser.
Le symptôme succède à la dyspnée et à l’anhélation, dont la première témoigne encore de la volonté et de l’instinct , et la seconde de l’action réflexe. La pseudopnée survient quand il n’y a plus rien de tout cela. Son impulsion est purement automatique; elle est l’effet des dernières décharges des centres respiratoires.
La pseudopnée se présente chez l’homme dans les mêmes circonstances que chez les animaux. Nous l’observons souvent dans l’agonie prolongée, et il nous a paru qu’elle se montre de préférence dans la mort par hémorrhagie, par épuisement et par intoxication urémique.
ARTICLE III
DE L’APNÉE.
Le mot apnée , ccnjucc, de a. priv. et avé», je respire, signifie absence ou abolition des mouvements respiratoires. Il est synonyme d 'apneustie, &.7rv£u(TT lcc , et s’applique à plusieurs accidents rangés communément dans l’asphyxie. Il correspond assez bien à ce que les praticiens appellent la paralysie des poumons , dénomination qui , si elle était prise dans un autre sens, désignerait une impossibilité physique, ainsi que Wintrich l’a démontré (4).
L’apnée est un symptôme complexe, correspondant à la paralysie du nerf pneumogastrique ou de la moelle allongée, à celle des nerfs ou des muscles thoraciques inspirateurs (nerfs spinaux et cervicaux), à la paralysie du diaphragme (nerfs phréniques), et peut-être à celle des fibres musculaires des bronches (nerf grand sympathique), — à toutes ces paralysies ensemble, à plusieurs d’entre elles, ou à une seule.
La paralysie est directe , véritable, ou indirecte , apparente, c’est-àdire quelle consiste plutôt dans la suppression des stimulus normaux de la respiration, dans l’abolition de la sensibilité cutanée et bronchique. C’est cette paralysie indirecte que plusieurs auteurs désignent comme paralysie réflexe.
(i) Voyez Virchow, Spcc. Pathologie und Thérapie, t. V, p. 198.
L’apnée conduit nécessairement à l’asphyxie. Mais, au lieu dètre la cause, elle est le plus souvent la conséquence de cet autre symptôme; elle est l’accident terminal , l’issue de diverses affections, soit des poumons, soit des centres respiratoires.
Nous n’aurons à considérer ici l’apnée que comme cause, comme accident primaire , tous les cas où elle est consécutive ayant déjà été signalés à l’article asphyxie.
1° Apnée diaphragmatique .
La mort est prompte dans le spasme tonique, ou dans ce qu’on appelle la contracture du diaphragme. On reconnaît cet état à l’immobilisation de la zone inférieure du thorax et de la zone supérieure de l’abdomen.
Dans la paralysie du diaphragmera mort se fait attendre davantage. Dans un cas décrit par Bell, le malade continua de vivre pendant une demi-heure ; les mouvements respiratoires étaient bornés aux muscles du cou et de l’épaule.
Lower et Cooper (1) ont déjà démontré que la section et la ligature des nerfs phréniques pratiquées chez les animaux, amènent rapidement une paralysie mortelle du diaphragme. Chez l'homme, cet état est souvent déterminé par la pneumonie, et parfois aussi par la bronchite capillaire. Ce sont là les cas qu’on fait passer communément comme des exemples de paralysie des poumons.
2° Apnée thoracique.
Les affections des muscles thoraciques produisent plus souvent la dyspnée que l’apnée. Néanmoins L. Corvisart avait déjà vu « une suffocation imminente » causée par la contraction des muscles inspirateurs externes.
Tanquerel des Planches (2) dit que dans l’intoxication saturnine la paralysie des muscles respiratoires s’ajoute, dans des cas rares , à la paralysie des membres supérieurs. Les parois de la poitrine s’enfoncent alors considérablement et la mort arrive par asphyxie.
3° Apnée centrale.
Les lésions destructives et paralysantes de la moelle allongée déterminent la mort subite par apnée chaque fois qu’elles atteignent les cen-
(1) Gaz. méd. de Paris, 1858, n° 7.
(2) Traité des maladies saturnines , t. II, pp. 61, 150, 140.
très respiratoires proprement dits. Ainsi : la compression par des épanchements, 1 écrasement et la déchirure par des luxations ou fractures des deux premières vertèbres cervicales , les hémorrhagies internes de la moelle allongée (t), et certains accidents de la spondy- Iarthrocace.
La mort est prompte aussi quand les lésions atteignent cette partie de la moelle cervicale qui se trouve au-dessus de la quatrième vertèbre, c’est-à-dire au-dessus de l’origine des nerfs diaphragmatiques. Quand le mal réside plus bas, au niveau des vertèbres cervicales inférieures, le diaphragme, le grand dentelé, le sternomastoïdien et le trapèze continuent d’agir, tandis que les intercostaux et les muscles abdominaux expirateurs sont seuls paralysés.
Plusieurs observateurs pensent aussi que dans le grand nombre des cas la cause véritable de la mort par le chloroforme consiste dans une apnée due à la paralysie de la moelle allongée.
