‹ Symptômes et traitement des maladies mentales à leur débutChapitre 17 sur 17 · Par les idées délirantes (hallucinations ou illusions) se · texte numérisé non relu

Par les idées délirantes (hallucinations ou illusions) se

déclarant avec un état complètement normal des organes

digestifs (‘).

Certains malades se figurent, par exemple, qu’on veut les empoisonner, et cette idée leur fait refuser de prendre des aliments pendant plusieurs jours ; plus on s’efforce de réfuter cette erreur, plus aussi ils deviennent difficiles et défiants. Quand ils parviennent à enlever des aliments ou à s’en procurer secrètement, ils semblent éprouver une faim effrayante et dévorent les mets avec une grande voracité, preuve évidente que les organes digestifs ne sont atteints d’aucune affection.

(1) Nous avons donné des soins à un malade qui refusait de prendre ses aliments parce qu’il croyait y voir de la chair humaine, les os de ses enfants, etc. Après beaucoup d’exhortations inutiles, nous lui fîmes servir ses repas dans l’obscurité pour l’empêcher de voir ses mets. Ce moyen eut un succès complet-

5. Par tin rapport existant entre l’état morbide de l’estomac et les idées délirantes.

Dans ces cas, le délire est ordinairement venu s’ajouter à l’état somatique méconnu par le malade, et celui-ci explique son inappétence par ses idées délirantes.

Si ce dégoût pour les aliments augmente, il se convertit en refus de manger ; le patient, alors, s’oppose de toutes ses forces à l’alimentation.

La privation d’aliments augmente la faiblesse, les forces déclinent de plus en plus et la maladie mentale s’aggrave ; il faut remarquer, en outre, que le refus d’aliments est assez souvent suivi de conséquences mortelles (pneumonie adynamique, gangrène des poumons, état typhoïde, typhus de la faim); on ne doit donc pas le tolérer longtemps, et il faut le combattre énergiquement dès le début.

Quand les amers, les stomachiques, ou tout autre médicament propre à combattre l’état morbide existant, ne parviennent pas en très-peu de temps à vaincre le refus que le malade oppose à l’alimentation et à le décider à se nourrir convenablement; quand ses idées délirantes l’absorbent et qu’on ne réussit pas à entretenir ses forces en lui faisant prendre des aliments sans qu’il s’en doute, il faut alors procéder, sans retard, à l’alimentation forcée.

En donnant ce conseil, nous devons déclarer que nous avons pesé toutes les raisons pour et contre cette manière d’agir; nous avons surtout examiné sérieusement les objections qu’on pourrait faire valoir au nom d’une fausse humanité; on voudra donc bien nous croire, quand nous disons que nous n’agissons point à la légère dans cette circonstance. D’ailleurs le désagrément résultant d’une alimentation forcée rationnelle doit paraître de peu d’importance quand on le compare aux dangers des opérations douloureuses et san-

glantes qui sont pratiquées tous les jours pour sauver la vie à des malades.

Nous tenons donc l’alimentation forcée comme complètement légitime et tout à fait indispensable, en nous appuyant sur les dangers qu’un refus d’aliments entraîne non-seulement pour la maladie mentale, mais surtout pour la vie du patient.

Tant que le sujet reste dans sa famille, le médecin ne peut ordinairement pas recourir aux instruments, pour obtenir l’alimentation forcée; il doit se restreindre aux expédients manuels. A ces moyens appartient, par exemple, l’introduction des aliments dans la bouche, par une dent ébréchée ou bien, dans la poche qu’on obtient dans la cavité buccale, en éloignant la joue de la mâchoire. Quand on emploie ces moyens, il faut avoir soin de boucher le nez. On réussit parfois à nourrir longtemps le malade à l’aide de ces expédients. Quand le patient résiste trop à ces mesures et que les aliments ne- parviennent point dans l’estomac, il faut administrer des lavements nourrissants, qui réussissent souvent. Si ces moyens ne parviennent pas à vaincre la résistance du malade, il ne reste plus d’autre ressource que de recourir aux instruments, el comme leur application est rarement possible dans la maison même du malade, on se trouve alors dans la nécessité de le conduire, sans retard, dans un établissement (1).

Q)i .,cs procédés pour obtenir l’alimentation forcée sont très nombreux. Les uns consistent à introduire les aliments par la bouche en écartant de force les arcades dentaires ; les autres permettent de conduire les matières alimentaires jusque dans l’estomac, à l’aide de la sonde œsophagienne. La plupart de ces moyens sont inefficaces, d’une application difficile et quelques-uns présentent des inconvénients sérieux et même des dangers graves. Nous n’hésitons pas à leur préférer le procédé aussi simple qu’efficace, recommandé par M. le docteur Vermeulen : Le malade étant couché sur un lit, la tête modérément élevée et fixée par un aide, l’opérateur verse, au moyeu d’une cuiller, des aliments liquides dans l’une ou l’autre narine. Quand

Enfin, toutes les causes d’affaiblissement doivent être évitées; l’allaitement, par exemple, devra être suspendu chez les mères aliénées ; les déperditions abondantes devront être diminuées et même supprimées, si c’est possible ; il faudra surtout éviter, dans le traitement, tous les moyens qui pourraient affaiblir; par exemple : la saignée, les médications altérantes, à moins qu’il n’y ait des indications formelles pour ces dernières, comme dans la syphilis secondaire et tertiaire. Au reste, nous renvoyons le lecteur à ce qui a été dit plus haut, par rapport au traitement débilitant.

on a soin de fermer la bouche, les aliments parviennent parfaitement dans l’estomac à l’aide de ce procédé, qui a d’ailleurs l’avantage de ne pas nécessiter le séjour du malade dans un établissement et d’étre d’une application si facile que le premier venu peut y avoir recours.

11 sera toujours possible d’incorporer dans le liquide les matières féculentes, azotées et sucrées indispensables à une nutrition complète. Ce point demande une attention toute particulière.

II est très-important de procurer une bonne répartition du sang dans l'économie et surtout dans les organes périphériques.

Nous avons déjà dit plusieurs fois que le défaut d’activité des nerfs vaso-moteurs empêchait la répartition et la circulation sanguines de se faire convenablement dans les cas qui nous occupent ; en conséquence, on trouve très souvent que la température des extrémités est abaissée, que les mains et les pieds sont froids, bleus ou livides, et que la peau est froide en général. La tête, au contraire, est chaude et on y observe des fortes pulsations artérielles et de la congestion veineuse.

Ces symptômes existent chez la plupart des malades et ils expliquent l’emploi fréquent de la saignée et des émissions sanguines dans ces circonstances. Comme la quantité du sang n’est pas trop grande, une répartition inégale de ce liquide n’offre pas d’indication suffisante pour pratiquer de fortes saignées. Ces dernières aggravent constamment l’état du malade ; d’ailleurs, dans ces cas, l’hypérémie cérébrale persistera aussi longtemps qu’il y aura du sang dans l’économie.

Il est préférable, dans ces circonstances, d’activer la contraction des vaisseaux sanguins et de stimuler le cours trop lent du courant circulatoire, par des applications froides sur la tète; si la chaleur était très-prononcée, on pourrait refroidir l’eau parla glace, la neige ou le sel. Il faut bien se garder d’appliquer des douches ou des courants d’eau de pluie, au lieu de linges trempés dans l’eau froide, quoique beaucoup de personnes leur attribuent une action réfrigérante plus énergique ; celte opinion repose certainement sur une observation inexacte, car il arrive beaucoup plus fréquemment que ces moyens augmentent l'afflux du sang.

A part le traitement déprimant direct dont nous venons de parler, on emploie aussi très-avantageusement le traitement dérivatif pour obtenir le même résultat : Les ventouses sèches et les sinapismes à la nuque sont parfois fort utiles ; les bains chauds des mains et des pieds produisent de bons effets, en augmentant la chaleur des extrémités; des sinapismes, des ventouses sèches et surtout la ventouse de Junod, s’appliquent parfois sur les jambes. Si ces moyens échouent et ne parviennent pas à modérer l’afflux du sang vers la tête, on ordonne les bains de siège froids, très-efficaces surtout dans les cas d’augmentation de la motilité et de l’activité réflexe, tandis que les bains de siège chauds sont préférables quand il y a de la torpeur. Dans ces derniers cas, quand l’emploi des moyens indiqués n’a pas produit d’effet, il faut recourir aux bains généraux chauds, suivis d’une friction.

Il est évident que les chaussures chaudes, les cruchons chauds dans le lit, sont de bons auxiliaires pour le traitement. On essaye aussi de produire une dérivation intérieure vers le bas par les purgatifs; mais il faut être très-prudent dans l’emploi de ceux qui affaiblissent et préférer les drastiques aux salins; enfin, on doit recourir souvent aux lavements.

Il faut tâcher de régulariser les sécrétions normales de l’économie ou celles gui sont devenues habituelles.

Les sécrétions du nez, la salivé, le lait, les menstrues, le flux hémorrhoïdal et surtout la transpiration des pieds (I) sont fort souvent diminués ou même complètement supprimés chez les aliénés. 11 importe donc de diriger ses recherches sur ce point. Il faut se garder cependant de cette tendance qui consiste à conclure immédiatement que le désordre psychique est une conséquence de la suppression de la sécrétion et à regarder celle-ci comme la cause de la maladie, car il arrive bien plus fréquemment que la suppression de la sécrétion est due à la même cause qui a occasionné les troubles psychiques, savoir, la faiblesse, l’anémie, sources de souffrance pour toute l’économie. Mais tel n’est pas toujours le cas, et il n’est pas rare de voir les troubles de la menstruation, du flux hémorrhoïdal et de la transpira-

(1) On ne saurait trop attirer l’attention sur l’importance de la suppression de la transpiration des pieds dans la production des affections nerveuses, des paralysies, des contractures et des maladies mentales.

tion des pieds déterminer des affections nerveuses et même des maladies mentales.

Du moment donc qu’on est persuadé que la suppression d’une sécrétion ne dépend point d’une autre cause, mais qu’elle est, par rapport à la maladie mentale, dans une relation de cause à effet, il faut, autant que possible et sans affaiblir l’économie, mettre tout en œuvre pour en rétablir le cours; car son influence étiologique n’est point douteuse quand la sécrétion s’est arrêtée brusquement et a été suivie immédiatement du développement de la maladie mentale, et, dans ces cas, une prompte intervention peut être suivie de résultats très-heureux.

Nous ne pouvons énumérer ici tous les moyens qui ont été recommandés dans ces circonstances; nous donnerions trop d’étendue à ce petit traité; nous nous contenterons d’appeler l’attention sur ces différents points.

Nous nous bornerons à donner quelques détails sur une particularité dont, autant qu’il est à notre connaissance, il est fait peu mention dans les traités spéciaux; il s’agit de la menstruation. Cependant l’importance de cette fonction ne peut être méconnue, quand on se demande quel est le rapport qui existe entre les sécrétions et les maladies mentales. Nous avons trouvé qu’on peut tirer des conclusions fort intéressantes de l’état mental des malades avant, pendant et après la menstruation. C’est ainsi que certaines malades deviennent agitées quelques jours avant la période mensuelle ; cette agitation augmente avec les retards de la menstruation et elle diminue quand un flux menstruel, même léger, apparaît enfin; il se déclare alors une rémission complète et parfois une véritable intermittence jusqu’à ce que l’agitation habituelle apparaisse de nouveau quelques jours ou quelques semaines après. Un second groupe comprend les malades ne présentant habituellement aucun changement dans leur disposition morbide à la tristesse ou à la gaieté,

mais qui deviennent tout à coup agitées, craintives, remuantes, indécises, ou bien manifestent une grande exaltation mêlée de beaucoup de gesticulations et décris, etc. ; ces symptômes persistent pendant quelques jours, puis la maladie reprend sa forme habituelle. Il est évident que la menstruation, quelque minime qu’elle soit, doit être considérée comme la cause de cette exaspération dans les symptômes, car l’agitation ne dure que le temps de l’écoulement mensuel.

Enfin, il est des cas où les malades ne montrent cette excitation, celte anxiété ou ce bonheur exagéré qu’après la période menstruelle ; pendant les pertes même, et d’après le caractère de la maladie, on remarque déjà un état ou plus agité ou plus déprimé, mais le paroxysme de l’agitation ne se déclare qu’immédiatement après la cessation d’un (lux irrégulier et insuffisant.

