MONSIEUR LE PROFESSEUR TERRIEN
Longtemps la tuberculose pulmonaire parut jouer un rôle de très faible importance en pathologie sénile. Sa fréquence, sa gravité évolutive, ses conséquences sociales, étaient méconnues, et FONSSAGRISES, dans une boutade célèbre, assurait qu'après la cinquantaine, il ést indifférent d’être ou de n'être pas tuberculeux.
Et pourtant, de nombreux travaux déjà auraient dû mettre en évidence cette forme clinique spéciale de la phtisie.
Les premières publications en date sont celles de BAYLE, de LAENNEC, de CaAUSTATT, de PRUSS, de BEAG;, de LEBERT et GEIsT. LAENNEC, en 1826, relevait la présence de lésions tuberculeuses au couts de nombreuses autopsies chez des sujets âgés. BEAU en France, CAUSTATT en Âllemagne, confirmaient ces constatations. Pourtant, selon BEAU, le dépérissement sénile était dû surtout à un catarrhe chronique, auquel il ne réconnaissait pas une nature tubereüleuse.
En 1829, QUESNE avait donné une observation très complète d’hémoptysie foudroyante inortelle chez
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une femme de quatre-vingts ans. Puis vinrent les travaux de Ro&É sur la curabilité de la phtisie, les cliniques d’ANDRAL, la thèse de GENDRIN en 1840 sur l’influence de l’âge dans les maladies, les observations de MILCENT, de BARTH.
En 1873, paraît une histoire d'ensemble de la tuberculose des vieillards dans le livre de DURAND-FARDEL et dans la thèse de MOURETON, élève de VULPIAN.
METTENHEIMER en Allemagne, MACLACHLAN en Angleterre, HÉRARD et CoRNIL en France s'occupent également de la phtisie de l’âge avancé.
De 1874 datent les leçons cliniques de CHARCOT sur les maladies des vieillards, la thèse de BaARD, le mémoire de BROUSSE sur l’évolution sénile en général, les travaux de DEMANGE, de HovarD MARSH.
Citons encore les études de MARFAN, MICHEL, PARI- SOT, les leçons de Boy-TESsiER, les articles de POTANI.
En 1893, BARIÉ consacre un article à la tuberculose sénile. Signalons encore les travaux de LAUNOIS, BOURGEOI!S, BOINET, ETIENNE, ROZIER, les thèses inaugurales de COCATRICE, JARDIN, ANTONIN, RUEFF, BaAL- ME, COMBES. LETULLE et HALBRON réalisent la première grande classification des tuberculoses séniles, distinguant les formes aiguës rapidement cachectisantes, les formes chroniques fibreuses, d’allure bronchitique.
La thèse de LE-Coz, en 1911, rappelle l'attention sur la fréquence de la phtisie sénile, montre que la proportion des processus tuberculeux actifs découverts à l’autopsie des vieillards atteint ou dépasse 30 % des cas de décès.
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L'intérêt social de la question est mis en évidence par LABESSE dans sa thèse de 1921, d’une très riche documentation.
En 1932, BucQuoy envisage les problèmes thérapeutiques dans un bel ouvrage inspiré par COURCOUXx. Enfin, les conditions pathogéniques, les aspects cliniques spéciaux de la tuberculose d’après cinquantaine ont été l’objet de travaux récents de Courcoux, BUR- NAND, SOYÉ.
L'intérêt de la question est donc multiple :
— Au point de vue clinique, la tuberculose sénile réalise des tableaux très spéciaux, très facilement méconnus ou confondus.
Au point de vue évolutif, elle est grave et ne doit pas être négligée, laissée à elle-même, comme le conseillent encore beaucoup de médecins.
— Au point de vue thérapeutique, elle a des indications très particulières.
— Au point de vue social, fréquente, latente, développée dans des milieux familiaux, contaminant à bas bruit les enfants, elle prend une importance redoutable.
Aussi nous a-t-il semblé intéressant de fixer, en une très simple mise au point, l’état actuel de ces différents chapitres et de réunir — en leur joignant quelques observations personnelles — les résultats des recherches récentes dont l’intérêt dépasse de beaucoup le cadre trop restreint des discussions de physiolo-
gues où cette question a paru jusqu'ici se confiner.