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DE LA DERMALGIE THORACIQUE

La névralgie intercostale s’accompagne presque toujours d’hypérestliésie cutanée dans les points signalés comme foyers douloureux.

Ln dehors de cette maladie, la peau du thorax est parfois le siège

de douleurs affectant tantôt la forme d’une vive chaleur, tantôt celle d’un picotement ou d’un fourmillement, d’autres fois encore la forme d’une hyperesthésie rendant insupportable meme le contact des vêtements.

Cette dermalgie idiopathique occupe rarement la poitrine entière; elle est limitée communément à certaines places, comme celle qui accompagne la névralgie intercostale. Elle est symptomatique d’affections de la portion cervicale de la moelle épinière, quand elle ne constitue pas un des accidents si variables et si nombreux du mal hystérique, du mal hypochondriaque ou de la chloro-anémie.

ARTICLE IL

DE LA PLEURODYNIE.

Confondant le symptôme et la maladie, ici comme ailleurs souvent, les praticiens opposent la pleurodynie à la pleurésie, en disant quelle se caractérise par des douleurs circonscrites, étrangères aux inflammations de la plèvre et du poumon, ayant leur cause réelle, la plupart du temps, dans une affection rhumatismale des muscles ou des aponévroses de la poitrine . I Is l’appellent aussi fausse pleurésie , pleur ilis not/ia.

Cependant,, l’utilité pratique aussi bien que la logique nous engagent à restituer au mot son sens primitif qui est point cle côté , de^rAa^â, côté, et 6$w ÿ, douleur, et de distinguer ensuite le point de côté pleurétique, la pleurodynie rhumatismale, nerveuse et autres. Le mot pleuralcjie , proposé par M. Briquet, nous paraît superflu.

La pleurodynie, entendue comme nous venons de le dire, est une douleur circonscrite, plus ou moins vive, occupant l’un ou l’autre côté du thorax.

Quand elle est légère, le malade ne s’aperçoit de son existence que dans certains mouvements brusques, dans les grandes inspirations, en toussant, en éternuant, ou lorsqu’on presse les parties où elle siège.

Quand elle est plus intense, la douleur est continue, très-vive; elle gêne considérablement les mouvements respiratoires et même ceux de la marche, et s’exaspère sous l'influence des émotions, de la fièvre, des mouvements et de la pression extérieure.

Le siège ordinaire du point de côté est aux régions latérales inférieures de la poitrine, et à la région sous-mammaire. La douleur peut irradier de là dans les hypochondrcs , vers les clavicules ou dans la

région scapulaire. Dans des cas particuliers elle siège en avant, au niveau des deuxième et troisième côtes, ou en arrière, dans la région scapulaire. Parfois elle a une tendance à se déplacer, et, dans ce cas, après avoir quitté un point elle y revient à différentes reprises.

11 n’est pas rare, en outre, que le point de côté entretient dans les muscles qui l’avoisinent et dans la peau qui le recouvre une véritable hyperesthésie, ou qu’il se complique de névralgie intercostale.

1° Pleurodynie rhumatismale.

Les muscles du thorax, les pectoraux et les intercostaux avec leurs attaches et aponévroses, sont fréquemment atteints de rhumatisme. 11 y donne lieu à une douleur plus ou moins vive, plus ou moins circonscrite, occupant les côtés de la poitrine ou les attaches du grand pectoral. C’est à elle que les praticiens appliquent de préférence le nom de pleurodynie; c’est elle que certains auteurs ont décrite sous les noms de myodynie et de myosalgie thoracique.

La pleurodynie rhumatismale a pour caractère de s'exaspérer par les mouvements du thorax et de s’apaiser par la chaleur et le repos. L’auscultation et la percussion, ainsi que l’absence de la toux et de la fièvre, empêcheront de la confondre avec le point de côté fluxionnaire. Il est plus difficile de la distinguer des douleurs sympathiques, saturnines et nerveuses. Quant à la névralgie intercostale dont nous donnerons, à l’article suivant, le diagnostic différentiel, la distinction est d’autant plus difficile, que les deux affections existent souvent en même temps.

Lorsque plusieurs muscles sont affectés, ou que le rhumatisme est à l’état aigu, la douleur détermine de la dyspnée, de l’anxiété et un sentiment pénible de resserrement. Le malade, pour se soulager, s’efforce de trouver et de conserver une position qui mette les muscles dans l’état de relâchement et empêche le glissement des uns sur les autres.

2° Pleurodynie inflammatoire.

