BUT ET ÉTENDUE
Article premier. — En présence de la forte et complète organisation du patronat, industriels et artisans, une organisation également forte et complète de la classe ouvrière est nécessaire. Par elle seule, cette dernière pourra :
Revendiquer et exercer son droit de collaboration lors de la fixation du contrat et des conditions de travail ;
Maintenir et améliorer ses conditions d’existence ;
Défendre et augmenter ses biens moraux et les droits de l’homme ;
Participer d’une manière convenable aux richesses croissantes de la société ;
Travailler, comme membre autonome, au développement de la société.
Art. 2. — Pour atteindre ce but, la Fédération suisse des syndicats professionnels devra s’étendre à toutes les organisations syndicales et professionnelles de la Suisse, afin d’augmenter, par une centralisation bien comprise, la puissance des Fédérations et sociétés locales et de rendre effective la solidarité de la classe ouvrière de la Suisse tout entière.
De même, les différentes Fédérations qui avaient indiqué dans leurs statuts qu’elles adhéraient aux principes du socialisme, s’accommodèrent à cette résolution et effacèrent ce passage. Mais nous devions faire, avec la neutralité, de tristes expériences.
Les promesses des représentants des ouvriers chrétiens d’amener leurs adhérents à nos syndicats, désormais neutralisés, non seulement ne furent pas tenues, mais bien au contraire, du côté chrétien, on multiplia les eflorts pour fonder des syndicats chrétiens. Des deux parts, on se reprocha le manquement à la parole donnée. On fit même à la rédaction de YArbeiterslimme le reproche d’écrire, après comme avant, dans le sens socialiste, ce qui d’ailleurs était bien la vérité, mais ne pouvait être l’objet d’aucun reproche.
Dans nos syndicats, la situation est demeurée la même qu auparavant . aucun ouvrier n’est tenu de faire une profession de foi politique ou religieuse, mais le fait est que la plus grande partie de nos syndiqués sont socialistes.
Au Congrès de la Fédération des Syndicats, en 1904, à Lucerne, on chercha à faire admettre les organisations chrétiennes comme organisations a part dans la Fédération des Syndicats; les chrétiens devaient payer annuellement une somme globale à la Fédération. A une grosse majorité, la proposition fut repoussée.
Au Congrès de la Fédération syndicale qui s’est tenu à Bâle, à Pâques
dernier, les statuts furent de nouveau changés. Une modification a été introduite simplement dans l’article 2, où il est dit maintenant :
Pour atteindre ce but, la Fédération suisse des syndicats professionnels devra s’étendre à toutes les organisations syndicales et professionnelles de la Suisse, constituées sur le terrain de la lutte de classe...
Dans l’esquisse historique que nous venons de faire des rapports du mouvement politique avec le mouvement syndical, on peut remarquer que dans ces deux domaines du mouvement ouvrier suisse, il a toujours existé une collaboration harmonieuse, qui, aujourd’hui encore, dure sans être troublée. Dans la Suisse française, il est vrai, quelques syndicats, influencés par le mouvement antiparlementaire et le conflit entre syndicat et parti qui existent en France, se sont laissés entraîner à prendre position contre notre tactique. De ce côté aussi, on a fait de la propagande pour l’action directe. Mais il n’a pas été fait d’application pratique de l’action directe, et les dernières luttes de salaires dans la Suisse française ont enseigné à beaucoup d’ouvriers qu’ils doivent se plier à notre tactique, à celle qui consiste à travailler sans trêve à l’organisation.
La bonne entente entre l'organisation politique et l’organisation syndicale de la Suisse s’est exprimée à tous les Congrès du parti et des syndicats par ce fait que des invitations mutuelles étaient adressées de comité à comité, et que des actions communes étaient décidées. La collaboration intime entre le parti et les syndicats ne s’est pas manifestée seulement dans les Congrès politiques ou syndicaux, mais encore dans les faits. A l’occasion des votes sur les projets de lois qui touchent la classe ouvrière, lors des initiatives de lois et des referendum, les deux organisations ont agi en commun.
Au dernier Congrès du Parti, à Oltcn, et au précédent, à Zürich, des résolutions furent introduites par des représentants des syndicats et adoptées par les délégués, invitant les travailleurs sous les armes (les miliciens) à refuser -l’obéissance, s’ils étaient compris dans des convocations pour les grèves et s’ils recevaient l’ordre de tourner leurs armes contre leurs frères.
Un manifeste édité en commun par les Comités de la Fédération des syndicats et du parti socialiste et protestant contre les convocations de troupes en ]cas de grèves, se terminait par l’appel suivant :
Mais seules, les protestations ne suffisent pas. Prenons à cœur les paroles de nos précurseurs, de Marx et d’Engels : « L'émancipation des travailleurs de l'èsclavage du salariat ne peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Que chaque travailleur professionnel se fasse un devoir de faire partie de son syndical et que chaque syndiqué s'organise sur le terrain politique.
Ce n’est que par l’action commune de notre organisation politique et économique que nous parviendrons à améliorer nos conditions de travail et de salaire, ce n’est qu’ainëi qu’il nous sera possible de faire bon usage de nos droits et de nos libertés politiques. Réveillons les ouvriers endormis, amenonsrles à la conscience de classe, cherchons à organiser les ouvriers étrangers qui viennent dans notre pays et avilissent les salaires, participons aux élections et aux votes dans un sens de véritable et saine politique sociale, cherchons à faire entrer dans les corps législatifs des représentants du peuple producteur, alors les représentants de la classe des exploiteurs seront obligés de quitter leur siège et une nouvelle ère de liberté et de justice poui’ra commencer.
F. THIES,
Secrétaire de la Fédération des Syndicats suisses.