Ces particularités sont très-importantes et elles méritent, sous le rapport du diagnostic et du traitement, une attention toute spéciale. Le premier groupe comprend les cas dans lesquels la menstruation, irrégulière dans son apparition, modifiée dans sa qualité et sa quantité, a eu et a encore incontestablement une influence nuisible sur le développement de la maladie mentale; on doit donc, dans ces cas, exciter et favoriser la menstruation, et nous ne pouvons conseiller, à cet effet, de moyen plus efficace que les bains de siège froids. Dans les deux autres formes ou groupes, la menstruation est sans influence nuisible et la diminution du flux menstruel est la conséquence de l’anémie, qui a déterminé la maladie mentale; dans ces cas, chercher à activer la menstruation ne ferait qu’augmenter l’anémie et par conséquent l’excitation gaie ou triste. Il serait donc nuisible de chercher à provoquer le flux menstruel, il réapparaît tout seul quand on guérit l’anémie; le retour des règles est marqué par la disparition des symptômes psychiques, et nous savons par là que l’anémie, cause de la maladie mentale, est com-

plétement guérie. Ces cas nous montrent en général comment le médecin peut trouver la vraie voie, qui, dans le cas précédent, était le traitement de l’anémie (ferrugineux, etc.). Ce qui a été dit plus haut s’applique aussi à d'autres sécrétions et particulièrement à la transpiration des pieds. Cependant leur importance étiologique est moindre, et ne nous donne pas le même degré de certitude.

IL faut donner du repos aux parties du système nerveux qui, dans les occupations ordinaires du malade, ont eu une activité trop grande, et stimuler au contraire l'action de celles qui ont souffert par une inaction trop prolongée.

Quand une vie sédentaire a enrayé la circulation des organes abdominaux, ou quand une forte tension d’esprit a surmené le cerveau, il est d’observation que l’activité physique, surtout au grand air, exerce la plus heureuse influence ; elle diminue la pléthore abdominale, active la digestion et la nutrition en réveillant l’appétit et produit encore d’autres avantages très-marqués. L’exercice au grand air et surtout le travail manuel déterminent une répartition sanguine plus régulière de l’abdomen dans le reste de l’économie. .

On a l’habitude de garder les malades en question dans de petites chambres; quelquefois, on les tient dans leur lit avec les portes fermées, pour les maîtriser plus complètement,où pour cacher leur état à tous les regards . Cette manière d’agir est nuisible sous le rapport psychique ; elle empire aussi l’état physique du malade et augmente de plus en plus

son agitation. A cc point de vue, il est fort utile d’occuper et même de fatiguer un peu les malades par des promenades, des travaux en plein air, etc. S’il n’est pas possible de leur procurer ces avantages dans leur maison, il faut tâcher de les trouver dans une autre habitation et même dans une autre localité.

Depuislongtemps, lesmédccins compétents reconnaissent tout le profit qu’il y a pour l’esprit et pour le corps à s’occuper de jardinage et de travaux agricoles. C’est pour ce motif que tous les médecins des maisons de santé, soucieux d’obtenir la guérison de leurs malades, se préoccupent beaucoup d’avoir près de leur établissement un terrain suffisamment vaste pour que leurs pensionnaires puissent s’y livrer aux travaux agricoles. La gymnastique doit être recommandée aussi ; elle est fort utile et beaucoup de ces exercices peuvent se faire sans grands appareils. — Les exercices gymnastiques d’après la méthode suédoise sont les plus recommandables, car ils sont combinés de manière à activer régulièrement la circulation sanguine.

Quand on ne peut, pour une cause ou l’autre, employer les moyens dont nous venons de parler, il faut se contenter quelquefois d’arrêter, de diminuer ou de changer les occupations ordinaires. Les fatigues du corps ont leurs inconvénients comme les fatigues de l’esprit; et ce qui a été dit plus haut peut s’appliquer aux deux cas.

Le repos et l’amélioration qu’il produit dans un système nerveux fatigué, combinés avec l’activité plus grande procurée à une autre partie du système nerveux ayant une tendance à l’inactivité, seront les meilleurs moyens pour obtenir en même temps le rétablissement physique et psychique.

Il est très-important pour le praticien de reconnaître de prime abord les symptômes les moins prononcés des troubles de la sensibilité morale, de l’hypéresthésie (augmentation de la sensibilité) et de l’augmentation de l’action

réflexe (irritabilité). Il peut alors, par un simple changement dans la manière de vivre du malade, obtenir parfois des résultats très-heureux et retarder ou prévenir même le développement d’une maladie mentale imminente.

On ne saurait, au reste, trop recommander de changer ou d’arrêter même les occupations physiques ou intellectuelles, quand on croit reconnaître qu’elles ne produisent pas les avantages qu’on en attendait.

Les moyens qui agissent directement sur le système nerveux ne doivent être employés qu’après avoir bien pesé leurs indications.

11 arrive très-souvent que les moyens que nous avons indiqués plus haut, savoir : le rétablissement de la vigueur delà constitution, la régularité de la circulation et de la répartition sanguines, enfin, le soulagement produit dans les centres nerveux, par une dérivation prudente, font céder l’affection mentale sans qu’elle laisse des suites. Tout médecin a observé des cas nombreux où la guérison d’une anémie était suivie du rétablissement, non-seulement de névralgies et d’autres désordres nerveux, mais même de troubles de la sensibilité morale ; dans d’autres cas, on voit l’amélioration des désordres de l’estomac, dépendant du catarrhe aigu ou chronique, déterminer une meilleure digestion, suivie de la disparition des troubles de la sensibilité morale.

Mais, malheureusement, très-souvent les choses ne se passent point ainsi, et les troubles des sentiments, avec disposition à la gaieté ou à la tristesse, persistent après la guérison des accidents somatiques primitifs. Il ne reste alors

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d’autre moyen que de recourir aux médicaments qui agissent directement sur les centres nerveux. Dès le début, on peut combiner ces moyens dits spécifiques avec ceux qui agissent sur les organes primitivement affectés, ou bien on les administre pendant quelque temps seuls, et quand le résultat n’est pas heureux, on les allie aux premiers. La méthode qui consiste à donner ces médicaments dès le début de la maladie, est la moins rationnelle; ce traitement, fort suivi autrefois, ne doit être recommandé que dans certains cas particuliers. Dans l’antiquité, on se rendait à Anticyrrha pour prendre l’ellébore; navifja Anticyram et tribus Anticyris insanabile caput. C’est de cette manière que beaucoup de médicaments jouissent encore d’une certaine réputation contre l’aliénation mentale; on leur reconnaît le pouvoir de combattre les affections mentales par leur action sur le cerveau et on les administre à tout hasard, sans beaucoup plus d’indications.

Parmi ces médicaments il faut ranger, outre l’ellébore, l’opium, le haschisch, le camphre, la quinine, la digitale, l’acide cyanhydrique, l’eau de laurier-cerise, la belladone, l’atropine, le datura, le nitrate d’argent, l’oxyde de zinc, l’acétate de zinc et la liqueur de cuivre de Kôchlin.

Nous devons avouer que parmi ces médicaments nous n’en connaissons aucun qui ait une action spécifique contre toutes les affections mentales; nous ne voulons pas nier cependant qu’ils ne puissent rendre des services, administrés d’après une indication rationnelle.

Le plus employéest l 'opium qui, depuis de longues années, a été le sujet de beaucoup de discussions. Confiant dans les observations qui sont à notre connaissance, nous avons administré ce médicament, et souvent nous avons été assez heureux pour guérir le malade et rendre inutile son séjour dans un établissement. Nous sommes convaincu qu’on peut obtenir des effets très-heureux par l’opium, surtout au début

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de la maladie, el nous allons communiquer en peu de mois le résultat de notre expérience sous ce rapport.

D’après nous, l’opium est un excellent moyen pour ralentir la contraction vasculaire, activer la nutrition et procurer le sommeil; il combat fbypéresthésie, non-seulement des nerfs spinaux, mais encore des nerfs sympathiques.

Toutes ces indications sont suffisamment connues par les explications que nous en avons données antérieurement; elles sont d’une application très-fréquente au début de la maladie. L’opium a été souvent employé par nous dans les cas récents, et nous devons reconnaître que là où il ne nous a pas donné d’avantages directs et prompts, il a été plus utile cependant que tout autre moyen recommandé. Ainsi, nous avons rétabli complètement, grâce à l’opium, beaucoup de malades qui avaient inutilement cherché la guérison par d’autres moyens. La maladie cède d’autant plus facilement, et les doses nécessaires seront d’autant plus faibles, que sa durée a été moins longue.

L’hypéresthésie, à laquelle nous attachons beaucoup plus d’importance pour les indications du traitement qu’aux deux autres symptômes (diminution de la nutrition, insomnie), se développe habituellement de la manière suivante :

Les malades sont craintifs, ils croient avoir fait quelque mauvaise action ou commis quelque négligence qui auraient nui à certaines personnes; ils souffrent fort, se lamentent, crient et pleurent souvent; ils croient qu’il n’y a point de salut pour eux, qu’ils sont menacés d’un malheur, d’un danger, d’une honte. Jusqu’ici la maladie n’a pas de caractère bien marqué ; c’est à peine si on découvre un sentiment d z crainte, de tristesse , etc. Mais l’état s’aggrave; le malade apporte des preuves à l’appui. Il a commis tel méfait particulier; il a compromis son salut par telle action, etc. Ce sont, en quelques mots, les principaux symptômes.

Au résumé, nous dirons que l’opium est un excellent médicament dans la mélancolie active, alors qu’elle se transforme en délire mélancolique ; son action est d’autant plus efficace que la maladie présente moins de complications et que le délire est moins prononcé.

Quant aux doses, nous commençons ordinairement par un grain le matin et le soir, et dans certains cas déterminés, par deux grains ; en tout cas, si une constipation se déclare, nous la combattons par une infusion de feuilles do séné ou par l’huile de ricin, administrées tous les quatre jours, et nous augmentons l’opium d’un grain tous les quinze jours.

Nous avons observé des cas où la guérison était obtenue par des doses longtemps continuées d’un et de deux grains; mais, ordinairement, nous devions les porter jusqu’à quatre et six grains; ces doses étaient encore insuffisantes dans certains cas, et nous devions aller jusqu’à dix, quatorze et même seize grains.

Nous ne devons cependant pas dissimuler que l’opium ne guérit pas tous les malades chez lesquels il est indiqué et employé, mais nous tenons à déclarer qu’il nous a donné des résultats si heureux, que nous n’hésitons pas à le considérer comme le médicament principal de la psychiatrie.

Tout en recommandant si vivement l’opium, nous devons cependant avouer que ce médicament a aussi ses détracteurs.

Quelques médecins, et surtout des médecins aliénistes, se déclarent encore fort opposés à son administration, fidèles en cela à une vieille prévention qui excluait rigoureusement tous les opiacés du traitement des maladies mentales. Nous reconnaissons cependant que cette opposition diminue tous les jours. Certains médecins repoussent l’emploi de ce médicament, ou par amour-propre, ou par préjugé, ou par crainte de toute sorte de dangers. 11 est impossible de les faire changer d’avis.

Après, viennent ceux qui ont réellement essayé l’opium, et, parmi ceux-ci, quelques-uns déclarent qu’ils n’cn ont retiré aucun avantage. Il est vraiment étonnant que l’expérience, sous ce rapport au moins, donne des résultats si contradictoires, car tandis que le médecin d’un établissement publie les résultats les plus avantageux, celui d’un autre avoue n’avoir retiré aucune utilité de l’administration de ce médicament. Ces contradictions sont pénibles à constater. La force variable des différentes préparations, le choix des cas où on les administre et le défaut de persévérance dans l’emploi du médicament, expliquent le fait jusqu’à un certain point.

Enfin quelques médecins assurent que l’usage de ce médicament a été suivi d’accidents sérieux. Il peut produire des nausées, de la constipation, le refroidissement des extrémités; mais ces inconvénients disparaissent quand on a soin d’administrer pendant longtemps les mêmes doses; d’ailleurs un observateur prudent conjure facilement les accidents qui pourraient résulter de l’usage de cette substance. Beaucoup de malades supportent mieux le médicament après qu’avant les repas. On craint aussi beaucoup les congestions, mais cette crainte n’est pas fondée, car nous répétons que nous avons vu « la rougeur et la chaleur de la tête » disparaître par l'usage de ce médicament.

D’après notre expérience personnelle, l’opium a fourni les résultats les plus heureux :

1° Chez les sujets jeunes ;

2° Chez les femmes ;

3° Dans une première atteinte, surtout;

4° Quand la maladie s’est développée sous l’influence de causes morales;

5° Dans les différentes formes de la mélancolie avec excitation [melancholia activa). Ce médicament est sans action dans la melancholia attonita et dans le délire mélancolique;

il en est de même dans la disposition morbide à la gaieté et dans la manie débutante ou confirmée. Les injections souscutanées de la morphine ont été fort utiles surtout chez les malades qui refusaient de prendre des médicaments.

2. Le haschisch, pour avoir quelque efficacité, doit être administré ù doses plus fortes que l’opium; cette substance procure mieux le sommeil, mais ne jouit pas des principaux avantages de l’opium. En général, son action est plus faible et moins sûre. On emploie l’extrait alcoolique soit en pilules, soit en dissolution. Cette dernière préparation est désagréable à prendre.

