Syndicats et Parti
On peut être partisan de la neutralité des syndicats sans être adversaire de Faction politique. En Belgique, comme ailleurs, certains de nos amis, préoccupés de donner au mouvement syndical la plus grande expansion possible, se figurent que le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de détacher les groupements syndicaux du Parti ouvrier et de les rendre, par là même, accessibles aux ouvriers de toutes les opinions.
Je suis, pour ma part, d’un avis diamétralement opposé, et cela, tout aussi bien dans l’intérêt du mouvement syndical que dans l’intérêt du mouvemen t poli tique.
Au point de vue politique, d’abord, la chose se passe de démonstration : partout, en effet, où les groupements politiques du socialisme perdent contact avec l’organisation syndicale, les préoccupations d’ordre électoral et parlementaire ne tardent pas à devenir prépondérantes. On parle bien encore de syndicats, de coopératives, d’associations ouvrières — car cela ne fait pas mal dans les discours ou les articles — mais, au fond, on a d’autres soucis. Débarrassés du contrôle direct de la classe ouvrière, les députés s’habituent à faire à leur tête. Ils ne regardent plus que du côté de leurs circonscriptions. Ils se figurent, ou font semblant de se figurer, que l’on peut faire la révolution sociale à coups de textes de loi. Au demeurant, ils attachent beaucoup plus d’importance au privilège des bouilleurs de crû qu’à l’application des lois de fabrique. Et, par une ironie du sort, quand le crétinisme parlementaire a développé toutes ses conséquences mauvaises, les anarchistes et autres adversaires de l’action politique invoquent, en faveur de la séparation du syndicalisme et de la politique, tous les abus qui résultent précisément de cette séparation !
Voilà pour le point de vue politique. Mais il y a le point de vue syndical, et d’aucuns soutiennent que l’affiliation des syndicats au Parti socialiste, ou tout au moins leur participation directe à l’action socialiste, peut être
très favorable au Parti socialiste, mais au détriment du mouvement syndical.
Eli bien, ici encore, je ne puis partager cet avis, et cela pour deux raisons principales.
La première, c’est que les syndicats, abandonnés à eux-mêmes, ne tardent pas à reconnaître l’insuffisance de leur action propre et la nécessité d’y joindre l’action politique. L’exemple de l’Angleterre, où les Trade-Unions sont plus fortes que partout ailleurs, l’établit d’une manière éclatante. Tôt ou tard, par la force des choses, les Syndicats sont amenés à participer ù la politique, et comment pourraient-ils mieux le faire qu’en associant leur effort à celui du Parti socialiste ?
Mais il y a une seconde raison, qui parle, plus que toutes autres à mes yeux, en faveur de l’union intime du mouvement syndical et du mouvement politique : c’est que les Syndicats qui font du syndicalisme pur ne tardent pas à être imprégnés de l’esprit conservateur le plus excessif.
Peut-être cette dernière affirmation paraîtra-t-elle paradoxale à nos lecteurs de France, où ce sont précisément les syndicalistes purs qui se réclament le plus énergiquement du syndicalisme révolutionnaire. Et certes, je conviens volontiers qu’au début, des syndicats peu nombreux, n’ayant que de faibles ressources, composés surtout d’un noyau de militants, pourront sembler parfois plus révolutionnaires que le Parti socialiste lui-même.
Mais ouvrez-les à des ouvriers de toutes les opinions. Laissez-les prospérer au point de vue matériel. Supposez qu’ils acquièrent la force des Trade-Unions et vous verrez bientôt la neutralité syndicale donner ses fruits : le pavillon syndicaliste révolutionnaire ne servira plus qu’à couvrir l’égoïsme corporatif d’une majorité n’avant d’autre souci que ses intérêts immédiats.
Pour qu’il en soit autrement, pour que le syndicalisme 11e dégénère pas en corporatisme, pour que la politique, d’autre part, 11e devienne pas du politiculage, il faut que l’action politique soit le prolongement de l’action syndicale et que les deux mouvements se prêtent un mutuel appui.
Est-ce à dire que nous proposions le système belge — l’affiliation des syndicats au Parti socialiste — comme un modèle à suivre en tous pays et en toutes circonstances?
Telle n’est point du tout notre pensée. Mais ce que nous affirmons, avec une conviction basée sur l’expérience, c’est que l’idéal à poursuivre, constamment et par tous moyens, c’est le rapprochement et non pas le divorce de l’action politique et de l’action syndicale.
E. Vandervelde,
Membre de la Chambre des Représentants de Belgique.
Jusqu’à ce jour, et après 22 ans d’existence, le Parti ouvrier belge a mjours réuni en son sein les organismes prolétariens, qu’ils aient pour ojèt unique : politique, organisation syndicale, propagande antimilitaste, éducation socialo-esthétique, éducation physique ou organisation )opérative, pourvu qu’ils reconnaissent le principe de la lutte des classes - adoptent la déclaration de principes inscrite en tête du programme Léorique et pratique du P. O.
