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II. Les troubles de l’intelligence sont de deux espèces

A. Les faux jugements sur les choses réelles (illusions) ou l’allirmalion de choses qui n’existent pas (hallucinations) avec impossibilité de reconnaître ces deux erreurs, qui se transforment peu à peu en délire (Wahnsinn). Dans la plupart des cas, il faut admettre comme cause de ces désordres une maladie idiopathique (matérielle) du cerveau; cependant les troubles de l’intelligence peuvent être les symptômes primitifs d’une affection cérébrale dite organique, et dans ces cas, les troubles des nerfs moteurs et sensitifs ne tardent point à aider le diagnostic.

IL L'affaiblissement des facultés intellectuelles qui se transforme peu à peu en démence existe rarement seul, mais il s’accompagne de faiblesse de la mémoire, et marche ordinairement de pair avec des désordres de la motilité et de la sensibilité. Il est lié à des lésions profondes ou organiques des centres nerveux (I).

(1) Certains auteurs très-recommandables ont admis d'autres classifications des maladies mentales; nous croyons cependant qu'en prenant en considération la marche de ces affections, la classification précédente est la plus naturelle.

Nous abordons enfin la question que nous avons posée en commençant; nous avons pensé qu’il était nécessaire de la faire précéder des deux chapitres précédents pour en rendre la solution plus claire.

Le traitement des maladies mentales, pour être complet, doit comprendre trois grandes périodes :

1° Le traitement du début de la maladie (stadium incrément!) ;

2° Celui du degré le plus élevé (stadium acmes) ;

3° Celui du déclin des symptômes (stadium dccremcnli).

Le traitement des deux dernières périodes a été depuis longtemps l’objet de descriptions détaillées dans des traités excellents, parmi lesquels nous distinguerons celui de Griesinger ; il n’en est pas de même du traitement de la première période; jusqu’aujourd’hui il a été décrit rarement, et cependant sou importance est si grande, qu’il exerce souvent une influence décisive sur la marche et l’issue de la maladie. Pour se rendre compte de cette lacune, il faut se rappeler que les aliénés, au début de leur maladie, ne sont pas soumis aux soins de médecins aliénistes et que les praticiens ordinaires traitent généralement trop peu de cas pour pouvoir en tirer des déductions utiles pour la pratique.

Le traitement de celte première période manque donc de principes thérapeutiques consacrés par l’expérience, et c’est ce mol if qui décida la Société allemande de Psychiatrie à soumettre au concours la question susmentionnée; elle désirait un énoncé des principes thérapeutiques qui doivent diriger le médecin quand il est appelé à traiter ce genre de malades en dehors des maisons de santé; elle espérait aussi piévcnir parce moyen, autant que possible, les traitements erronés.

Nous venons d’indiquer les limites dans lesquelles la question du concours a renfermé nos développements; avant d’aller plus loin, nous dirons que nous décrirons dans ce chapitre les principes généraux qui doivent guider le médecin dans le traitement des maladies mentales (traitement général], et, dans lechapilre suivant, les hases du traitement particulier de chacune de ces affections (traitement particulier).

Nos lecteurs ont pu remarquer dans les chapitres précédents que, d’après nous, dans toute maladie mentale, on ne constate pas seulement un désordre de l’action psychique, mais aussi des étals somatiques occasionnels; en d’autres termes, que vous avons à combattre des maladies somatiques liées à des désordres psychiques. On peut donc établir, comme règle principale du traitement, que les troubles de l’intelligcn c < ne doivent jamais être combattus séparément, mais qu’il faut avoir soin, dans chaque cas particulier, de rechercher et de préciser les états somatiques qui s’y trouvent liés. — Le médecin doit commencer par s’assurer si les organes centraux du système nerveux sont affectés primitivement et par eux-mêmes ou consécutivement à d'autres états , par sympathie ; en d’autres termes, si les organes centraux souffrent idiopathiquement (changements matériels du cerveau et de ses enveloppes, états inflammatoires et leurs terminaisons, les lésions plus

profondes dites maladies organiques du cerveau, les tumeurs, l’atrophie cérébrale, etc.), ou sympathiquement (l’hypérémie, l’anémie et les troubles de la nutrition cérébrale qui résultent de désordres de la circulation dans des organes éloignés, les anomalies de la composition du sang, etc.).