Nous n’avons jamais observé les résultats surprenants que quelques médecins attribuent à ce médicament. Nous devons même avouer que ses effets sont moins brillants que ceux de l’opium. Nous ferons des recherches sur l’action du haschisch pris en le fumant; on en vante beaucoup les résultats.

3. Le camphre rend des services très-réels dans les maladies mentales liées à des troubles des organes de la reproduction. Associé à l’opium, son utilité est incontestable dans les désordres qui sont sous la dépendance de la folie puerpérale. Dans quelques cas compliqués d’onanisme, ce médicament nous donna une amélioration rapide, tandis que d'autres moyens avaient été inutilement employés.

4. La quinine a une efficacité toute particulière dans les maladies mentales et mérite à cet égard une mention spéciale. Il n’est pas nécessaire de démontrer que c’est le remède principal dans les affections intermittentes; il faut donc l’administrer dans les cas où les symptômes revêtent un caractère périodique, ou bien dans ceux qui se présentent dans des contrées marécageuses et chez des malades qui ont déjà souffert antérieurement d’affections intermittentes. Indépendamment de ces indications, la quinine est encore fort utile dans les affections mentales où le système nerveux est

épuisé, et surtout chez les personnes âgées. Elle rend de grands services dans les maladies mentales compliquées de tuberculose, où tous les autres moyens restent inefficaces; dans ces cas, elle améliore la nutrition et combat d’une manière générale les symptômes de la tuberculose. On peut l’administrer aussi en qualité d’amer, pour fortifier l’appétit. Il est vrai que l’action de ce médicament est souvent lente, mais son efficacité est si évidente que nous n’avons pas cru pouvoir nous dispenser de le mentionner ici.

5. La digitale et la digitaline. Nous avons prescrit ces médicaments à assez fortes doses dans certains cas pour combattre une activité trop grande du cœur; ils produisirent d’abord des nausées et même des vomissements, mais après quelques jours d’emploi, leur action sur le pouls se manifesta d’une manière durable. Ce médicament n’a pas une influence bien évidente sur les affections mentales, c’est l’opinion de tous les observateurs prudents.

6. L’acide cyanhydrique et ses composés, l’eau de lauriercerise, l’eau d’amandes amères, etc., ont une action calmante très-prononcée sur le système nerveux et méritent d’être employés; ils modèrent l’action troublée du cœur et, sous ce rapport, leur valeur thérapeutique est plus grande que celle de la digitale. On peut les administrer conjointement avec les autres médicaments et principalement avec ceux qui agissent sur les organes abdominaux.

7. La belladone , le datura, etc., ne nous ont pas offert d’utilité. Nous avons administré l’atropine avec succès dans certains cas périodiques, et ce médicament est fort recommandé dans l’épilepsie.

8. Nous devons signaler particulièrement l’excellente action des alcooliques. La vérité du proverbe ; « Le vin réjouit le cœur de l’homme, » a été souvent confirmée chez les mélancoliques. Les alcooliques, administrés d’une manière intelligente, n’ont jamais offert d’inconvénients. Nous avons

vu souvent l’angoisse disparaître et un sommeil tranquille s’établir après leur administration. La bière présente aussi des avantages; elle réveille l’appétit et facilite la digestion. Les boissons chaudes, prises surtout le soir pour favoriser le sommeil, ne doivent pas être négligées; nous nous sommes servis ù cet effet, et avec des résultats fort heureux, de petites doses d’eau-de-vie.

9. Parmi les médicaments métalliques, nous devons citer particulièrement :

1° Le nitrate d’argent, qui s’emploie de préférence dans les maladies mentales complètement développées, ou bien dans les cas où une affection nerveuse, (épilepsie) existait longtemps avant la maladie mentale.

Ce médicament nous a donné des guérisons rapides dans les maladies mentales débutantes, alors que le catarrhe de l’estomac ou des intestins pouvait être considéré comme cause première de l’affection. Le nitrate d’argent arrête promptement la diarrhée.

2° Les composés de zinc nous ont paru sans utilité; au moins l’avantage que nous en avons retiré a été bien minime. D’après le conseil de Rademacher, nous avons employé avec succès l’acétate de zinc dans un cas de delirium tremens; il en a été de même dans un cas d’excitation périodique n’ayant point les caractères du delirium tremens, mais se déclarant chez un malade adonné à l’ivrognerie.

5° Les préparations de cuivre ne nous ont donné aucun résultat : cependant, séduit par les promesses de ceux qui ont cru leur trouver quelque utilité dans les cas de mélancolie avec agitation et anxiété, nous nous sommes décidé à employer dans ces cas la liqueur de Kôchlin. Ce médicament n’eut aucune action sur l’affection mentale; il n’augmenta point l’appétit et ne diminua point l’éloignement pour les aliments; son administration fut suivie de désordres de l’estomac, qui persistèrent pendant longtemps. Quelques méde-

— ni

cins assurent avoir guéri des cardialgies chroniques par ces préparations. Jusqu’ici, nous ne trouvons rien dans la littérature médicale qui soit de nature à nous inspirer la moindre confiance dans ces médicaments ou qui nous engage à faire des expériences ultérieures sur leur action.

4° L'acide arsénieux (liqueur deFowler) a été employé par nous, comme dernière ressource et après avoir inutilement administré la quinine, dans les affections intermittentes, ou dans les maladies mentales se déclarant chez des malades résidant dans des contrées marécageuses.

Le traitement moral est très-important ; il ne faut donc pas le négliger.

Le médecin ne doit pas perdre de vue qu’un traitement exclusivement somatique réussit rarement à guérir les désordres de l’esprit et qu’il est nécessaire aussi d’agir moralement sur le malade; nous attachons une si grande importance au traitement moral, que nous n’hésitons pas à déclarer qu’il a beaucoup plus d’efficacité que l’autre, surtout au début de la maladie, et qu’à lui seul il est plus en état de rétablir le malade que ne pourrait le faire le traitement somatique.

Quoique l’action combinée des différents agents moraux agisse avec toute son efficacité dans les établissements d’aliénés, cependant le médecin peut soumettre son malade à des influences morales salutaires dans le domicile même de celui-ci.

Nous allons essayer de tracer quelques règles du traitement moral, tout en prévenant le lecteur que nous ne faisons que les esquisser ici d’une manière générale, nous réservant de les détailler dans le chapitre suivant.

11 faut que le médecin soit et reste maître de la situation. Telle est la règle principale d’un traitement moral rationnel. Le malade est trompé par ses sentiments anormaux, par ses fausses sensations (illusions et hallucinations) ou par ses idées délirantes ; ces erreurs, qu’il n’est pas en état de redresser, le portent à des projets bizarres, à des actes déraisonnables; il importe donc de le soumettre à une volonté étrangère plus intelligente que la sienne. Cette volonté ne peut être autre que celle du médecin, car seul il est h même d’apprécier l’état du malade, non-seulement sous le rapport somatique, mais aussi sous le rapport psychique. C’est donc au médecin à diriger le traitement physique et moral, et la famille doit se soumettre complètement à ses prescriptions. Si les choses se passent ainsi, il peut faire beaucoup de bien, cartoutle traitement somatiqueest entre ses mains. Si, alors, sa conduite est dictée par des principes thérapeutiques rationnels et non par les erreurs d’autrefois, il pourra obtenir les résultats les plus heureux. C’est dans ces circonstances qu’il pourra se dispenser d’envoyer immédiatement ses malades dans un établissement, pourvu qu’un personnel suffisant de gardiens assure l’exécution de ses mesures et soit en état d’empêcher tout acte dangereux de la part du patient.

Parfois, cependant, le médecin ne peut obtenir ce que nous venons d’exposer; ses prescriptions ne sont pas suivies par le malade; il ne peut se procurer un nombre suffisant de gardiens pour exécuter ses mesures; la famille n’a ni le courage ni la confiance nécessaires pour lui obéir et veut faire prévaloir ses propres idées; ou bien, aveuglée par une affection peu éclairée, elle ne peut se résoudre à mettre obstacle aux actes déraisonnables de l’aliéné, üuand une de ces circonstances se présente, la situation s’aggrave pour le médecin et pour le malade; tant que celui-ci reste dans sa famille, il ne saurait plus être question de traitement somatique ou îhoral, et ce que le médecin a de mieux à faire,

c’est de le soustraire aussi vite que possible aux circonstances désavantageuses qui l’environnent et de le placer dans un milieu plus favorable, qu’on ne peut réaliser alors que dans un établissement d’aliénés.

Comme second principe du traitement moral, nous établissons la nécessité pour le médecin , dès qu'il découvre quelque désordre psychique , d'insister immédiatement sur une surveillance sévère, continuée jour et nuit. Souvent, la famille désolée et des médecins même croient que la surveillance à l’égard du malade doit se faire d’une manière inaperçue, et qu’en général il ne faut pas trop le fatiguer par des mesures de précaution. Cette manière d’agir n’est pas rationnelle, car le plus grand inconvénient qui pourrait résulter de cette surveillance incessante, c’est un sentiment d’irritation contre ses gardiens, contre sa famille, et surtout contre le médecin qui l’ordonne, inconvénients de peu d’importance quand on les compare à ceuxqui résultent d’unesurveillanceincomplète, et qui ne se présentent, hélas ! que trop souvent. C’est à ces inconvénients qu’il faut rapporter les actes nuisibles que le malade commet contre lui-même, ou contre d’autres personnes, ou contre les choses.

Que de fois n’arrive-t-il pas qu’une surveillance sévère empêche un malade, dont l’état n’est point encore connu du monde, mais seulement de sa famille, de se mutiler ou bien de se suicider ! La crainte de nuire par la surveillance retient le médecin et la famille; cependant s’ils avaient bien calculé les suites des deux manières d’agir, ils n’hésiteraient pas à se ranger à notre avis. Combien de fois n’arrivc-t-il pas qu’un aliéné, obéissant à un sentiment de crainte ou à une idée délirante, commet des actes nuisibles aux personnes ou aux propriétés, accidents qui auraient été facilement prévenus si le médecin avait insisté, dès le début, sur une surveillance sévère. Nous pourrions citer beaucoup d’exemples à l’appui de ce que nous disons, mais nous croyons qu’il

— Ho —

nous suffira de faire un appel à l’expérience de chaque praticien.

A part cet avantage négatif, d’empêcher tout ce qui pourrait nuire au malade ou à son entourage, la surveillance a encore cet avantage positif de forcer le malade à rentrer en lui-même et de le faire coopérer de cette façon à sa propre guérison ; il sera donc plus utile d’employer une surveillance ouverte, et si elle éveille parfois le mécontentement du patient, elle détermine aussi une certaine réflexion ; il se demandera pourquoi il est surveillé; il acquerra la conviction qu’il ne peut point faire ce qu’il veut et cette conviction entraîne avec elle une certaine amélioration, pourvu toutefois que son esprit puisse être influencé encore.

Nous conseillons la surveillance dans toute maladie mentale, car il est impossible de prévoir les changements qui peuvent se déclarer dans les symptômes. Quoiqu’il n’y ait pas de motifs de craindre pour le moment, personne cependant ne peut répondre absolument de l’avenir; un sentiment bizarre, une erreur des sens ou une crainte imprévue peuvent pousser subitement le malade à des actes dangereux.

Comme troisième principe de traitement, nous conseillons de ne pas approuver constamment les idées erronées du malade.

Ces concessions se font ordinairement pour ne pas déterminer chez lui une irritation qui pourrait empirer son état ; cette manière d’agir n’a d’autre résultat que d’aggraver l’affection en question, car l’état du patient s’empire bien plus par ses fausses idées que par l’agitation que la contradiction peut déterminer en lui. Et comment veut-on qu’une fausse notion ne s’enracine pas chez lui, quand les personnes de son entourage même la fortifient? Les sensations, les idées et les projets du malade ont déterminé chez lui des conceptions fausses, et sa conviction à cel égard ne peut que se fortifier par celle des personnes qui l’environnent.

Si nous désapprouvons toute concession aux idées fausses (méthode par concession), il ne s’ensuit pas que nous croyions qu’on doit toujours s’y opposer. Sous ce rapport, il faut beaucoup de prudence et de circonspection. Une contradiction directe peut être utile au début de l’affection mentale, quand le malade lutte encore contre ses fausses conceptions avec toutes les facultés saines de son intelligence, quand il réunit toutes les forces de son esprit pour combattre le mal qui l’envahit de plus en plus, quand, dans le combat de l’erreur contre la vérité, il se cramponne à tout; quand, enfin, il parle encore de ses idées erronées avec un certain doute. La contradiction alors le soutient; il s’en sert pour réfuter et dominer ses fausses conceptions.