Le Conseil général forme le Comité directeur du Parti. Il est composé 3 S délégués des fédérations régionales politiques , des fédérations de éhers , des fédérations des jeunes gardes, des députés et sénateurs sociales (ceux-ci n’ont que voix délibérative) et du délégué de la Commission mdicale.
Le bureau est nommé pour un an au Congrès du Parti, à Pâques. C’est i qui exécute les décisions du Conseil général et des Congrès.
La Commission syndicale est simplement une section du Conseil méral. Elle se compose d’un délégué par fédération de métier et de deux ilégués du Conseil général.
Son bureau est choisi pour un an, dans et au cours du Congrès annuel, Noël.
Les fédérations de métiers et les syndicats affiliés au Parti ouvrier olitique), comme les syndicats non affiliés, soit par indifférence, soit ir neutralité politique, peuvent adhérer à la Commission syndicale.
Il y a, en eflet, des fédérations et des.syndicats, indépendants de tout irti politique, qui paient la cotisation annuelle à la Commission syndide et qui s’abonnent au Journal des Correspondances .
Ces quelques notes descriptives suffiront sans doute à montrer la tenmce du P. O., c’est-à-dire la corrélation intime, heureuse, d’après nous, li existe entre les organisations politiques et les groupements syndicaux. C’est à ce mariage volontaire, librement admis, que doit être attribué succès énorme obtenu par le prolétariat belge depuis qu’il a offert le >mbat à la société capitaliste.
Son unité, semblable à la glorieuse unité du Parti ouvrier danois, a suré plus d’une victoire au prolétariat belge :
Le droit de vote,
Les lois ouvrières,
Les représentations ouvrières dans tous les corps délibérants, Conditions de vie meilleures par les coopératives et les syndicats, Améliorations dans la vie du soldat (fils d’nnvriprV
Parti ouvrier en Belgique. Ce sont là, il nous semble, des résultats tangibles.
Quand il a fallu obtenir le droit de vote pour la classe ouvrière, tous les syndicats sont allés jusqu’à la grève générale pour arracher du Parlement la déclaration d’égalité politique qui, pour être incomplète, n’en est pas moins la reconnaissance du droit de citoyen au dernier des « manants ».
Quand il a fallu obtenir des lois ouvrières, les députés au Parlement, aux Conseils provinciaux et communaux, d’une part, et les associations professionnelles, d’autre part, se sont prêté main-forte, et la bourgeoisie a bien dû abandonner une partie de ses privilèges au profit des travailleurs.
Aujourd’hui, dans les corps délibérants, aux expositions, dans les Congrès et Commissions d’études, on voit, non plus des bourgeois seuls, mais des ouvriers qui apportent dans ces anciens milieux de somnolence le cri de révolte et d’espoir du prolétariat.
Dans les casernes elles-mêmes, l’unité du Parti ouvrier belge a fait sentir ses effets. Tandis que les jeunes gardes mènent la propagande antimilitariste autant avant l’entrée du milicien que durant son séjour à la caserne, des syndicats accordent des secours à ceux de leurs jeunes membres tombés au sort, et les députés se font souvent, à la Chambre, l’écho de la vie des casernes et des maisons militaires de correction.
Depuis, le soldat est mieux traité.
Naturellement, notre idéal n’est pas atteint; l’édifice bourgeois ne branle pas encore, bien que nous ayons obtenu des réformes par la coalition permanente des forces politiques, syndicales et coopératives; mais il paraîtra évident à tout esprit non prévenu que de telles transformations, obtenues dans un pays de haineuse réaction, doivent être attribuées à l’unité du mouvement prolétarien et ont eu pour effet de secouer l’apathie séculaire des travailleurs belges. N’est-ce pas beaucoup?
Certes, de même que dans tout ménage un nuage peut venir assombrir le beau ciel bleu, de même dans un vaste parti comme le nôtre, où se trouvent réunis tous les tempéraments, où il a fallu trouver le moyen de jeter un pont entre les deux fractions essentielles du pays, dont les langues, les mœurs et les croyances sont essentiellement différentes, il est évident que des dissentiments ont eu lieu, ont lieu ou auront lieu ; néanmoins, grâce à l’unité du Parti, grâce à l’action commune de toutes les forces ouvrières, les dissentiments fondent comme neige au soleil dès que l’intérêt du prolétariat est en jeu.
Il n’y aurait que ce résultat là que nous devrions partout, dans tout pays, magnifier le mariage entre l’action politique et l’action économique (syndicale et coopérative).
A ce sujet, un débat important aura lieu à la Maison du Peuple de Bruxelles.
