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DE LA SUFFOCATION

Quand elle ne tue pas d’emblée, la suffocation forme nécessairement des accès limités, pouvant se reproduire. L’obstacle ne siège ici ni dans le diaphragme, ni dans les muscles thoraciques, ni dans les bronches; il affecte les voies respiratoires supérieures : le larynx et la trachéeartère, ou, exceptionnellement, la bouche et les fosses nasales. C’est tantôt un corps étranger obstruant l’arrière-bouche et le larynx, tantôt une occlusion organique de la bouche, des narines ou du larynx; c’est la strangulation, la pendaison, la submersion.

Les maladies qui ont pour symptôme la suffocation à ses divers degrés, depuis la respiration simplement pénible et bruyante, jusqu’à la suppression complète de l’entrée de l’air, ont leur siège dans le larynx. Ce sont des lésions matérielles ou des troubles fonctionnels.

(1) Nosologie naturelle. Liv. I, p. 245.

Souvent celles-là n’amènent la suffocation qu’en provoquant celles-ci.

Il n’y aurait aucune utilité à nous livrer à des considérations générales sur les causes matérielles du symptôme, ni sur les formes particulières qui leur correspondent. Variant selon les circonstances, elles seraient meme rebelles à toute tentative de généralisation. Il n’en sera pas de meme des causes dynamiques ou nerveuses qui produisent une forme morbide définie : Y asthme laryngé , le laryngisme .

Laryngisme. — Le mot, créé par Ilugh Ley (1), a été adopté par Marshall HaJl (2) pour désigner les accès de suffocation dépendant d’une occlusion dynamique de la glotte. Cette occlusion se produit de trois manières différentes, savoir :

4° Par la contraction morbide des muscles destinés, à l’état normal, à rétrécir la glotte, c’est-à-dire des aryténoïdiens obliques et de l’aryténoïdien transverse ;

2° Par la paralysie de ceux qui dilatent la glotte : les crico-aryténoïdiens postérieurs et latéraux et les thyro-aryténoïdiens ;

3° Par la contraction spasmodique de la totalité des muscles du larynx, auquel cas, cependant, l’occlusion n’est pas complète, tandis que les cordes vocales sont fortement tendues.

Pourtant, au lit du malade, il n’est guère possible de reconnaître ces trois modes. Le troisième paraît être le plus fréquent. Quant au second, c’est abusivement que les pathologistes le comprennent généralement sous la dénomination de spasme de la glotte ou laryngospasme. Le mot laryngisme sert à éviter cet abus de langage.

M. Bouchut pense que, outre le spasme de la glotte, il s’opérerait en même temps, pendant l’accès, une contraction spasmodique du diaphragme, et cette manière de voir l’a engagé à proposer le nom de phréno-gloltisme . Le fait, cependant, n’est pas démontré.

On se rappelle que tous les muscles réellement affectés obéissent au nerf récurrent ou laryngé inférieur.

Description. — A son degré inférieur , le laryngisme consiste dans des accès de dyspnée, persistant assez longtemps et s’accompagnant d’un léger sifflement inspiratoire, d’anxiété et de jactation. Il est provoqué par la surprise, la frayeur, la colère, les cris et les pleurs, par

(4) An essay on the laryngismus stridulus or croup-like inspiration of infants. London, 4856.

(2) Sur les spasmes affectant la forme du croup, dans Froricp' s Notizcn, 4838, ]\0 444 .Aperçu du système spinal, etc. Paris, 4 855, p. 4 4 4, 452, 498.

une déglutition mal faite, par un réveil brusque, en un mot, par toute cause accélérant momentanément la respiration et la rendant plus profonde.

A son degré moyen , le laryngisme constitue de véritables accès de suffocation, débutant chaque fois par une inspiration profonde, prolongée, difficile, sifflante ou criante, entrecoupée parfois, exigeant que les muscles inspirateurs fassent des efforts visibles. Ensuite, la respiration s’arrête, le thorax devient immobile ; aucun bruit respiratoire ne se fait plus entendre, la face exprime une anxiété extrême ; elle et les extrémités deviennent pâles d’abord, puis bleues; les yeux se fixent, prennent une teinte bleuâtre et grossissent au point de paraître vouloir sortir de l’orbite; les ailes du nez et les muscles du cou s’agitent violemment; la langue, cyanosée et gonflée, vient obstruer l’ouverture de la bouche qui reste béante ; les veines du cou se gonflent, les sternomastoïdiens se tendent; la tête se rejette en arrière, la sueur couvre le front. Il se forme des dépressions profondes au-dessus et au-dessous des clavicules ; le diaphragme travaille énergiquement; les bras s’étendent et se raidissent; le pouls devient petit et intermittent; la suffocation paraît imminente.