Cependant, s’il a passé la période du doute, si ses idées délirantes deviennent fixes, s’il considère déjà ses fausses conceptions comme réelles, il est trop tard pour faire encore de l’opposition; c’est en vain qu’on s’efforce de ramener l’aliéné dans une voie dans laquelle il n’a plus la force de se maintenir ; on s’abstient alors d’une contradiction qui ne peut qu’agiter et irriter le malade sans aucune utilité.

Quand il en est arrivé à ce point, on doit se garder d’approuver ou de désapprouver ses idées; on les passe sous silence, et on met tout en œuvre ( méthode par révulsion) pour les empêcher d’acquérir un nouvel aliment.

Relativement à ce point, les considérations suivantes, quoique peu importantes en apparence, sont cependant justifiées par l’expérience. La conduite qu’on tient à l’égard du malade doit être franche, afin de ne pas augmenter sa défiance; il ne faut pas avoir des entretiens secrets avec d’autres personnes en sa présence, mais il faut parler à haute voix, ou se décidera remettre la conversation à un autre moment; en un mot, tout ce qui pourrait fortifier ses idées doit être évité. Les médicaments, par exemple, doivent être administrés ouvertement; il ne faut jamais les

mêler aux aliments, car si le malade parvient à s’en apercevoir, les idées d’empoisonnement pourraient s’enraciner, et, ce qui est bien plus fâcheux, il pourrait se décider à refuser toute nourriture. Si le malade se défie de ses aliments, il ne faut pas le faire manger seul, il est préférable dans ces cas de lui faire prendre ses repas à la table commune.

Nous avons vu plus haut que les troubles des sentiments peuvent donner lieu à des idées fausses, mais le contraire peut se présenter aussi; c’est ainsi qu’une hallucination anxieuse peut être l’origine d’un sentiment anxieux, et même d’une effrayante angoisse précordiale, qui détermine chez le patient une agitation portée au plus haut degré. Il est reconnu que les hallucinations et les illusions offrent leur plus grande intensité le soir et au moment de s’endormir. Une serviette devient alors aux yeux du malade un spectre blanc; un tableau pendu au mur, une personne dangereuse qui le trompe; ces visions l’inquiètent et l’empêchent de dormir. L’erreur devient moins facile quand on apporte de la lumière dans sa chambre, et souvent il dort mieux près d’une veilleuse qu’à la suite de l’administration d’un narcotique.

Nous pourrions multiplier ces exemples, mais nous laissons ce soin au praticien qui, dans chaque cas particulier, pourra juger des indications, s’il veut bien se convaincre que le malade ne doit pas être trompé, et qu’il faut éloigner de lui tout ce qui pourrait éveiller sa défiance , favoriser ses illusions ou ses hallucinations et fortifier ses sensations anormales.

Disons aussi quelques mots d’un certain traitement psychique ou moral dont on rencontre encore, de temps en temps, des applications; il est basé sur la manière d’agir que nous avons désapprouvée plus haut, et qui consiste à entrer dans les idées fausses du malade ( méthode par concession).

Beaucoup de personnes trouvent cette manière d’agir si rationnelle, qu’elles n’hésitent pas à la mettre en pratique, et cependant elle n’a d’autre résultat que d’enraciner les idées délirantes.

Nous lisons à ce sujet dans le Correspondenzblatt fur Psychiatrie, 1856, n° 2, les détails suivants :

« On raconte différentes anecdotes d’aliénés qui prétendaient avoir des grenouilles ou d’autres animaux dans la tête ou dans l’estomac, qui se figuraient que des insectes ou d’autres choses étranges se trouvaient sur leur peau, et on prétend les avoir guéris en acceptant leurs idées comme vraies, et en éloignant ces animaux, objets de leurs plaintes. La plupart de ces histoires n’ont aucun fondement, au moins quant à ce qui a rapport à la guérison, car l’opération qu’on pratiquait, bien loin de détruire les idées délirantes, leur donnait, au contraire, une force nouvelle.

« Un malade, dans le vase de nuit duquel on avait mis quelques grenouilles pour lui ôter l’idée que ces animaux se trouvaient dans son estomac, fut fort content quand il les vit, et dit aux médecins qui attendaient l'effet de leur supercherie : « Vous voyez, messieurs, que j’avais raison ; vous m’avez débarrassé d’une partie de ces animaux ; je vous en supplie, délivrez-moi de ceux qui restent. » Un nabab indien, qui croyait avoir deux nez, vint consulter Orlila, en janvier 1855, et le pria de le débarrasser de son nez supplémentaire. Orlila, le médecin philosophe et chrétien, entre dans cette idée et lui dit d’un ton calme et assuré : « Je vous en débarrasserai; revenez demain. » Il se procure un nez dans un amphithéâtre, soumet l’Indien au chloroforme, simule une opération et lui montre, â son réveil, le nez amputé. Tout alla bien pendant quelques jours, mais le malade redevient inquiet et prétend que le nez repousse. C’est en vain qu’Orfila veut le dissuader; c’est en vain que Velpeau, dont le concours avait été réclamé dans l’entre-temps, déclara

que l’opération avait été parfaitement pratiquée et que la cure était radicale; il fut impossible de convaincre l’Indien ; il partit, en disant : « Je reviendrai l’année prochaine, pour subir une nouvelle opération. » Velpeau essaya de guérir une femme qui prétendait avoir un crapaud dans le ventre, en lui faisant une petite incision dans la paroi abdominale, entre les lèvres de laquelle il plaça adroitement l’animal en question, qu’il montra ensuite à la malade d’une manière triomphante. Elle regarda le erapaud et s’écria : « Quel malheur! c’est une femelle; elle a laissé des petits. »

Nous croyons en avoir dit assez sur le traitement moral en général; certains points seront traités d’une manière plus détaillée dans le chapitre suivant.

YII

Le séjour du malade dans une maison de santé.

C’est la dernière ressource du médecin. Chez un malade tranquille, il doit recourir à cette mesure quand il a essayé inutilement tous les moyens recommandés plus haut, ou du moins, quand il a acquis la conviction qu’une prolongation de son traitement ne peut produire aucun résultat heureux ou, enfin, qu’en différant l’isolement dans un asile, il compromettrait et limiterait les chances de guérison ; chez un malade agité, récalcitrant et excité, il doit recourir à cette mesure, quand il n’est plus en état de dominer et de combattre les accidents et les symptômes propres de la maladie par les moyens qui sont en son pouvoir et qu’il ne peut plus par conséquent assumer la responsabilité d’un plus long retard vis-à-vis du patient et de sa famille.

Il est très-difficile de fixer 1 époque précise à laquelle un malade doit être placé dans une maison de santé. Nous allons cependant essayer d’élucider ce point autant que possible.

Nous croyons inutile de démontrer que tous les sujets chez

lesquels on observe quelques symptômes de maladie mentale ne doivent pas être colloqués dans une maison de santé; les établissements d’aliénés, tant publics que privés, ne pourraient contenir un pareil nombre de malades; il est, d’ailleurs, des cas peu graves, qui guérissent rapidement quand ils sont convenablement traités. Nous conseillerons même au médecin de ne pas trop se bâter de recourir à un établissement, de ne pas discontinuer immédiatement un traitement à peine commencé; cette manière d’agir, en le débarrassant de tout souci, au détriment des maisons de santé, le rend de plus en plus étranger à la psychiatrie. Il est de l’intérêt de l’État et des malades, que tout médecin tende à se familiariser avec le traitement des affections mentales, autant qu’il l’est avec celui des autres maladies, et que les premières soient, de sa part, l'objet d’autant de soins que les dernières.

C’est évidemment le but que la Société allemande de Psychiatrie et de Psychologie légale avait en vue, quand elle mit au concours la question qui se trouve entête de ce livre; elle voulait fournir au médecin l’occasion de se familiariser avec les principes qui doivent le guider dans les premiers soins â donner aux aliénés, afin que tous ces malades ne soient plus placés dans les maisons de santé et qu’un traitement rationnel, institué dès le début, parvienne à en diminuer le nombre d’une manière générale.

Notre opinion est donc que le médecin doit traiter d’abord le malade dans sa demeure, d’après les principes énoncés plus liant, et qu’il ne doit se résoudre à le placer dans une maison de santé que quand se présenteront les circonstances suivantes :

a. Quand le malade ne veut plus suivre les prescriptions du médecin et que toute médication devient impossible tant qu'il reste chez lui. Ces complications sont le résultat des sentiments de défiance qu’il nourrit contre son entourage et par-

fois aussi contre son médecin. Il voit partout de la persécution et des pièges; il découvre partout du poison et refuse, par conséquent, de manger et de prendre des médicaments. Quand cette situation se prolonge, non-seulement le temps le plus favorable à la guérison se passe, mais l’agitation constante qui s’empare du malade et contre laquelle on reste désarmé, aggrave son état, et le rend de plus en plus irrité et récalcitrant.

Sans compter les sentiments de défiance, il y a encore d’autres idées délirantes qui le décident à s’opposer aux prescriptions du médecin. Le malade peut se figurer, par exemple, qu’il est préférable pour lui et pour les siens qu’il ne guérisse pas ; il peut croire que sa mort serait utile h sa famille; ou bien, il s’imagine qu’il doit jeûner et faire pénitence et qu’il ne peut, par conséquent, point recourir à des médicaments, ou, enfin, des dérangements physiques l’empêchent, d’après lui, de prendre des aliments ou des remèdes (maladies de la gorge ou de l’estomac).

Le refus des aliments ne peut être traité à domicile que pour autant qu’on parvienne à nourrir le malade par les expédients recommandés plus haut; s’il faut se servir d’instruments, il devient urgent de le placer dans une maison de santé. Ce n’est que quand cette mesure ne peut se réaliser immédiatement, soit à cause des formalités usitées dans la plupart des établissements, soit parce qu’il n’y a plus de place, que le médecin doit prendre sur lui de procéder à l’alimentation forcée à domicile. Nous croyons, au reste, que, dans les cas pressants, la plupart des gouvernements permettent que les malades soient transportés dans les établissements de santé, sans qu’on soit tenu à l’observation rigoureuse des formalités habituelles.

Ce n’est pas toujours à cause de ses sentiments de défiance ou de ses idées délirantes que l’aliéné s’oppose à l’administration de médicaments, mais souvent aussi par

un défaut d’appréciation tout à fait caractéristique de son état. Il prétend qu’il n’est pas malade, et, par conséquent, ne veut point entendre parler de prescriptions médicales.

b. Quand le malade essaye de se nuire. Il arrive très-souvent,dans la mélancolie en général et surtout dans celle qui s’accompagne d’anxiété et d’agitation ( melancholia activa), que le malade, comme nous l’avons dit plus haut, est poussé irrésistiblement au suicide, par son anxiété précordiale. Il cherche toutes les occasions de se nuire. Tout lui est bon. D’après les circonstances, il se sert de cordes et de linges pour se pendre, de rasoirs, de couteaux, d’instruments piquants pour se blesser, ou il veut mettre fin à ses jours par l’eau, par le poison, en sautant par une fenêtre, etc. Il emploie les moyens que le hasard met à sa disposition ; cependant , les hommes préfèrent les moyens sanglants, et les femmes sont plus portées à s’empoisonner, h se pendre, à se noyer.

Il faut donc, dans tous ces cas, la surveillance la plus sévère, pendant le jour et la nuit. On placera près du malade de robustes gardiens, qui le suivront pas à pas ; il faut enlever les instruments dangereux qui sont à sa portée et le garantir de tout ce qui pourrait lui être nuisible.

Quelques malades trompent leur entourage avec une ruse et une finesse vraiment étonnantes ; aussi , les surveillances défectueuses ont été cause de beaucoup de malheurs. Il faut donc attirer de bonne heure l’attention de la famille sur ce point et l’avertir de se tenir sur ses gardes.

Malgré toute la prudence du médecin et de la famille, il n’est quelquefois pas possible d’empêcher un malheur : la surveillance et les veilles fatiguent les gardiens, ils deviennent inattentifs, se livrent au sommeil, ou se laissent tromper.

Dans tous ces cas, nous recommandons de la façon la

plus expresse, de placer immédiatement dans un établissement monté sur un bon pied, les malades qui montrent, par leurs paroles ou leurs actes, une tendance à se nuire. — Tout est organisé là de manière à prévenir les tentatives de suicide et, quand le médecin de l’établissement est averti à temps, on peut y employer des moyens de surveillance qui rendront diflicile, sinon impossible, l’exécution des plans de l’aliéné.

c. Quand le malade est dangereux pour son entourage et pour la sûreté publique. Beaucoup de malades, poussés par leur anxiété, par leur excitation maladive, montrent les penchants les plus variés et les plus dangereux. Par animosité contre leurs proches, ils sont toujours tentés de se venger d’eux et ne reculent pas devant les actes pour accomplir leurs desseins. — 11 n’est pas rare qu’ils se livrent à des actions nuisibles et fassent des blessures mortelles, poussés par leurs idées délirantes, par leur état d’agitation maladive et surtout par leur anxiété. Souvent aussi, c’est par un sentiment de compassion, d'attachement et d'affection pour certaines personnes et particulièrement pour leur famille que les malades les blessent, et même les privent de la vie, afin de leur épargner des malheurs plus grands. C’est ainsi que certains aliénés croient que leurs enfants sont menacés parune famine imminente, une maladie régnante, des persécutions, de grands dangers; qu’on les fera mourir de faim ou qu’on les emprisonnera pour des crimes commis par eux-mêmes, mais dont on se vengera sur leur femme, leurs parents, etc. Ils veulent détourner tous ces malheurs de leur famille et ne reculent pasdevantles moyensviolents pour atteindre ce but.