A ceux qui viendront nous dire : « Si les syndicats et les fédérations de métiers étaient indépendants de tout parti politique, les ouvriers viendraient plus aisément à l'organisation », nous demanderons : « Votre action sera-t-elle réformiste ou révolutionnaire? »
S’ils nous affirment qu’elle sera réformiste, nous leur rappellerons nos œuvres faites dans ce sens et nous leur lirons notre programme de réformes pratiques; s’ils la déclarent révolutionnaire, nous leur demanderons d’en faire l’affirmation publique, et, dans ce cas, nous pouvons leur prédire que les ouvriers timorés ou indifférents n’iront pas plus chez eux que chez nous.
Dès lors, pourquoi tenter de déchirer l’unité tandis que nous progressons, lentement, il est vrai, mais nous progressons quand même, au fur et à mesure que la propagande connexe de tous les groupes du Parti produit ses effets.
Oui, en présence de l’association des forces capitalistes sur tous les terrains, il importe d’associer toutes les forces ouvrières sur tous les terrains et non pas de les désassocier, comme nous en voyons le triste spectacle dans quelques autres pays.
Quant aux syndicalistes qui se déclarent adversaires de l’action parlementaire, nous leur disons qu’en agissant ainsi ils abandonnent aux mains des ennemis une arme redoutable dont la pointe est encore tournée vers nous, tandis que la garde devrait être entre les mains prolétariennes.
S’ils nous disent qu’ils sont antiparlementaires par dégoût des hommes, nous leur dirons : « Faites comme nous ; nos mandataires sont sous la surveillance absolue du Parti tout entier et ils sont censurés dans nos Congrès. »
S’ils nous répliquent : « L’action parlementaire est impuissante à résoudre la question sociale », nous ripostons que nous sommes d’accord avec eux, mais nous ajoutons, les questions de surveillance étant observées, qu’elle est un moyen d’éducation populaire puissant, et s’ils ne voient comme seul moyen que l’action collective violente, l’insurrection, qu’ils la fassent, mais qu’ils en acceptent alors la responsabilité.
Quant à nous, une telle responsabilité nous pèserait trop lourd sur la conscience : nous refusons de mener à la boucherie l’élite du prolétariat, tandis qu’elle doit s’appliquer longtemps encore à faire la révolution des idées dans les cerveaux ouvriers, portés au fatalisme par des siècles d’esclavage économique, intellectuel et moral.
Elle doit, cette élite, s’occuper de l’enfant, du jeune homme, de la jeune fille, de la femme, de la mère et des hommes, afin de leur faire admettre la possibilité d’une rénovation sociale. En agissant ainsi, elle fait la révolution des idées et des sentiments, prélude de la révolution sociale.
Et cette action ne peut avoir une efficacité complète que si elle est menée par les forces ouvrières librement centralisées et complètement unifiées.
Voilà, exactement exprimé, pensons-nous, le sentiment de la grande masse du prolétariat belge organisé.
A. Octors,
de la Commission syndicale du Parti ouvrier belge.
En Danemark
L’union entre l’organisation socialiste démocrate danoise d’un côté (Union socialiste démocrate ), et l’organisation des Syndicats de l’autre côté ( Syndicats coopérants du Danemark) se caractérise par ceci ; la direction supérieure du parti politique élit deux de ses membres pour entrer dans la direction supérieure des syndicats, et vice-versa. Pratiquement, ces deux côtés du mouvement socialiste-démocrate restent inséparables en s’appuyant et se suppléant mutuellement.
Dans les Bourses du travail des provinces se groupent les syndicats locaux. L’organisation commune présente tous les candidats aux élections politiques et communales, et ce sont seulement ces candidats qui obtiennent le vote des ouvriers.
A Copenhague, ce sont nos unions politiques, organisées dans chaque circonscription électorale, qui présentent nos candidats au Folketing (Chambre des communes). Les candidats pour le Sénat et pour les Conseils municipaux sont choisis par une assemblée formée du Comité dirigeant des unions de notre parti dans cette ville, et du Comité des Syndicats, à savoir : un représentant pour les syndicats comptant jusqu’à 1.000 membres, et deux pour ceux qui ont plus de 1.000 membres.
La loi danoise exige le payement d’un impôt communal correspondant à une recette annuelle d’au moins 1.390 francs, pour avoir le droit de voter aux élections communales. Nous avons réussi, par une agitation très énergique, à faire payer au moins le minimum d’impôt exigé en ce cas à presque tous les membres des syndicats ouvriers, et nous avons ainsi pu élire un grand nombre de représentants socialistes démocrates. De plus, les syndicats soutiennent de diverses façons l’activité socialiste au Parlement et dans les Conseils municipaux, par exemple, par des meetings de démonstration et par la discussion des questions communes, dans les Congrès syndicaux. C’est par cette collaboration que nous avons pu — parmi beaucoup d’autres résultats — faire tant progresser la question de l’assistance qui doit être prêtée, par l’État, aux sans-travail.