Cet état peut durer quelques secondes, quelques minutes même. Quand il ne détermine pas la mort, ce qui est rare, il cesse par une reprise bruyante ou par un faible cri rauque. L’air recommence à traverser la glotte et des mouvements respiratoires précipités terminent la crise. Les reprises se font parfois avec sifflement, ou avec des cris ressemblant à ceux du coq ( gallocinio des Italiens).

Au degré supérieur , le laryngisme s’accompagne de convulsions des membres et de véritables accès d’éclampsie. Les membres se raidissent fortement et s’étendent, les pouces rentrent sous les autres doigts^ les poings se ferment et se contournent en dedans. Les pieds s’étendent et fléchissent sur la jambe ou se contournent également, le gros orteil se porte dans l’abduction. Les yeux se dirigent en haut et les muscles de la face se convulsent. Les muscles du cou et du dos finissent par prendre part au désordre ; il y a contorsion du cou et tétanos.

Marche. — Les premiers accès sont ordinairement légers et excitent à peine l’attention. Mais en se répétant ils s'aggravent, particulièrement la nuit, pendant le sommeil où l’excitabilité réflexe est en général plus grande, et où l’attention absente ne remédie pas immédiatement au trouble naissant. Plus tard, les accès se déclarent aussi pendant le jour

et sont alors précédés d’accidents prodromiques divers, d une sorte à' aura comme celui de l’épilepsie.

Le temps au bout duquel les accès reviennent, est très-variable, ainsi que la durée totale de l’affection. Il est des cas qui se terminent promptement; dans d’autres, les accès se répètent toutes les vingt-quatre heures, ou après plusieurs jours, plusieurs semaines et meme des mois. Dans les cas graves ou progressifs, les intervalles deviennent de plus en plus courts en meme temps que les accidents augmentent d’intensité. On rencontre des cas où, à la On, les accès se succèdent d’heure en heure.

Prognostic. — La différence de structure qui existe entre le larynx de l’enfant et celui de l’adulte, est cause que l’accident est incomparablement plus commun et plus dangereux chez le premier que chez le second. Qu’on songe à l’étroitesse de la glotte chez l’enfant, à l’absence des ventricules de Morgagni, à celle de l’espace intéraryténoïdien que M. Longet désigne comme la portion respiratoire de la glotte; enOn, qu’on pense à cette circonstance que, les cartilages étant moins développés, l’effet des muscles est plus grand, quand ils se contractent aussi bien que quand ils se relâchent. Beaucoup d’enfants succombent, sinon directement au spasme de la glotte, du moins à l’éclampsie qu’il détermine par son intensité.

Chez l’adulte, l'occlusion de la glotte est plus rarement complète ; puis, les muscles respiratoires, ayant plus de force, réagissent plus efficacement contre le danger de suffocation. Le prognostic est le plus favorable dans le laryngisme hystérique.

Prédisposition. — L’accident atteint principalement les enfants, depuis l’âge de 4 mois jusqu’à celui de 14. Il devient rare après l age de 2 ans. On a remarqué que les garçons y sont plus sujets que les fdles.

Le tempérament nerveux y prédispose, et c’est lui, sans doute, qu’il faut accuser quand le laryngisme semble être héréditaire. Il n’y a guère de praticien qui n’ait rencontré deux ou plusieurs cas dans une même famille. Les enfants, sujets au laryngisme, ont habituellement le sommeil troublé; ils s’effraient vite et tombent aisément de convulsions générales. Chez l’adulte, la prédisposition a ses racines surtout dans les diathèses hystérique et épileptique.

La plupart des auteurs disent que le faux croup et le spasme de la glotte sont propres aux enfants faibles, scrofuleux ou rachitiques. Si

nous consultions notre propre expérience, nous serions tenté d affirmer le contraire, avec Salathé. 11 résulte néanmoins des relevés statistiques que les enfants alimentés artificiellement succombent en plus grand nombre que ceux qui jouissent du lait de leur mère ou d’une nourrice. Les mêmes relevés démontrent que le mal est plus fréquent dans les villes que dans les campagnes, et que certaines villes lui fournissent plus de victimes que d’autres. Ainsi l’on affirme que le faux croup est notablement plus fréquent à Londres qu’à Paris, et plus à Hambourg qu’à Berlin.