11 n’est pas rare de voir un père étrangler scs enfants les uns après les autres, leur briser le crâne, leur couper le cou; il n’est pas rare de voir une mère empoisonner tous ses enfants, se jeter à l’eau avec eux pour les préserver de dangers imminents.

Ce n’est donc pas seulement l’éloignement, l'inimitié, la malignité maladive qui poussent les aliénés à ces actes de violence, mais aussi l’intérêt, l’attachement et une affection vraie et profonde.

Mais le malade peut encore se livrer à d’autres actes nuisibles; c’est ainsi qu’il peut être poussé au vol par son angoisse mélancolique ou par ses idées délirantes; son extrême irritation peut le décider à nuire à sa propriété ou à celle de son voisin; d’autres fois, dominé par une idée délirante, il peut mettre , le feu à une maison ou commettre n’importe quel méfait.

Enfin, certains malades, sous l’empired’idéesdegrandeur, attirent beaucoup de désagréments sur leur famille; ils dépensent leur fortune, passent légèrement des marchés onéreux, achètent à des prix énormes des objets inutiles et font des affaires en gros, affaires qui trompent souvent et ruinent parfois complètement les personnes même les plus compétentes. Nous ne fatiguerons pas le lecteur par le récit de faits à l’appui ce que nous avançons; les exemples sont trop connus pour que nous insistions.

En un mot, dans tous les cas où le malade devient dangereux à lui-même et à autrui, il faut tâcher de le placer aussi vite que possible dans un établissement.

d. S’il n’y a point dans les symptômes, à la suite du traitement institué , un état stationnaire ou une amélioration qui permettent d'espérer la guérison , mais surtout quand la maladie s’aggrave. Nous avons déjà indiqué quelle est la conduite que le médecin doit tenir avec des malades récalcitrants et dangereux; il n’est pas difficile de savoir quand il faut agir dans ces cas. 11 n’en est pas de même quand le malade est tranquille, quand l’opiniâtreté, qui se montre quelquefois, n’est que de courte durée, quand le médecin garde son autorité et reste maître de la situation, quand la disposition des lieux est assez favo-

rable pour ne pas forcer la famille à placer l’aliéné dans un asile.

Il est évident que, pour des cas pareils, on ne sauraitüxer à priori une période déterminée pour l’entrée du malade dans unemaison de santé ; une attente de trois semaines peut être trop longue, d’autres fois il est encore temps après neuf semaines.

Nous devons chercher à fixer ces limites par certaines considérations, parmi lesquelles on devra distinguer les suivantes :

1. La guérison du malade est rarement possible au milieu de son entourage habituel, quand les troubles des sentiments sont déterminés par des causes dont 1 action persiste toujours et qui ne peuvent être combattues tant que le patient reste dans sa famille, par exemple la masturbation; ces causes, agissant plus activement tous les jours, fournissent

un nouvel aliment à la maladie.

2. Le médecin agit sagement en plaçant son malade sous une autre direction, quand les complications somatiques de la maladie s’aggravent et que l’anémie augmente, quand la congestion sanguine des centres nerveux persiste, quand la nutrition languit et que le poids du corps diminue, quand enfin de nouveaux symptômes se déclarent encore.

3. Le malade ne peut se rétablir à domicile quand, sous le rapport psychique, les désordres primitifs de la sensibilité morale se dissipent peu à peu, ou que, peu prononcés au début de la maladie, ils sont remplacés par les idées fausses dites idées fixes, ou bien, quand on observe une certaine faiblesse d’esprit (Swachsinn).

4. Le médecin ne doit pas hésiter à placer le malade dans une maison de santé, quand il sait, par les renseignements, que, par suite de certaines circonstances, le malade peut devenir dangereux à lui-même et à autrui, quoique le danger n’existe pas encore dans le moment même, ou enfin , quand l’expérience

a appris qu’il ne s’était pas rétabli antérieurement dans sa famille, mais que la guérison avait été prompte quand on s’était décidé à le placer dans un établissement.

Nous pourrions donner plus de développement à ces considérations, mais nous croyons que le tact pratique du médecin suppléera à ce qui manque. Nous rappellerons seulement ce que nous avons déjà dit au commencement, savoir, que l’issue favorable du traitement et même tout l’avenir du malade dépendent souvent de sa prompte admission dans une maison de santé.

Enfin, il est plus facile, sous ce rapport, d’énoncer des règles dans les livres, que de les réaliser dans la pratique.

Ceux qui connaissent les préventions que le public, tant instruit qu’ignorant, nourrit encore contre les maisons de santé, comprendront aisément les difficultés que le médecin traitant aura à surmonter.

En effet, tout n’est pas dit quand, prenant en considération l’expérience qu’il a acquise de la marche de la maladie, les résultats obtenus par le traitement institué et les inconvénients résultant de l’entourage du malade, le médecin s’est formé la conviction que l’aliéné ne peut pas se rétablir dans son domicile et qu’il doit être placé dans un établissement; il faut encore vaincre les résistances de la famille. La conviction du médecin est complète, eteependant il hésite à l’exprimer, de peur de perdre son client. S’il fait enfin la proposition de placer le malade dans une maison de santé, on lui suscite toutes sortes d’obstacles : on lui impose un consultant dont les promesses et les réticences finissent par mettre son collègue en suspicion et enfin on se décide à lui donner son congé.

Souvent aussi, la famille n’est pas en état de supporter les frais du séjour du malade dans une maison de santé. Si c’est la commune qui doit payer, elle a d’autres dépenses à faire, ou elle a déjà un grand nombre de pensionnaires dans l’éta-

blissement et il lui est impossible de donner suite à la requête du médecin.

On met aussi en avant la honte qui résultera, pour le malade et sa famille, de sa collocation, le danger que courent les affaires qu’il dirigeait jusqu’aujourd’hui; on recule devant le fait de rendre la folie publique; on craint que, n’ayant dans l’établissement que des aliénés pour société, il ne devienne encore plus insensé, plus récalcitrant et ne finisse par perdre complètement la raison; on a peur de voir le malade apprécier défavorablement la conduite de la famille; on pense qu’il la croira dépourvue d’affection et qu’il en concevra une vive rancune.

La fausse affection élève aussi souvent la voix dans une question résolue facilement par un sentiment éclairé. On ne veut pas se séparer du malade, l’abandonner à des étrangers, le placer dans un établissement où il aura à supporter toute espèce d’inconvénients, où il sera l’objet de mauvais procédés de la part des médecins et des gardiens, où il ne pourra jouir de bons soins et d’une bonne nourriture, en un mot, où il aura à endurer une foule de désagréments, sans lesquels le public ne se figure pas une maison de santé.

Le médecin doit s'efforcer d’écarter tous ces obstacles par des entretiens avec la famille, et puis il doit insister avec fermeté sur l’exécution de ses désirs. S’il est faible, il devra entrer dans un système de concessions, de demimesures, qui ne valent rien et qui, comme nous l’avons vu plus haut, font au contraire beaucoup de tort. 11 doit donc être ferme et insister pour une prompte admission dans un établissement. On parvient à vaincre les préventions des proches quand on a soin de leur faire comprendre que le malade peut y guérir sûrement et promptement, tandis qu un plus long séjour dans sa famille n’aura d’autre effet que d’aggraver la maladie et de la convertir en une démence incurable. On pourra aussi faire céder les objections financières

d’une administration communale trop économe, quand on a soin de lui représenter qu’un séjour de courte durée dans un établissement suffira maintenant pour rétablir le malade, tandis qu’on sera forcé plus tard d’entretenir pendant toute sa vie un aliéné devenu incurable, et qu’on peut, par conséquent, éviter beaucoup de frais à la commune par une prompte décision.

C’est pour le médecin une tâche difficile que de réfuter toutes les préventions qui régnent encore dans le public contre les établissements d’aliénés, préventions qui retardent si souvent l’isolement du malade en temps convenable. Les discours et les preuves sont souvent impuissants à combattre les traditions mensongères, même chez les personnes éclairées, et c’est ce qui nous engage à recommander ce sujet non-seulement à l’administration des établissements d’aliénés, mais aussi à l’attention du gouvernement. On pourrait chercher à déraciner ces erreurs en éclairant le public par des articles dans les revues, les journaux politiques, les almanachs, etc. L'Étal (1) pourrait faire beaucoup sous ce rapport, en demandant aux principaux médecins des maisons de santé, des mémoires sur ce sujet pour l’instruction du peuple et en s’engageant à les répandre par tous les moyens qui sont à sa disposition. Les meilleurs travaux sur la matière devraient être popularisés par toutes les feuilles publiques, par les almanachs, etc.

Un obstacle plus grand à la prompte admission des malades dans une maison de santé se rencontre dans les formalités légales, longues, clsouvent difficiles, qui doivent être observées. Nous pourrions approuver ces mesures, si elles

(1) Les gouvernements de Hanovre, de Bade et de Nassau ont pris une mesure fort sage en renseignant le public sous ce rapport.

Désirant réaliser cet objet sur une échelle plus large, la Société allemande de Psychiatrie et de Psychologie légale proposa ce sujet au concours en 1805.

nous donnaient la certitude qu’une personne bien portante ne sera jamais enfermée dans un asile et si elles avaient pour conséquence de protéger plus efficacement la personne et les biens d’un malade; mais comme ce résultat n’est point obtenu , et que toutes ces longueurs n’empêchent pas qu’une personne atteinte de delirium puisse se trouver dans un établissement d’aliénés, soit privé, soit public (comme fauteur peut l’affirmer avec certitude), il est à désirer que, dans tous les gouvernements, les formalités tendent à garantir plus efficacement les personnes et les biens, tout en restreignant autant que possible les formalités nécessaires, afin de ne plus mettre, sous ce rapport au moins, des obstacles à la prompte admission des aliénés dans une maison de santé.

Des propositions sur ce sujet ne seraient pas à leur place ici; elles devraient se trouver dans une loi sur les établissements d’aliénés; nous avons cru cependant qu’il était de notre devoir d’attirer l’attention sur ce point.

Quand enfin tous les obstacles sont aplanis, le médecin veille à ce que le malade soit promptement transporté dans un établissement. Sous ce rapport, il devra faire attention aux points suivants :

Pour éclairer complètement le médecin de l’établissement sur les antécédents du sujet, il aura soin d’envoyer en même temps que celui-ci une observation aussi détaillée que possible de sa maladie.

Les médecins doivent bien se convaincre qu’il est extrêmement important de communiquer tout ce qui a rapport au malade et aux particularités de son affection. Un détail, indifférent en apparence, devient souvent pour le médecin aliéniste un renseignement de grande importance et un guide précieux dans une route parfois fort inconnue.

Le médecin doit veiller aussi à ce que le transport du ma-

lade se fasse d’une manière convenable, avec humanité, car les choses ne se passent pas toujours ainsi, et il arrive fréquemment qu’on confie l’aliéné à des personnes qui, par trop de sollicitude, le lient, le garrottent, et même le chargent de chaînes au moindre mouvement. Nous avons eu souvent l’occasion de voir des malades voilurés comme des bêtes féroces. Il est vrai, on est quelquefois forcé de contenir des mélancoliques qui cherchent à se blesser, des délirants et des maniaques qui profèrent des menaces contre leur entourage ; mais avant tout, il faut être humain, et la camisole est tout à fait suffisante pour empêcher les actions nuisibles chez un aliéné, et pour le rendre complètement inoffensif; le lier avec des courroies, et cela à tel point, que les marques pénètrent dans les chairs, que des ulcérations de mauvaise nature se déclarent, couvrir réellement tout son corps de contusions, est une conduite qui mérite d’être punie en toute circonstance.

Dans beaucoup de localités il est d’usage de faire transporter les aliénés dans un établissement, par un agent de police ou par un gendarme. Quand on ne peut pas trouver des personnes plus convenables, cette manière d’agir ne présente point d’objections, mais on doit recommander de ne pas conduire le malade comme un malfaiteur qui irait en prison, sous l’escorte d’un agent de police armé ; il fautque les agents de police ôtent leur uniforme et leurs armes, qui n’ont rien à faire dans la circonstance. Enfin, il faut voir quel est l’état physique, l’état des forces du malade, avant de le faire conduire dans une maison de santé, car il arrive souvent qu’on met en route des malheureux dont la fin parait prochaine et qui succombent quelques jours après leur admission. Il huit laisser mourir tranquillement ces personnes chez elles. C’est leur rendre un véritable service, ainsi qu’à la famille et à l’établissement d’aliénés.