Une fois par an, une souscription est ouverte à la fois dans les syndicats et dans les unions politiques pour couvrir les frais d’élection. Dans les syndicats, ces cotisations s’obtiennent de la même manière que pour les cotisations extraordinaires pour les grèves : le syndicat vote une certaine somme à payer individuellement, en général 35 centimes. Et de même, les organisations politiques votent des contributions, en cas de grands arrêts du travail qui ne sauraient être supportés par les syndicats seuls.
Notre organe principal, c’est le Social Demokraten , fondé en 1871 par les syndicats de Copenhague. Ce journal se publie tous les jours à 52.000 exemplaires, à peu près. Le surplus s’utilise surtout pour fonder et maintenir des journaux socialistes démocrates dans les provinces. Tant que ces journaux ne font pas leurs frais, la caisse du Social Dèmokralen paie le déficit ; s’il y a un surplus, il est de même versé dans cette caisse.
L’administration de ce journal est entre les mains d’un Comité de trois membres, élus par une assemblée dite de contrôle, composée de 154 représentants, dont 30 élus par les unions politiques et 124 par les syndicats. La même assemblée élit aussi le rédacteur en chef et le gérant pour chaque année. Les camarades qui, pour le moment, remplissent ces postes, les remplissent depuis vingt-cinq ans. Les rédacteurs et fonctionnaires des journaux de province, sont, sous la responsabilité nécessaire, nommés par le Comité de contrôle du journal principal. Dans toutes les villes de province où paraît un de nos journaux, il existe de même une assemblée de contrôle, sous la surveillance de laquelle la feuille est dirigée. Presque tous nos rédacteurs et collaborateurs sont ouvriers et membres des syndicats.
La collaboration entre les syndicats et le parti politique est bomie en Danemark ; elle se fait de ce point de vue que les djaux organisations sont des branches.parallèles du mouvement socialiste démocrate. Sans ce sentiment d’indispensabilité mutuelle, les classes inférieures danoises n’auraient jamais pu tant avancer en influence et se procurer le respect dont elles jouissent, de fait, actuellement.
M. Olsen,
. Secrétaire de l’Organisation centrale des Syndicats danois.
La question des rapports entre les syndicats ouvriers et les partis politiques de la classe ouvrière, c’est-à-dire les partis socialistes ou social-démocrates, n’est plus une question de théorie spéculative. Une riche expérience recueillie dans les divers pays de civilisation moderne l’a fait sortir de l’océan des théories abstraites et en a fait un problème à résoudre, selon les conclusions qui résultent d’une analyse méthodique de ces expériences.
Que sont ces expériences ? À côté des pays où les syndicats se sont, pour la plupart, formés et développés tout à fait en dehors du ou des partis socialistes ouvriers, pays dont l’Angleterre est le type classique, nous avons un bon nombre de pays où les syndicats, en grande majorité, sont nés et ont grandi dans le plus intime rapport avec le parti politique du pays en question — tantôt comme enfants, ou créations de ce parti, tantôt comme ses sections, tantôt même comme l’un et l’autre. C’est ce dernier cas, par exemple, qui se rencontre au Danemark, où les syndicats doivent en majorité leur naissance au parti social-démocrate et où les sections ou branches locales des syndicats sont en même temps sections de l’organisation locale du parti politique. Il y eut même un temps où, à l’exception de quelques rares syndicats « neutres », tout le mouvement syndicaliste, comme tel, était partie intégrante du parti socialiste. Mais en 1898 une séparation, ou plutôt une différenciation — car elle se fit en toute harmonie — eut lieu.
Les syndicats se donnèrent une organisation nationale centrale du mouvement syndicaliste, le Samwirkende Fagforbund, la Fédération des syndicats unis, dont le président est aujourd’hui Martin Olsen, et qui comprend environ les quatre cinquièmes du mouvement syndicaliste danois. Le Fagforbund n’admet de syndicats locaux seulement que lorsqu’ils ne se sont pas séparés du syndicat national de leur métier ou de leur industrie ou qu’ils ne se tiennent à l’écart de lui que pour des raisons reconnues suffisantes. A la fin de 1904, le Fagforbund comprenait 47 syndicats nationaux centralisés, ayant ensemble 964 sections locales et 14 syndicats locaux. Il envoie deux membres de son comité au comité du parti social-démocrate et deux membres de ce dernier sont reçus comme membres au comité du Fagforbund. C’est ainsi que l’unité du mouvement ouvrier politique et syndical est maintenue. Un régime pareil existe en Suède et en Norvège. En Autriche et en Belgique, c’est presque la même chose, et en Allemagne beaucoup de camarades, dans les deux camps, poussent à une union semblable.