Rien n’est aussi connu que le point de côté pleurétique et pneumonique. Il ne manque pour ainsi dire jamais dans la pleurésie aiguë, où il se déclare dès le premier frisson, rarement quelques heures après.

La douleur de la pleurésie est poignante, lancinante, déchirante, nettement circonscrite, très-vive, parfois intolérable. Elle est continue,

rémittente ou intermittente. Par son intensité elle occasionne une dyspnée parfois excessive. Néanmoins, quand la maladie revêt le caractère asthénique ou torpide, la pleurodynie peut ne se révéler que dans les inspirations profondes, à l’occasion de la toux ou de l'éternuement, à la pression extérieure ou à la percussion. Dans la pleurésie à exsudât séro-fibrineux abondant, elle s’apaise ou disparaît même avant que l’inflammation n’ait atteint le maximum d’intensité.

Le point pleurétique occupe de préférence soit la ligne axillaire, au niveau de la septième côte, soit la ligne mammaire, en dessous du mamelon. On n’est pas encore bien renseigné sur sa cause prochaine, abstraction faite même de l’incertitude qui règne en physiologie au sujet du degré de sensibilité de la plèvre normale.

Communément on explique la douleur pleurétique par l extcnsion inspiratoire, par le tiraillement de la plèvre enflammée, et l’on croit que son siège habituel correspond aux endroits ou les côtes les plus longues ont l’excursion la plus grande. Cependant, comment concevoir, dans ce cas, son étroite limitation, et qu’elle puisse occuper aussi des points où les côtes se meuvent à peine? En fait, ne voyons-nous pas que les mouvements sont très-bornés au niveau affecté, bornés nonseulement par la volonté du malade, mais aussi à cause de la paralysie des muscles intercostaux qui est une des conséquences nécessaires de la pleurésie? Ne voyons-nous pas souvent que la douleur persiste alors même qu’on immobilise les côtes par un bandage, en y appliquant la main, ou en faisant coucher le malade sur le côté lésé?

M. Cruveilhier a attribué le point de côté au frottement que la plèvre costale enflammée opérerait contre la plèvre pulmonaire. Mais on objecte, d’abord, qu’il ne siège presque jamais Jà où le frottement est le plus grand, puis, qu’en fait, le frottement seul, dans beaucoup de cas où l’auscultation permet de s’assurer de son existence, ne donne pas lieu à de la douleur.

Beau (1) a émis, à son tour, une idée qui, sans pouvoir être acceptée comme démontrée à l’heure qu’il est, mérite cependant d’être prise en considération. Il attribue le point de côté à l’inflammation qui, de la plèvre, s’étendrait au névrilème des nerfs intercostaux en contact avec elle. C’est ainsi que s’expliquerait, selon lui, le siège à peu près constant de la douleur, siège déterminé par irradiation et d’après la

(1) De la neurite et de la névralgie intercostale , dans les Archives gén. de médecine , J 847, fév.

loi de l’action excentrique. Puis , si dans la moyenne des cas les malades rapportent la plus vive souffrance à la partie anterieure du sixième ou du septième espace intercostal, ce serait parce que le nerf le plus douloureux serait celui qui correspond à la côte dont les mouvements sont le plus étendus.

Dans la pleurésie chronique et dans celle qui survient dans le cours de la tuberculose pulmonaire, la douleur est moins vive et n’occupe pas aussi exclusivement le côté ou la région sous-mammaire. Souvent même elle n’éclate que dans les accès de toux ou quand on exerce une pression soit sur la gouttière vertébrale, soit dans les espaces intercostaux près du sternum, c’est-à-dire aux points où les nerfs émergent des troncs profonds. Ici, la doctrine de Beau se présente avec plus de probabilité encore que dans la pleurésie aiguë.

Le point de côté manque rarement dans la pneumonie. Il est poignant quand la plèvre participe à l’inflammation, comme c’est la règle. Pour l’éviter, le malade respire superficiellement et avec crainte, ou il se tient courbé sur le côté malade de façon à rapprocher les côtes les unes des autres. Dans tous les cas la pleurodynie ne dure que peu de temps dans la pneumonie, et disparaît avant les autres symptômes.

La douleur est très-passagère ou nulle dans la pneumonie des vieillards, ainsi que chez les sujets faibles, et quand la maladie occupe le sommet du poumon.