Nous pourrions encore développer beaucoup de sujets importants, mais ils donneraient trop d’extension à ce petit traité; nous les omettons d’autant plus volontiers, que le tact pratique des médecins suflira pour résoudre les points qui ne sont pas abordés ici.

Après avoir exposé dans le chapitre précédent les bases générales du traitement des maladies mentales (traitement général) nous détaillerons maintenant le traitement des formes morbides particulières décrites précédemment (traitement particulier). Nous suivrons ici le plan admis plus haut et nous commencerons par les troubles de la sensibilité morale, auxquels nous rattacherons les troubles de l’intelligence.

Traitement de la mélancolie.

Il n’est question ici que de la mélancolie qui se développe k la suite d’une affection cérébrale sympathique. On ne doit pas oublier cette remarque, car sous ces formes types viennent souvent se ranger les cas dans lesquels la souffrance morale constitue la première période d’une affection cérébrale idiopathique ou organique, comme un rayonnement de cette affection sur la vie morale (mélancolie centrale) et dans lesquels la mélancolie se convertit bientôt en délire ou en démence. Si le médecin prend en considération ce que

nous avons dit plus haut, la plupart du temps il reconnaîtra ces cas avec facilité.

Nous devons, dans le traitement de la mélancolie, remplir les indications suivantes :

1. Le malade doit être constamment surveillé pour qu’il ne nuise, ni à lui, ni aux autres.

2. On doit lui éviter tout excitant intellectuel, toute circonstance pénible, et, en général, tout ce qui peut l’inquiéter ou l’affecter d’une manière désagréable.

5. il est nécessaire de fortifier le malade et d’éviter, dans son régime et dans son traitement, tout ce qui pourrait l’affaiblir.

4. On doit diriger le traitement contre les sources somatiques de la mélancolie, en d’autres termes, il faut combattre les dérangements physiques qui ont été cause du développement de la maladie.

5. Enfin, au besoin, il tant recourir aux moyens qui ont une action directe sur le système nerveux et qui peuvent diminuer l’hypéresthésie.

Hygiène. Dès l’apparition des plus légers signes de la lésion morale mélancolique, le médecin doit instamment engager la famille à exercer la surveillance la jüus sévère sur le malade; il doit attirer l’attention de son entourage sur tous les dangers qui peuvent survenir. La surveillance devra être particulièrement attentive quand on observera, comme symptôme dominant, un sentiment d anxiété, de» craintes. En l’absence même de ce symptôme, il iaut encore entourer le malade d’une surveillance régulière, car rien ne prouve que ces craintes ne se déclareront pas, et leur apparition n’est souvent signalée par aucun signe précurseur. Cependant il n’est pas nécessaire de s’opposer directement aux projets et aux actions du malade, aussi longtemps qu ils sont inoffensifs, ou qu’ils ne revêtent point une tendance a

devenir nuisibles. 11 ne faut cependant pas le perdre de vue et on doit toujours être en mesure d’empêcher immédiatement tout projet nuisible. Quand on n’est pas en état d’agir ainsi, il serait dangereux d’entrer dans la voie des complaisances. Si le malade montre quelque goût pour la promenade ou pour les occupations en plein air, il ne faut pas s’y opposer, car les exercices physiques améliorent les fonctions de la vie végétative; si le patient ne peut s’y livrer sans danger, il faut lui procurer ces avantages dans un endroit clos. Tous les objets ou instruments dangereux (porcelaine, verres, couteaux, fourchettes, etc.), avec lesquels il pourrait nuire à lui-même ou aux autres, doivent être écartés. Ce' sujet réclame une attention particulière de la part du médecin, car le malade montre sous ce rapport une finesse à laquelle on ne se serait point attendu de sa part. Ses fenêtres doivent être fermées par des barreaux solides. Les gardiens doivent le surpasser en force physique, et quand cette condition ne peut être réalisée, il faut recourir aux moyens de contrainte. On ne doit pas les employer légèrement, sans mûre réflexion, et bien se souvenir qu’ils ont pour conséquence de fortifier le patient dans ses idées de persécution et de leur donner un caractère de certitude.

C’est l’anxiété qui pousse surtout les malades aux actes dangereux, et les moyens de contrainte doivent se régler sur le plus ou moins d’intensité de ce symptôme. On ne doit pas oublier que cette anxiété est plus marquée le matin que le soir; il est très-important d’éviter tout ce qui pourrait l’augmenter. Certaines hallucinations la provoquent immédiatement; ces erreurs sensoriales ont toute leur activité au commencement et à la fin du sommeil (souvent la fatigue du malade le porte au sommeil, mais il est réveillé par des images ou des voix alarmantes); l’obscurité favorise aussi les hallucinations et les illusions (il importe donc de laisser une veilleuse près du patient); il est plus anxieux et plus agité

quand il est seul; il se croit souvent plus en sûreté quand quelqu’un partage son lit.

Aussi longtemps que le malade a des doutes sur la réalité de ses erreurs sensorialcs, de ses idées fausses , il faut lui dire la vérité sans détour; on fixe son attention sur scs erreurs, et on cherche à lui en démontrer la fausseté par tous les moyens possibles. Si ses erreurs sont enracinées chez lui, si sa conviction est complète, toute contradiction ne ferait que l'irriter; on ne prête alors aucune attention à scs fausses conceptions, on les laisse passer inaperçues, sans les approuver cependant, car celte manière d’agir augmenterait l’erreur et le trouble.

A mesure que ce sentiment de crainte et d angoisse augmente, les pensées du malade se tournent plus que d habitude vers la religion ; il lui demande de la consolation et de l’espoir ; il n’est pas nécessaire de s’opposer à cette tendance aussi longtemps que les lectures pieuses, les entretiens aux un prêtre n’augmentent point son agitation, rsous déconseillons formellement d’aller plus loin sous ce rapport et de lui permettre la confession; nous n’avons jamais remarqué que cette pratique religieuse rendît le malade plus calme, mais nous avons toujours vu qu’elle augmentait son anxiété et son agitation.

Régime. — Les aliments doivent être fortifiants et de digestion facile. La constitution est souvent fort affaiblie et plus ou moins anémique et cette anémie augmente tous les jours; avant tout donc, point d’alimentation insuffisante, point de débilitants. 11 faut accorder la préférence au bouillon, au lait, aux œufs légèrement cuits. Si l’estomac est sain, on ne doit pas hésiter à permettre différentes sortes de viandes, que les malades aiment mieux froides et qu’ils digèrent plus facilement en cet état. Quand 1 appétit est bon, on tolère une alimentation forte; mais, quand il y adel inap-

pétencc et du dégoût pour les aliments, on lâche au moins de faire prendre du bouillon et des œufs. Les difficultés de l’alimentation augmentent quand une affection de l’estomac vient compliquer les idées d’empoisonnement qui décident le malade à refuser les aliments. On obtient souvent alors des résultats heureux en ne lui permettant point de faire ses repas seul, mais en buvant et mangeant avec lui, en partageant ses mets, en les plaçant devant lui, sans l’engager cependant à y toucher, en les lui servant secrètement, quelquefois en cherchant des aliments dans une maison voisine et en les faisant apporter par des personnes contre lesquelles le malade ne nourrit aucune idée de défiance. En un mot, il faut tâcher de trouver les moyens qui, sans éveiller ses sentiments de défiance, tendent à lui faire prendre des aliments, sans qu’il se doute de cette intention.

Il faut, autant que possible, éviter de mêler des médicaments aux mets ou aux boissons du malade, car cette manière d’agir fortifie ses idées d’empoisonnement et augmente sa défiance. On peut lui donner de la bière; et même le vin, le punch et les autres spiritueux ne sont pas aussi nuisibles qu’on le croit. Ces boissons, la bière surtout, favorisent la digestion et ont souvent le grand avantage de rendre le malade plus tranquille et même de lui procurer le sommeil. Nous en avons retiré beaucoup d’utilité dans notre pratique privée.

Si les exhortations les plus bienveillantes, jointes aux moyens que nous avons recommandés, ne parviennent pas à vaincre l’obstination du malade, il ne reste d’autre ressource que de lui faire prendre, d’une manière forcée, des aliments, qui, sous un petit volume, jouissent de propriétés nutritives très-marquées : par exemple, le bouillon avec un jaune d’œuf, avec de la bière ou du vin. La résistance du patient cède souvent devant une volonté bien arrêtée, quand il voit un nombre suffisant de gardiens, munis

des instruments nécessaires et décidés à lui l'aire avaler de la nourriture bon gré mal gré. Si ces moyens échouent, on le couche dans une position horizontale et on lui fait prendre des aliments par l’intervalle des dents ou par la poche des joues (voyez plus haut). Mais si l’on n’atteint pas le but, si le refus de manger augmente et que les forces déclinent de plus en plus, si la langue devient sèche en même temps qu’une odeur désagréable se dégage de la bouche, il faut se presser d’envoyer le malade dans un établissement, où l’alimentation artificielle pourra être établie, d’une manière régulière, avec les instruments convenables.

Quant h la médication ou au traitement proprement dit, elle doit surtout être dirigée contre les organes dont l’état morbide détermine sympathiquement l'affection cérébrale, et les lésions de ces organes seront traitées d’après les règles ordinaires de la thérapeutique. Tels sont : le catarrhe aigu et chronique de l’estomac, cause très-fréquente d’anémie et précédant ordinairement le développement de la mélancolie (on le traite par le nitrate d’argent, les amers, etc.), la pléthore abdominale et autres états morbides du bas-ventre, les maladies des organes de la reproduction (combattues efficacement par le camphre), la suractivité du cœur, les maladies des poumons, l’anémie, les affections intermittentes, les maladies de la moelle et de ses enveloppes, d’où résulte souvent l’irritation du cerveau. Les affections que nous venons d’énumérer favorisent l’anémie et agissent par conséquent directement sur l’hypérémie cérébrale; si donc celle-ci ne cède pas au traitement des affections sous l’inlluence desquelles elle s’est développée, il faut alors la combattre directement, car elle doit être considérée comme la cause la plus immédiate des troubles psychiques. On commence par des applications d’eau froide sur la tête, des ventouses sèches à la nuque, ou le long de la colonne vertébrale, des sinapismes au cou ou sur les mollets, des

cruchons chauds aux pieds, des bains de mains ou de pieds chauds ou excitants, ou des bains froids, comme dérivatifs vers la peau, toujours en laissant la tête en dehors. Contre les battements tumultueux du cœur, on administre la digitale et on applique, pendant peu de temps, des linges trempés dans l’eau froide sur la région du cœur et de l’estomac; ces moyens calment souvent très-rapidement et procurent le sommeil. Si ces applications froides ne parviennent point à produire une réaction vers la peau et une certaine tranquillité du cerveau, on se décide à appliquer un sinapisme sur les régions en question.

Si l’hypérémie cérébrale dépend de la constipation ou de la paresse habituelle des intestins, on ordonne des lavements froids ou un laxatif, en ayant soin de ne jamais entretenir une diarrhée, qui pourrait affaiblir le malade. Les troubles de la menstruation seront combattus par les bains de siège froids; ces bains devront être fort courts chez les personnes faibles pour que la réaction puisse s’établir rapidement. Chez les personnes fortes, ils pourront durer 15 à 20 minutes; chez les personnes très affaiblies, qui ne supportent pas les bains froids même très courts, on aura soin de donner à l’eau du bain une température de 27 à 28° R.

Si, indépendamment du traitement général institué contre l’anémie, ces moyens ne parviennent pas à amener une amélioration dans l’hypérémie cérébrale et dans les symptômes de la mélancolie, il ne reste d’autre ressource que la saignée, mais celle-ci doit être locale et jamais générale; il faut la pratiquer autant que possible, dans le voisinage de l’organe malade. Dans les affections du bas-ventre, on applique quelques ventouses scarifiées ou des sangsues à l’anus; dans les troubles de la menstruation, au vagin; quand il y a des douleurs de la colonne vertébrale, à l’endroit souffrant; si ces indications manquent, les émissions sanguines peuvent être pratiquées à la nuque ou dans le nez.

Cependant, si en combattant les désordres somatiques décrits plus haut, on n’obtient pas d’amélioration sous le rapport mental, ou bien, si on ne remarque que peu ou point de troubles somatiques, ou enfin, quand la mélancolie se développe subitement et avec une grande force, il ne faut pas hésiter à recourir aux moyens qui agissent directement sur le système nerveux et sur le cerveau.