Mais restons au Danemark. Ce petit pays est, en proportion de sa population industrielle, le pays le mieux organisé au point de vue syndicaliste. Tandis qu’en Angleterre même, les trade-unions n’embrassent, en tout, pas plus de 30 p. 100 du monde ouvrier du pays, et cela encore, dans beaucoup de cas, d’une manière très insuffisante, vu le grand éparpillement des forces dans un nombre ridicule de faibles syndicats de localité ou de district; au Danemark, plus de 50 p. 100 des ouvriers des deux sexes, et plus de 70 p. 100 des ouvriers mâles du pays sont organisés syndicalement et, dans la grande majorité des cas, dans des organisations centralisées ou fédérées nationalement. Le Danemark a, dans son histoire
syndicale, une lulte qui, au point de vue de l’étendue et des sacrifices faits, surpasse en comparaison tout ce que nous savons de l’histoire syndicale anglaise, si pleine pourtant de luttes grandioses : nous voulons parler du grand lock-out de 1899 qui engloba, en chiffres ronds, 40.000 ouvriers, ce qui équivaudrait certainement en France à plus de 500.000 ouvriers, et qui coûta 2.814.000 couronnes danois, c’est-à-dire 3.870.000 francs, dont 3 millions en chiffres ronds furent recueillis au Danemark même, ce qui équivaudrait, en France, une somme de 40 millions de francs ! ! Quel pays peut montrer dans son histoire de pareils sacrifices ?
Mais si le Danemark, où parti politique et mouvement syndicaliste sont intimement liés, peut invoquer de si heureux résultats — et il les invoque pour les deux mouvements — doit-on conclure de là qu’il faut partout et tout de suite imiter ce vaillant.pays? Ce serait, certes, une conclusion un peu précipitée.
D’abord, il ne faut pas oublier que le mouvement socialiste et syndicaliste trouva au Danemark, à son origine, une terre à peu près vierge. Le mouvement a grandi parallèlement à l’industrie de ce pays qui, aux temps de 1 Internationale, était presque sans manufactures et sans fabriques importantes. 11 n’v a pas là de traditions du passé qui pressent sur les vivants ; il n’y a pas de questions politiques complexes qui viennent troubler l’esprit de l’ouvrier danois; il n’y a pas de questions ecclésiastiques qui déchirent le pays ; il n’y a même pas une question sérieuse de la forme gouvernementale du pays ni des rivalités dynastiques. Le Danemark est une monarchie constitutionnelle, et comme la population paysanne, qui est monarchiste, comme d’ailleurs la bourgeoisie des villes, forme la grande majorité de la nation, la question de la république demeure à l’état d’une question abstraite. Étant données toutes ces conditions, la politique du parti social-démocratique pouvait, sur presque tous les points, être réglée sans discussions passionnées ni scissions sérieuses. Elle fut opportuniste dans le sens le meilleur du mot. Propagande active pour l’idée socialiste et 1 organisation politique et économique du prolétariat, agitation énergique pour des réformes politiques et économiques, action électorale au parlement et aux municipalités, parfois même alliance avec des groupes de la gauche bourgeoise ou plutôt paysanne avancée en vue de réformes urgentes.
Telle est, en résumé, l’histoire du parti social-démocrate danois. Si le parti avait été composé exclusivement d’ouvriers syndiqués — et en majorité il le fut — sa politique ne pouvait pas être grandement différente. Le sens pratique prévalut. Il se révèle entre autres par le (ait que déjà, au commencement des années quatre vingts, le jeune parti ouvrier
SVN I ) IGATS ET PARTI
danois, bien qu’il ne fût composé alors que d’un petit nombre d’hommes et qu’il eût été terriblement atteint par la défection de ses chefs Pio et Gebeff, possédait par ses propres ressources, à Copenhague, un grand bâtiment avec une salle splendide pour son journal, ses bureaux, etc., etc.
L’exemple danois prouve donc, en tout cas, qu’un lien très intime et même une union fédérative peuvent exister entre parti ouvrier politique et mouvement syndical, sans que le progrès et la puissance agressive de ce dernier reçoivent le moindre préjudice. Le mouvement syndicaliste danois doit à son union avec le parti socialiste sans doute beaucoup de sa cohésion, de la largeur de .ses vues, de sa force d’embrigadement. L’union signifie aussi une économie, concentration avantageuse des forces.
Et cela est aussi le cas dans presque tous les pays où pareille alliance existe entre parti socialiste politique et mouvement syndicaliste.