Dans ces derniers cas, le médecin doit examiner avec un soin tout particulier l’état des organes de toute l’économie, car la souffrance primitive de ces organes a eu pour conséquence de déterminer sympathiquement une affection du système nerveux et leur guérison sera suivie du rétablissement du cerveau dans son état physiologique.

Pour répondre avec exactitude aux deux importantes questions que nous avons posées plus haut, il importe d’établir :

1° Les commémoratifs, c’est-à-dire les causes qui, sous le rapport somatique ou psychique, peuvent avoir influé sur le développement de l’affection en question.

2° L’état actuel somatique et psychique.

Nous allons tâcher de donner un plan abrégé du meilleur moyen à suivre pour procéder à cet examen :

Il faudra rechercher d’abord s’il n’y a point dans la famille une prédisposition héréditaire pour les maladies mentales ou nerveuses; si certains de ses membres n’ont pas été atteints d’apoplexie, de paralysies, de convulsions, de maladies mentales, d’idiotie, de crétinisme, de penchant au suicide, d’amaurose ou de surdité nerveuse. Les rapports conjugaux ne sont pas sans influence non plus sur le développement des maladies mentales.

Il faudra ensuite, autant que possible, s’informer avec soin des circonstances qui peuvent s’être présentées avant et pendant la naissance de l’enfant; y a-t-il eu des émotions violentes ou des lésions physiques pendant la grossesse ; l’accouchement a-t-il été laborieux (forceps) ; y avait-il enroulement du cordon autour du cou; l’enfant était-il

microcéphale ou hydrocéphale; car les particularités qui accompagnent la naissance sèment souvent le germe de maladies mentales, même en l’absence de toute disposition héréditaire, et produisent l’idiotisme dans l’enfance ou des troubles psychiques, plus tard.

L’enfance est une période de grand intérêt; on y rencontre souvent des inflammations du cerveau et des méninges accompagnées de convulsions et suivies parfois de paralysies; il faudra donc tâcherde savoir si ces inflammations ont eu lieu, s’il y a eu des convulsions, si les fontanelles ne se sont pas fermées prématurément, si l’enfant a parlé et marché en temps convenable, etc.

Pendant la jeunesse se présentent les troubles du développement de la puberté, cause fréquente de maladies mentales, et sous ce rapport il importe beaucoup de les guérir ; il en est de même de l’onanisme, des excès vénériens, des maladies syphilitiques, surtout quand elles sont mal traitées, des affections contrariées, des désordres de la menstruation, etc.

Pendant l’âge mûr, sous le rapport physique, il faut diriger ses recherches sur les causes suivantes : les plaies de tète, les chutes sur la tète ou les attaques d’apoplexie, les affections du cœur et des poumons, la pléthore abdominale, les hémorrhoïdes, les maladies graves laissant après elles une grande perte des forces, un dépérissement (anémie), les troubles de la menstruation, les couches, l’allaitement prolongé ou troublé.

Sous le rapport psychique (intellectuel ou moral) : les émotions déprimantes, les déceptions, les inquiétudes, les blessures d’amour-propre, les frayeurs, etc., circonstances qui provoquent souvent une maladie mentale, même en l’absence de causes matérielles plus profondes. On doit cependant se défendre d’une erreur fort commune, qui consiste à considérer comme causes de la folie les désordres moraux qui ont immédiatement précédé son début, car ordi-

nairementces désordres font déjà partie des symptômes de la maladie mentale.

Au reste, pour se faire une idée nette de la manière dont les troubles intellectuels se sont développés, il est indispensable d’examiner attentivement les circonstances suivantes :

11 faut observer d’abord la conduite générale du malade pendant le jour et pendant la nuit; comment il se comporte dans les fonctions de sa profession et quelle est sa manière d’agir en dehors de ces fonctions ; quelle est la valeur de son travail sous le rapport de la qualité et de la quantité (relativement à ce point il faut lire les travaux littéraires, les lettres, car ils révèlent souvent l’affection mentale dès son début) ; quelle est son humeur habituelle; comment se conduit-il pendant les repas, les promenades ; comment s’habille-t-il et comment se déshabille-t-il ; repose-t-il tranquillement dans son lit ou se retourne-t-il beaucoup; dort-il bien ou fait-il beaucoup de rêves pénibles; maintient-il la propreté de ses habits et de sa personne? 11 faut surtout rechercher avec soin si son humeur diffère d’après la période du jour.