Parmi ceux-ci l opium lient le premier rang. Nous avons déjà fait observer plus haut que ce médicament est surtout indiqué dans les cas de mélancolie avec agitation inquiète, accompagnée d’idées de persécution. On commence par un grain chez les adultes et un quart de grain chez les * enfants, le matin et le soir, administrés en temps convenable avant les repas (des doses plus faibles n’ont aucun effet); si la dose est tolérée, on l’augmente tous les huit jours d’un grain pour les adultes et d’un quart de grain pour les enfants. Mais si le remède n’est pas bien toléré et si son administration est accompagnée de constipation opiniâtre, de vomissements, de pâleur de la face avec vision des objets en double, si on observe une dilatation des pupilles, on se contente de donner le médicament après les repas et on n’augmente les doses que lentement, soit tous les quinze jours ou toutes les trois semaines. On combat la constipation par l’huile de ricin. Si le remède est toléré, on augmente rapidement les doses; en général, il ne faut pas dépasser six grains par jour; cependant on ne devrait pas hésitera employer des doses plus fortes, surtout quand des doses moindres ont déjà produit une amélioration. On obtient la guérison d’autant plus facilement, que la maladie a moins de durée et ne présente que peu de complications somatiques. Chez les malades qui refusent tout médicament, l’injection sous-cutanée de la morphine est un moyen très-recommandable, qu’on doit préférer à l’administration forcée. L’opération se fait facilement et sans douleur

avec une seringue ad hoc. On commence par l/IO de grain de morphine.

Le camphre n’est utile que dans les cas où la mélancolie se complique d’onanisme et de désordres dans les organes de la reproduction.

La quinine, recommandée depuis longtemps, rend des services non-seulement dans les formes intermittentes, mais aussi dans les mélancolies qui se déclarent dans les contrées marécageuses, et en général, dans les cas où le système nerveux est affaibli, principalement chez les personnes âgées. Souvent ce remède combat avantageusement l’anxiété, diminue la force des battements du cœur et régularise le pouls. On peut l’associer avec l’opium.

L'eau de laurier-cerise ou d’amandes amères, à doses élevées, a été administrée souventetavec succès comme calmant, surtout dans les cas où l’opium ne produisait pas d’effet ou n’était point toléré.

Les médicaments minéraux n’ont point d’utilité dans la mélancolie; l’acétate de plomb et le nitrate d’argent peuvent être administrés avec avantage, surtout si la maladie dépend d’un catarrhe aigu ou chronique de l’estomac. On peut aussi donner la solution de Fowler, surtout dans les cas qui sont accompagnés d’une grande activité des muscles.

Dans les cas de mélancolie passive, quand il faut souvent mettre tout en œuvre pourobtenir la résorption d’épanchements séreux existant dans le cerveau et ses enveloppes, on obtient parfois des effets très heureux par les drastiques et par l’arnica associé à l’iodure de potassium.

Traitement de la manie.

Le trouble maniaque peut constituer la période prodromique d’une affection cérébrale idiopathique, du délire (Wahnsinn) et même de la démence. (La manie est quelquefois la première période de la paralysie progressive.) Nous ne parlerons pas de ces /ormes et nous indiquerons seulement le traitement de la manie qui se déclare quand le cerveau souffre sympathiquement.

Les points suivants devront être pris en considération dans le traitement :

\ . Le malade doit être convenablement surveillé pour le préserver de tout danger, lui et son entourage.

2. Il faut éloigner de lui toute impression pénible, tout ce qui pourrait augmenter l’action réflexe psychique et l’état d’agitation.

3. Il faut augmenter les forces et éviter tout ce qui pourrait les diminuer; le médecin doit remplir cette indication malgré la violence des symptômes psychiques, la fréquence du pouls et la forte congestion de la tète.

4. Le traitement doit être dirigé contre l’état morbide des organes, qui cause sympathiquement l’état maniaque.

5. Au besoin, il faut administrer les médicaments qui agissent directement sur le système nerveux et diminuent son action réflexe.

Hygiène. — Quand on observe l’étal de gaieté et d’excitation qui caractérise la manie et qu’à cette agitation viennent se joindre la loquacité, l’activité, l’esprit d’entreprise, il est indispensable de calmer le malade et d’éloigner de lui toute cause d’excitation. La première mesure à prendre est l’isolement; il fautyavoir recours de bonne heure et sansexception. Cependant le médecin pourrait s’en dispenser, si l’agitation

n’est pas trop prononce'e et si le malade se laisse encore garder à vue par son entourage. Néanmoins, si la surveillance n’est plus possible, ou bien si la famille ne l’exerce pas d’une manière convenable, il faut avoir recours aux mesures suivantes et se procurer :

1 . Un local vaste et sur, qu’on puisse rendre obscur au besoin ;

2. Un personnel de gardiens capable de maîtriser le maniaque.

Quand ces deux choses sont à la disposition du médecin, le traitement de la manie, dans la demeure du malade, peut avoir des résultats très-heureux, car c’est dans cette affection que le pronostic est le plus favorable, et la guérison s’obtient d’ordinaire assez rapidement par des soins appropriés. On éloigne naturellement du patient tous les objets qu’il pourrait détruire ou dont il pourrait se servir pour blesser ses gardiens. On ne doit pas hésiter à employer la camisole, quand le malade est fort agité et montre une certaine disposition à la violence, car ce moyen calme plus rapidement que tout autre. Cette manière d’agir peut irriter le patient au commencement; cependant, quand la raison sera revenue, cette irritation se convertira en sentiment de gratitude envers le médecin qui l’a secouru promptement et efficacement. Aussi longtemps que ce sentiment de reconnaissance ne se manifeste pas, le malade est loin d’avouer que ses idées, ses sentiments et ses actes sont pervertis, et on ne peut pas admettre qu’il y ait guérison, quoique l’agitation ne se montre plus. On doit reconnaître à la camisole l’avantage de calmer promptement le malade, car celui-ci ne lutte point aussi longtemps contre un instrument inanimé que contre un gardien qu’il espère toujours pouvoir maîtriser. Cet espoir le maintient dans une excitation constante, qui, à a longue, fatigue le surveillant, de sorte que le malade fin ijrait réellement par avoir la suprématie. Celte camisole, g’il

est permis de s’exprimer ainsi, n’altaque pointa son tour et on n’en peut dire autant des meilleurs gardiens. Quand les vieux surveillants des maisons de santé ne peuvent pas toujours se maîtriser, en présence de la manière d’agir violente des malades, comment les personnes qui n’ont jamais soigné des aliénés antérieurement, pourraient-elles se dominer? 11 est donc incontestable qu’il est plus humain de se servir de la camisole que de recourir à la contrainte par des gardiens. Il ne faut pas craindre de voir les idées délirantes du maniaque puiser un nouvel aliment dans l’emploi de ce moyen.

Quand le médecin ne peut pas trouver dans la demeure du patient un local et un personnel de gardiens convenables, ou quand la manie dure trop longtemps, il ne reste plus d’aulrc ressource que de placer le malade dans un établissement d’aliénés.

Régime. — Les maniaques ont ordinairement un très bon appétit, contrairement aux malades qui sont sous l’empire de l’agitation qui accompagne la mélancolie active; ils mangent immodérément, mais la digestion est défectueuse et la plupart des aliments sont incomplètement digérés. En conséquence, il faut leur donner une nourriture forte et facile à digérer: le bouillon, le lait, des œufs cuits légèrement, de la viande à tranches fines ou hachée, etc. Si, chose rare, la manie se complique d’un catarrhe de l’estomac qui a pour résultat de diminuer l’appétit, cette affection doit être traitée d’après les règles de l’art, mais il ne faut pas néanmoins s’abstenir de donner au malade du bouillon et du lait. Chez les sujets âgés, affaiblis et anémiques, on se trouve bien d’accorder un verre de bière cl de vin, et ces boissons ont réussi plus souvent à procurer le calme que tous les prétendus moyens calmants.

t Quant hla médication, il faut encore, ici comme ailleurs,

diriger son traitement contre les lésions somatiques à la suite desquelles l'affection mentale s’est développée. Les troubles de l’estomac seront combattus par un vomitif; la constipation, la paresse du foie et des intestins par un laxatif; si la tête est chaude on emploiera des applications froides, des bains de pieds et de siège, des sinapismes aux mollets, etc. (l’hypérémie dans la boîte crânienne est d’autant plus prononcée que l’anémie est plus marquée).

Les révulsifs placés près de la tête (les sinapismes, les vésicatoires, les cautères, les sétons, l’onguent de tartre stibié) augmentent l’agitation par l’irritation des nerfs périphériques et par les pertes abondantes de sérosité qu’ils déterminent. Ces moyens ne sont donc pas à recommander, hormis dans les cas qui sont le résultat de certaines causes traumatiques (commotion cérébrale, plaies de tête) et dans les manies à forme chronique. Il faut se garder, au reste, d’aller plus loin dans cette voie, et s’abstenir surtout de saignées. La digitale, à forte dose,- doit être administrée contre la violence des battements du cœur. La compression des carotides, pour diminuer l’afflux du sang vers le cerveau, a été très vantée en Angleterre; elle est plus nuisible qu’utile. On combat l’anémie par les préparations ferrugineuses et surtout par celles qui sont facilement absorbées. Les amers (calamus, quinine, etc.) seront administrés pour améliorer la digestion et la nutrition; dans les cas manifestement intermittents, chez les personnes qui ont souffert antérieurement d’affections intermittentes ou qui ont résidé dans des contrées marécageuses, on administre la quinine.

Si ces moyens ne produisent pas bientôt une amélioration, ou s’il ne se présente pas d’affection somatique bien définie, ou enfin, si la manie se développe avec une grande violence, il ne faut pas hésiter à recourir aux agents qui ont une action calmante directe sur le système nerveux.

Parmi ces moyens, il faut distinguer :

4° Les bains généraux et prolongés, chauds (25° à 28" R. Brière de Boismont) et froids (45" à 44° H. Jacobi).

Les bains froids seront employés chez les sujets forts, dont la nutrition n’a point souffert et chez qui la réaction est facile. Nous ne pourrions conseiller de les administrer à une température inférieure à 48" ou 20". Les personnes faibles, anémiques, épuisées, chez qui la réaction aurait de la peine a s’établir après l’application du froid, devront recourir aux bains chauds; quoiqu’on les prolonge jusqu’à 40 et 12 heures en France, nous ne croyons pas qu’il soit prudent de les faire durer plus de 3 heures. Nous déconseillerons aussi de donner plus de 8 ou 4 0 de ces bains, dits bains chauds prolongés. Les bains froids se prennent de préférence le soir; il ne faut pas les prolonger au delà d’une heure, à moins que la réaction ne s’établisse facilement. Les deux espèces de bains calment le cerveau et les nerfs; ils diminuent l’agitation et l’action réflexe et, mieux que tout autre moyen, procurent la tranquillité et le sommeil. Les bains très-froids peuvent déterminer des symptômes apoplectiques et les bains trèschauds produisent de l’agitation. Il ne faudra donc point les employer.

2° On recommande beaucoup l’administration des vomitifs (ipécacuanha, tartre émétique) à doses nauséeuses et continuées pendant plusieurs jours, surtout dans les cas qui s’accompagnent d’un affaiblissement manifeste des nerfs du basventre contre lequel les moyens recommandés plus haut sont restés inefficaces. Si la langue est chargée et l’appétit diminué, l’administration d’nn vomitif produit des résultats heureux; on peut recourir aussi avec succès à la méthode qui consiste à administrer les vomitifs à doses nauséeuses longtemps continuées, dans les cas où la langue est nette et l’appétit bien prononcé, maison on remarque que la digestion

se fait incomplètement comme le prouve la diminution du poids du corps qui, malgré une alimentation substantielle, est plus sensible de jour en jour. — Ces médicaments ont aussi le pouvoir de diminuer beaucoup l’activité du cœur.

5° Sans compter la digitale, dont nous avons parlé plus haut, nous recommanderons particulièrement, parmi les médicaments internes :

a) L’acide prussique et ses composés, l’eau de lauriercerise à fortes doses, surtout chez les femmes. — 11 ne faut pas hésiter à employer ces médicaments à fortes doses ; qlles sont indispensables chez les aliénés, qui les supportent d’ailleurs parfaitement.

b) D’après le conseil de Rademacher, nous avons souvent administré l’acétate de zinc. Il n’est pas dépourvu d’activité et nous le recommandons volontiers.

L’opium et ses composés ont été beaucoup vantés dans le traitement de la manie. Nous devons avouer que ce médicament ne nous a donné aucun résultat dans les formes pures delà manie. Les cas, signalés dans la littérature médicale comme ayant été combattus avec succès par l’opium, la morphine, etc., ne supportent pas un examen critique sérieux, car, parmi ces cas on rencontre beaucoup de mélancolies actives considérées comme des manies, et le lecteur sait que ces affections sont traitées avec succès par les préparations opiacées. Les principaux cas de guérison appartiennent à cette catégorie; dans beaucoup d’autres, pour exprimer franchement notre opinion, nous dirons que l’opium n’était point indiqué et que ce médicament n’a été pour rien dans la guérison. — Nous rapprocherons de ces cas ceux dans lesquels on a donné cette substance en quantité moindre qu’un grain. — Ces doses n’ont aucune efficacité chez les aliénés. — En général, nous croyons qu’il importe de bien distinguer si une guérison a lieu grâceà l’administration d’un

médicament, ou si elle a eu lieu pendant cl même malgré son emploi. Le chloroforme n’est d’aucune utilité.