Il faut cependant rechercher si cet heureux résultat n’est pas dû au fait que le parti socialiste s’est abstenu de toute immixtion dans les questions spéciales d’organisation, etc., des syndicats, et il faut se demander quel était la conduite du parti sous ce rapport. Et, dès l’abord, il ne faut pas se dissimuler le fait que, même dans les conditions si peu complexes de la vie politique danoise, un nombre qui n’est point tout à fait négligeable de syndicats se tiennent en dehors de la fédération unie. Vers la fin de 1904, ils représentèrent presque le quart des forces syndiquées, c’est-àdire 22.000 environ sur un total de 90.000. Il est vrai que ces syndicats ne sont pas tous pour cela hostiles à la fédération unie, et, si je ne me trompe, quelques-uns d’eux sont depuis lors entrés dans la fédération, cependant que d’autres observent toujours une attitude amicale. Mais il y en a d’autres aussi qui sont moins sympathiques, et des cléricaux s’exercent à fonder des syndicats chrétiens. Jusqu’ici, ils n’ont pas eu de grands succès : il paraît même que le mouvement « chrétien » est à l’état d’agonie, mais si cela est le cas, c’est assurément dû au grand prestige qu’a déjà conquis le mouvement de la fédération unie et de ses alliés. Car dans d’autres pays les efforts des cléricaux, catholiques ou protestants, ont été moins insignifiants, et quoique nulle part les syndicats chrétiens ou libéraux n’aient réussi à embaucher la masse des ouvriers des métiers auxquels ils s’adressent, il est certain qu’une proportion relativement petite suffit parfois pour porter une atteinte sérieuse aux efforts des ouvriers en lutte avec les patrons.
C’est ce qui rappelle à la prudence. Assurément il est bien à désirer — et ce doit être un but directeur pour tous les socialistes — que tous les cadres organisés de la classe ouvrière soient unis dans une vaste fédération qui, tout en laissant à chaque groupement spécial son autonomie nécessaire pour l’accomplissement de ses fonctions spéciales, réunisse les
forces cle la manière la plus méthodique et efficace. Mais on ne peut pas arriver à cela par force. Surtout dans les pays de luttes politiques traditionnelles el compliquées, il ne faut pas précipiter la chose. Une alliance inconsidérée ou hâtée peut être une source d’affaiblissement pour chacun des deux alliés au lieu d’augmenter leur puissance. Surtout là où les vues théoriques sur les formes d’organisation et sur les luttes elles-mêmes sont encore en discussion, une union trop étroite entre parti politique et syndicats porterait en elle les sources de ruptures nouvelles et désastreuses.
L’organisation syndicale de la classe ouvrière est d’une telle importance pour le socialisme que chaque socialiste convaincu renonce plutôt à voir le syndicat embrigadé à son parti que de voir le syndicat lésé en quelque manière par cet embrigadement. « L’homme 11 ’existe pas pour le sabbat, mais le sabbat pour l’homme »; disait un antique proverbe. De même avec les partis socialistes : ils sont là pour l’organisation émancipatrice de la classe ouvrière, et non le contraire. Leur premier devoir est donc d’aider au mieux à cette organisation. Cela nécessite beaucoup de patience et de discrétion. Mais plus on procède avec discrétion, moins le résultat final peut être douteux. L’un ou l’autre des syndicats peut être plus ou moins conservateur, le mouvement syndicaliste dans son ensemble, du moment où il a atteint une certaine étendue, est par la nature des choses une force socialiste dont la route converge à celle du parti socialiste. Et l’alliance se fait avec d'autant plus de facilité et d’avantages qu’elle est le résultat naturel d’un besoin senti par la masse des syndiqués eux-mêmes.
Autant qu’on peut juger les choses du dehors, le besoin le plus urgent du mouvement syndicaliste français est aujourd’hui le rassemblement des forces divisées et éparpillées dans des cadres d’industrie ou de métier, établis nationalement, et l’éducation des ouvriers français pour la création et le maintien d’organisations efficaces.
L’hostilité qu’on observe chez un nombre grandissant de syndiqués contre le subventionnisme paraît être un mouvement très salubre. Le syndicat, certes, n’est pas un but en lui-même. Mais c’est une institution indispensable, dont la mission 11 e finira pas avec la domination capitaliste. C’est pourquoi tout ce qui peut porter atteinte à son esprit d’indépendance doit être combattu, et de même tout ce qui diminuerait sa puissance d’embauchage. De ce point de vue, la question de l’entrée des syndicats dans l’organisation des partis socialistes doit, à mon avis, être considérée dans les divers pays et résolue selon les conditions particulières du pays en question. Une formule générale abstraite n’existe pas.
Ed. Bernstein,
Membre du Reichstag allemand.
En Suisse
Pour pouvoir se faire une idée du mouvement socialiste et syndicaliste de la Suisse, il est tout d’abord nécessaire de connaître le développement politique et économique de ce pays.
On sait que la Suisse est un État confédéré, qui était auparavant une Ligue d’États. La Confédération suisse, comme s’appelle cet État, a sa Constitution commune, son Parlement, formés du Conseil national, élu au suffrage universel, et du Conseil du Canton, qui, comme la Chambre française des Députés et le Sénat, siègent ensemble comme assemblée fédérale, en certaines occasions, comme, par exemple, pour l’élection du Conseil fédéral, composé de sept personnes, et pour l’élection de son président.