1° Suffocation irritative.

Il n’y a guère d’irritation de la muqueuse du larynx et de la trachéeartère qui ne puisse devenir l’occasion d’un resserrement spasmodique de la glotte. L’accident survient surtout quand l’irritation siège au voisinage des cordes vocales ou à la paroi postérieure de la trachée.

. On l’observe, chez l’adulte, dans la laryngo-bronchite spéciale, déjà citée, qu’on appelle asthme de foin ( hay-fever ), dans la laryngite chronique ulcéreuse, et dans la présence dans le larynx de corps étrangers peu volumineux, tels que du coton, de petites plumes ou d’insectes qui irritent plutôt par titillation qu’ils n’obstruent le passage.

Chez les enfants de 2 à 7 ans, où la muqueuse des voies respiratoires est particulièrement disposée à l’hypérémie et à l’irritation, et où la glotte est naturellement plus étroite, le laryngisme se présente sous une forme si nettement dessinée qu’un grand nombre de pathologistes ont cru y voir une espèce morbide particulière. Ils ont mis d’autant plus de soins à la définir qu’il importe, au point de vue pratique, de ne pas la confondre avec le croup ou la laryngite exsudative. Ils l'ont décrite sous les noms de faux croup , pseudo-croup (Guersant), laryngite spasmodique (Rilliet et Barthez), laryngite striduleuse (Guersant), angine striduleuse (Bretonneau) et asthme de Millar.

Dans le début d’une laryngite catarrhale ordinaire, il se déclare, le plus souvent la nuit, un accès de toux violente et rauque, avec respiration bruyante et difficile, angoisse, oppression, rougeur de la face, accélération du pouls et agitation vive. Après un temps très-court ces symptômes cessent et l’enfant se rendort. Mais l’accès se réitère dans le cours de la même nuit ou les nuits suivantes, rarement le jour. Dans les intervalles, la fièvre est modérée, la respiration plus ou moins facile, mais ordinairement bruyante, ronflante, striduleuse ; la voix est

rauque, la toux clangoureuse. Par les progrès de la maladie, la toux devient humide et les accès de laryngisme disparaissent.

Comme les accès ne se déclarent, pour ainsi dire, que pendant le sommeil et cessent quand l’enfant a crié, toussé ou vomi, nous sommes portes à les attribuer, avec Niemeyer, à l’accumulation, dans la glotte, d’un mucus collant, épais, qui, en se desséchant, opère l’agglutination des bords et l’occlusion purement mécanique de la fente. C’est ainsi que s’expliquerait l’utilité des remèdes expectorants et des vomitifs.

L’accident se présente à divers degrés d’intensité. Aux degrés supérieurs, il ressemble, à s’y méprendre, aux accès de croup et devient souvent mortel par asphyxie.

Dans la laryngite chronique ulcéreuse , la suffocation a lieu, non pas à l’inspiration, mais à l'expiration qui, en outre, est pénible, sifflante, râlante ou rauque, même dans les moments où il n'y a pas de spasme de la glotte.

2° Suffocation croupale.

Notre intention ne saurait être de décrire ici le croup dans toutes ses manifestations. Nous nous bornerons à considérer la détresse respiratoire qui en est le symptôme pathognomonique.

En effet, quand on a assisté une seule fois à cette lutte suprême contre la suffocation dans laquelle se débat l’enfant frappé du croup, on reconnaîtra toujours cette maladie au premier coup d’œil. C’est la plus grande détresse respiratoire qu’on connaisse.

La respiration est extrêmement laborieuse et appelle à son aide tous les muscles auxiliaires, peut-être tous les muscles du corps. Les efforts pour humer l'air sont excessifs, désespérés même. L'enfant se déjette continuellement, se cramponne à tous les objets qu’il rencontre; il porte la main au cou comme pour arracher un lien qui le serrerait; sa face est anxieuse, atterrée, décomposée et couverte de sueur. Malgré tant d'efforts, l’air ne pénètre qu’avec lenteur à travers la glotte resserrée; les inspirations sont remarquablement prolongées, rares et accompagnées d’un sifflement ou d’un bruit de scie caractéristique.