La physiologie nous apprend que malgré le grand nombre de nerfs qui se rendent aux poumons, le parenchyme de ces organes est peu sensible à la douleur. On a donc pensé que le point pneumonique est à proprement parler un point pleurétique, et cette opinion paraîtrait d’autant plus juste, qu’en réalité il y a peu de pneumonies auxquelles il ne se joint pas une pleurésie à exsudât fibrineux peu abondant. Cependant, bien que les malades, d’ordinaire, placent la douleur à l’endroit même où le poumon enflammé touche au thorax, il n’en est pas moins vrai que souvent ils la sentent sur un point éloigné, même au côté opposé de la poitrine. Il doit donc rester encore des doutes sur la question de savoir si le point pneumonique est uniquement dû à la participation de la plèvre.

Le point de côté est un accident fréquent de la tuberculose pulmonaire ;il est propre aux pneumonies secondaires et aux pleurésies adhésives que cette lésion provoque au début et dans sa seconde période.

Il persiste plus longtemps que dans la pneumonie franche, sa durée ordinaire étant de huit à dix jours. Son siège de prédilection est dans la région interscapulaire , dans les espaces intercostaux près du sternum, et sous les clavicules.

3° Pleurodynie sympathique.

Une foule de douleurs bronchiques, hépatiques et gastriques retentissent dans le thorax et pourraient en imposer pour de la pleurodynie inflammatoire ou rhumatismale. Ainsi, la bronchite subaiguë et la bronchite chronique, surtout quand elles intéressent les petites bronches, s’accompagnent fréquemment de douleurs thoraciques vagues, mais circonscrites. La région scapulaire droite peut être endolorie dans les maladies du foie. Les douleurs de la gastralgie et des lésions organiques de l’estomac irradient aussi souvent dans le dos que dans les flancs, et l’épigaslralgie s'étend communément sur les muscles du thorax.

4° Pleurodynie nerveuse.

Les quatre cinquièmes des femmes hystériques souffriraient de pleurodynie, au dire de M. Briquet (I), qui va jusqua la considérer comme pathognomonique de l’affection, dans tous les cas où elle se joint à la rachialgie et à l’épigaslralgie. Nous nous permettrons néanmoins de faire des réserves à ce sujet, car, de la description que M. Briquet lui-même donne de ces douleurs, il résulte pour nous la conviction qu’il n’a pas suffisamment distingué entre la névralgie intercostale et la pleurodynie.

La véritable pleurodynie hystérique, sept fois sur huit, occupe seulement le côté gauche , quoiqu’elle puisse exister en même temps à droite et à gauche. Tout en étant circonscrite, elle s’étend sur des espaces plus ou moins considérables ; elle est plus prononcée aux points d’attache des muscles qu’ailleurs.

Sourde d’ordinaire, une gêne plutôt qu’une véritable douleur, la pleurodynie hystérique s’aggrave de temps à autre, plus par le repos et les émotions que par le mouvement et la Gèvrc. C’est « la douleur au cœur » que les femmes accusent dans les moments d émotion. Elle se complique aisément de dermalgie ou d’hyperesthésie d’une partie plus ou moins étendue de la peau. Il est des cas où elle reste en per-

(1) Traite de l’hystérie, p. 231.

manence pendant longtemps. On la voit durer des années et inspirer la crainte d’affections inflammatoires cachées.

Le diagnostic s’aide des données suivantes : un tempérament nerveux prononcé ou une diathèse hystérique manifeste; la coexistence d’une rachialgie ou d’une épigastralgie; l’augmentation de la douleur par les émotions et par le repos ; son apaisement par la distraction et l’exercice du corps ; son siège au côté gauche.

ARTICLE III

DE LA THORACALGIE.

Outre les douleurs fixes ou pleurody niques, le thorax est le siège de douleurs paroxystiques mobiles , qui suivent le trajet d’un ou de plusieurs nerfs intercostaux, à la manière d’une demi-ceinture plus ou moins large. C’est là ce que nous appelons la thoracalgie ou névralgie du thorax. Le terme correspond à ce qu’on décrit généralement sous les noms de névralgie intercostale , névralgie dorso intercostale, pleurodynie névralgique (Romberg).

Depuis les travaux de Bassereau (1) et de Valleix (2), la névralgie intercostale est devenue en quelque sorte une maladie à la mode. Beaucoup de praticiens de nos jours se contentent d’un seul signe pour la diagnostiquer, savoir d’une douleur provoquée par la pression digitale sur un point quelconque aux environs de la ligne mammaire et le long d'un bord costal inférieur. Il importe cependant de condamner cette façon d’agir qui, à notre connaissance, expose parfois à de déplorables négligences de diagnostic.