La législation fédérale et les fonctions du Conseil fédéral sont limitées ; elles concernent entre autres : l’armée, les douanes, les relations extérieures et quelques parties de la législation ouvrière (protection et assurances), renseignement, etc... En beaucoup d’autres domaines, chacun des 22 cantons est autonome, a sa constitution à lui, sa représentation populaire, <ses lois, forme en soi une république.
Ces circonstances, et la différence du développement économique dans les différents cantons, contribuèrent à ce fait qu’il y a encore vingt ans, il ne pouvait être question d’un mouvement ouvrier unitaire en Suisse, ni sur le terrain politique, ni sur le terrain syndical. Tandis que dans les cantons industriels un prolétariat se formait et entreprenait la lutte contre le patronat, par l’organisation politique et syndicale, dans d’autres cantons arriérés il n’était même pas question de mouvement ouvrier, et même aujourd’hui, dans certains cantons, on en est encore aux premiers débuts. A cela s’ajoutent, comme circonstante importante, les différences de race et de langue. A l’Est, domine la race germanique, avec la langue allemande comme langue écrite et divers dialectes ; à l’Ouest et au Sud, c’est, la race latine, avec la langue française et la langue italienne. Dans les trois domaines linguistiques, le mouvement ouvrier fut influencé par les travailleurs des pays voisins et de môme langue, et il en est encore ainsi aujourd’hui.
Dans les conditions politiques où vit la Suisse, chaque citoyen pouvant, à vingt ans prendre part à l’activité politique, il ne fallait pas penser à limiter les ouvriers à une pure activité syndicale; il arriva, dès le début, que dans les occasions politiques, les syndicats se déclarèrent solidaires des Sociétés, ouvrières (politiques); dans les luttes syndicales, les Sociétés ouvrières solidaires avec les syndicats. Cette solidarité s’affirma, bien que les syndicats, à peu d’exceptions près (parmi lesquelles nous devons citer les typographes), adhérassent, dès leur fondation, au socialisme, tandis que les Sociétés ouvrières ne firent ce pas que beaucoup plus tard.
Les premières Sociétés ouvrières furent fondées par des étrangers ; de même, dans la fondation de la plupart des syndicats, les étrangers — et particulièrement les Allemands — jouèrent le principal rôle, circonstance qui fit
que les travailleurs indigènes ne les virent pas avec satisfaction. C’est seulement par la fondation de la Société du Grütli (1) que se développa chez les ouvriers suisses une vie politique plus active.
La société du Grütli est une société politique qui fut fondée, en 1838, à Genève, par des Suisses allemands. Au début, d’après les statuts, le but de la société qui, peu à peu, s’étendit à toute la Suisse, était le libre échange des idées, l’éducation et l’enseignement en toutes matières; plus tard, la Société s’occupa directement de politique et se tint constamment à l’avantgarde. En 1892, il fut décidé, dans une assemblée de délégués, que la Société du Grütli adhérait au socialisme, et elle est aujourd’hui comme l’épine dorsale du parti socialiste en Suisse.
Comme une des dates historiques qui intéressent la question que nous traitons, il faut citer encore la fondation de la vieille Ligue ouvrière suisse , qui eut lieu à la Pentecôte de 1873, dans un congrès tenu à Olten. La Ligue ouvrière suisse dura de 1873 à 1880. Elle comprenait les sections de l’Internationale qui demeuraient fidèles au Conseil général (à la différence des anarchistes), les syndicats, les sociétés d’études ouvrières allemandes (qui le plus souvent avaient comme membres les étrangers parlant allemand), ainsi que les sociétés du Grütli de presque toutes les grandes villes. La Ligue avait un caractère syndical très prononcé et s’occupait de l’organisation d’institutions de secours. Dans les nombreuses luttes de salaires de la classe ouvrière suisse, comme dans ses campagnes politiques, la Ligue ouvrière suisse, dans son ensemble, et toutes ses sections isolées sont intervenues courageusement, et de même encore dans les campagnes politiques pour la protection et les assurances ouvrières, en particulier surtout dans la propagande pour rétablissement de la loi des fabriques, entrée en vigueur en 1877.
Au 7 e Congrès, du 6-8 novembre 1880, à Olten, la Ligue ouvrière fut dissoute. A sa place furent créés la Fédération suisse des Syndicats professionnels et un Parti socialiste suisse. Comme organe commun des deux organisations parut, à partir du 1 er janvier 1881, à la place du Tagwacht (Le Réveil), paru depuis 1869-1870, Y Arbeiiersîimme (La Voix de T Ouvrier).