La base du thorax, c’est-à-dire l’épigastre et les hypochondres, au lieu de se bomber au moment de l’inspirai ion, se rétractent au contraire profondément; les cartilages des côtes inférieures, ainsi que l’appendice xiphoïde, s’enfoncent. Cela provient de la raréfaction que l’air des poumons subit par suite des efforts d’inspirations inefficaces. Le dia-

phragme est violemment attire' ainsi dans le thorax, comme s’il elait sons l’action d’une grosse ventouse, et, le centre tendineux étant fixé, les contractions inspiratoires de la portion musculaire de l’organe opèrent leur effet apparent sur les insertions costales. En même temps, et toujours comme conséquence de l’occlusion hermétique du canal bronchotrachéal, tous les espaces intercostaux sont rentrés.

Comme dans les autres espèces de laryngisme, les accès surviennent de préférence la nuit, pendant le sommeil. S’ils persistent longtemps, la conscience se voile, le pouls devient intermittent, et la vie s’éteint. Sinon, il y a rémission vers les heures matinales; la respiration redevient plus libre , la voix renaît ; mais la toux conserve un timbre rauque et la fièvre persiste. La rémission se prolonge pendant la journée jusqu’à ce que la nuit ramène le danger d’un nouvel accès.

Presque tous les auteurs considèrent le rétrécissement de la glotte dans le croup comme produit, tantôt par les fausses membranes, tantôt par un spasme réflexe des muscles du larynx. Cependant, pour ce qui regarde les fausses membranes, il est de fait qu’elles sont rarement engagées entre les cordes vocales, et, de l’aveu de tout le monde, des accès très-graves de laryngisme peuvent exister alors que la fibrine exsudée ne se prend pas en membranes. Quant au prétendu spasme de la glotte, nous sommes obligé d’en nier positivement l’existence. Depuis des années, nous avons eu l occasion assez fréquente de nous convaincre que, dans le croup, les muscles du larynx se trouvent, au contraire, à l’état de paralysie.

Il nous a été facile, dans différents cas, d’introduire profondément le doigt jusque dans la trachée-artère, d’y saisir avec l’ongle et de retirer les fausses membranes qui l’obstruaient, ce qui eût été évidemment impossible s’il y avait eu resserrement spasmodique de la glotte. Nous devons la première connaissance de ce fait et de cette pratique à notre collègue et ami M. Th. Vaust, et nous l’avons enseigné régulièrement dans nos cours.

Depuis, le fait a été signalé comme probable par Niemeyer (I), et étayé sur des considérations théoriques solides, notamment sur ce principe général que toute inflammation intense, quand elle siège au voisinage de couches musculaires, occasionne l’infiltration, la pâleur et la paralysie de celles-ci. Niemeyer pense avec raison que l’occlusion inspira-

(1) Lehrbuch der speciellen Pathologie und Thérapie. 6e édition. Berlin, 18G5. T. I, p. 22.

loirc de la glotte paralysée est due, en réalité, à la raréfaction de l'air dans la trachée; en d'autres termes, que les lèvres de la glotte s’appliquent l’une contre l’autre à la manière de deux battants d’une soupape, sous la pression du courant respiratoire naso-pharyngien.

Les divergences qu’on remarque dans les auteurs au sujet de Y expiration dans le croup, s’expliquent par cette circonstance que l’influence des fausses membranes n’a pas été appréciée exactement par eux.

Quand il n’y a pas de fausses membranes, l’inspiration seule est prolongée et bruyante ; l’expiration se fait aisément et sans bruit. Dans le cas contraire, l’expiration est également prolongée, accompagnée d’un bruit de scie, et les deux actes ne sont séparés par aucune pause.

Le diagnostic différentiel entre le faux, et le vrai croup, entre le laryngisme irritatif et le laryngisme croupal, étant de la plus haute importance, nous appellerons l’attention spéciale sur les points suivants :

Le croup véritable affecte une marche très-aiguë et progressive, sans rémissions complètes, et un caractère évident de malignité. La dyspnée, la toux, le sifflement, la jactation, la fièvre et l’accablement persistent dans l’intervalle des accès. L’inspection fait presque toujours découvrir en môme temps dans le pharynx soit des fausses membranes, soit des plaques diphthéritiques. L'introduction, dans le larynx, d’une sonde élastique ou du doigt ne rencontre aucun obstacle.