Plusieurs auteurs se servent du mot thoracalgie pour désigner la pleurodynie nerveuse, et même la pleurodynie rhumatismale, pour lesquelles il est au moins inutile. Nous croyons donc pouvoir, sans inconvénient, suivre l’usage qui a prévalu à l egard d’autres névralgies, en en restreignant le sens aux douleurs névropathiques proprement dites du thorax.

La thoracalgie ou la véritable névralgie intercostale se compose tantôt d’accès plus ou moins violents et d'intervalles de calme plus ou

(1) Essai sur la névralgie des nerfs intercostaux. Thèse de Paris, 1840.

(2) Traité des névralgies. Paris, 1841. Guide du médecin praticien . 5e édition, t. IV, p. 548.

moins longs, tantôt d’une douleur sourde, continue, mais interrompue par des exacerbations spontanées.

La douleur d’accès ou (Y exacerbation est vive, lancinante, piquante ou déchirante. Elle prend naissance à l’un des foyers que nous allons définir plus bas, se dirige, le long des côtes correspondantes, vers le dos ou vers l’épigastre , et irradie vers l’abdomen ou dans la glande mammaire.

La douleur continue ou douleur des intervalles est sourde, contusive, généralement bornée aux points où la pression digitale est douloureuse. Ces points ou foyers sont au nombre de trois :

1° Le point paravertébral ou postérieur , correspondant au point dcmergence du rameau dorsal du nerf intercostal ;

2° Le point latéral , correspondant à l’émergence du rameau perforant ou cutané. 11 se trouve sur le milieu environ de la longueur de la côte; pour l’atteindre on enfonce le doigt sous le bord inférieur, vers le sillon sous-costal.

5° Le point parasternal ou antérieur , correspondant à l’émergence du rameau musculo-cutané ou perforant antérieur, près du sternum et à l’épigastre.

Par la pression exercée aux environs de ces points, dans un rayon de 2 à 3 centimètres, la douleur est provoquée ou exaspérée de façon à faire tressaillir le malade ou à lui faire exécuter des mouvements presqu’involontaires dans le but de se dérober. C’est qu’indépendamment de la douleur qui réside dans le tronc du nerf, le contact seul de la peau est très-sensible en ces points, ainsi qu’on peut s’en assurer en passant doucement le doigt sur elle, ou mieux encore, en la soulevant légèrement.

La douleur des intervalles s’exaspère dans les mêmes points, mais rarement aux trois à la fois, quand le malade exécute des inspirations rapides et profondes, quand il tousse, éternue ou imprime de grands mouvements à un bras ou au tronc. Elle ne se réveille pas lors des inspirations lentes, quelque profondes qu’elles soient. Par contre, les émotions morales exercent sur elle une très-grande influence.

Un sentiment de constriction de la poitrine ou du ventre s’ajoute parfois à la douleur. On l’explique par une participation des fibres motrices des nerfs intercostaux. Puis, des (roubles digestifs et cardiaques ne manquent pour ainsi dire jamais. Ils semblent indiquer que des filets du grand sympathique prennent part à l’affection.

La névralgie peut attaquer tous les nerfs intercostaux indistinctement. Elle a cependant une préférence marquée pour le sixième, le septième et le huitième. Elle est beaucoup plus fréquente à gauche qu a droite, et même dans les cas, rares d’ailleurs, où elle est bilatérale, c’est encore le côté gauche où elle est le plus prononcée.

1 0 Thoracalgie zona .

Il n’y a plus guère d’auteurs qui combattent la doctrine neuropathologique du zona. On peut varier d’opinion sur la manière dont l’éruption cutanée se rattache à la névralgie; on peut regretter de ne savoir pas définir l’altération que le nerf subit dans cette affection; mais toujours est-il qu’un rapport existe entre l’une et l’autre.

L’éruption du zona est précédée ou suivie d’une névralgie intercostale extrêmement pénible. Celle qui persiste après la guérison de l’exanthème est souvent d’une ténacité désolante, au point de rendre la vie à charge au malade.

M. Rayer a eu l’occasion de faire l’autopsie d’un malade mort dans le cours d’un zona. Il a trouvé les vaisseaux fortement injectés au niveau de l’éruption vésiculeuse.

2° Thoracalgie neuropathique.