Avant de donner quelques détails sur la Fédération syndicale suisse, il est nécessaire de parler ici encore d’une forme d’organisation que l’on ne rencontrera pour ainsi dire pas, sous une forme semblable, à l’étranger. Les Bourses du Travail françaises en sont peut-être l’approchant. Ce sont les Unions ouvrières locales, qui, dans quelques cantons se sont développées en Unions cantonales. Elles sont constituées par les syndicats, la section ou les sections de l’endroit de la Société du Grütli, et autres sociétés ouvrières, sociétés ouvrières générales, sociétés ouvrières allemandes, sociétés de femmes, unions d’ouvriers italiens, etc.
Au point de vue politique, la plupart de ces Unions adhèrent au socialisme La politique qu’elles soutiennent est une politique socialiste. Elles mènent
(1) Ainsi appelé du monl Rütli (ou Grütli), où, d’après la légende, fut fondée, il y a 6.700 ans, la Ligue des Suisses confédérés.
la campagne de la classe ouvrière aux élections et aux votes, dans le domaine communal, cantonal ou fédéral. Au point de vue syndical, elles réprésentent de préférence les intérêts communs aux différents syndicats d’un même endroit. La célébration locale de la fête du 1 er mai est aussi le fait des Unions ouvrières locales.
Beaucoup d’Unions ouvrières sont généralement, avec leurs membres de nationalité suisse, membres officiels des partis ouvriers socialistes cantonaux. La plupart des Unions ouvrières ont désigné un journal ouvrier déterminé comme leur organe, ou publient elles-mêmes un journal.
Les Unions ouvrières de Berne, Zurich, Bâle, Winterthur, Saint-Gai, Lucerne entretiennent par leurs propres ressources, sans subvention de l’État ni des communes, des secrétariats ouvriers qui ont pour objet de donner des renseignements dans toutes les questions intéressant le travail, d’activer l’organisation et la propagande économiques et politiques, d’intervenir dans les conflits entre ouvriers et patrons, de recueillir des renseignements sociaux, de rédiger les pétitions aux pouvoirs publics, etc.
L’organisation nationale des syndicats de Suisse est la Fédération suisse des syndicats professionnels (comme la C. G. T. est celle de France), elle comprend presque toutes les fédérations d’industrie ou de métier de Suisse. Jusqu’en 1898, YArbeilerstimme était l’organe officiel commun de la Fédération des syndicats et du parti socialiste suisse, et, pendant de longues années d’ailleurs, le seul organe socialiste suisse. Peu à peu, en plusieurs endroits, des organes socialistes furent fondés et l’extension du mouvement syndical rendit nécessaire une division du travail. On fit donc de Y Arbeilerstimme un organe exclusivement syndical, mais elle n’a jamais cessé de soutenir la cause du socialisme. Vers 1898 aussi, et surtout par l’initiative du secrétaire ouvrier suisse, Greulich, une tendance se manifesta pour placer les syndicats suisses sur un terrain neutre , tant au point de vue politique qu’au point de vue religieux.
Une Union de ce genre, neutre politiquement et confessionnellement, existe déjà depuis 1887, à savoir dans la Nouvelle Ligue ouvrière suisse qui se compose des sections de la Fédération des Syndicats, des sections de la Société du Grütli, des caisses ouvrières de maladie, des organisations des employés de chemins de fer, des sociétés ouvrières chrétiennes, en un mot, de toutes les organisations ouvrières de Suisse qui veulent adhérer. Cette nouvelle Ligue ouvrière doit sa création aux efforts faits pour établir un secrétariat ouvrier suisse , subventionné par la Confédération. Une subvention de ce genre a été demandée parce qu’il existait déjà en Suisse des secrétariats pour le commerce et l’industrie, et pour l’agriculture. Ce secrétariat ouvrier a donc été établi, et il reçoit une subvention annuelle de25.000 francs. A côté du secrétaire ouvrier travaillent, au bureau de Zürich, deux adjoints, et, en outre, un adjoint a son siège à Biel, et un autre à Genève, (Jean Sigg). Tous les trois ans a lieu un Congrès ouvrier où sont traitées toutes les questions fédérales se rapportant à la politique sociale, et où l’on procède à l’élection du secrétaire ouvrier et du comité confédéral qui conduit les affaires.
A un de ces Congrès ouvriers, en 1898, la question de la neutralité vint en discussion. Le camarade Greulich réussit, par son éloquence, et en dépit de' l’opposition du camarade Fürholz qui était l’autre rapporteur, à faire voter les assistants en faveur de la neutralité syndicale, qui fut défendue en même temps par un représentant des ouvriers chrétiens,^ le professeur Beck, de Fribourg. Il se trouva une grosse majorité en faveur de la résolution de neutralité.
Au Congrès de la Fédération des Syndicats, en 1900, on résolut, en application de cette résolution, de changer les statuts de la Fédération. Le passage qui indiquait précédemment que la. Fédération des Syndicats se tient sur le terrain du socialisme , fut effacé, et le programme formulé comme suit, dans les deux premiers articles :