Le faux croup est précédé ou suivi des signes du catarrhe laryngé ordinaire; sa marche est franchement intermittente; la fièvre cesse entièrement ou s’abaisse notablement dans les intervalles des accès; on ne constate ni pharyngite exsudative, ni tuméfaction aiguë des glandes du cou, ni grandes anomalies de la voix, ni, enfin, tendance à la bronchite et à la pneumonie. Toute tentative d’introduire dans le larynx une sonde ou le doigt est suivie incontinent d’un violent accès de toux.

5° Suffocation sténotique.

Voici les accidents et les lésions qui amènent l’obstruction mécanique du larynx et, par conséquent, des accès de suffocation : 1° les corps étrangers quand ils sont volumineux ; 2° les tumeurs laryngiennes (polypes) fixes et mobiles; 5° les fragments d’aliments enclavés dans l’œsophage; 4° les tumeurs du cou et du médiastin comprimant le larynx; 5° la dégénérescence des parois et l’œdème de la glotte;

6° les abcès et certains ulcères du larynx; 7° les abcès du pharynx; 8° la présence d’exsudats solides sur la muqueuse laryngée.

Quand des corps étrangers , par exemple des portions d’aliments engagés entre l’épiglotte et la glotte supérieure, interceptent entièrement le passage de l’air, la suffocation devient promptement mortelle. Ceci arrive parfois chez les aliénés idiots ou gourmands. Quand l’occlusion est incomplète, la suffocation s’accompagne de raucité et d’une toux violente, ressemblant à un accès de coqueluche.

Pour ce qui regarde les ulcères syphilitiques , il n’y a que ceux de la période tertiaire qui donnent lieu à la suffocation et à une dyspnée permanente, se caractérisant par des inspirations pénibles, prolongées et bruyantes. Il y a en même temps aphonie,, toux rauque, humide, et expectoration de matières souvent sanguinolentes. Des cicatrices et des brides rétractiles, des fongosités, ainsi que l’œdème de la glotte, survenant secondairement, peuvent à la fin amener l’asphyxie.

Les ulcères tuberculeux ne déterminent des accès de suffocation qu’à l’occasion de la toux, à moins qu’ils ne deviennent le point de départ d’un épaississement considérable et d’une induration du tissu sous-muqueux.

Dans Yœdème de la glotte la dyspnée s’aggrave, et la suffocation survient aussi promptement que dans le croup; peut-être la scène estelle plus effrayante encore. Les deux replis ary-épiglottiques étant tuméfiés, s’appliquent l’un contre l’autre, lorsyle l’inspiration, à la manière de soupapes ; cet acte se prolonge en conséquence et reste nécessairement imparfait. L’expiration, au contraire, est aisée, comme dans le croup sans fausses membranes. La détresse respiratoire s’accompagne d’aphonie et d’une toux rauque, aboyante. On évitera de confondre l’œdème de la glotte avec le croup, en considérant que le premier ne se développe presque exclusivement que chez les individus qui souffrent déjà depuis quelque temps de maladies aiguës ou chroniques du larynx. L’inspection et la palpation font, en outre, reconnaître la tuméfaction de l’épiglotte ou des replis ary-épiglottiques.

Les polypes du larynx donnent lieu à des troubles qui les font distinguer de l’œdème de la glotte. Quand ils existent, l’expiration est à peu près aussi difficile et aussi bruyante que l’inspiration. Quand ils sont fixes, la détresse respiratoire est surtout permanente, avec des exacerbations toutefois; quand ils sont pédoncuiés^ mobiles, comme c’est le cas le plus fréquent, les accès de suffocation surviennent brusquement,

à l’occasion d une toux, d’un changement de position, etc , selon la position que le polype prend, soit sur la glotte, soit à l'entrée du larynx.

4° Suffocation neuro-paralytique.

A propos de la deuxième espèce, nous avons affirme', avec Niemeyer, que dans le croup la suffocation est plutôt paralytique que spasmodique. Mais la paralysie siège dans les muscles et non pas dans les nerfs.

Chez les chanteurs, les orateurs, les crieurs publics, il se produit une certaine dyspnée laryngée passagère, qu’il faut attribuer évidemment à la fatigue des muscles du larynx. L’intoxication saturnine peut, à son tour, créer une suffocation myo-paraly tique.