La névrite intercostale dont quelques-uns parlent^ n’est à proprement parler qu’une névrilemmite ; mais elle entretient dans le nerf une hyperesthésie qui, à la moindre occasion, éclate en douleurs vives. On peut considérer aussi comme certain que le rhumatisme ne se jette pas exclusivement sur les muscles; dans certaines circonstances ii affecte directement les nerfs et occasionne une névralgie véritable.

La pleurésie laisse parfois à sa suite des douleurs névralgiques opiniâtres, qui sont sans doute sous la dépendance d’une altération matérielle de l’un ou de l’autre nerf intercostal. La tuberculose pulmonaire, à son tour, peut se compliquer de thoracalgie peut-être quand le névrilemme est entraîné dans la dégénérescence. Enfin, pour ne rien omettre, nous mentionnerons la névralgie intercostale qui survient à la suite de lésions traumatiques, de coups reçus sur la poitrine, celle qui accompagne la carie des côtes, et les douleurs vives occasionnées par les névrômes ou par des tumeurs glandulaires irritant et comprimant les nerfs.

5° Thoracalgie spinale.

On se rappelle le grand rôle qu’a joué, pendant quelques années, Y irritation spinale , proposée d’abord comme espèce morbide particulière par des médecins anglais d’une grande autorité. Aujourd’hui on n’en veut plus ; on dirait qu'on éprouve une certaine honte de l’abus qui a été fait d’une notion mal définie. Et pourtant il y a là quelque chose que l’observation ultérieure ne pourra manquer de remettre à sa place- En attendant, nous dirons que la névralgie intercostale forme, après la rachialgie, un des symptômes les plus essentiels de l’état morbide de la moelle épinière qu’on avait désigné sous le nom d’irritation spinale.

Dans la méningite spinale la douleur thoracique est plus vive, plus étendue; elle s’exaspère davantage par la pression méthodique exercée sur les apophyses épineuses ; elle n’est pas bornée à l'un ou l’autre espace intercostal , mais s’accompagne aisément de convulsions et de contracture musculaire.

La compression exercée sur les racines des nerfs par une dilatation variqueuse des plexus veineux rachidiens semble également pouvoir produire la thoracalgie. Henle a fait à ce sujet un rapprochement ingénieux. Les nerfs intercostaux inférieurs du côté gauche, qui sont le siège incomparablement plus fréquent de la thoracalgie, versent leur sang dans la veine demi-azygos ; or, c’est précisément dans le domaine de cette veine que, selon le professeur de Gœltingue, les dilatations variqueuses se produisent le plus aisément.

La carie et la tuméfaction des vertèbres peuvent causer des douleurs intercostales intolérables, en irritant et en comprimant les nerfs rachidiens à leur passage par les trous de conjugaison.

4° Thoracalgie sympathique.

Le cancer de l’estomac et celui du foie donnent lieu à des élancements qui traversent la poitrine et semblent aller de l’organe malade à un point fixe du rachis.

Certains troubles menstruels et des affections chroniques de l'utérus, telles que les engorgements chroniques, les descentes et les déviations, peuvent entretenir la thoracalgie, par l’intermédiaire de la moelle épinière.

5° Thoracalgie nerveuse.

Les douleurs névralgiques de la poitrine sont en général plus fréquentes dans le tempérament nerveux, chez les femmes, et à l’àge

compris entre 47 et 40 ans. Elles sont i’apanage particulier de l'hystérie et de l’hypochondrie.

M. Briquet (1), il est vrai, révoque en doute l’existence de la névralgie intercostale chez les hystériques où, selon lui, la pleurodynie est si fréquente. Nos propres observations nous empêchent de nous ranger à cette opinion. Nous sommes convaincu que la véritable névralgie intercostale non-seulement existe chez les femmes hystériques, mais quelle y est fréquente. Elle diffère de la pleurodynie, en ce qu’elle s’étend en ceinture, en suivant le trajet des nerfs intercostaux; en ce quelle est lancinante ou part comme un éclair de l’origine dorsale pour se porter à l’épigastre; enfin, en ce qu’elle est provoquée par la pression digitale pratiquée aux points névralgiques.

ARTICLE IV

DE LA PHRÉNODYNIE.

La phrénodynie, de 0py}y, diaphragme, et oSùvtf, douleur, se fait sentir entre l’appendice xiphoïde du sternum et la colonne vertébrale. Sourde presque toujours, — un sentiment de pression ou de tension plutôt qu’une véritable douleur, — elle peut se circonscrire dans un point, ou se manifester comme une constriction générale, comme un sentiment de ceinture ou de barre , selon les expressions en usage parmi les praticiens.