Chez les guillotinés les mouvements respiratoires du thorax s’arrêtent à l’instant, tandis que ceux de la face persistent encore pendant quelque temps, la section se pratiquant à la portion cervicale de la moelle épinière.
DE l’aPNÉOSPHYXIE.
Ce mot, composé de apnée , apnoë et asphyxie , est en usage parmi les pathologistes anglais. Nous nous en servons pour désigner les étals où à la fois la respiration et les pulsations sont suspendues ou réduites à un minimum, avec absence des signes ordinaires de l’asphyxie, notamment de la cyanose et de l’algidité.
Toutes les manifestations de la vie font défaut; il ne reste qu’un peu de chaleur animale et de rares et très-faibles contractions du cœur. Il n’y a plus de pouls ni au cœur ni aux artères ; les mouvements respiratoires sont insensibles. La peau est privée de sentiment, pâle, rarement livide; les membres sont immobiles, les paupières fermées; la mâchoire inférieure est serrée ou pendante; le sujet est sans connaissance ; en un mot, il présente l’image de la mort, l’état de vila minima . A ses degrés supérieurs l’apnéosphyxie ne diffère de la mort réelle
(t) Ollivier, Traité des maladies de la moelle épinière. 5e édition, t. H, p. J39.
que par l’absence de pul réfaction et la possibilité de réveiller la vie.
Certains animaux fournissent un exemple remarquable de cet état dans l’engourdissement périodique auquel ils sont sujets et qu’on appelle sommeil hivernal. La respiration, la circulation et les actes sécrétoires sont réduits au minimum physiologique ; le système nerveux et les muscles sont plongés dans un état de torpeur complète; la température du corps est abaissée considérablement, au point de ne différer que de quelques degrés de la température extérieure. Comme les actes nerveux et musculaires sont nuis, le besoin d’oxygène est très-faible; de rares et faibles inspirations, ce qu’on appelle la respiration cutanée et la diffusion des gaz dans les poumons, y suffisent ainsi qu’à entretenir de faibles contractions du cœur. Néanmoins, ainsi que Valentin l’affirme d’après ses observations sur la marmotte, le sang artériel reste vermeil et le sang veineux est moins foncé qu’il ne le serait chez le même animal à l’état de veille.
1° Apnéosphyxie anhèmatosique.
L’asphyxie aiguë, plus souvent que l’asphyxie lente, donne lieu à l’état de mort apparente, d’où le sujet peut être tiré quand les secours arrivent à temps. Marshall Hall a formulé en loi que « dans l’apnée, la durée de la vie est en rapport inverse avec la quantité de respiration, » ce qui revient à dire que, moins le patient respire, plus il a de chances de vivre.
Chez les noyés cinq à six minutes de séjour sous l’eau suffisent, dans les conditions ordinaires, pour donner la mort. Les cas où il a été possible de rappeler la vie après un terme plus long, ou étaient des apnéosphyxies syncopales et fœtales, ou le patient a pu respirer encore quelques fois en se débattant dans l’eau.
Dans l'asphyxie par la vapeur du charbon ou par les gaz méphitiques, la mort peut rester apparente pendant plusieurs heures.
Dans le choléra-morbus, abstraction faite des cas où la détente musculaire et la conservation de la chaleur ont donné le change, il existe des cas authentiques d’apnéosphyxie. Nous avons assisté nous-même à un cas de résurrection survenu au bout de six heures de mort apparente. Le sujet, déjà enseveli et placé dans le cercueil, a vécu encore dix années après l’accident.
L’algidité, c’est-à-dire l’abaissement préalable de la température du corps et le ralentissement de la circulation sont les véritables causes de
la conservation de la vie dans des cas semblables. Milne Edwards et Brown-Sequard ont démontré expérimentalement qu'entre certaines limites (10 à 38° C.) la durée de la vie est en raison inverse de la température ; ce n'est qu’en-dessous et en-dessus de ces limites que le froid et le chaud exercent une action positivement délétère.
Marshall Iïall s’est appuyé sur ce fait pour combattre l’emploi de la chaleur, et spécialement du bain chaud, dans le but de rappeler à la vie les apnoïques. La chaleur ayant pour effet d’accélérer la circulation, et la circulation favorisant le développement de l’acide carbonique, il résulterait de cette pratique, selon lui, une intoxication d’autant plus dangereuse que , faute de mouvements respiratoires , ce gaz ne pourrait être exhalé. L’emploi du froid serait préférable.
2° Apnéosphyxie syncopale.
La circulation peut être considérée comme un acte d’intoxication par l’acide carbonique, mais corrigé à chaque instant, à l’état normal, par la respiration qui est un acte de détoxication. De là la nécessité que les deux fonctions soient proportionnées entre elles.
L’intoxication étant moindre dans les cas où la circulation est ralentie ou arrêtée tout à fait, on comprendra comment la syncope, la lipothymie et la commotion cérébrale peuvent mettre l’homme à même de supporter la suppression de la respiration bien au delà du terme qui lui est assigné quand la circulation est normale, et surtout quand elle est accélérée.