Autre chose est celle qui dépend de la paralysie des nerfs laryngé inférieur et pneumogastrique. Chaque fois que cette paralysie porte sur le larynx en totalité, et non sur les cordes vocales seulement, il se déclare un accident qui ressemble beaucoup à celui du croup.

Les lèvres de la glotte ne s’écartent plus dans l’acte inspiratoire, et ne se rapprochent plus dans l’acte expiratoire; la colonne d’air, quand elle arrive avec une certaine force d’impulsion, les presse même davantage l’une contre l’autre et fait ainsi naître soit un râle ronflant grave, déjà signalé à l’article ronflement , soit un cri de coq, tandis que l’expiration se fait sans bruit et sans difficulté. Les rémissions ne sont jamais complètes. Il reste de la raucité ou une extinction de la voix, une toux ronflante ou une toux à timbre métallique et de l’anhélation. Quand la cause de la paralysie occupe le tronc du nerf pneumogastrique, il y a en même temps anesthésie des bronches et, par conséquent, râlement trachéal et pulmonaire.

Les accès sont d’autant plus violents que l’individu est plus jeune. A l’état de repos, où les mouvements de la glotte sont nuis dans cette maladie, le sujet respire avec assez d’aisance, mais avec fréquence, à cause de la diminution du volume de l’air, surtout quand la paralysie est unilatérale, comme c’est le cas ordinaire. Les accès de suffocation surviennent à l’occasion de la marche, de tout exercice du corps, de tout effort, en un mot, chaque fois que la respiration s’accélère ou devient plus énergique.

Les causes organiques qui produisent la paralysie du nerf laryngé inférieur ou de la portion correspondante du nerf pneumogastrique sont, outre les lésions accidentelles par plaies ou ligatures chirur-

gicales, l’atrophie, la compression et la distension de leurs troncs, rarement des dégénérescences propres ou despseudoplasmes, des neurômes.

L’atrophie directe du nerf récurrent, comme conséquence de l’intoxication saturnine, a été observée plus souvent chez le cheval que chez l’homme. La compression et la distension, qui conduisent également à l’atrophie, sont produites par la tuméfaction et la dégénérescence des glandes lymphatiques situées le long de la trachée-artère et des bronches (1). L’accident est donc relativement commun dans les scrofules du cou et du thorax, ainsi que dans ce qu’on appelle la phthisie bronchiale des enfants. La compression est rarement due à des tumeurs médiastines ou thymiques, plus rarement encore à des kystes du corps thyroïde.

Le nerf pneumogastrique et le laryngé inférieur peuvent aussi être comprimés ou tiraillés par un anévrysme de l’arc de l’aorte, du tronc innommé ou de l’artère sous-clavière droite. Les accès de suffocation sont nettement dessinés dans ce cas, et occasionnent parfois une mort subite, sans rupture de l’anévrysme.

Toujours, quand la paralysie dépend de la compression des nerfs, il existe en même temps un engorgement des veines du cou et de l’œdème de la face.

La suffocation neuro-paralytique comprend la majeure partie des cas qui figurent dans les traités de pathologie spéciale sous les noms d 'Asthme thymique , Asthme de Kopp , Apnœa infantum , Tetanus apnoïcus, Catarrhe suffocatif. Kopp (2), le premier, avait accusé, comme cause, la persistance et l’hypertrophie du thymus qui, selon lui, exercerait une compression sur le canal respiratoire. Cette opinion, appuyée par Caspari, Pagenstecher et autres, a été et est encore aujourd’hui le sujet d’une discussion à laquelle il .conviendrait cependant de mettre un terme. D’abord, le fait de la compression du canal respiratoire par le thymus n’a été démontré par personne. Puis Haugstedt (3) et Simon (4) nous ont appris que, chez tous les enfants, ce

(d) Romberg ( Lehrbuch der Nervenkrankheilen, t. ï, p. 701-715) a recueilli une série d’observations dignes d’être étudiées en détail. Voyez aussi sa dissertation : De paralysi respiratoria. Berolini, 4845, p. 5, 4, 12. — Un autre recueil d’observations se trouve dans Helfft, Krarnpf und Laehmung der Kehlkopfs-Muskeln , Berlin, 1852, p. 61-81.

(2) Denkwürdigkeilen in der aerztlichen Praxis. Frankfurt a. M ., 4850, t. 1.

(3) Thymi in homine ac per scriem animalium descriptio. Hafniæ, 1852.