En Autriche
Lorsqu 1 en 1888-89, à Hainfeld, la fraction radicale çl la fraction modérée du Parti socialiste d’Autriche réussirent enfin à s’entendre, on eut désormais le moyen de remplir complètement les devoirs politiques du Parti ; il devint possible de consacrer toutes les forces, non seulement à fonder solidement l’organisation politique, mais encore à inaugurer l’organisation syndicale. Le 1 er mai 1890 avait réveillé les masses ouvrières d une manière imprévue, et les démonstrations d’alors demeureront toujours pour nous tous, qui les avons vécues, un des plus beaux souvenirs. Elles nous apportèrent la certitude que le prolétariat conscient d Autriche, en dépit de toutes les difficultés qu’il pouvait rencontrer dans un État aussi arriéré qu’était celui-là, économiquement et politiquement, pourrait acquérir la puissance qu’il doit posséder pour sa lutte émancipatrice. Le Parti, cependant, ne se relâcha point de son effort ; il entreprit dans la même année de convoquer et de tenir un grand nombre de réunions coiporatives qui avaient pour but de donner au mouvement syndical un programme de tendance moderne, et base sur les conditions présentes. Le fondement théorique et les buts pratiques du mouvement syndical autrichien furent alors définis de la manière la plus claire, et ils démontrèrent bientôt leur fécondité pour les travailleurs. L’organisation syndicale avait déjà acquis, en 1891, une telle importance aux yeux des camarades, que le deuxième Congrès du Parti, tenu à Vienne, fit un pas de plus en définissant la forme et la place du mouvement syndical. Le texte de cette résolution disait :
« Le Congrès de la Social-démocratie autrichienne de 1891 déclare que l’organisation syndicale, étant données les conditions présentes de la production et aussi les conditions politiques, doit être recommandée aux ouvriers autrichiens, et invite, en conséquence, les camarades de tous endroits à adhérer aux organisations existantes, et à en créer là où il n’y en a pas.
« Le Congrès, en prenant cette décision, s’inspire de cette idée que l’organisation syndicale peut avoir de bons effets, tant au point de vue éducatif qu’au point de vue matériel; qu’elle peut, en outre, si elle est maintenue dans le sens socialiste, être capable de préparer à la vie politique.
u Mais le Congrès déclare expressément que le mouvement social-démocrate ne peut être, en aucune manière, relégué au second plan par l’organisation syndicale. »
Comme on peut s’en rendre compte par ces déclarations théoriques et par la collaboration pratique du Parti, les relations du Parti et des syndicats ont été clairement définies il y a seize ans et maintenues jusqu’à ce jour. La Social-démocratie est la fondatrice des syndicats d Autriche ; elle leur a donné tout leur savoir, tout leur pouvoir. Cette collaboration
infatigable et à tout moment précieuse du Parti, collaboration qu’il donna toujours avec prudence et clairvoyance, ne pouvait rester sans résultat durable : le résultat est qu’il n’y a aujourd’hui , en Autriche, entre le Parti et les syndicats, aucune diveryence d’idées.
Les ouvriers d’Autriche ont été amenés ainsi à cette conception que la politique ouvrière dans les syndicats ne peut être rien autre chose que la politique de parti de la Socialdémocratie qui est et restera la représentante des intérêts de classe de l’ensemble des ouvriers, dans l’État et dans la société, jusqu’à ce que la victoire soit remportée sur l’absolutisme et le capitalisme.
L’efficacité de la collaboration du Parti et des syndicats peut être aussi démontrée par quelques chiffres. Quels progrès les syndicats doivent-ils à ce bon accord avec le Parti ? O 11 peut en juger :
En 1892, nous avions dans les syndicats 46.606 membres.
En 1896 — — 98.669 —
En 1902 — — 135.178 —
En 1905 — — 323.099 —
Et à l’heure présente, nous disposons, dans les syndicats, de près de 400.000 vaillants lutteurs qui forment le corps d’élite du Parti. En 1892, tous les syndicats ensemble avaient une fortune d’à peine 500.000 couronnes ; aujourd’hui, ils en possèdent plus de 4 millions.
Cette armée consciente, ainsi formée et groupée dans les cadres bien définis du Parti et des syndicats est une force qui ne peut plus être brisée, une force qui fut capable de contraindre le gouvernement et les classes dominantes d’Autriche à accorder au peuple le suffrage universel égal, direct et secret.
Nous autres, fonctionnaires syndicaux d’Autriche qui nous trouvons à la tête des organisations, nous savons l’inappréciable avantage que l’on trouve dans ce travail unanime avec le Parti. Nous savons quelles conquêtes matérielles ou morales, soit dans le domaine de la politique sociale," soit dans celui de la pure politique, ont pu être faites depuis 16 ans pour le prolétariat autrichien, grâce à ce constant accord. Aussi est-il inconcevable pour nous que dans certains Etats étrangers le Parti et les syndicats se trouvent en opposition et se combattent pour le plus grand dommage du prolétariat.
A. Hueber,
Secrétaire de la Commission syndicale d’Autriche.
En Angleterre
Une lettre cle Keir Hardie Camarade,
En Grande-Bretagne, les Trade-unionistes et les socialistes sont fédérés pour l’action politique.
Chaque organisation choisit ses propres candidats, mais contribue à entretenir une caisse générale qui sert à couvrir les dépenses des luttes électorales et pourvoit à l’existence des candidats qui réussissent à être élus au Parlement. Par cette méthode, un grand Parti politique de classe ouvrière se développe, et le Trade-unionisme et le socialisme bénéficient tous deux de leur union l’un avec l’autre. Les bases de l’entente sont une complète indépendance politique et la création d’un Parti ouvrier séparé et distinct dans le Parlement.
Sincèrement vôtre :
Keir Hardie