C’est par la syncope ou la commotion cérébrale qu’il faut expliquer les exemples authentiques de personnes qui ont été rappelées à la vie après avoir séjourné sous l’eau pendant quinze et même pendant trente minutes.
On sait aussi que la mort apparente, ou la possibilité de revivre, persiste pendant assez longtemps à la suite de grandes hémorrhagies et quelle commande une sage circonspection au praticien.
3° Apnéosphyxie léthargique.
La léthargie, la catalepsie, l’éclampsie, l’hystérie parfois et les grandes convulsions en général peuvent donner lieu à une dépression de l’innervation avec affaiblissement du travail de recorporation, au point de simuler la mort. C’est à des faits de ce genre que se rapportent la plupart des histoires, si complaisamment citées et amplifiées,
de personnes enterrées vivantes ou ressuscitées après avoir été ensevelies. Il y a, certes, beaucoup à rabattre de ces histoires dont la plupart sont racontées par des personnes ignares, terrifiées par l’émotion ou affolées par l’imagination. Dans un grand nombre de cas la prétendue conservation de la vie se bornait en réalité à la conservation de la chaleur du cadavre.
De plus, on ne s’attendra pas à ce que nous répudions formellement des faits comme celui de François de Civille, gentilhomme normand, qui fit graver sur sa tombe ces mots : « Trois fois mort, trois fois enterré, trois fois ressuscité par la grâce de Dieu ; » ni celui de MUe Victorine d’OImond qui, mariée, morte, enterrée, fut déterrée, dit-on, par son premier amant, qu’elle épousa ensuite, et qui, à cause de ce fait, fut ensuite exécuté pour crime de bigamie.
Néanmoins, à côté de faits de ce genre que nous abandonnons aux romanciers, il en est d’autres, très-authentiques, dont on lira la relation dans les ouvrages spéciaux. Nous nous bornons à rappeler que le célèbre anatomiste Winslow a été lui-même deux fois , dans sa jeunesse , en danger d’être enterré vivant, et que, tout récemment, un des princes de l’église de France a révélé devant le Sénat une méprise semblable dont lui-même a failli être victime.
Wintrich a connu à l’hôpital Julius de Würzbourg une pensionnaire qui, de temps à autre, tombait dans une espèce de léthargie, pendant laquelle elle avait été une fois ensevelie et placée dans le cercueil (1).
4° Apnéosphyxie fœtale .
La vie du fœtus, si l’on fait abstraction de la circulation, ressemble à celle où certains animaux se trouvent pendant leur sommeil hivernal. Que la circulation vienne à manquer, par suite des événement du part, et l’on aura l’apnéosphyxie, communément appelée asphyxie des nouveau-nés .
Cet accident reconnaît plus spécialement pour causes : la procidence du cordon, la compression du cou et du thorax, la longue durée de l’accouchement, l’interruption de la circulation placentaire précédant de beaucoup l’établissement de la respiration. L’enfant est immobile, apnoïque, pâle; car il faut bien distinguer cet état de plusieurs autres qui lui ressemblent et que les praticiens confondent avec lui, savoir :
(I) Voyez Virchow, Spec. Pcith. und Tlierapie , t, V, p. 208.
l'apnée par atélectasie .pulmonaire, l’asphyxie véritable avec cyanose et intoxication carbonique, l’apoplexie par hyperémie ou hémorrhagie cérébrale, ainsi que la léthargie par compression du cerveau.
L’apnéosphyxie appartient plus aux enfants nés avant terme qu’à ceux dont les organes respiratoires sont déjà parvenus à l’état parfait.
Harvey et Buffon savaient déjà que l’enfant nouveau-né supporte incomparablement mieux la suspension de la respiration et de la circulation, que l’adulte et le vieillard. De meme qu’on peut tenir plongés dans l’eau les animaux à l’état de sommeil hivernal, de meme la chance de revenir à la vie est plus grande dans ces conditions chez l’enfant et chez l’animal nouveau-né (1). On a des exemples d’enfants de cet âge qui ont pu être rappelés à la vie une demi-heure, une heure, quatre heures même après avoir été inhumés (2). Dans un cas publié par IM. Bardinet (3) la mort apparente avait duré pendant quinze heures.
(1) Milnc Edwards {De l’influence dçs agents physiques sur la vie. Paris 1824) a vu des jeunes chiens rester sous l’eau pendant 54 minutes sans mourir, quoique leurs mouvements volontaires eussent déjà cessé au bout de quatre minutes. Marshall Hall {loc. cil.) dit que des chiens et des chats nouveau-nés peuvent être tenus sous l’eau tiède pendant une couple d’heures sans mourir. Legallois noya des femelles de lapin grosses, et trouva les fœtus encore en vie, douze à vingt minutes après la mort de la mère.
(2) Voyez les observations authentiques recueillies par Maschka, dans le Vier leljahrcsschrift de Prague, 1854, t. III, p. 1-24.
(5) Acad, imper, de médecine de Paris. Séance du 2 novembre 1804.