Après, on procède à un examen delà tête, sous le rapport de la température, des douleurs et des vertiges, des cicatrices, des déformations, des tumeurs cachées ou proéminentes.

Quant aux organes des sens, il faut rechercher si le malade n’entend pas différents bruits ou de prétendus discours dans son entourage, s’il ne voit pas des étincelles et des images, si les pupilles sont dilatées ou rétrécies, en un mot si la vue et l’ouïe sont en bon état; on porte aussi son examen sur la sécrétion nasale (la propreté), sur les odeurs anormales; la langue doit être examinée sous le rapport de ses enduits; il faut voir comment le malade la pousse; tremble-t-elle; a-t-elle des impressions sur les bords; quel est le goût? Sous le rapport de la sensibilité, il faut rechercher s’il n’y a point des fourmillements, des sensations analogues à celles

que le malade ressentirait en marchant sur du coton ; si les membres, comme on dit vulgairement, ne s’endorment pas ; s’ils ne sont point le siège de démangeaisons, de ce genre de douleurs des membres considérées souvent comme rhumatismales; enfin il faut examiner la sensibilité même au moyen du compas et de l’épreuve des aiguilles. Une attention toute particulière doit être portée dans l’examen de la motilité (la marche, le tremblement des bras et des jambes, etc.). Les organes de la respiration (le larynx, la voix, etc.), de la circulation et du bas-ventre doivent aussi être l’objet d’un examen attentif. Enfin tous les renseignements dignes de foi, de l’entourage du malade, devront être soigneusement recueillis, car ils mettent le médecin à même d’apprécier avec connaissance de cause toutes ces circonstances et d’estimer l’influence qu’elles ont pu avoir dans la production de la maladie mentale.

Nous croyons répondre au vœu du lecteur en mettant sous ses yeux les principes les plus importants du traitement :

Il est très-important d’entretenir la nutrition du corps et de F améliorer autant que possible pour prévenir la perte des forces ou pour remédier à la faiblesse qui pourrait venir compliquer la maladie.

Quand l’appétit est bon, il faut permettre une nourriture forte; la viande, les œufs, le bouillon, et même, dans certains cas, la bière et le vin, fortifient le malade.

Ce régime est particulièrement utile quand la faiblesse est le résultat de déperditions rapides et considérables. Il faut s’opposer formellement aux idées de diète, entretenues encore par le public et par un certain nombre de vieux médecins. Quand la faiblesse est consécutive à des pertes de sang ou à l’anémie, il faut la combattre par les médicaments appropriés (fer). Si elle est le résultat d’une maladie chronique (ulcérations, scrofules, tubercules, etc.), on se trouvera bien de donner une alimentation grasse et particulièrement l'huile de foie de morue. Quand l’appétit laisse à désirer, il faut l’exciter par les amers (le calamus et surtout l’écorce d’oranges); on obtient souvent le même effet en donnant des aliments épicés, servis froids, tels que le jambon cru, les sau-

cissons, le rôti froid, et surtout le consommé , qui, sous un petit volume, contient beaucoup de principes nutritifs.

La bière doit être recommandée dans ces mêmes circon-

stances, non-seulement comme boisson amère, mais aussi comme nutritive.

La répugnance pour les aliments qu’on rencontre parfois peut être déterminée par les causes suivantes :

\ . Par Tétai morbide de l'estomac et des organes voisins.

Il faut donc diriger son attention et ses recherches sur ce point, car le catarrhe de l’estomac joue souvent un très grand rôle dans ces circonstances.

Souvent aussi le dégoût pour les aliments se remarque chez les malades atteints de tuberculose, quoique les organes digestifs soient dans un état normal, et la répugnance à prendre des mets constitue parfois le premier et unique symptôme de la pneumonie chez les aliénés.

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