Elle est provoquée ou augmentée par la pression extérieure, par les mouvements respiratoires brusques, la toux, l’éternuement et le hoquet. Elle est soulagée habituellement par des frictions au dos, entre les omoplates.

Pour ne pas la confondre avec la gastrodynie, on fera attention aux symptômes gastriques, spécialement à la faim canine, qui ne manquent jamais dans celle-ci; on remarquera, en outre, que la toux, l’éternuement et les inspirations brusques ne sont pas douloureuses dans la gastrodynie.

La distinction est plus difficile à l’égard de certaines épigaslralgies ; ce ne sont que les symptômes concomitants et la marche de l’affection qui peuvent lui donner le caractère de certitude.

(i) Traité de T hystérie, p. 253.

1° Phrénodynie inflammatoire.

L’inflammation de la substance du diaphragme est très-rare. On ne l’observe, pour ainsi dire, qu'à la suite de lésions traumatiques. Il nous suffira de dire que la douleur est très-peu prononcée dans les plaies du diaphragme. Celle de ses enveloppes séreuses, qui est très-vive au contraire, se confond avec les douleurs pleurétiques et péritonitiques.

2° Phrénodynie rhumatismale .

Le rhumatisme chronique du diaphragme entretient un sentiment pénible de pression ou de tension à la base de la poitrine. Ce sentiment s’aggrave la nuit et par les efforts de la respiration. 11 s’accompagne d’oppression et de dyspnée ; la toux, l’éternuement et le hoquet le transforment en une douleur lancinante très-vive, remontant sous le sternum. D’ailleurs, le rhumatisme du diaphragme est toujours accompagné de symptômes rhumatismaux dans d’autres parties du corps.

La phrénodynie qui se joint parfois au rhumatisme articulaire aigu est d’une forme toute autre; la douleur, l’oppression et l’anxiété sont grandes, la respiration est courte, haletante, et la plupart du temps il existe une petite toux sèche.

3° Phrénodynie pneumatosique .

Quand le pneumothorax se développe rapidement, le malade éprouve, au moment même, un sentiment particulier de déchirement, une douleur poignante qui se concentre à la base de la poitrine. Celte douleur est due à l’extension brusque du diaphragme; elle est une espèce d'effort musculaire.

Quelques auteurs la considèrent comme pleurétique; mais nous ferons remarquer qu’elle se déclare à l’instant même où l’air s’épanche, c’est-à-dire avant que la pleurésie ait le temps de se développer. La présence du gaz comme telle ne saurait l’expliquer, car quand l’épanchement se fait lentement, la douleur n’existe pas.

4° Phrénodynie spinale.

C’est le symptôme très-connu , dans les maladies de la moelle épinière, sous les noms de sentiment de ceinture , sentiment de barre. Nous en avons déjà lait mention à l’article èpigaslr algie, parce que cette autre sensation se combine presque toujours avec celle qui réside dans le diaphragme et qui est comme si un lien, une ceinture serrait la taille.

La phrénodynie n’appartient du reste qu’aux maladies de la moelle qui occupent sa portion cervicale.

Dans le ramollissement subaigu il s’y joint des douleurs intercostales partant d’un point de la colonne vertébrale qui est aussi trèssensible à la pression, tandis que les points latéral et parasternal manquent souvent. Dans tous les cas la paraplégie, à ses différents degrés, accompagne la phrénodynie spinale.

5° Phrénodynie nerveuse.

Le diaphragme est parfois le siège de contractions fibrillaires , de tremblements et de tiraillements qu’on sent en appliquant la main à la région, et qui, pour le malade, deviennent le point de départ de sensations étranges, affectant fortement son moral. C’est à cette source, comme à celle qui jaillit cfe la gastrodynie et de la gastro-pneumatose, que s’abreuve principalement l’imagination des hypochondriaques et des nosomanes.

Dans l’hystérie les nerfs sensibles du diaphragme sont rarement atteints, et quand ils le sont, c’est en compagnie des nerfs moteurs. Dans ce que M. Briquet appelle Y hyperesthésie du diaphragme , il y a grande gêne dans la respiration et impossibilité de dilater la poitrine dans le sens vertical, ce qui se reconnaît à ce que la partie supérieure du ventre n’est pas soulevée pendant l’inspiration. La toux ne peut avoir lieu, le besoin de tousser provoque une sorte de suffocation, la parole est brève, saccadée et fort entrecoupée (i).

ARTICLE V

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