(4) A physiological essay on the Thymus gland. London, 1845.

corps ne prend de l’accroissement qu’après la naissance et que sa croissance est normalement excessive jusqu a lage de deux ans. Enfin, selon Ilerard (I), il présente de grandes différences de volume et de poids chez des enfants parfaitement sains.

5° Suffocation anesthêlique .

Marshall Hall (2) a reconnu, chez les animaux, que la glotte se ferme à l'instant même où l’on pratique la section du nerf laryngé supérieur. Rosenlhal (3) a découvert, plus tard, que l’excitation du bout central du rameau interne de ce nerf coupé supprime l’inspiration, en forçant les muscles expirateurs à se contracter, tandis que le diaphragme se relâche.

En clinique on a négligé, jusqu’à présent, la paî t que le nerf laryngé supérieur et la sensibilité de la muqueuse prennent sans doute parfois à la production des phénomènes de suffocation. Nous ne connaissons qu’une seule observation relative à ce fait; c’est un cas décrit par Betz (4), où des accès d’aslhme laryngé dépendaient du tiraillement et de l’écrasement du rameau interne du nerf laryngé supérieur.

G0 Suffocation sympathique.

La glotte est dans des rapports de sympathie particulière avec l’appareil dentaire, avec la muqueuse gastro-intestinale, avec les nerfs cutanés et avec l’appareil sexuel de la femme. Quand ces organes sont excités d’une certaine manière, il s’ensuit, par action réflexe, une contraction spasmodique des muscles du larynx et l’occlusion de la glotte.

Le iaryngospasme est particulièrement fréquent chez les enfants, à l’époque de la dentition , ainsi que cela a été observé déjà par Hippocrate et Galien, et confirmé par Fr. Hoffmann, Ettmiiller, Simpson, Burns, llamilton et tous les auteurs affranchis de l’esprit de système. Qu’il y ait, dans le nombre des observations, des exemples de laryngite et de pseudo-croup, il n’en est pas moins vrai que dans d’autres cas il y a absence de tout processus catarrhal, et que la laryngite catarrhale devient rarement suffocative en dehors du travail de la dentition. Quand le Iaryngospasme est pur, il se déclare brusquement, sans

(1) Du spasme de la glotte. Thèses de Paris, 1843.

(2) Müller’s Archiv f. Physiologie. 1834, p. 570.

(3) Die A thembewegungen und ihre Beziehungen zum Nervus vagus. Berlin, 1802, p. 155.

(4) Mcmorabilicjt, 1803, t. IX, N°3.

s’annoncer d’avance ni par une toux ni par une altération de la voix, îl se dissipe de même, par un cri inspiratoire que l’enfaiit pousse. La santé est parfaite dans les intervalles.

Le spasme de la glotte a plus rarement sa cause première dans la muqueuse gastro-intestinale. C’est le cas cependant chez les enfants soumis à une alimentation vicieuse, quand ils sont pris d’un catarrhe des voies premières, ou quand ils ont des vers. Reid signale aussi comme cause l’évacuation incomplète du méconium.

L’action du froid sur la peau, les rapides changements de la température et les transpirations contrariées sont cités par un grand nombre de praticiens. Nous admettrons volontiers, en outre, l’influence d’autres causes atmosphériques, causes obscures, puisqu’il est démontré qu’on fait cesser les accès en changeant de lieu.

Comme nous serons obligé de revenir un peu plus loin sur le spasme de la glotte qui dépend du système utérin, nous nous bornons ici à le mentionner.

Naturellement, les chances de guérison sont en général plus grandes dans le laryngisme sympathique que dans les autres espèces.

7° Suffocation cérébro-spinale .

On a trouvé, à l’autopsie d’enfants morts à la suite d’accès de suffocation, les signes de la méningite et de l’hydrocéphale chronique, spécialement des hyperémies et des épanchements au niveau de l’origine des nerfs pneumogastriques. C’est ce qui a déterminé John Clarke et Pretty (1) à assigner au laryngisme pour cause générale la surexcitation et l’hyperémie des centres nerveux ; ils lui ont imposé le nom de croup cérébral.

Simpson (2) a publié l’observation d’un homme qui, dans l’état d’assoupissement alcoolique, avait été pris d’un accès de suffocation avec sifflement respiratoire. La trachéotomie avait fait cesser à l’instant et le laryngisme et le coma.