Traitement du délire (Wahnsinn).

Le délire que nous considérons ici est celui que l’on nomme primitif, c’est-à-dire celui qui s’est développé comme un trouble de l’intelligence depuis le commencement de la maladie, et auquel est venu se joindre secondairement le trouble des sentiments ; ou bien, le délire qui persiste comme trouble de l’intelligence après la disparition complète des troubles primitifs de la sensibilité morale (tristes ou gais) dont il est une conséquence. Nous mentionnons ici les deux cas, parce que, quoiqu’il ne soit pas rare de voir les troubles de la sensibilité morale et de l’intelligence être séparés par une période de temps très-considérable, il faut cependant les considérer comme un tout indivisible parce que c’est ordinairement dans cet état qu’ils se montrent au médecin.

Nous devons, dans le traitement du délire, remplir les indications suivantes :

11 faut surveiller le malade pour éviter tout accident;

2° 11 faut, autant que possible, arracher le malade à ses idées fixes, et éviter tout ce qui pourrait l’agiter ou le fortifier dans ses conceptions erronées;

5° La nutrition doit être améliorée;

4° Il faut combattre les désordres somatiques qui se présentent; ordinairement, ces états morbides sont secondaires;

5° Il faut, au reste, instituer en même temps un traitement direct contre l’affection cérébrale.

Nous supposons que nous avons affaire à une maladie cérébrale idiopathique, car notre pronostic et notre traitement sont déduits en conséquence.

Hygiène. — Ici, comme précédemment, le malade devra être surveillé, et il ne faudra pas lui permettre de franchir certaines limites; cependant, les actes dangereux se présentent beaucoup plus rarement dans le délire que dans les désordres de la sensibilité morale; néanmoins, on ne peut répondre d’une manière absolue que ces actes n’auront point lieu, surtout dans le délire accompagné de conceptions erronées de nature triste. Dans le délire avec des idées de bonheur et de richesse, le danger peut venir de ce que le malade se livre à des achats inutiles, etc.

A part la surveillance dont il faut entourer le patient, il est indispensable de lui procurer des diversions physiques et intellectuelles. La vie sédentaire, déjà très-nuisible par elle-même, le devient encore beaucoup plus, quand elle est accompagnée d’une forte contention d’esprit, et ces circonstances doivent être considérées comme une des causes principales de l’affection; il faudra donc les éviter. Les exercices physiques, les occupations au grand air, les travaux des champs ou des jardins, les longues promenades doivent être recommandés. — Sous le rapport intellectuel, il est très-important de procurer au malade des occupations qui n’aient aucun rapport avec celles dont il avait l’habitude, non qu’il faille le priver de tout travail de l’esprit, car il y trouve un répit pour scs fausses idées. — Les distractions peuvent offrir quelque utilité dans ces cas.

Au début de la maladie, quand les fausses conceptions ne sont pas encore fixées chez le patient, on obtient parfois une guérison prompte et complète en réfutant ses idées, en lui démontrant combien elles sont inadmissibles. Mais s’il est ferme dans ses erreurs, toute contradiction devient inutile et

— ir»o —

le mieux, en ce cas, c’est de n’y faire aucune attention et d’éviter toute discussion. — Nous avons dtp parlé antérieurement, et d’une manière détaillée, de ce qu’il faut penser de celte méthode qui consiste h abonder dans le sens des fausses conceptions du malade.

Les émotions violentes, les fortes douleurs physiques, les secousses morales, les frayeurs, peuvent avoir dans ces cas une influence remarquablement houreuse. Nous avons observé souvent qu’une triste nouvelle, arrivant àl’improviste, produisait une amélioration et même une disparition complète des idées fixe?. — C’est de la même manière et seulement de cette manière, nous tenons h le déclarer, que le traitement par intimidation de Leuret (la douche) produisait des résultats heureux, car on n’avance nullement la guérison en se servant de la crainte uniquement pour dominer le malade ou pour l’empêcher d’exprimer ses idées délirantes. On a souvent l’occasion, dans les maisons de santé, d’observer à quel point les aliénés cachent, et même réfutent eux-mêmes leurs conceptions délirantes, de peur de ne point obtenir leur sortie. Celui qui se laisse duper par ces manières d’agir s’apercevra plus tard, à sa confusion, que ces idées délirantes étaient loin d’avoir disparu.

Régime. Le régime fortifiant que nous avons recommandé dans les troubles de la sensibilité morale est également applicable ici; nous remarquons ici aussi une diminution dans le poids du corps, diminution qui disparait par l’amélioration de la maladie mentale. Nous avons observé aussi qu’une réapparition des idées fixes s’annonçaitquelque temps d’avance par une diminution dans le poids du corps.

Médication. C’est ici surtout que les moyens qui agissent fortement sur le cerveau trouvent leur application; à ces moyens appartiennent les révulsifs puissants a la nuque, tels que : les vésicatoires, les frictions de pommade stibiée,

les cautères, ou, ce qui est moins difficile à entretenir, l’application d’un séton.

Si l’on veut agir avec plus d’énergie encore, on pratique des frictions sur le crâne avec l’onguent stibié, mais il faut être prudent dans leur emploi et ne pas faire pénétrer l’onguent trop profondément.

Ces derniers moyens ont été utiles dans les cas où des lésions traumatiques, des plaies de tête pouvaient être con sidérées comme causes de la maladie.

Si la nutrition se ressent trop de ces applications et si celles-ci ne sont pas suivies d’une amélioration sous le rapport mental, il faut arrêter l’emploi de ces moyens affaiblissants.

Les bains locaux, bains de pieds, de siège ou de mains, doivent être administrés, quand on veut obtenir une diminution de la congestion de la tête et une action dérivative vers les extrémités. Les douches sur la tête ne sont d’aucune utilité; il n’en est pas de même quand on les dirige sur l’une ou l’autre partie du corps; elles ont alors une action dérivative, par la réaction dont leur application est suivie. On pourrait, pour obtenir le même effet, administrer des bains chauds chez les personnes faibles.

Parmi les médicaments internes, on a recommandé de tout temps les narcotiques. La jusquiame, la belladone (Franck), la stramoine (Moreau) ne nous ont pas donné de résultats avantageux. Notre opinion, quant à l'opium, a déjà été formulée d’une manière générale; nous ajouterons seulement que nous avons obtenu des effets étonnants de ce médicament, administré à doses convenables, dans les délires qui accompagnent la mélancolie, et qui sont la manifestation symptomatique de l’affection morale de nature triste, en un mot, dans le délire mélancolique. Mais si les idées fixes persistent après la disparition complète des troubles des sentiments avec tristesse, ou bien, si le délire se développe comme

une affection primitive, nous n’avons guère vu de résultats favorables de l’emploi de l’opium et nous n’avons trouvé dans les auteurs aucun fait prouvant l’utilité de ce médicament dans les délires primitifs.

Considérés en général, les médicaments suivants ont rarement quelque utilité. On peut cependant recommander :

1. La digitale, dans les cas où une forte congestion des centres nerveux peut être considérée comme la conséquence d’une suractivité du cœur.

2. La quinine, médicament fort utile non-seulement dans les cas intermittents ou dans ceux qui se présentent dans les contrées marécageuses, mais surtout chez les personnes âgées et affaiblies. 11 faut éviter l’usage prolongé de fortes doses, car elles produisent des vertiges et des bourdonnements d’oreilles.

3. Le dalura, dans les cas surtout qui commencent par des hallucinations de l’ouïe ou de la vue.

4. Le camphre, dans les cas qui commencent par des hallucinations de l’odorat et dans ceux qui se compliquent d’onanisme et d’autres troubles des organes de la reproduction.

5. L’assa fœtida, dans le délire qui a un point de départ hystérique.

6. Le nitrate d’argent nous a rendu quelques services, surtout dans les cas périodiques.

7. L’acétate de zinc nous a été utile dans plusieurs cas de délires primitifs, ne présentant pas d’autre indication à remplir.

11 n’est pas nécessaire de démontrer que d’autres moyens sont indiqués dans certaines circonstances particulières (iodure de potassium, etc.).

Traitement de la démence-

Si la science n’avait consigné quelques guérisons de démences assez avancées et compliquées de paralysie (car ce n’est que sous cetle forme que la démence se présente comme affection primitive), nous ne nous donnerions pas la peine d’énoncer des conseils quant au traitement de cette maladie.

Quand la démence est occasionnée par des tumeurs, ou des lésions de cetle espèce, on peut obtenir parfois des résultats heureux, en instituant un traitement pour combattre la cause qui produit ces lésions. Nous avons rétabli complètement, par un traitement antisyphilitique, des malades chez qui la syphilis avait produit des modifications organiques dans le cerveau , modifications qui étaient compliquées de paralysie et de faiblesse de la mémoire et de l’intelligence. Mais la démence (l’affaiblissement des facultés intellectuelles) est bien plus souvent le résultat de l’atrophie cérébrale et le pronostic devient très grave quand la difficulté de la parole, le tremblement des lèvres et de la langue se manifestent d’une manière permanente. La maladie alors fait des progrès incessants et conduit le patient d’autant plus rapidement à la mort, que les complications somatiques sont plus nombreuses. On peut à peine nourrir l’espoir d’obtenir au début un temps d’arrêt dans la marche de l’affection.

Les points suivants devront être pris en considération, quand on veut traiter la démence :

1° Toutes les fatigues intellectuelles doivent être défendues ;

2° Le malade doit être l’objet d’une surveillance sévère, car la faiblesse de sa mémoire et son défaut d’attention peuvent le jeter dans une foule de désagréments qui déterminent chez lui des excitations très-nuisibles.

3° Il faut éviter tout ce qui pourrait l’affaiblir, car le traitement débilitant précipite la marche de la maladie;

4° 11 faut administrer les médicaments qui facilitent la nutrition et fortifient le système nerveux. Un traitement antisyphilitique est parfois indiqué.

Hygiène. La démence se rencontre fréquemment chez les personnes qui ont fait des excès intellectuels; on est donc fondé à empêcher toute fatigue d’esprit chez les malades qui ont de l’instruction, chez les fonctionnaires, en un mot, chez les individus occupant des positions sociales importantes ; il faut insister pour que ces malades quittent leurs études ou leurs fonctions, car nul ne peut se porter garant de leur capacité intellectuelle et les erreurs peuvent avoir des conséquences fort graves, par exemple, chez les médecins et les pharmaciens.

Nous avons déjà dit, plus haut, que ces malades transgressent facilement les règles des bienséances, des usages, qu’ils violent les lois et contractent des dettes (ils négligent de se découvrir, prennent des effets contraires, oublient de payer, etc.), choses qui leur suscitent des désagréments et des réclamations de toute sorte; il ne faut donc pas leur permettre de sortir sans être accompagnés.

Régime. Il doit être tonique et fortifiant. 11 est arrivé souvent qu’on avait essayé de ranimer l’activité cérébrale chez des malades qui étaient venus se confier à nos soins, en ne leur accordant qu’un régime insuffisant, mais les suites de ce traitement furent toujours si désastreuses que nous étions forcé de l’arrêter immédiatement. Quand l’appétit est peu prononcé, on le stimule par les amers et même dans certains cas de nutrition fort défectueuse, il ne faut pas hésiter à accorder un verre de vin ou de bière.

Médication. Si le

diagnostic

de l’atrophie cérébrale est

loo —

confirmé, il faut s’abstenir de tout moyen débilitant, car les cautères, les onguents irritants et les sétons amènent un dépérissement rapide; il en est de même des bains froids et surtout du traitement hydrothérapique méthodique. Les bains chauds de 28° à 50° R. stimulent le malade et peuvent être employés. Les applications froides sur la tête sont souvent indiquées et il faut parfois persévérer pendant longtemps dans leur emploi.

On recommande aussi parmi les médicaments internes, la quinine, qui aurait le pouvoir de ralentir la marche de la maladie à son début et le nitrate d’argent, qui agirait avantageusement sur le cerveau, en favorisant la nutrition, et retarderait ainsi, de quelque temps, la faiblesse intellectuelle. (I est évident que les états morbides somatiques qui se présentent doivent être combattus, d’après les indications, par un traitement approprié.

Nous devrions, à l’appui de ce que nous avons exposé dans cet ouvrage, ajouter quelques observations laites par d’autres ou par nous-même; nous devons y renoncer de peur de donner à notre petit traité des proportions trop étendues.

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