Au dire de Corrigan et de Marshal Hall, le laryngisme serait aussi le symptôme de l’irritation de la moelle cervicale, témoin le fait que les accès peuvent être provoqués à volonté, dans ce cas, selon eux, quand on exerce une pression sur les vertèbres supérieures.

(1) Lonclon medical and physical Journal, vol. IV.

{2; Médico-chirurgical Transactions , t. XX, p. 45.

Cox (1) a rendu compte d’un cas où les accès étaient survenus à la suite d’une contusion reçue à la nuque. Une couche de pus recouvrait la dure-mère depuis le grand trou occipital jusqu’au niveau de la cinquième vertèbre cervicale.

Elsaesser (2) considère comme cause de ce qu’il appelle le tétanos apnoïque périodique des enfants , le ramollissement de l'os occipital (cranio -tabes), propre à la diathèse rachitique. C’est la position couchée sur l’occiput, et, selon Spengler, la pression exercée sur l’os dénommé qui provoqueraient ici les accès de suffocation. 11 paraîtrait que dans cette lésion le quatrième ventricule du cerveau serait en même temps dilaté par de la sérosité. Parmi quatre-vingt-seize enfants atteints de laryngisme, Lederer a retrouvé quatre-vingt-douze fois le ramollissement du crâne.

8° Suffocation dyscrasique.

Tout en avouant que la critique a encore des droits à exercer à l’égard des faits nombreux allégués par l’ancienne médecine humorale, il nous semble qu’au point de vue théorique il n’y a pas de difficulté véritable à admettre que certaines humeurs se déposent soit autour de la moelle allongée, soit dans le tissu sous-muqueux du larynx, et entretiennent de l’irritation dans ces parties.

Romberg a vu des accès de laryngisme disparaître avec le développement d’un impétigo de la tête, et reparaître quand l’éruption se desséchait. Kyll raconte un fait semblable (3).

9° Suffocation nerveuse.

Le laryngisme fait partie de certaines grandes névroses : de l’épilepsie, de l’éclampsie, du tétanos, de la rage canine et de la chorée. Valleix (4) le considérait même en général comme une éclampsie partielle et proposait de l’appeler éclampsie avec suffocation.

Romberg (5) a vu les muscles du larynx participer à l'astasie choréique. Il y avait dyspnée et sifflement respiratoire; les symptômes cessaient pendant le sommeil.

(1) Dublin Journal , t. XXXV, 1 803, mai, p. oit).

(2) Der weichc Hinterkopf. Stuttgardt, 1845.

(5) Ces observations ont etc reproduites par Ruchlc, Die Kehlkopfkrankhcilcri. Berlin, 1861, p. 201 et 208.

(4) Guide du médecin praticien , t. IV, p. 623.

(3) Klinische Beobachtunyen. Berlin, 1831, p. 64.

Dans des cas rares, le laryngisme est aussi le précurseur de l’invasion de la fièvre, soit seul, soit en compagnie d’un frisson ou de convulsions.

L 'hystérie y prédispose particulièrement. Non-seulement les grandes attaques sont combinées avec le spasme de la glotte, c’est-à-dire avec ce que les anciens avaient appelé la suffocation utérine , mais on rencontre fréquemment de jeunes femmes chez qui cette forme de suffocation constitue à elle seule les attaques, et d’autres où elle alterne avec des névralgies, avec d’autres couvulsions, avec l’aphonie et le hoquet. Souvent il se déclare le soir un accès de toux spasmodique, à timbre sonore et avec des reprises sibilantes prolongées, et l’accès est suivi d’une dyspnée effrayante, avec pâleur de la face et suffocation.

M. Briquet (4) attribue ces accès de suffocation pseudo-croupale , comme il les appelle, à une hypéresthésie de la muqueuse laryngotrachéale et les rattache au début de la bronchite chez les femmes hystériques.

La suffocation nerveuse qui survient principalement chez l’adulte, diffère de la suffocation neuroparalytique et sympathique des enfants, en ce que l’occlusion de la glotte n’est pas complète, et en ce que les muscles inspirateurs ne participent pas nécessairement au spasme, sauf cependant les cas d’épilepsie et de tétanos. La muqueuse du larynx et des cordes vocales étant saine, il n’y a ni toux, ni aphonie.

Chez les hystériques l’accident est rarement mortel, mais parfois d’une violence telle que des praticiens ont eu recours à la trachéotomie.

(1) Traité de V hystérie, p. 250»

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